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Chronique   

Combichrist – One Fire


À l’heure où Rammstein semble phagocyter tout l’espace médiatique autour du metal dit « industriel », certaines figures reviennent en faisant moins de vagues. Combichrist incarne ce statut culte, celui d’un groupe unanimement reconnu comme l’une des figures de proue du genre. Après seize ans de carrière, la discographie du monstre norvégien est passée par tous les états, jusqu’à atteindre le stade de l’expérimentation avec We Love You (2014), puis This Is Where Death Begins (2016) et ses ingrédients plus heavy où la guitare prédomine. Andy LaPlegua semble satisfait des horizons explorés, c’est pourquoi One Fire, neuvième album du groupe, revient aux origines. Celles d’un indus sombre, aux sonorités électro agressives et à la production brute.

Pour faire simple, Andy LaPlegua voulait reprendre ce qu’il estimait de plus pertinent dans les jeunes années de la formation en y adjoignant l’expérience que cette dernière a acquise aujourd’hui. L’introduction, faite de bruits de foule et de sirènes de police, ne tarde pas à donner le ton : One Fire se parcourt sous tension. « Hate Like Me » fait office de titre rentre-dedans, avec un Andy LaPlegua qui se met à vociférer presque à nu. L’instrumentation est minimaliste : un beat agressif qui nous renvoie au début des années 2000. Le titre évoque explicitement le contraste entre le confort actuel du frontman et son jeune alter ego, qui l’aurait méprisé : « What happened to you, you used to hate, like me ». « Broken United » accentue l’impression, la musique est cette fois émaillée de cassures, le chant est écorché, seulement nuancé par quelques murmures et le riffing massif rapproche la composition d’un standard du hardcore sombre. Seul le pont parsemé de notes de piano se veut être la caution mélodique, petite respiration au sein d’une chanson qui fait office de thérapie. Cette violence omniprésente ne fait que s’accentuer, avec toujours une fusion entre arrangements électroniques aux antipodes des chantres de l’EDM actuel et le metal le plus agressif : le thrash punk de « Guns At Last Dawn », et ses élans frénétiques qu’on confondrait aisément avec du Ministry, accueille la participation de Burton C. Bell de Fear Factory au chant. Celui-ci se prête au jeu de la fureur ambiante, prêt à scander « Shotgun Ready » que la foule reprendra avec toute l’intention nécessaire…

One Fire tire toute sa puissance de l’atmosphère malaisée qu’il cultive du début à la fin, en témoignent les beats et sons aggrotech vicieux de « Last Days Under The Sun », puis l’ambient « The Other » qui termine l’opus de la manière la plus déconcertante. Car même lorsqu’il choisit de lever le pied sur les titres saturés, à l’instar de l’électro « Lobotomy », Combichrist invite l’auditeur dans une petite comptine sur les ravages de l’alcool et sa nécessité pour certaines personnes, à la fois remède temporaire pour les maux les plus profonds et sorte de bride qui les empêche de commettre les pires atrocités (« Pour me another a tall boy, I’m sure it’s gonna hurt tomorrow, just don’t wanna hurt tonight »). Andy LaPlegua fait entrevoir une multitude de registres vocaux différents : « One Fire » a un refrain hymnique pleinement destiné à l’expérience live, tandis que les couplets font la meilleure impression du Trent Reznor contemporain avec un chant presque murmuré. Le titre est un condensé de ce que Combichrist fait de mieux : se livrer à une transe cathartique capable d’exorciser les pires démons le temps de quatre minutes. Plus incongru est « Bottle Of Pain », constitué de guitare acoustique et d’arrangements de cordes qui lui confèrent des airs de folk orchestrale. On est partagé entre prendre l’exercice totalement au sérieux (le titre entretient d’ailleurs une forme de parenté avec « The Evil In Me » sur We Love You) ou y voir une part de second degré. L’exubérance de Combichrist se retrouve en outre sur la reprise de « California Über Alles » de The Dead Kennedys, très proche de l’original malgré des arrangements qui noircissent considérablement l’interprétation. « California Über Alles » joue le rôle de caution politique de l’opus, on ne peut plus pertinente lorsqu’on connaît l’état de la sphère représentative américaine aujourd’hui.

One Fire est exactement ce que voulait Andy LaPlegua. C’est un nouveau regard sur ce qui motivait Combichrist à ses prémices. Il y a cette volonté de retrouver une forme de transe, d’immersion totale dans un univers froid et brutal qui parvient à nous faire expulser nos frustrations. Combichrist n’abandonne pas complètement les expérimentations (« Bottle Of Pain » ou le bien nommé « Interlude » le démontrent), mais il les canalise pour servir son propos originel. Dans tous les cas, on ne peut que louer le soin apporté à ce qui est une revisite du metal industriel et de son essence.

Clip vidéo de la chanson « Understand » :

Album One Fire, sortie le 7 juin 2019 via Out Of Line Music. Disponible à l’achat ici



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