ENVOYEZ VOS INFOS :

CONTACT [at] RADIOMETAL [dot] FR

Interview   

Claudio Sanchez (Coheed And Cambria), une vie de science-fiction


Tout ce que fait Claudio Sanchez artistiquement est lié à son amour pour la science-fiction. Tous les disques de son groupe Coheed And Cambria ont pour thématique une saga fictive de son invention appelée The Amory Wars, une saga qu’il a également développée en comics, qui devrait également voir le jour au cinéma, voire sur d’autres supports comme… une application smartphone inspirée de Street Fighter !

Après avoir abordé ces sujets d’actualité le concernant, nous ne pouvions pas ne pas le lancer sur la vente par George Lucas de Lucas Films (dont la licence Star Wars) à Disney. Une nouvelle qui, contrairement à de nombreux puristes sceptiques, enthousiasme ce fan de George Lucas.

Interview d’un chanteur qui, par ailleurs, a récemment eu très peur de perdre son instrument.

A propos de The Afterman : « Je n’avais aucun concept lorsque l’écriture de l’album a débuté : c’est venu après la musique. Les chansons étaient donc une sorte de catalogue de tout ce que j’avais vécu ou expérimenté depuis deux ans. […] C’était pratiquement un transfert : prendre ce qui était réel et en faire de la fiction. »

Radio Metal : Tout d’abord, on aimerait savoir comment tu vas, car, apparemment, tu as eu des soucis avec ta voix qui ont obligé Coheed and Cambria à annuler plusieurs shows.

Claudio Sanchez (chant) : Eh bien, le disque est sorti il y a quelques semaines et nous avons eu beaucoup de promotion à effectuer. Au moment où nous repartions sur les routes pour la tournée, ma voix a complètement disparu après quelques shows. Rien n’en sortait : j’étais assez nerveux et je suis allé voir des docteurs à St Louis. Ils ont été estomaqué de voir combien ma gorge était bousillée et m’ont dit que si je continuais à chanter, je pourrais lui infliger des dommages irréversibles. Ils m’ont mis sous antibiotiques et stéroïdes pour que l’inflammation se calme, car il y avait certains trucs dans ma gorge qui les préoccupaient assez. Ensuite, je suis allé voir mon médecin à New York afin d’avoir son avis : le temps que j’y aille, toutes les tuméfactions s’étaient résorbées significativement. Mon docteur m’a dit : « Je m’étais préparé à te donner de mauvaises nouvelles, mais tout s’arrange et en voie de guérison ». Pendant une seconde, j’ai vraiment eu peur, mais il s’est avéré que c’était beaucoup moins grave que nous le pensions. Comme on dit, on n’est jamais trop prudent, et c’était mieux de faire ça que de continuer à faire des shows et réaliser d’un coup que je ne pourrai plus chanter de ma vie. J’ai flippé, mais bon, tout va bien !

Quelle a été l’implication de Zachary Cooper’s (NDLR : le nouveau bassiste de Coheed And Cambria) au niveau du processus d’écriture du nouvel album de Coheed And Cambria ?

J’ai commencé à écrire cet album il y a environ deux ans : la majeure partie de celui-ci était donc, en fait, déjà réalisée lorsque nous sommes entrés en studio. Nous avons auditionné plusieurs bassistes depuis le départ de Mic (NDLR : Mic Todd, l’ancien bassiste de Coheed And Cambria), mais il s’est avéré que beaucoup d’entre eux ne correspondaient pas à ce que nous voulions au moment d’enregistrer. Ils étaient de super musiciens mais en termes d’apport d’idées au niveau musical, ça ne collait pas : on n’était pas sur la même longueur d’ondes. Zachary nous a été recommandé par Michael Birnbaum et Chris Bittner qui ont co-produit l’album avec nous. J’accorde beaucoup d’attention à l’opinion de Chris car c’est un super bassiste et il était un de mes choix pour le poste, et certainement pour l’enregistrement de l’album. Josh (NDLR : Josh Eppard, batteur de Coheed And Cambria) et lui avaient déjà joué ensemble et il y avait donc une alchimie entre eux. Mais ils nous ont recommandé Zachary, alors j’ai suivi leur avis et on l’a auditionné sur quelques démos : il avait vraiment une attitude intéressante. Je me suis dit : « Si j’étais à la place de Zachary, j’aurais la même attitude timide », et j’aimais beaucoup cela. Il avait l’air de quelqu’un avec qui je pourrais vraiment bien m’entendre. Plus nous avancions dans les chansons, plus il les faisait décoller et devenait lui-même de plus en plus confiant dans ce que nous faisions : il a vraiment fait du bon travail. Pour moi, c’est un musicien très doué : tu peux l’entendre sur beaucoup de chansons de l’album. Il peut ralentir le rythme quand cela est nécessaire, mais peut être énergique lorsque c’est approprié : il sait où aller grâce à son grand sens de la mélodie et son jeu est très fluide. Il nous a beaucoup apporté, c’est sûr : plus il était à l’aise, plus on pouvait le voir s’ouvrir, faire son truc et poser sa marque sur l’album.

Nous avons appris que l’ancien bassiste du groupe, Mic Todd est atteint d’un cancer : êtes-vous toujours en contact avec lui ? Sais-tu comment il va ?

Malheureusement, il n’a pas vraiment cherché à nous contacter après son départ du groupe, ni nous d’ailleurs. Pour être vraiment honnête, c’est une porte que je souhaiterais laisser refermée. Bien entendu, je lui souhaite plein de bonnes choses.

« En ce qui me concerne et le groupe, je ne sais pas si je pourrais concevoir quelque chose sans cet élément conceptuel de fantasy. »

Est-ce que les deux parties de The Afterman ont été écrites en même temps ?

Tu sais, j’ai toujours eu l’idée de faire un double album, mais je ne savais pas véritablement comment. Lorsque j’ai commencé à construire le concept du disque, cela tombait sous le sens de le diviser en deux. La première partie décrit essentiellement l’ascension de Sirius (NDLR : Sirius Amory, le héros de The Amory Wars) vers le Keywork, et sa découverte de ce qu’est en fait celui-ci. Le Keywork est en réalité une source d’énergie qui lie toutes les planètes entre elles. C’est la gravité de leur système solaire et Sirius s’y perd. Le disque se termine sur un cliffhanger sonique (NDLR : un cliffhanger est un moment de suspense à la fin d’un épisode d’une série TV ou de livres destiné à tenir en haleine le téléspectateur ou le lecteur) : tu ne sais pas quel est le sort de Sirius. J’aime cela car c’est vraiment mon truc de créer une histoire à séquences, ce qui correspond à créer un « cliffhanger » qui tiendra le lecteur en haleine jusqu’au prochain livre et le poussera à lire la suite. Mon approche mentale était la suivante : « OK, ceci est le livre n°1 qui vous laisse sur ce moment de suspense sonique et le livre n°2, qui est Descension, est quasi métaphorique car Sirius retourne sur sa planète et découvre qu’en son absence, lorsqu’il était dans le Keywork, sa vie a commencé à se décomposer ». Tout ceci résume grosso modo l’histoire de The Afterman. La raison pour laquelle j’ai décidé de la diviser en deux parties c’était que cela tombait sous le sens au niveau du concept.

Que pouvons-nous attendre de la deuxième partie de l’album ?

Musicalement, c’est la suite logique du premier. Nous avons enregistré les deux albums ensemble, donc ils sont très proches. Cet album reflète la descente ou « chute » de Sirius : peut-être que finalement, il se serait battu pour les choses qu’il a détruites. Il se bat contre celle-ci, réalisant qu’il n’y a qu’une manière de réparer celles-là. Voilà comment se termine l’histoire.

En février dernier, vous avez sorti une version acoustique de Sentry The Defiant. Pourrions-nous espérer de voir un jour un live ou un album acoustique de votre part ?

J’aimerais le penser : c’est une chose avec laquelle nous nous amusons, car c’est devenu une partie du groupe.

Tu as déclaré que cet album était le plus honnête de ta carrière. Ce qui est intéressant, c’est que les albums du groupe présentent toujours des mondes et personnages imaginaires : te sens-tu proche de ceux-ci ?

Sans aucun doute. Chaque album de Coheed And Cambria est très personnel pour moi. Toutes les chansons sont des illustrations de ce que j’ai vécu. La raison pour laquelle j’ai dit que cet album était le plus honnête est qu’avant, je savais toujours où j’allais en termes de concept : j’avais donc des repères. Les chansons que j’écrivais engendraient les personnages, et je pouvais aller du point A au point B. Pour The Afterman, par contre, je n’avais aucun concept lorsque l’écriture de l’album a débuté : c’est venu après la musique. Les chansons étaient donc une sorte de catalogue de tout ce que j’avais vécu ou expérimenté depuis deux ans. Lorsque j’ai dû rassembler tout cela, j’ai commencé à utiliser les chansons comme des fiches : les chansons sont devenus ainsi des éléments de l’histoire. C’était pratiquement un transfert : prendre ce qui était réel et en faire de la fiction.

Te sens-tu plus à l’aise dans ce monde imaginaire que dans la vie réelle ?

En ce qui me concerne et le groupe, je ne sais pas si je pourrais concevoir quelque chose sans cet élément conceptuel de fantasy. J’aime juste cela, et aussi le fait que de voir que, en étant capable de prendre ces chansons et de les faire vivre hors des albums, tout devient sans limites. C’est très important et très gratifiant pour moi. Je ne peux concevoir Coheed And Cambria sans cela. Bien entendu, j’adore fantasmer et rêvasser, et je suis sûr que nous tous, en tant qu’êtres humains, nous passons le plus clair de notre temps à faire cela. Je prends mon truc et j’en fais une pièce de fiction qui vit hors des disques, dans un environnement différent. C’est important pour mon bien-être créatif de faire cela et de continuer à le faire avec Coheed And Cambria.

« Nous travaillons sur une application pour iPhone. C’est un jeu style Street Fighter : on a pris dix personnages de The Amory Wars et ils combattent entre eux. […] Les jeux vidéos sont une plateforme intéressante pour raconter des histoires. C’est une manière interactive pour le joueur de participer à une histoire. »

Vous avez réalisé un clip vidéo pour la chanson « Domino The Destitute ». L’histoire de ce clip se déroule dans un univers très réaliste, alors que celle de l’album se passe dans un univers alternatif que tu as créé. Le lien entre cette vidéo et l’album n’est pas très évident à comprendre : quel est-il ? Est-ce que la vie du boxeur que nous voyons dans le clip est une métaphore pour l’album ?

Si tu es familier avec The Amory Wars, tu sais que la planète où vivent Coheed et Cambria est très proche de notre Terre. Tu es surpris quand tu lis les comic-books, car les planètes ressemblent beaucoup à la nôtre, mais plus les personnages voyagent de planète en planète, plus la science-fiction et le fantastique deviennent présents. C’était mon intention de fabriquer des mondes parallèles au nôtre, pour nous donner une sorte de base de départ. L’histoire de Domino The Destitute est la suivante : lorsque Sirius monte dans le Keywork, la première personne qu’il rencontre est Domino. Sirius doit ensuite revivre la vie de Domino, et la vidéo est en fait sa vie. Domino était un boxeur et a réalisé que son ascension vers le succès n’était pas du tout ce qu’il avait supposé et que celle-ci était en fait sa chute. Voilà grosso modo ce que raconte la vidéo : la vie de Domino selon le point de vue de Sirius.

L’acteur Mark Wahlberg et Stephen Levinson de Leverage Productions travaillent actuellement sur « The Amory Wars » en vue de réaliser un film d’action. Quel sera ton rôle dans tout cela ?

A l’heure actuelle, cette collaboration n’en est qu’à ses débuts. Au bout du compte, j’aimerais me voir en tant que producteur, mais comme je l’ai dit, on débute juste le truc. C’est vraiment tout, sincèrement : il n’y a rien d’autre que je puisse dire à ce sujet.

Tu as déjà fait un comic-book, tu travailles sur un film par rapport à cette histoire : quelle va être la prochaine étape ?

Pour moi, la prochaine étape, c’est de continuer à être créatif. J’aime l’idée de ne pas avoir de plan mais de toujours créer, si cela a un sens ! Pour The Afterman, on a pris notre temps, on n’avait pas de label et j’ai juste commencé à créer, sans agenda, et j’ai vraiment aimé cela. Je pense que, à la fin, cela a donné quelque chose de grand d’un point de vue artistique, et certainement avec les idées du concept qu’on retrouve aussi dans le package Deluxe de l’album. Évidemment, le groupe va tourner pour promouvoir The Afterman mais on verra : je continuerai à écrire des comic-books sur la route, et voilà tout.

As-tu jamais pensé à faire un jeu vidéo ?

Eh bien, cela fait quelques années que nous travaillons sur une application pour iPhone. C’est un jeu style Street Fighter : on a pris dix personnages de The Amory Wars et ils combattent entre eux. C’est quelque chose sur quoi nous bossons toujours et on espère que cela sortira bientôt. Mais oui, j’aimerais faire un jeu vidéo au bout du compte : à l’heure actuelle, les jeux vidéos sont une plateforme intéressante pour raconter des histoires. C’est une manière interactive pour le joueur de participer à une histoire : il se retrouve impliqué physiquement. J’aime vraiment ça !

Cette idée d’application pour iPhone à l’air vraiment cool !

Oui, ça l’est : c’est un jeu simple, les contrôles de jeu sont assez faciles à utiliser, c’est donc assez clair. Mais j’aimerais vraiment faire un jeu multi-plateformes qui posséderait plusieurs histoires. On verra.

A propos de George Lucas : « Star Wars est si important pour lui qu’il veut probablement qu’il lui survive. C’est la même chose pour moi et The Amory Wars : c’est pas un boulot où je pointe, non, et comme c’est important à mes yeux, je souhaiterais que cette histoire devienne quelque chose et vive après moi. »

Comme tu aimes la science-fiction, que penses-tu du rachat de Lucas Films par Disney ?

Je pense que c’est super ! Pourquoi pas, après tout ? Imagine, tu commences un business et tu essaies de faire comme George Lucas ! Disney possède Marvel et beaucoup d’autres choses. Feront-ils des nouveaux épisodes qui seront puérils ? Je ne sais pas, mais en tout cas, The Avengers était fantastique, et Disney était derrière !

Ne penses-tu pas cependant que voir George Lucas vendre sa propre saga à quelqu’un d’autre est un peu étrange ?

Pas du tout. Je dois te dire quelque chose : George Lucas n’a pas fait du bon boulot avec les trois derniers épisodes de Star Wars. S’il y a bien quelqu’un qui respecte cet homme, c’est moi : cela a été une source d’inspiration. J’aimerais me considérer comme un George Lucas rock’n’roll, avec toute cette imagination dans ma tête ! Encore une fois, pourquoi pas ? Star Wars est si important pour lui qu’il veut probablement qu’il lui survive. C’est la même chose pour moi et The Amory Wars : c’est pas un boulot où je pointe, non, et comme c’est important à mes yeux, je souhaiterais que cette histoire devienne quelque chose et vive après moi. Donc je pense que ce qui est arrivé est une bonne chose.

Star Wars est un bon exemple : certaines œuvres deviennent tellement populaires que leurs créateurs en sont dépossédés et qu’elles deviennent la propriété du monde. Quelle est ta réflexion sur le sujet ?

Pour moi, en tant que musicien, les histoires n’étaient pas vraiment à l’extérieur de moi-même, mais leur partie concept l’était, ce qui permettait donc au lecteur d’en faire sa propre version. Dans un certain sens, l’histoire devenait la leur, et surtout l’expérience émotionnelle lui étant associée. Tout réside dans l’œil de celui qui voit et lit, tu sais, et dans ce que cela veut dire. J’ai ma propre interprétation de mon travail, mais le lecteur emporte chez lui sa propre vision. Il ne croira pas nécessairement ce que je chante, mais cela va suggérer en lui quelque chose qui résonnera avec sa personnalité.

La dernière fois que nous nous sommes parlés, il y a deux ans, tu nous avais déclaré que tu étais nul en interview : il semble que tu t’améliores ! (rires)

Je crois que je suis plus à l’aise avec mon rôle dans le groupe. Je peux le sentir. Tu sais, c’est une sorte de blague entre nous dans le bus. Je ne suis pas un grand communicant et je crois que j’ai commencé à faire des interviews avec ça dans ma tête. C’est marrant, parce que je dis ça maintenant, mais ce n’est pas du tout la même chose qu’avant : je m’améliore ! (rires)

Interview réalisée le 31 octobre par téléphone
Retranscription et traduction : Jean Martinez – Traduction(s) Net

Site internet officiel de Coheed And Cambria : www.coheedandcambria.com

Album The Afterman: Ascension sorti le 9 octobre 2012



Laisser un commentaire

  • Arrow
    Arrow
    Alice Cooper @ Paris
    Slider
  • 1/3