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Metalanalyse   

Clutch : les rockers reviennent en cavalant


Pour un album de Clutch, Earth Rocker est un nom qui sonne à merveille. Clutch ou les rockers de la Terre : ces musiciens bien ancrés dans la pesanteur de leurs riffs, campés dans ce hard rock veiné de blues à la voix caillassée. L’album Strange Cousins From The West s’accrochait plus fermement encore que son prédécesseur à ses racines urban-blues, « Motherless Child » ouvrant la démonstration d’un Clutch presque fiévreux immergé dans son Amérique profonde.

Avec ce nouvel opus, Clutch pousse-t-il le parti pris encore plus loin pour tourner résolument blues, peut-être même jazzy ? L’artwork de Earth Rocker s’amuse à nous proposer une autre piste : un chef amérindien stylisé qui serre dans ces mains le manche d’une guitare sur fond de désert au ciel étoilé. Clutch prendrait la route du Grand Ouest et des réserves indiennes. Clutch plongerait dans les vibrations chamaniques des tribus d’Amérique : « Earth Rocker », le beat de la terre et la mélodie des éléments. Une évolution – pourquoi pas – possible après Strange Cousins From the West ?

Fausse piste. Earth Rocker est tout sauf un album new age : ce sont quarante-cinq minutes de ce « bon vieux rock » qui excite le rhythm and blues des villes et des campagnes. Pas d’indien du désert en vue, c’est une route d’asphalte qu’avalent les musiciens du Maryland. Clutch semble vouloir renouer avec un hard rock plus classique. Les premiers morceaux de Earth Rocker marquent par leur format simple et direct : Clutch reste sur des bases connues qu’il semble épurer jusqu’à ne garder que l’essentiel. L’opener « Earth Rocker » au punch dévastateur tiendrait aisément le rôle d’hymne rock’n’roll du groupe. « Crucial Velocity » retient ses riffs sur les couplets pour laisser jouer les silences et donner de l’espace à la concision du batteur. Clutch préserve également l’énergie rythmée et positive de sa musique. Le son garde ses tonalités chaudes de rock métal cuit au soleil, et certains morceaux comme « Oh, Isabella » ou « Book, Saddle & Go » n’auraient pas défiguré Strange Cousins From The West.

Clutch tient la longueur d’un album en alternant quelques morceaux mid-tempo qui s’abattent avec une lourdeur familière comme « D.C. Sound Attack » et des morceaux plus nerveux au rythme quasi-effréné tel « Cyborg Bette ». Car Earth Rocker est globalement un album qui carbure à un tempo élevé qui culmine sur les riffs précipités de « Unto the Breach ». Le chanteur Neil Fallon explique à MetalPaths en octobre 2012 : « Je pense que tourner avec Motörhead a eu un grand impact sur nous. Nous avions tourné avec eux avant, mais cette fois, d’une certaine façon, nous les avons vraiment écouté, ils allaient très vite et ça a fait ‘Tilt’ dans nos têtes et ça a pris une grande place dans l’écriture de cet album. »

La plupart des morceaux rentrent dans le vif du sujet dès les premières mesures. Comparé à la quasi-invariable alternative guitare/batterie de Strange Cousins From the West, les introductions sur Earth Rocker sont aussi plus variées sur la forme. Corollaire de l’accélération globale du tempo sur l’album, les riffs sur Earth Rocker sont plutôt bavards et les soli proposent plusieurs morceaux de choix – dont celui notable sur « Unto The Breach ». Earth Rocker mérite une écoute attentive car les détails sont nombreux et donnent toute leur force à des compositions qui évoluent dans un style très souvent revisité. En milieu d’album, « Gone Cold » répond à « Abraham Lincoln » qui était présent sur l’album précédent : Neil Fallon chante sur un interlude groovy et jazzy à souhait en vrai crooner mélancolique. C’est un morceau qui ouvre un autre horizon musical pour Earth Rocker mais qui reste une exception, attaqué dès ses dernières notes par les riffs alourdis de « The Face ».

Earth Rocker est une sorte d’hybride dont le son et les influences héritent des deux derniers albums : pas tout à fait aussi clair et électrique que sur From Beale St. To Oblivion, pas tout à fait aussi étouffé et épaissi que sur Strange Cousins From The West. Clutch avait entamé une immersion de plus en plus marquée dans le blues : le groupe rétropédale sur Earth Rocker en réaffirmant sans ambigüité son background hard rock. Neil Fallon va même jusqu’à dire sur DC Heavy Metal en décembre dernier : « Je pense que [ce] qui ressort d’une certaine manière […] c’est que l’influence blues avec laquelle nous avons flirté sur les derniers disques est plus ou moins absente de ce disque, ce qui n’est pas vraiment arrivé intentionnellement jusqu’à ce que l’on regarde en arrière. »

Une chose est certaine, Clutch ne rompt pas avec son identité musicale passée et démontre une nouvelle fois son aisance dans ce monde rocailleux et rythmé qu’est le sien : Earth Rocker proclame un hard rock direct à la finition impeccable qui laisse entrevoir, au détour de certaines mesures, les potentielles futures cibles à portée de tir du groupe.

Album Earth Rocker, sortie le 19 mars 2013 chez Weathermaker Records



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