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Interview   

Circle Jerks : Keith Morris, le sniper du punk


Keith Morris c’est le genre de gars qui est toujours là au bon moment. Ainsi, lorsque le guitariste Greg Ginn a formé Black Flag en 1976 et qu’il a fallu trouver un hurleur digne de ce nom pour ouvrir grand les portes du succès avant l’arrivée d’Henry Rollins, Keith Morris était là. Lorsque Circle Jerks s’est formé en 1979 autour de Greg Hetson, Keith Morris était là pour vociférer dans le micro et signer des albums mythiques comme Group Sex en 1980 ou l’excellent Wild In The Streets en 1982. Après pas mal d’années à mener le navire fou Circle Jerks dans toutes les eaux troubles du punk rock du monde, Keith Morris s’en est allé former Off! en 2009 avec le gratteux Dimitri Coats et Steven Shane McDonald – qui a maintenant rejoint les Melvins. Parallèlement à ça, l’ami Morris a aussi mis sur pied Flag en 2013 avec les musiciens du Black Flag des débuts, faisant un pied de nez à Greg Ginn en remportant un franc succès… Keith Morris ou l’art de toujours être là au bon moment.

À l’occasion des quarante ans de la sortie de Wild In The Streets, on apprenait via les réseaux sociaux la reformation de Circle Jerks pour une tournée mondiale avec les membres de la belle époque, à savoir Keith Morris (chant), Greg Hetson (guitare), Zander Schloss (basse) accompagné par le batteur Joey Castillo (ex-Danzig). Pour l’occasion, la formation a même prévu une tournée européenne, trente-cinq ans après son dernier passage sur le Vieux Continent ! Autant dire que l’excitation est bel et bien présente chez les fans, même si cette reformation n’est pas la première et que l’ambiance au sein de Circle Jerks est généralement tendue, voire même explosive.

Dans le cadre de son passage à l’Xtreme Fest 2022, nous sommes allés à la rencontre de Keith Morris pour en savoir plus sur la reformation de Circle Jerks et connaître les tenants et les aboutissants de cette tournée mondiale. Jamais avare en bons mots et toujours prêt à balancer quelques piques sur ses petits camarades de jeu, c’est un Keith Morris sympa-mais-sans-plus qui nous a reçus à quelques heures du passage attendu de Circle Jerks sur scène.

« A un moment donné, j’ai eu vraiment du mal à m’entendre avec les autres membres du groupe à cause d’une situation passée où, en gros, j’ai été viré. Nous avons réglé la plupart de nos différends et pour pouvoir être ici à jouer ensemble, il faut que nous soyons amis. Nous sommes donc amis tant que nous sommes dans le groupe, jusqu’à ce que quelque chose tourne mal. »

Radio Metal : Circle Jerk est de retour depuis 2019. Le groupe s’était déjà reformé de manière sporadique par le passé. Pourquoi avoir décidé de rejouer ensemble encore une fois ?

Keith Morris (chant) : Nous avons eu la possibilité de faire quelques concerts. Il faut savoir que j’ai aussi un groupe appelé Off! et que nous allons bientôt sortir un nouvel album ainsi qu’un film. Entre-temps, j’ai eu pas mal de temps libre et un ami est venu me voir – il se trouve que c’est le manager du groupe. Il m’a dit : « Pourquoi vous ne vous reformez pas pour faire quelques concerts ? » Et nous voilà !

Tu ne joues plus dans Flag, alors ?

Flag est juste une bande de gars qui aiment se retrouver et jouer de la musique. Nous aimerions bien revenir sur le devant de la scène mais le problème dans Flag, c’est le bassiste [Chuck Dukowski]. J’ai soixante-sept ans. Lui en a soixante-neuf et il ne veut pas trop s’éloigner de chez lui. Nous sommes donc un peu à sa merci. Peut-être que nous reviendrons faire des concerts un de ces jours, car nous nous sommes éclatés par le passé, c’était vraiment dingue et amusant. Concernant Circle Jerks, on nous a offert quelques opportunités, mais à un moment donné, j’ai eu vraiment du mal à m’entendre avec les autres membres du groupe – Zander [Schloss] et Greg [Hetson] – à cause d’une situation passée où, en gros, j’ai été viré. Nous avons réglé la plupart de nos différends et pour pouvoir être ici à jouer ensemble, il faut que nous soyons amis. Nous sommes donc amis tant que nous sommes dans le groupe, jusqu’à ce que quelque chose tourne mal ; ça peut vite tourner au vinaigre ! Non, mais je ne pense pas que ça arrive [rires]. Nous nous taquinons un peu et nous nous amusons à faire un tas de concerts.

En 1980, lors de la sortie de Group Sex, imaginais-tu être toujours là quarante ans plus tard ?

Non, pas du tout ! A cette époque, Greg et moi, nous n’étions pas là à nous dire : « On va passer par tous ces bassistes et tous ces batteurs. On voit de quoi sera fait l’avenir et on va continuer à faire ça pendant quarante ans » ou peu importe le nombre d’années pendant lesquelles nous avons fait ça par intermittence. C’était totalement inattendu. Nous ne sommes venus en Europe qu’une seule fois…

C’était il y a trente-cinq ans…

Tu le sais mieux que moi ! Ce qui s’est passé à l’époque, c’est que nous avons fait une tournée européenne d’environ deux semaines et demie. Normalement, quand tu viens des États-Unis et que tu vas jouer en Europe, il faut y rester pendant au moins trois ou quatre semaines, car ça coûte très cher de faire le déplacement. Autant en profiter et faire le plus de concerts possible. Nous sommes revenus de notre voyage en Europe et notre batteur a dit : « On n’a rien gagné. On ne va pas y retourner pour perdre de l’argent » et nous ne sommes pas revenus. Mais maintenant, nous sommes de retour. Il y a certains promoteurs ici qui ne voulaient pas avoir affaire à nous, car ils pensaient que nous n’allions pas vendre de billets et que personne ne viendrait nous voir. Or, si nous étions venus jouer en Europe deux, trois, quatre, six ou huit fois, nous aurions été en tête d’affiche des concerts aujourd’hui.

Joey Castillo a rejoint le groupe récemment. Comment s’est passée la rencontre avec lui ?

Le même jour, nous avons auditionné quatre batteurs dont Joey. C’était tous d’excellents batteurs, mais ils ne convenaient pas à ce que nous faisions. Joey est un fan des Circle Jerks depuis le début, quand il était encore gamin. Il a d’ailleurs joué dans Wasted Youth, un groupe avec Chett Lehrer, le petit frère de Lucky, le premier batteur des Circle Jerks. Quand nous avons auditionné Joey, il nous a demandé vers quel jeu de batterie nous aimerions qu’il se rapproche : celui de Lucky Lehrer, Chuck Biscuits, Keith Clark ou Kevin Fitzgerald. Au final, il y a eu un consensus entre les jeux de Chuck Biscuits et de Lucky Lehrer. Joey a su s’approprier ces deux univers. En plus, il est vraiment adorable, c’est l’une des personnes les plus sympas que je connaisse.

« [Le batteur Lucky Leher] voulait rejouer avec nous mais il ne peut pas suivre. Il est devenu vieux et il joue comme un vieux. »

Lucky Lehrer n’était pas intéressé pour rejoindre Circle Jerks pour les quarante ans de Wild In The Streets ?

Si. Il voulait rejouer avec nous mais il ne peut pas suivre. Il est devenu vieux et il joue comme un vieux. Le truc, c’est que je ne voulais pas avoir affaire avec lui. J’ai discuté avec lui au cours d’un repas et la conversation est partie de travers. Il n’a fait que me parler de lui et de toutes les choses qu’il était en train de faire : ses contrats avec des entreprises qui font des baguettes, des cymbales, des peaux de batterie ou avec un atelier qui fabrique des kits de batterie sur mesure et qui seraient soi-disant les meilleures au monde… Il m’a ensuite raconté une histoire sur un chef d’entreprise qu’il connaît et qui lui a créé sur mesure une caisse claire en béton ! Imagine un peu le poids d’une caisse claire en béton et puis ça doit sonner comme de la merde ! Bref, j’ai donc dîné avec Lucky pour savoir ce qu’il devenait, il en a profité et c’est parti dans un véritable ego trip. Or, l’une des choses qui me dérangeaient vraiment chez Lucky au tout début, c’était son ego.

Après toutes ces années passées à jouer sur la scène punk rock, tu as encore la niaque ? Tu aimes toujours autant le live, plus que la composition ?

Je préfère le jouer live. J’adore cette énergie et cette excitation, l’électricité dans l’air. J’aime l’atmosphère. J’adore voir les gens réagir à ce que nous faisons. Je ne suis pas contre le processus de création, mais il se fait rare avec les Circle Jerks, car tout le monde joue dans les groupes différents. Joey joue avec The Bronx, Zander est un artiste folk – il fait des concerts et vient d’enregistrer un album qu’il cherche à vendre – et je suis moi-même dans Off!. Que peut-on faire de plus ? Off! Vient de faire un film. Je ne sais pas quand il sortira mais il faut qu’il soit prêt pour le Slamdance Film Festival qui se déroule à la même période, dans la même rue à Park City, dans l’Utah, que le Sundance, qui est un très gros festival cinématographique. Ensuite, nous présenterons notre film au Sundance dans la catégorie Midnight Movie, ce sera un vendredi ou un samedi à minuit, à l’heure où tout le monde picole et s’éclate. Notre long métrage est dans la même lignée que ces films cultes que sont Repo Man, The Monkey’s Head ou 200 Motels de Frank Zappa.

Qui s’est chargé d’écrire le scénario du film ?

C’est le guitariste du groupe, Dimitri [Coats], qui a écrit le script. Ensuite, ce dernier a été réécrit huit ou neuf fois en fonction des membres qui étaient dans le groupe. Nous avons fini par stabiliser le line-up. A la base, notre batteur a dit qu’il comptait jouer dans le film, mais il avait apparemment calé une tournée européenne avec son groupe de jazz, il était complètement à l’ouest. Deux semaines avant le début du tournage, il nous a annoncé qu’il ne pourrait pas y participer car il était encore en tournée dans des clubs de jazz. Nous avons donc eu deux semaines pour nous tourner vers notre ami D.H. Peligro des Dead Kennedys pour prendre la place du batteur dans le film. D.H. est génial !

Circle Jerks a récemment joué avec des groupes mythiques comme Negative Approach, 7 Seconds, The Descendants et The Adolescents. Quelle a été la réaction du public ?

Il nous reste encore des dates à faire avec Negative Approach et 7 Seconds à notre retour d’Europe. Nous avons aussi quelques concerts avec The Descendents. Nous allons faire un gros festival – quand je dis « gros festival », je veux dire qu’il fait quinze ou vingt fois la taille de l’Xtreme Fest – avec notamment LCD Soundsystem et The Strokes (le Ain’t No Panic, NDLR), et nous avons deux ou trois concerts avec The Descendents deux soirs avant. Ce sera au Rose Bowl, l’un des plus gros stades de football des États-Unis. Je crois qu’il a une capacité d’environ cent mille personnes, mais il n’y aura pas autant de monde, car ils ne nous permettent pas de jouer dans le stade, nous jouerons à l’extérieur. Mais concernant nos tournées passées avec The Adolescents, 7 Seconds et Negative Approach, tous les concerts étaient dingues !

Comment gardes-tu la forme pour de telles tournées ? As-tu arrêté de boire et de fumer ? Fais-tu du sport ?

J’ai arrêté de boire et de fumer il y a de nombreuses années. J’ai dû arrêter de fumer parce que je suis diabétique. Les médecins m’ont demandé : « Comment souhaites-tu mourir ? D’une crise cardiaque ou bien d’un AVC ? » J’ai donc tout de suite arrêté ! Quant à l’alcool, j’ai arrêté de boire en 1988, ça fait trente-quatre ans. Jusqu’à présent je faisais de l’exercice trois fois par semaine, mais je n’arrive plus à m’y tenir à cause de mon emploi du temps. Tout a commencé à aller très vite, il y avait trop de choses à faire. Il pouvait m’arriver d’avoir trois heures de libres de temps en temps, me permettant de faire de l’exercice pendant une heure, mais il fallait tout le temps être sur la route, c’était trop discontinu, trop fou…

« Aujourd’hui, le problème avec la musique est qu’on peut aller sur YouTube pour voir à peu près tout ce qu’on veut. […] Debout ! Lève ton cul, sors et va faire quelque chose ! »

Le coronavirus a provoqué de nombreux changements dans l’industrie musicale avec notamment une importance grandissante du streaming. De nombreux groupes ont alors décidé de faire des concerts en livestreaming. Est-ce que Circle jerks a pensé à faire ce genre de concert filmé sans public ?

On ne peut pas faire ça ! Ce n’est pas bien. Aujourd’hui, le problème avec la musique est qu’on peut aller sur YouTube pour voir à peu près tout ce qu’on veut. La conséquence est qu’on reste bien assis tranquille à la maison avec son ordinateur, son téléphone ou sa tablette, et on ne vit pas la véritable expérience. On ne ressent pas l’énergie d’une salle. On n’est pas parmi des gens qui sont dans le même état d’esprit et bougent sur la musique. D’accord, je peux regarder un concert de Cream en 1967 au Royal Albert Hall. Je ne pouvais pas y être, donc regarder ce concert est la seule façon pour moi de les voir, mais quand on a l’opportunité… Par exemple, tu entends parler d’un groupe et tu entends quelques-uns de ses titres sur je ne sais quelle plateforme, Spotify, iTune, Apple Music, etc. ou peu importe le moyen. Le mieux, c’est d’aller dans un magasin de disques. Tu entends une musique et tu te dis : « Ça me plait ! Je vais demander au gérant du magasin qui c’est. » C’est toute cette interaction, le fait de se dire : « J’écoute ce groupe parce que j’aime son énergie », « parce que j’adore ce que fait le guitariste », « parce que j’adore les paroles » ou « parce que c’est une bande de gars bizarres ». Quand tu es dans un magasin de disques et que tu tiens entre tes mains un CD ou un vinyle, c’est une opportunité. En gros, c’est la même chose quand on est à un concert, où on se frotte aux gens, il fait chaud, ça sent la sueur, tout le monde boit, s’éclate, se retrouve dans le parking pour fumer et se raconter des blagues, etc. Debout ! Lève ton cul, sors et va faire quelque chose !

Qu’est-ce qu’on peut attendre de toi pour 2023 ?

Nous allons probablement revenir en Europe pour faire quelques dates avec Circle Jerks. En ce qui concerne Off!, sur le premier lot de dates que nous avons, il n’y a que six concerts et je sais qu’il y en a un en France, mais ils vont tous coïncider avec des festivals européens liés au cinéma. Nous venons présenter notre film à ces festivals et faire des concerts – nous espérons faire découvrir le film lors de ces événements. On nous a proposé de participer au Primavera Sound à Barcelone, qui est un gros festival. C’est ce qu’on pourrait appeler un concert d’ancrage pour la tournée, c’est-à-dire qu’il offre une garantie suffisante pour payer tous les allers-retours en avion, la location d’un véhicule, l’essence, la nourriture, les chambres d’hôtel, etc. C’est un tremplin pour le reste de la tournée. Ensuite, on nous a proposé un festival en Pologne, le Off Festival. Ça a parfaitement du sens pour nous, genre : « Pourquoi on n’y a pas joué avant ?! »

Interview réalisée en face à face le 31 juillet 2022 par Vincent BN.
Retranscription & traduction : Vincent BN.
Photos : Geoff Moore (1) & Vincent BN.

Site officiel de Circle Jerks : www.circlejerks.net



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