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Live Report   

Clutch : le boogie-woogie du thermomètre



Ils ont joué « Electric Worry ». Ils sont sortis de scène. C’était énorme. Le concert pouvait s’arrêter.

Vous en voulez plus ? OK…

En juin, le Transbordeur de Villeurbanne, c’était comme un cours de préparation ou de rattrapage du Hellfest : Clutch, The Sword, Bad Religion… Et même si ces derniers ont bien pu servir le public punk rhodanien, les fans de stoner n’ont pas eu la même chance : Clutch a finalement dû annuler toute une partie de sa tournée européenne juste avant d’arriver à Clisson en raison d’un décès dans la famille du chanteur ; et The Sword a annulé son passage dans la salle villeurbannaise le jour même de son passage (la faute, peut-être, à défaut d’autre explication, à de mauvaises préventes avec tout ce déballage de décibels en l’espace de seulement deux semaines).

Autrement dit : il fallait être au concert de Clutch au Transbordeur le 18 juin. Une évidence pour tout une partie du peuple rock lyonnais, des musiciens aux tatoueurs, en passant par bon nombre de têtes fréquemment rencontrées dans tous les grands événements metal de la capitale des Gaules, et qui se retrouvaient autour d’une bière fraîche pour célébrer l’arrivée de l’été et s’hydrater avant une chaude soirée, entassés dans le TransClub (la « petite » salle du Transbo).

Artistes : CltuchThe Socks
Date : 18 juin 2013
Salle : Transbordeur (TransClub)
Ville : Villeurbanne

The Socks : pour une fois qu’on arrive à voir un batteur sur la scène, on ne le lâche pas des yeux.

Mais le thermomètre n’a pas explosé dès la première partie. Si The Socks avait fait une très bonne impression auprès de notre équipe grâce à leur set à la Marquise en ouverture de Karma To Burn l’an dernier, il serait difficile d’en dire autant cette fois. Les chevelus attirés dans le Transbordeur, appâtés par la climatisation n’auront pas été gênés par le quatuor lyonnais, qui a fait couler les premières suées, mais principalement sur les musiciens eux-mêmes.

La masse de fans de stoner ici présents en ont sans doute entendu d’autres et The Socks ne se démarquent pas vraiment du lot. Bien au fait des principaux versets de la Bible Sabbathienne comme de tout un pan du heavy rock des Seventies ou ayant traîné ses jeans dans le desert rock de Kyuss, comme la majeure partie des groupes baignant dans le même genre, cette équipe locale ne cache guère ses influences sous un fin vernis d’originalité. Le groupe avait bien quelques aficionados dans les premiers rangs, pour le reste, c’était écoute et applaudissements polis entre des chansons dont les subtilités ne passaient pas toujours par la sono (comme ce clavier rendu inutile car quasi inaudible). Restait donc surtout le spectacle d’une bande de zicos velus jouant du rock mais avec une préférence pour le batteur, au jeu sauvage, avec un je-ne-sais-quoi de Keith Moon.

Le public, loin d’être essoufflé, se voit néanmoins accorder une demi-heure de pause, en profite pour goûter l’air du soir au bar installé l’été sur le parking du Transbo, avant de se sentir rappelé dans le club…

Clutch : des racines hardcore encore bien visibles.

Une heure et trente minutes plus tard, on en ressortira le corps couvert de sueur, même à des endroits où on ne se doutait pas que de la sueur pouvait en sortir. On jette un œil au téléphone portable, on s’aperçoit que notre photographe nous a envoyé : « Mais qu’est-ce que je suis allé faire des photos à ce concert ? Impossible ! » On s’étonne : on l’a vu survivre à des concerts de hardcore où son passé de rugbyman n’avait pas été de trop, mais là… Il faut dire que la scène basse du TransClub, sans pit photo, ne permet pas de s’y appuyer pour faire de très bons clichés quand ça bouge autant derrière.

Alors les souvenirs reviennent, avec ceux des premiers mouvements de foule qui ont empli ce petit espace d’une grosse bouffée de chaleur qui n’a pas disparu durant tout le temps que les Américains ont passé sur scène et où la clim n’était plus qu’un concept oublié (comme le set des Chaussettes, perdu au fond du tiroir de la mémoire, éclipsé par la performance de la tête d’affiche) dans cet âge de la moiteur, dont le meilleur symbole est ce spectateur qui est allé chercher un peu de répit aux toilettes, adossé à la porte des cabinets, s’éventant avec sa propre chemise, assoiffé de fraicheur, pendant l’accalmie qu’a représenté « Gone Cold » où les guitares électro-acoustiques étaient de sortie et où les corps pouvait se délasser.

Tout avait commencé, bien évidemment, par l’entrée en scène du groupe, immédiatement suivie par le déferlement de leur énergie hardcore (dont les gènes se retrouvent encore affichés sur le bassiste Dan Maines et son inséparable T-shirt des Bad Brains) enrobée dans une âme blues… avec du poil autour. Clutch, c’est bien plus que du stoner. Si la première partie vous avait fait un peu taper du pied, là, la maladie du groove remontait dans vos chevilles, dans vos genoux, et c’était toutes vos jambes qui s’agitaient, entrainant le bassin, jusqu’à se propager dans le haut du corps, les bras qui se dressent, la tête qui remue dans tous les sens… Et parfois jusqu’à décoller du sol, entre pogos, stage-diving et slams.

Jean-Paul Gaster (Clutch), le monsieur Groove.

Pour la musique, un œil à la setlist (cf. plus bas) permet de voir la belle représentation de certains des titres incontournables du groupe (de « The Regulator », issu de l’essentiel Blast Tyrant, au tube « Electric Worry », en passant par le funky « 50,000 Unstoppable Watts »), avec aussi une présence massive d’extraits du petit dernier, Earth Rocker. Des morceaux qui s’enchaînent sans qu’on les voit passer et une interprétation sans tache. Les gars de Frederick, Maryland, font preuve d’un feeling qui n’a rien à envier à leur excellence, et inversement. Tellement irréprochables dans leur jeu qu’il faudrait presque leur trouver un défaut quelque part pour… Pour quoi faire, en fait ? Soit, la communication avec le public ne fait pas vraiment partie de leur performance en concert. Entre les morceaux, on voit plus souvent le chanteur Neil Fallon partir sur le côté s’éponger avec une serviette ou attraper une guitare pour les morceaux qui en ont besoin qu’échanger quelques mots, raconter une anecdote ou deux, avec son audience. Et ce n’est pas un boulot à demander au reste du groupe, déjà très concentré sur leurs instruments pendant l’essentiel du show, dont l’expression corporelle se limite aux seuls mouvements imposés par leur art (alors n’allez pas leur demander un discours avec ça), et qui n’exprimeront pas autrement le reste du temps.

Et pourtant, tout cela n’empêche pas le spectateur de se délecter de cette musique, celle-là même qu’il apprécie déjà sur leurs albums, parfaitement rendue sur scène. C’est le plaisir des oreilles avant tout, puis des corps qui s’abandonnent à ces rythmes sur cette sauvage piste de danse. Pour les yeux, il est possible de se repaître du charisme de Fallon, un frontman qu’on aurait envie de comparer à un certain Iggy, tant ses camarades autour de lui rappellent les discrets Stooges (mais ce serait diminuer l’importance de ces musiciens), absorbant par conséquent toute l’attention, même avec peu de mouvements, rien qu’avec son visage qui passe par trente six expressions à la minute, ou à un Screaming Jay Hawkins qui nous jette un sort avec ses « woohoohoohoo » pendant « Earth Rocker ».

Neil Fallon (Clutch) : un frontman dont on peut dire qu’il a de la gueule.

Au bout d’une heure et quart, le show aurait pu prendre fin : Clutch avait coincé son public dans tous les coins, au sol, dans les escaliers et il ne lui restait qu’à l’achever. C’est ce qu’il fit avec « Electric Worry », qu’il assène et assène encore. Le public est chaud bouillant, saute, chante, lance ses bras en l’air et aurait pu avoir là le meilleur des finals. Mais familiarisé avec la tradition des rappels… eh bien, le public rappelle le groupe qui avait déjà quitté le club avec à peine plus de mots qu’il n’en a fourni tout au long de la soirée. Il se passe quelques minutes durant lesquelles on a cent fois le temps de se dire que c’est peut-être bien fini, que Clutch avait seulement choisi de ne jouer qu’un bloc, sans artifice (et surtout pas celui des rappels) et qu’il ne serait pas si naïf de croire cette fois qu’on ne nous fait mariner pour une vieille tradition (d’ailleurs, à voir la feuille de leur setlist, on constate qu’il n’y avait rien de noté après « Electric Worry »). Mais son public en redemande, on s’imagine le groupe se demander s’il ne devrait pas revenir sur scène, pour cette foule dont la sauvagerie grimpe. Et le groupe revient. On a véritablement l’impression qu’il y a quelque chose d’imprévu dans leur retour. Cette foule est sauvage, alors offrons lui son hymne : « The Mob Goes Wild ». Il était donc possible de finir encore mieux…

Plus tard, dans un autre texto, notre photographe nous avoue qu’une fois son travail fait (quand on ne vous accorde que les trois premiers titres pour le faire et qu’on ne vous laisse pas continuer dans les gradins, c’est vite fini), et même si ce qu’il a vu était énorme, il n’avait pas pu rester au-delà de la première moitié du concert, se consolant en se disant qu’il reverrait le groupe au Hellfest. L’histoire a finalement démontré qu’il ne fallait absolument pas manquer les quelques arrêts de Clutch en France le mois dernier, car sinon c’est lui qui vous manquerait.

Setlist (source : page Facebook du groupe) :

Photos : Spaceman



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