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Interview   

Cible : Voivod


Voivod a désormais un nouveau visage. Les dernières cendres musicales de Piggy ont été consumées et le groupe a décidé de continuer et a plaisir à le faire. Le nouveau disque, Target Earth, comme d’habitude inclassable, est fidèle à l’esprit des débuts de Voivod.

Michel Langevin, alias Away, sera notre invité téléphonique ce soir en direct durant Anarchy X dès 20h30 pour nous en dire plus. Nous aurons donc l’occasion de parler avec lui des éventuels questionnements du groupe sur le fait de produire une musique à 100% nouvelle sans Piggy et sur l’alchimie et la manière de travailler qui en a découlé. Bref, nous parlerons du nouveau Voivod.

Vos questions sont les bienvenues sur Facebook, Twitter, le chat, ou directement à l’antenne auprès de l’intéressé par téléphone (+339 77 21 75 22) ou par skype (pseudo : radiometal).

EDIT : Réécouter l’interview : [audio:interviews/Voivod.mp3|titles=Interview Voivod]

Radio Metal : Le nouvel album, Target Earth, est sorti il n’y a pas très longtemps. C’est quand même un album assez particulier, le premier sans Piggy, véritablement, et avec un nouveau membre dans le groupe. Qu’est-ce que ça te fait ? Avais-tu pu penser que vous alliez pouvoir aller plus loin comme ça ?

Michel « Away » Langevin (batterie) : Pas du tout. Nous savourons un accomplissement. Disons qu’après l’enregistrement de Katorz en 2006, je n’avais vraiment pas l’impression que nous nous retrouverions en studio un jour. Évidemment, nous avions comme mission Jason, Snake et moi de finir Infini un jour, que nous avons fini en 2009. Mais c’est vraiment juste après la reformation en 2008, et après avoir tourné avec la nouvelle formation, Blacky, Chewy, Snake et moi, début 2010, nous nous sommes sentis confiants, la formation était très bien acceptée par tous les amateurs de Voivod. Nous pouvions nous aventurer dans l’écriture d’un album. En fait, le tout début, l’élément déclencheur, c’était une maquette que Chewy et Blacky avaient réalisée avec la basse, la guitare, et Snake et moi étions vraiment impressionnés. Ça nous ramenait directement à Dimension Hatröss, et c’était excitant d’écrire nos parties respectives. Ensuite nous avons fait des enregistrements d’improvisation, à notre studio, il y a plusieurs parties de l’album qui ont été prises dans ces improvisations-là. Mais en grosse partie, tout a été arrangé par Blacky et Chewy. Puis évidemment, Snake et moi collaborions, dans le sens où à un moment donné, je me suis rendu compte que c’était très progressif, et donc j’ai demandé si nous pouvions faire une coupe de pièce plus dans le beat Motörhead, parce que j’aime beaucoup avoir une coupe de chanson avec ce genre de thrash metal. Donc c’est devenu « Kluskap O’Kom », basé sur des légendes Micmacs des Premières nations ici, et aussi « Corps Étranger », notre première chanson en français.

Comme tu dis, on a l’impression que Blacky et Chewy ont vraiment un rôle prépondérant, en fin de compte, dans cet album, et aussi dans le fait que Voivod ait continué…

Tout à fait. Puis ça nous ramenait directement aux années 1980 quand Blacky était très impliqué dans l’écriture des morceaux avec Piggy. C’est pour ça que ça ramène directement à cette période progressive. Par contre, au fil des dernières années, et surtout après la sortie de Infini, nous avons intégré des pièces d’Infini à notre spectacle en tournée, et ensuite, Snake m’a souvent demandé si nous pouvions interpréter des morceaux de la période Éric Forrest, et nous avons ajouté « Forlorn » au répertoire, donc ça a beaucoup joué. Quand le temps est venu d’écrire des morceaux, nous avions vraiment toutes les périodes de Voivod dans notre sang. Et puis évidemment, il y avait le côté nouveau avec Chewy. Donc c’est un peu toutes les périodes mélangées avec un petit côté nouveau, mais évidemment, avec le son reconnaissable de Blacky, ça nous ramène vers Dimension Hatröss et Nothingface.

À propos du fait d’inclure un morceau de la période Éric Forrest dans le set, c’était vraiment venu de Snake ?

Oui. Les membres du groupe aiment la période Éric Forrest, comme la période de Jason Newsted. Donc c’est une demande spéciale de Snake, puis Chewy connaît vraiment toutes les chansons de Voivod de tous les albums. Donc il fait des demandes spéciales, comme « Jack Luminous » de The Outer Limits, ou « Forgotten In Space » de Killing Technology. Donc nous aimons beaucoup faire un survol de notre carrière lorsque nous faisons des tournées.

Peut-on justement espérer dans l’avenir plus de morceaux de cette période Éric Forrest que l’on pensait quelque part un peu oubliée depuis le retour de Snake, où l’on s’était dit que c’était une parenthèse qui se refermait ? Alors qu’en fait apparemment non…

Oui. Cette année, nous allons essayer de réintégrer des pièces de Negatron, et Phobos en spectacle, peut-être « Nanoman » ou « Insect ». Donc nous allons regarder ça. Et peut-être aussi des pièces de l’album éponyme que nous avons fait avec Jason Newsted en 2003. Donc nous allons essayer de varier notre répertoire un peu cette année, parce que disons que nous ne faisons jamais le même spectacle à chaque fois. À chaque fois nous changeons notre setlist car nous avons appris énormément de chansons. Mais quand même, nous allons essayer de nous aventurer dans le matériel que nous jouons moins souvent pour les prochains spectacles.

Pour revenir à l’album, il y a un quelque chose d’assez frappant, c’est le jeu de guitare de Chewy. Qui est vraiment extrêmement proche de ce que l’on aurait pu attendre de Piggy, justement. Est-ce que quelque part, ce n’est pas un peu un fils spirituel de Piggy ?

Oui, tout à fait. D’ailleurs, il a appris à jouer de la guitare à cause de Voivod, donc c’était comme un élève de Piggy, en quelque sorte. Évidemment, il a son propre style, son propre son, mais sans vouloir trop mettre l’accent là-dessus, c’était vraiment important de garder l’esprit de Piggy et de Voivod intact. Mais il y a quand même un côté nouveau. Avec ces accords angulaires que Piggy a créés, il a fait beaucoup de petits dans le mouvement metal, et un de ces petits, c’est Chewy [petits rires].

Quand tu dis que c’est important de conserver l’esprit de Piggy, est-ce que c’est quelque chose qui est venu de toi, Snake et Blacky, ou est-ce que c’est venu naturellement de Chewy, et qu’il a voulu de lui-même retranscrire l’esprit de Piggy ?

C’est venu naturellement, parce que nous ne voulions pas trop y penser, pour ne pas que ça joue tant que ça dans l’écriture. Mais c’était évident que le style de Chewy était vraiment compatible avec Voivod, et nous étions quand même assez confiants. En fait, c’est la confiance de Chewy qui m’a apaisé là-dessus. Les deux premières pièces que nous avons entendus, la maquette que Blacky et Chewy avaient faite, c’était si je me souviens bien « Artefact » et « Kaleidos ». Nous étions déjà très confiants que c’était du vrai Voivod donc ça nous a permis de nous lancer dans l’écriture, et de ne pas trop nous donner de limites. C’est-à-dire qu’il ne fallait quand même pas que ce soit une imitation de Piggy, mais il fallait que ça reste dans la signature Voivod.

On a même l’impression qu’il y a eu un travail au niveau du son, pour que les guitares rentrent vraiment dans le moule Voivod. Quand on écoute ce que fait Chewy dans son autre groupe, Martyr, qui est un groupe plutôt death metal technique, il n’a pas du tout le même genre de son, qui est beaucoup plus épais, etc., comparé à ce qu’il est sur cet album. Il y a vraiment une recherche au niveau du son pour retrouver le genre de son qu’avait Piggy ?

Je ne crois pas que Chewy ait le même son quand il joue avec nous, que quand il joue avec Martyr. C’est sûr qu’il vient de l’école Piggy, donc il utilise beaucoup d’effets, de pédales d’effets pour la guitare, beaucoup d’effet « rack mounted », comme on les appelle. Mais je pense que le mix de Sanford Parker de Nachtmystium a vraiment aidé. Il a vraiment compris le côté psychedelic metal de Voivod. Ça a beaucoup aidé.

Tu parlais tout à l’heure de l’alchimie entre Blacky et Chewy. Une alchimie, c’est quand même quelque chose d’assez rare, et qu’elle se reproduise à nouveau, c’est quand même étonnant. Est-ce que ça vous a étonnés, vous, de retrouver ça ? Avez-vous perçu ça comme une certaine illusion de ce que vous pouviez déjà avoir à la fin des années 1980 entre Blacky et Piggy ?

En fait, après l’enregistrement de Katorz, qui était posthume au départ de Piggy, Snake et moi avons décidé de mettre Voivod de côté pendant une coupe d’années, parce que ça avait été une expérience assez épuisante avec l’enregistrement de Katorz sans Piggy. C’est vraiment en 2007, il y a eu un spectacle à Montréal qui était une espèce de spectacle hommage à Piggy, en quelque sorte. Ce jour-là, Chewy et Blacky faisaient une performance d’un medley de Voivod, avec des membres de Cryptopsy et d’autres groupes montréalais. Snake et moi étions dans la salle et nous avons vraiment été impressionnés par l’alchimie entre les deux. Et nous nous sommes aussi rendu compte que Blacky n’avait probablement jamais arrêté de jouer de la basse, parce que la performance était vraiment excellente. Donc c’était vraiment l’étincelle. À ce moment-là, nous avions beaucoup de demandes pour nous reformer, faire des festivals, mais Snake et moi étions réticents. Puis à l’été 2008, nous avons décidé de téléphoner à Blacky et Chewy pour savoir s’ils voulaient faire quelques spectacles. Et maintenant, nous nous retrouvons avec un nouvel album, cinq ans plus tard. Donc c’est vraiment cool.

D’ailleurs, comment cela se fait-il que Blacky ait attendu autant de temps avant de revenir dans Voivod ? Je crois qu’il y a dix-sept ans qui s’étaient écoulés depuis Angel Rat, le dernier album qu’il avait enregistré…

En fait, il a déménagé sur la côte ouest à Vancouver. Il faisait de la musique avant-garde pour des troupes de danse avant-garde, dans un truc plus électronique, industriel. Il a fait ça pendant plusieurs années. Nous le voyions quand nous jouions à Vancouver. Et au début des années 2000, il a redéménagé à Montréal, et nous nous rencontrions une fois de temps en temps. À ce moment-là, il y avait eu la période Éric Forrest, et ensuite la période Jason Newsted, donc nous, nous étions toujours actifs. C’est vraiment aux funérailles de Piggy que la vraie réconciliation s’est faite avec tous les membres du groupe. Puis à partir de ce moment-là, c’était possible de penser un jour à peut-être se reformer. Mais avant ça, c’était difficile, parce que lors de la première séparation de Voivod au début des années 1990, nous étions tous dans la vingtaine, et très explosifs, donc il y avait beaucoup de mauvais sang. Mais maintenant, c’est vraiment en arrière, tout ça semblait vraiment insignifiant après le départ de Piggy. Donc ça a beaucoup aidé à la réconciliation. Maintenant, Voivod est comme une grande famille.

Est-ce que quelque part, au final, il n’y a pas eu un peu de regrets d’avoir attendu autant de temps ?

Non, pas vraiment. Jamais personne dans Voivod ne s’est fait mettre à la porte, donc il faut respecter les décisions des membres quand ils décident de partir. Ce sont des raisons personnelles. Nous, toutes ces années, Piggy et moi, nous avons décidé de rester actifs. Nous avons donc beaucoup d’appréciation pour toutes les périodes de Voivod. Pendant que nous étions en studio ou en tournée avec Éric Forrest ou Jason Newsted, nous n’étions pas en train de regretter la période Blacky, nous étions en pleine action en train d’en apprécier le moment. Donc non, il n’y a pas vraiment eu de regrets. C’est sûr qu’idéalement, j’imagine que beaucoup de gens auraient aimé voir Blacky et Piggy et Snake et Away revenir. Mais ce sont des circonstances vraiment incontrôlables.

Le nouvel album Target Earth s’éloigne du style que vous aviez sur la période Jason Newsted. C’étaient trois albums qui étaient plus rock direct, moins alambiqués, on va dire. Aujourd’hui, vous êtes revenus sur ce thrash progressif un peu complexe, etc., ce que l’on peut retrouver sur Dimensions Hatröss. Est-ce que toi, Snake et Blacky vous êtes sentis rajeunir en rejouant ce genre de musique ?

[Réfléchit] Je vois ce que tu veux dire. C’est sûr qu’il a fallu que je réapprenne de vieux trucs, parce que la période Éric Forrest et la période Jason Newsted sont totalement différentes, parce que les morceaux étaient de nature beaucoup moins progressive. Il y a des éléments qui ont joué. C’est-à-dire que d’habiter dans la même ville, ça fait une grosse différence dans le sens où l’on peut aller à notre studio, faire des maquettes, réarranger, etc., et rendre ça « épique ». Ce n’était pas le cas pour les trois albums que nous avions faits avec Jason, où c’était plus long, plus dense, avec échange de fichiers, etc. Donc nous nous retrouvions avec des morceaux qui étaient plus basés sur le groove, punk, rock n’ roll, metal, c’étaient vraiment des morceaux plaisants à jouer en spectacle et tout ça, mais c’était intéressant de retourner dans un courant progressif, avec des longues pièces, avec plusieurs parties, etc., parce que je dirais que sur les trois derniers albums avant, il y avait peut-être deux ou trois morceaux progressifs par album avec Jason, tandis que sur le nouvel album, au contraire, il y a peut-être deux ou trois morceaux qui sont moins progressifs.

Cette tendance à quelque chose de plus direct que vous avez eue avec Jason, était-ce vraiment l’état d’esprit dans lequel était Piggy à l’époque ?

Oui. Ça aurait été impossible de faire un Target Earth avec Piggy, j’en suis convaincu. Parce que les expérimentations, il les avait faites échelonnées sur plusieurs albums, et le dernier soubresaut de musique vraiment progressive, je pense que ça a été Phobos en 1998. Après ça, même au niveau des solos, il était plus influencé par Tool, il faisait plus des ambiances sonores. Il faisait plus des expérimentations sonores, plutôt qu’essayer d’expérimenter au niveau des structures des morceaux et tout ça, parce que j’avais l’impression qu’il l’avait déjà fait. Mais bon, on ne sait jamais. Par contre, j’ai toujours aimé jouer de la batterie sur de la musique de Piggy, peu importe les années, l’époque ou le style.

Quelque part, on peut dire qu’il y a sur cet album une sorte de volonté de s’émanciper de la personnalité de Piggy, de l’évolution qu’il avait voulue pour Voivod… Peut-on voir le changement de style comme le marqueur d’un nouveau départ ?

Oui. C’est vraiment une indication de où nous allons musicalement, c’est sûr. Nous allons essayer de nous surpasser pour le prochain, et essayer de faire mieux, mais nous sommes vraiment fiers, parce que, justement, à cause de la complexité des pièces, c’était énormément de travail, et ensuite nous voulions que ça semble comme un long voyage. Donc nous voulions mettre des interludes, des intros, etc. C’était quand même beaucoup de travail. Nous avons fait cela en nous isolant à l’extérieur de Montréal, dans le bois, dans la neige, début 2012. Pierre Rémillard de Obliveon a un magnifique studio juste à l’extérieur de Montréal, et nous y avons travaillé sans arrêt pendant dix-sept jours, et quand Pierre était trop fatigué pour enregistrer, Blacky le faisait parce qu’il est aussi ingénieur studio. Donc nous avons beaucoup travaillé. Nous sommes vraiment contents, fiers du résultat, et en plus les critiques sont vraiment excellentes.

Quand vous avez vraiment commencé à écrire ce disque-là, donc le premier vraiment sans matériel de Piggy, y avait-il une peur de votre côté de ne pas réussir à être aussi inspirés qu’avec lui ?

Non. En fait, la peur, c’était juste avant, en 2008, quand nous nous sommes reformés pour faire des spectacles. Là, nous avions l’impression que certaines personnes avaient pensé que c’était un sacrilège, mais tout de suite, le premier spectacle ici à Montréal, c’était pour un festival avec Mötley Crüe, Iron Maiden et plein de groupes, et ça avait vraiment bien été. Les premières pratiques étaient un peu étranges parce que c’était Blacky au lieu de Jason, et Chewy au lieu de Piggy. Ça a pris deux ou trois fois, puis tout était naturel, et début 2010, quand j’ai entendu les maquettes de Blacky et Chewy, j’étais entièrement convaincu que nous pouvions faire un album qui allait plaire à ceux qui aiment Voivod. Je n’avais aucun doute.

Tu disais tout à l’heure que, justement, lors de la période Jason vous échangiez des fichiers, et puis c’est vrai qu’il y a deux albums qui ont été posthumes par rapport à Piggy. Du coup forcément, vous jouez avec les fichiers, les enregistrements qu’il avait faits, etc. Est-ce que ça vous avait manqué ce côté groupe, plus direct, plus humain ?

Oui, énormément. C’est pour ça qu’après l’enregistrement de Katorz, Snake et moi avons décidé de mettre Voivod de côté pendant une coupe d’années, parce que ça avait été trop difficile d’enregistrer sans Piggy. Donc c’est seulement après un an et demi de tournée avec notre nouvelle formation que Snake et moi étions assez ré-énergisés pour penser à terminer Infini, et en plus Jason était complètement rétabli de l’opération à l’épaule qu’il avait subie. Donc nous en avions profité. Mais encore une fois, ça m’avait énormément manqué d’être en studio avec un groupe, parce que j’ai fait mes pistes de batterie séparément, ensuite Jason a fait ses pistes de basse à San Francisco, ensuite Snake a fait son vocal. C’étaient des circonstances un peu étranges de s’isoler dans un chalet, dans le bois, et d’enregistrer l’album en tant que groupe. C’était vraiment une belle expérience, ça donne le goût de réécrire des nouvelles pièces pour la revivre, cette expérience.

Est-ce que vous êtes toujours en contact avec Jason Newsted et vous a-t-il dit un peu de ce qu’il pensait de ce nouvel album, de cette reformation ?

Oui. Nous sommes en contact avec Éric, nous sommes en contact avec Jason. Jason, nous l’avons vu il y a une coupe de mois quand nous avons ouvert pour Neurosis à San Francisco. Il est venu voir le spectacle, il est venu en backstage, c’était vraiment super de le revoir. Et il m’a dit qu’il était revenu dans la musique. J’ai entendu sa nouvelle musique en ligne et je trouve ça vraiment fantastique. Ça faisait plaisir de le revoir. Il m’a même dit que la meilleure chanson que nous ayons interprétée à ce spectacle à San Francisco, c’était la nouvelle pièce, « Mechanical Mind ». Donc il apprécie beaucoup les nouvelles musiques. Éric, nous le voyons beaucoup quand nous tournons en Europe, souvent il vient chanter « Tribal Convictions » avec nous, c’est super.

N’avez-vous pas pensé à l’invité sur l’album, justement pour faire un duo ?

Non. C’est-à-dire que nous y pensions plus à l’album Infini, nous avions peut-être pensé à inviter Éric, puis Blacky, mais finalement Jason était assez rétabli de son opération pour faire toutes les pièces. Mais pour le nouvel album, c’était vraiment l’effort de quatre personnes. Nous venions aussi de tourner pendant trois-quatre ans, puis nous étions vraiment solides, unifiés, donc Target Earth était un peu de notre bébé, d’une certaine façon.

C’était peut-être important pour vous que ce soit vraiment un effort du noyau de Voivod d’aujourd’hui pour s’enraciner, s’établir…

Oui. C’est-à-dire que j’aime ça aussi, distinguer les périodes. C’est la quatrième formation, donc c’est la nouvelle formation, c’est ça qui se passe. Je trouvais que c’était déjà assez confus quand, en 2009, nous avions sorti Infini avec une formation, alors que nous tournions avec une autre formation. Je trouvais que ça rendait tout confus, même émotionnellement. J’aime mieux tourner la page, mais évidemment en restant de supers amis avec tous les membres impliqués au fil des années.

Sur l’album, il y a un titre en français, le premier de l’histoire de Voivod. Il s’appelle « Corps Étranger ». D’où c’est venu ? Pourquoi aujourd’hui faire un titre en français ?

En fait, cela faisait des années que nous en discutions, nous avions souvent des titres en français pour les chansons, ou une phrase ou deux en français. Mais on repoussait ça. Puis en 2010, nous avons eu une invitation d’un groupe montréalais qui s’appelle Malajube. Ils faisaient un gros spectacle à la Place des Arts, ici à Montréal, et ils voulaient un élément surprise. Ils nous ont demandé, à Voivod, d’apprendre et d’interpréter trois de leurs pièces, qui étaient en français. Puis c’est vraiment en apprenant ces pièces-là que nous avons réalisé que le groupe sonnait bien en français. Nous avons donc fait l’expérience en studio, et nous aimions beaucoup le résultat. J’espère que nous allons répéter l’expérience. Ça dépendra de Snake.

Est-ce que cela ne surprend pas le public anglophone qui vous écoute ?

En tout cas, à date, personne ne s’est plaint. Je pense même que les gens trouvent ça naturel avec Voivod, parce que tout le monde sait que nous sommes québécois.

C’est toi qui dessines les pochettes d’album de Voivod depuis toujours. Comment, à l’origine, en es-tu arrivé à cela ? Avais-tu une formation d’art ?

Je n’avais vraiment aucune formation. Puis c’était vraiment un geste ou courageux ou inconscient d’annoncer à la compagnie de disques Metal Blade que le batteur allait faire la pochette [rires]. C’était ma première peinture. J’avais beaucoup dessiné auparavant, mais jamais peint. J’étais vraiment un fanatique du magazine Métal Hurlant, j’ai beaucoup appris en étudiant Philippe Druillet. C’était mon préféré, et c’est encore mon préféré. Moi, j’ai une formation en sciences, mais aucunement en art ou en musique. J’ai su par après que les gens de Metal Blade étaient aussi très nerveux, puis finalement ils ont ouvert le colis parce que nous avions envoyé la peinture à Los Angeles, et ils ont été agréablement surpris parce que ça représentait bien la musique, et c’était ça le but. J’étais bien placé pour représenter visuellement, parce que j’avais créé le concept plus jeune, c’était difficile pour moi d’envisager que quelqu’un d’autre puisse avoir la vision que j’avais du personnage Voivod, ce qu’il représentait, etc.

C’est vrai que graphiquement, dès le début, tu as tout de suite eu un vrai style, une vraie personnalité. T’es-tu un peu découvert comme ça, et as-tu toi-même été étonné de réussir à donner une personnalité comme ça, graphiquement ?

En fait, c’est très représentatif de l’époque, au niveau des images de Guerre Froide. Moi, mon style a évolué avec la science-fiction, mais aussi avec le fait que je deumeurais à côté d’une usine, ce qui a beaucoup influencé mon art. Ensuite, au début des années 1980, il y a eu un documentaire qui m’a beaucoup influencé et qui s’appelait « Si cette planète vous tient à cœur », de l’Office National du Film ici ; c’était sur l’armement nucléaire. Et évidemment, les groupes comme Ambix, Broken Bones, Discharge, Conflict, ça m’a beaucoup influencé. Ensuite c’était aussi en pleine période de la première génération cyberpunk, avec Mad Max, Blade Runner. Ce sont des trucs qui ont beaucoup influencé mon art visuel, donc quand tu regardes les pochettes de Voivod, c’est très représentatif de cette période. Surtout quand on arrive à Killing Technology, où c’est pendant les événements de l’explosion à Tchernobyl, ou Challenger, des trucs comme ça. Ça représente l’époque. Maintenant, c’est un peu la même chose, sauf que ça parle de Fukushima, ou de mouvements comme Occupy Wall Street [rires]. En général, nous parlons de guerre ou de pollution, de destruction de la planète. Ce sont nos thèmes récurrents depuis le début.

Et on a l’impression que vous avez toujours de la matière sur le sujet…

Effectivement, nous nous influençons beaucoup de ce qu’il se passe sur cette planète, et nous essayons de l’exprimer dans des contes de science-fiction, mais nous sommes très préoccupés, et nous essayons d’en parler.

Justement, à propos du titre de l’album, Target Earth, est-ce que quelque part il n’y a pas une connotation d’invasion ?

En fait, l’invasion vient de l’intérieur, dans le sens où dans Target Earth, c’est un pirate informatique qui prend le contrôle des satellites armés autour de la planète pour faire du chantage vis-à-vis des gouvernements. Nous n’avons pas vraiment besoin d’invasion extraterrestre pour détruire cette planète, nous faisons déjà un beau travail ! [Rires] Peut-être qu’ils vont venir ici et dire : « Ah, cette planète est déjà pourrie, on s’en va, on va en trouver une meilleure, en bonne santé. » La Terre, c’est comme un vieil hôtel crasseux ! Ça va déjà assez mal comme ça, alors si en plus il faut qu’il arrive un paquet de soucoupes volantes avec des lézards, là, on sera vraiment foutus ! [Rires]

Parmi les thèmes de Voivod, il y a souvent ce côté science-fiction, un peu rétro, les extraterrestres… Est-ce que c’est quelque chose en quoi tu crois, les extraterrestres ?

[Réfléchit] Il y a juste les fameuses sphères lumineuses ; Piggy et moi, à Buffalo en 1996, si je me souviens bien, nous avons vu les sphères lumineuses dans le ciel de Buffalo. Mais je n’ai jamais vu la fameuse soucoupe volante, ou bien je ne suis jamais tombé sur un petit gris dans le bois. Donc c’est difficile pour moi d’y croire. Par contre, ça me passionne beaucoup, le paranormal, en général. Donc j’en profite pour en faire des concepts. Je suis plus porté vers le fait de regarder l’aspect multidimensionnel plutôt que l’extraterrestre, surtout avec la physique quantique et des trucs comme ça. Je serais plus porté à regarder dans cette direction si j’étais un chercheur, ufologue ou autre.

Tu disais tout à l’heure que tu avais plutôt un background en sciences. Ça joue énormément pour toi sur les thèmes que tu abordes, non ?

Oui, énormément. Ce qui me passionnait c’était la dynamique des fluides, qui était un peu comme la théorie du chaos, l’ordre dans le désordre, etc., puis la physique quantique. Mais quand nous avons commencé à travailler sur War And Pain en 1984, c’était devenu trop pour moi d’étudier, faire les devoirs, Voivod chaque soir, etc., et quand l’album est sorti, j’ai décidé de laisser les études. Puis j’y suis retourné mais en animation 3D, plusieurs années plus tard, pour l’album Negatron, pour faire la pochette et les vidéos. Début 1980, c’était plus la science et la physique en général, pour moi.

À propos des pochettes et des artworks que tu fais, comment abordes-tu un artwork d’album aujourd’hui ?

J’essaie de représenter encore les musiques, mais c’est-à-dire que si la musique est minimale, il y a des bonnes chances que la pochette soit un petit peu plus minimale. Si la musique est compliquée, je vais essayer de faire quelque chose de plus développé, une scène plus développée. Là, on vend beaucoup de vinyles, donc j’ai décidé de faire quelque chose de très coloré. En plus, les amis nous disaient que la musique était un peu représentative de plusieurs époques de Voivod, donc je me disais que je pourrais peut-être réutiliser des couleurs que j’avais utilisées sur d’autres pochettes. Donc j’ai fait ça très coloré. Au début, c’était supposé être très intergalactique, mais finalement, il y a eu des événements l’an passé, où les étudiants se sont révoltés ici au Québec. Ensuite, tout le monde s’est joint à eux, les mouvements anarchistes, les syndicats, le peuple en général… Ils ont fait des grandes marches où il y avait parfois quelque chose comme deux cent mille personnes, qui passaient directement aux abords de chez nous, parce que ça se passait au parc anarchiste, à côté de ma demeure, il y avait des hélicoptères au-dessus de ma maison… Donc tout ça a fait que la pochette à un peu muté vers quelque chose de plus apocalyptique. J’ai vraiment été influencé par les bruits environnants. D’ailleurs, c’était assez impressionnant. J’ai tout filmé de mon balcon [rires]. Parce qu’il y avait des arrestations massives, des émeutes, c’était vraiment spectaculaire. Finalement, les libéraux ont été obligés de s’en aller, et maintenant c’est le parti québécois qui est à la tête.

Par le passé, au niveau des pochettes d’album, vous ne vous êtes jamais dit : « On va essayer de faire faire ça par quelqu’un d’autre » ? Cette question ne s’est jamais posée ?

Non, pas vraiment. J’avoue que c’est difficile pour moi, parce que je ne peux pas plaire à tout le monde. C’est le même truc avec la musique. C’est difficile de faire quelque chose qui fera l’unanimité visuellement. Donc il y a eu des remarques à chaque fois que j’ai fait une pochette d’album. Il y a eu des remarques désobligeantes, de meilleurs commentaires… Donc il faut vraiment gérer ça calmement, j’imagine. Mais c’est vrai que c’est difficile. Je suis aussi très conscient que je n’ai pas le bagage… Je vois des trucs qui sont vraiment hallucinants visuellement et que je ne pourrai pas accomplir techniquement. C’est sûr que c’est quelque chose qui me préoccupe, parce qu’en étant musicien, je peux juste passer la moitié de mon temps à maîtriser les nouveaux logiciels, comme Illustrator, Photoshop, etc. Je vois des trucs vraiment incroyablement esthétiques, ça serait impossible pour moi d’y arriver techniquement. Parce que je passe énormément de temps avec Voivod, donc la moitié de ma vie je la passe à faire de la musique, et l’autre moitié à faire du dessin pour d’autres groupes, c’est ça ma vie.

Est-ce que ça n’est pas justement les « limites » que tu peux avoir qui donnent finalement du caractère et du charme à ton art ?

Moi, je suis vraiment un fanatique de l’art brut. C’est ça que j’essaie d’atteindre en premier, visuellement. C’est une émotion, qui est reliée au contexte musical aussi. Mais j’essaye de provoquer quelque chose quand même. Parce que c’est vrai qu’on peut voir des trucs hyper développés techniquement, mais qui ne suscitent aucune réaction en regardant l’œuvre. Moi, j’essaie au moins de provoquer une émotion quelconque.

Tu disais que par le passé tu avais déjà reçu des remarques désobligeantes. Quelles sont les remarques désobligeantes que tu aies pu avoir ?

Celle que j’entends le plus souvent, c’est : « On dirait que ça a été fait par un gamin de dix ans » [rires]. J’essaye d’y trouver quelque chose de positif, mais bon, j’essaie de ne pas trop m’en faire. Je n’ai jamais prétendu que j’étais un artiste visuel, et que j’étais même bon en art. Mais je fais vraiment de mon mieux pour présenter la musique du groupe, et aussi la musique des gens qui m’engagent pour faire leur pochette, un T-shirt ou autre. Mais comme je disais tantôt, je vois des trucs qui sont tellement développés que, comparativement, mes œuvres peuvent paraître un peu à caractère naïf.

À propos de Chewy, il est plus jeune que les autres membres du groupe. Sentez-vous cette différence d’âge ?

[Réfléchit] Je le ressens plus au niveau musical, dans le sens où il est probablement plus influencé par des groupes metal technique comme Meshuggah. Nous c’est le contraire, je pense que Meshuggah est plus influencé par notre matériel des années 1980. Donc il y a un côté plus nouveau, technique. C’est un peu la même situation avec Éric Forrest qui était plus dans le courant Machine Head, Fear Factory… Donc nous avons un peu incorporé les influences individuelles de chacun. Personnellement, je suis très rétro, quand j’écoute de la musique c’est soit du vieux progressif, comme Van Der Graaf Generator, ou si je tombe dans le metal, c’est Motörhead, Judas Priest, Iron Maiden, la new wave of British heavy metal. Dans les années 1990, Piggy était vraiment influencé par Tool, maintenant Blacky met beaucoup dans l’autobus des groupes comme Baroness ou Mastodon, et c’est aussi probablement des influences que lui a, personnellement, qui peuvent un peu colorer la nouvelle musique de Voivod, peut-être.

On peut trouver que les albums que vous avez faits avec Éric Forrest avaient un caractère plus industriel, dans certains aspects. Ça venait vraiment de lui, ça ?

Ça vient un peu de tous, mais disons que l’énergie qu’il dégageait au niveau de la voix, et la façon de jouer, faisait que nous avions plus accès à nos racines hardcore. Parce que pour Angel Rat et The Outer Limits, nous étions allés le plus loin possible dans le côté psychédélique du groupe. Puis c’était vraiment un vent de fraîcheur quand Éric est arrivé avec son style, vraiment genre Sepultura, etc. Donc nous sommes donc retournés à nos racines et nous avons pu faire des albums vraiment sombres. Ça a donné Negatron et Phobos.

(Question d’auditeur) Quelle est ta pire expérience de concert ?

[Réfléchit] C’était notre premier spectacle en-dehors de notre ville natale, Jonquière. C’était pas très loin, plus creux dans les bois, il y avait un bled qui s’appelait Saint-Fulgence. C’était un spectacle géré par des motards. Ils n’ont pas du tout apprécié notre musique. À ce moment-là nous avions deux ou trois compositions, mais nous jouions surtout du Tank, Venom, Raven, et je pense qu’eux étaient plus dans l’esprit Led Zeppelin, etc. Donc ils voulaient carrément mettre ma batterie dans le feu [rires]. Nous avons quitté les lieux en catastrophe. Donc c’était une de nos premières expériences. Ils ne voulaient pas nous payer, et quand je me suis plaint, le chef, qui était gros comme un chef – il s’appelait Souffrance -voulait mettre ma batterie dans un feu qu’ils avaient fait et qui était énorme, en plein air. Et je sais que le gars était sérieux. Je savais qu’il pouvait le faire, parce que dans l’après-midi, il avait mis une moto dans le feu. Donc nous avons quitté les lieux en catastrophe. C’était au nord du Québec, dans une région de motards. C’était très rock’n’roll.

(Question d’auditeur) En tant que batteur, que penses-tu de la présence de Brad Wilk sur le prochain Black Sabbath ?

Je ne suis pas vraiment familier avec son style. En fait, tu me l’apprends. J’aime beaucoup Vinnie Appice, j’aime vraiment son style, j’aurais aimé que ça soit lui. Par contre, je ne suis pas familier avec le style de… C’est qui lui, Brad…?

Brad Wilk, de Rage Against The Machine.

Ok, là je vois. Ça me semble un peu étrange, mais bon, je ne peux pas juger. Je vais attendre d’entendre le produit. Mais j’aurais aimé que ce soit quelqu’un de plus haute cour, j’imagine, quelqu’un comme Tommy Aldridge ou Vinnie Appice.

Ou toi, peut-être…

[Rires] Idéalement, j’aurais aimé que ce soit le batteur original de Black Sabbath. Moi, ouais… J’y ai jamais pensé, c’est intéressant. Je pourrais le faire, c’est sûr. J’ai appris sur Black Sabbath, évidemment, dans les années 1970, étant plus jeune.

Avez-vous des choses de prévues au niveau des concerts ? Il y a déjà le Hellfest…

Oui, nous serons au Hellfest, mais aussi à la mi-avril nous irons en Amérique du Sud et c’est là que ça commencera. Nous allons surtout faire des festivals, peut-être une tournée des clubs en Europe, mais beaucoup de festivals européens, surtout, et je crois qu’en mai-juin, nous allons faire l’Amérique du Nord aussi. Nous allons essayer de célébrer le trentième anniversaire avec plusieurs spectacles, mais notre façon de célébrer, c’était plutôt la sortie de Target Earth. Mais faire à nouveau le Hellfest, je suis sûr que ça va être merveilleux, parce que nous avons vraiment eu une super expérience, je crois que c’était en 2009 que nous avions joué là-bas. Nous avions revu nos amis de Down, donc c’était super cool. Éric était venu chanter « Tribal Convictions ». Il avait même fait une petite danse de bûcheron avec Snake, donc ça en dit long sur son rétablissement.

Transcription : Robin Collas.



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