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Chronique   

Code Orange – Underneath


Au petit jeu des devinettes sur qui seront les groupes de demain, le nom de Code Orange revient régulièrement sans toutefois réaliser de grands coups d’éclat. Corey Taylor lui-même a adoubé le groupe : Code Orange devrait être l’un des groupes majeurs des années à venir au sein de la scène extrême. Formé en 2008 en Pennsylvanie, Code Orange s’orientait en premier lieu vers un punk frontal avant d’alourdir son propos, et son premier opus Love Is Love/Return To Dust (2012) laissait déjà entrevoir les caractéristiques du groupe : un plaisir non dissimulé pour trimbaler l’auditeur à sa guise, malmené par la pléthore de dissonances, de breaks tranchants et abrupts. Leur dernier effort en date, Forever (2017), a été plébiscité et a entériné le statut d’étoile montante de la scène hardcore, jusqu’à concilier accroches mainstream et identité extrême au sein de la même musique. Avec Underneath, leur quatrième opus, Code Orange doit peut-être pour la première fois se soucier des attentes. Tout le monde sait qui il est désormais. En d’autres termes : Underneath sera scruté comme aucun de ses prédécesseurs ne l’a été.

La production de Code Orange rend parfaitement justice à ses velléités esthétiques : elle a ce qu’il faut de sale et de sombre et la subtilité nécessaire pour faire émerger les rares moments de clarté. Le maintien d’une identité sonore parfaitement identifiable est dû à l’implication du batteur Jami Morgan à la production, assisté d’un mastodonte en la présence de Nick Raskulinecz. L’introduction ambiante « (deeperthanbefore) » évoque les sonorités des œuvres de Georges A. Romero revisitées, avec cette voix de fillette qui interpelle « let’s take a good look at you ». La pesanteur lugubre est très vite brisée par un brouhaha de dissonances et de cris stridents, laissant place à la mélodie d’introduction de « Swallowing The Rabbit Hole ». Il aura fallu moins de deux minutes à Code Orange pour planter le décor avant d’asséner son premier riff saupoudré des traditionnelles articulations dissonantes. « Swallowing The Rabbit Hole » fait office de grande présentation des éléments de la musique de Code Orange sur cet opus : un jeu de batterie singulier qui évoque parfois les boucles indus, de multiples sonorités et effets de cassure électroniques, des guitares acérées dans la plus pure tradition du hardcore, des breaks à donner le tournis et une voix vociférante légèrement trafiquée pour obtenir ce côté crade. « In Fear » ne déroge pas à la règle, il amplifie d’ailleurs tous ces traits, confirmant la place prépondérante prise par le travail de programming qui participe à la couleur singulière du disque. Code Orange alterne entre l’efficacité de son riffing et les nombreuses coupures très brèves pour ne jamais laisser de répit. Comme si le groupe n’entendait pas nous laisser profiter de son sens du groove et récusait toute idée de confort. C’est là que le génie de Code Orange intervient : il nous offre quelques bouffées d’air seulement lorsqu’on est à bout, faisant intervenir des plages mélodiques embellies par la voix féminine de Reba Meyers. Quitte à embrasser légèrement le terrain d’une sorte de pop agressive le temps de quelques secondes sur « You And You Alone ». « Who I Am » se rapproche du trip-hop de Massive Attack avant de définitivement s’embarquer pour un rock lourd qui nous renvoie aux années 90. « Who I Am » peut aisément jouer le rôle du single parfait, quitte à tromper sur le reste de la marchandise.

C’est définitivement la singularité de Code Orange : l’alchimie entre ingrédients extrêmes et arrangements grand public. Le groupe parvient à nuancer les aspects les plus torturés de sa musique (le travail des voix sur « Cold.Metal.Place » transforme Eric Balderose en véritable monstre) avec une science de l’accroche. En réalité, Code Orange joue en permanence un rôle d’équilibriste. Tout est une histoire de dosage, une question de savoir si une composition sera un condensé de violence comprenant quelques éclaircies ou si elle se voudra plus tamisée, comprenant des élans de brutalité. Dans les deux cas, Code Orange réussit sa partie. « Sulfur Surrounding » qui reprend les voix de la fillette en introduction appartient à la deuxième catégorie. Code Orange honore la tradition des grosses productions made in USA avec des refrains hauts en couleur en incorporant un jeu sur les samples que la folie des Nippons de Sigh n’aurait pas renié. Le groupe se permet néanmoins quelques petites exceptions : « The Easy Way » porte très bien son titre en proposant une sorte de metal indus au refrain ultra-entêtant, presque cheesy. Que les puristes se rassurent, le hardcore bas du front d’« Erasure Scan » rappelle que ce n’est qu’une incartade. « Underneath », qui met une dernière fois en avant les jongleries de Code Orange entre agression déstructurée et refrain grisant, clôt les débats en laissant miroiter les futures orientations musicales possibles de Code Orange, parfois plus proche d’un Nine Inch Nails que d’un Converge.

Code Orange a de beaux jours devant lui. Il honore à la fois ses racines underground (Underneath reste fondamentalement un album de hardcore moderne à la violence incontestable) et joue ce qu’il faut du jeu des grosses productions sans transiger sur qui il est, de la même manière qu’il fusionne démarches organique et synthétique. En résulte une hybridation très complexe à réaliser et qui dévoile tout son potentiel sur la durée, pour peu qu’on ne soit pas rebuté par les premières écoutes difficiles à saisir et la longueur relative d’Underneath qui empêche de faire émerger immédiatement certains titres. Une fois la barrière franchie, on peut rejoindre le camp des avocats de Code Orange. Il sait répondre aux attentes.

Chanson « Swallowing The Rabbit Whole » :

Clip vidéo de la chanson « Underneath » :

Album Underneath, sortie le 13 mars 2020 via Roadrunner Records. Disponible à l’achat ici



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