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Live Report   

Clutch et ses expériences musicales à la Maroquinerie


Avec vingt-trois ans de carrière dans les pattes, Clutch sort son dixième album en mars. Depuis le début de ce millénaire, le quatuor séduit lentement mais sûrement le continent nord-américain. Et cela n’a rien d’étonnant : leurs influences de blues traditionnel avec des grooves de batterie presque jazzy dans un rock/metal typé années 90 se fondent en une madeleine de Proust musicale pour toutes générations. Le pari est risqué mais se teinte petit à petit de succès pour ces quatre musiciens de la vieille école, menés par nul autre que Neil Fallon, également chanteur de The Company Band, ayant par ailleurs prêté sa voix à de nombreux groupes dont Mastodon.

Leur nouveau disque, Earth Rocker, sort le 19 mars prochain. Ce dernier semble s’inscrire dans la droite lignée de Strange Cousins From The West (2009) bien que plus moderne, plus enragé et déjanté. Clutch entame donc un cycle de tournée de deux ans pour promouvoir cet album. Leur dernière date parisienne était en première partie de System Of A Down à Bercy en juin 2011. C’est désormais à une salle plus petite qu’ils s’attaquent, mais en tête d’affiche et à guichet fermé : la Maroquinerie. Pour les accompagner et nous tenir compagnie en début de soirée, Hark, power-trio gallois de sludge, prend la scène en guise d’apéritif.

Artistes : ClutchHark
Date : 25 janvier 2013
Salle : Maroquinerie
Ville : Paris

Bien que décentrée et pénible d’accès (surtout par ce temps glacial de mi-janvier), la Maroquinerie est en train de devenir une salle emblématique de la ville de Paris et un passage obligatoire pour les groupes en pleine ascension. Nous pensons notamment à Devin Townsend, qui foulait les planches de cette petite scène il n’y a pas plus d’un an et demi pour promouvoir ses deux derniers albums, Ghost et Decontruction ; et il s’attaque désormais à des salles trois fois plus grosses telles que le Bataclan. Aucun doute, cette salle modeste au sous-sol sombre – presque glauque – a un charme qui lui est propre. Dans un action-movie bien ricain, cette fosse pourrait accueillir des combats de pit-bulls. Non moins poilus et bien plus bruyants, les metalleux qui occupent régulièrement la place forment tout de même une compagnie plus agréable. Tous tournés vers la scène surchargée de matériel, ils attendent patiemment l’arrivée de Hark. La salle se remplit petit à petit et le groupe arrive enfin, avec un petit quart d’heure de retard.

Le trio de sludge reste propre au style : pas d’entrée théâtrale, une communication minimaliste, des morceaux enchainés, entrecoupés parfois de brefs mercis. Les deux batteries (celle de Hark et celle, inoccupée, de Clutch) séparent la scène en deux, laissant un petit espace à gauche pour Jimbob Isaac au chant et à la guitare et à droite pour Nikolai Ribnikov à la basse. S’ils avaient voulu courir dans tous les sens, c’est fichu. Mais la lourdeur des titres se prête tout à fait à cette immobilité stoïque des musiciens à la présence imposante. Le barbu à la guitare hurle ses textes avec une voix à mi-chemin entre un Phil Anselmo époque Trendkill et un Troy Sanders époque Leviathan. Le bassiste, muni de sa Rickenbacker, fait trembler le sol avec un son plein, gras, chaud, et couvrant légèrement la guitare. Le batteur martèle ses fûts en mid-tempo avec des rythmiques à la fois simples et lourdes. Parfois, la musique n’a pas besoin de plus que cela pour faire mouche. Trois musiciens en transe, dans une atmosphère qui s’y prête. Leur sludge est tout-juste assez varié pour nous éviter l’ennui, allant parfois à la limite du prog sans la traverser. Le public accroche petit à petit, les applaudissements se faisant de plus en plus présents à chaque titre. Le groupe joue son dernier titre, un dernier « merci », et quitte la scène comme il est entré.

Avec Clutch, on est sûr de passer une soirée au poil.

Si l’entrée en scène de Hark était notable par son absence de théâtralité, celle de Clutch est plus subtile. Ils théâtralisent l’absence de théâtralité de leur entrée en scène. En guise de piste d’intro, « We Need Some Money » de Chuck Brown and the Soul Searchers fait chanter le public maintenant bien réveillé. Lorsque la salle commence à reprendre le refrain, Clutch arrive discrètement sur scène. Le batteur s’assoit dans l’ombre, le guitariste au visage caché par sa casquette, le chanteur salue poliment le public. Bien que tête d’affiche, Clutch adopte l’entrée en scène du petit groupe de bar, celui que vous écoutiez distraitement d’une oreille pendant que vous discutiez avec vos amis, tout en sirotant votre demi. Leurs deux premiers morceaux ne se font pas attendre et les titres sont prophétiques. « Pure Rock Fury » nous met un coup de pied dans la face tandis que « The Mob Goes Wild » enflamme la Maroquinerie, qui reprend le refrain « Streets on fire ! » à tue-tête.

Si l’attitude des musiciens, ainsi que leur son et leur sensibilité, donnent l’impression d’être à un concert de blues, Clutch a un sens de la rythmique à faire pâlir Rage Against The Machine. Les riffs simplistes et efficaces au possible appuyés par une basse au son monstrueux (encore une Rickenbacker), le chant souvent très rythmé et parfois monocorde (dans le bon sens du terme), beaucoup d’éléments rappellent en effet les géants de la bande à Tom Morello. Clutch est le fils bâtard de RATM croisé avec du blues. La batterie fait instinctivement taper du pied mais ceux qui tendent l’oreille remarqueront la subtile complexité des plans, combinant souvent des nuances à la ride et à la pédale du charleston (une technique typique du jazz), entrecoupées de breaks tout droit sortis des années 60.

Le groove est inscrit dans l’ADN de Clutch.

Plus que le mélange, c’est la diversité qui fait tout le charme de ce groupe. Entre les riffs enragés de « Power Player », les morceaux de stoner comme « Profits of Doom » (on jurerait du Black Label Society !), l’intro type country au bottleneck de « Gravel Road »… Nous aurons même droit à un solo d’harmonica et d’un pont appuyé à la cowbell par Fallon pendant « DC Sound Attack », nouveau – et premier – titre de leur album à sortir dans deux mois. Des nouveaux morceaux, nous en auront droit à deux autres : « Crucial Velocity » et le titre éponyme, « Earth Rocker », déjà disponible sur YouTube et dont une partie de la salle connaissait déjà les paroles. Si les impros blues se font un peu longues en fin de soirée, dans les grands moments mémorables figurent les deux énormes coups de grosse caisse avant le refrain de « 50,000 Unstoppable Watts », uniquement détrônés par la très attendue « Electric Worry ». Pendant tout le concert, à chaque fois que le frontman prenait une guitare, des membres de l’audience criaient « Bang ! Bang ! Bang ! Bang ! », leur façon de demander ce titre. C’est donc pour faire durer le plaisir qu’ils l’ont placée en fin de setlist.

« Electric Worry » est sans aucun doute un des morceaux les plus intéressants du quartet. Issu de leur huitième album From Beale Street To Oblivion, il trône à la fin de leur set depuis sa sortie. Chaque couplet commence avec un passage de « Fred’s Worried Life Blues » de Mississippi Fred McDowell que Neil Fallon et sa guitare chantent à l’unisson sans accompagnement. Puis une furie rock’n’roll se déchaine, aboutissant sur le fameux refrain « Bang ! Bang ! Bang ! Bang ! Vamonos, vamonos ! » (une référence à la version live de « Boom Boom » de John Lee Hooker). En fin de titre, le frontman salue le public : « Merci d’être venus, on espère vous voir souvent pendant les deux ans à venir, et encore plus pendant les vingt qui suivront ! » et de quitter la scène avec sa bande.

Ils reviendront bien entendu pour un rappel après nous avoir laissés un quart d’heure dans le noir. « Cypress Groove » et « A Shotgun Named Marcus » et un dernier salut « On se voit au Hellfest ! ». Clutch a entamé sa conquête de l’Europe, et si on les verra certes au Hellfest, il y a également fort à parier qu’on les reverra dans de bien plus grosses salles lors de leurs prochains passages dans la capitale française.

Photos : Julien Perez

L’affiche du concert est une création Arrache-Toi Un Oeil.

Setlist de Clutch (source photo : page Facebook du groupe) :

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Galerie photos du concert de Clutch.



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