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Éditorial   

Comment ne pas se décourager ?


« Dans les épopées, les héros n’échouent jamais dans leur volontarisme, ils n’échouent que du fait de forces qui leur sont supérieures. Moi, j’ai envie de montrer des héros qui n’ont plus envie. » Alexandre Astier, à propos de la saison 5 de Kaamelott.

Faire le choix de travailler dans le milieu de la musique ou dans toute activité de création, artistique ou entrepreneuriale, implique d’accepter de fournir des efforts démesurés pour des résultats lents et rarement à la hauteur de l’investissement en énergie.

« Il ne faut jamais se décourager ! »

Quel musicien n’a jamais entendu cette phrase à la con accompagnée d’un sourire béat des plus exaspérants de la part de personnes étrangères à cet univers qui n’ont pas la moindre idée de ce dont ils parlent et qui n’ont visiblement jamais fait face à ce qu’est réellement le découragement. Se décourager, ce n’est pas s’énerver parce qu’on n’arrive pas à progresser en shredding. Ce n’est pas se lasser de faire ses gammes au bout d’un quart d’heure.

Se décourager, c’est prendre peur face au chemin qu’il reste à parcourir. C’est se sentir impuissant et fatigué face à la montagne d’obstacles qui se dresse sur votre route. C’est faire face à une déception de trop face à une lueur d’espoir. C’est, pour peu que les autres domaines de votre vie soient également affectés, voir chaque pan de votre monde s’effondrer et voir votre rêve s’éloigner plutôt que se rapprocher. Se décourager, ce n’est pas douter, c’est être certain qu’on n’y arrivera pas.

« C’est parce qu’on imagine simultanément tous les pas qu’on devrait faire qu’on se décourage, alors qu’il s’agit de les aligner un à un. » Marcel Jouhandeau

Tous les « Allez courage ! », les « Il ne faut pas se décourager » et autres « Je t’envoie toutes mes ondes positives » et « Tu vas y arriver » de merde n’ont donc tout simplement pas leur place ici et pas le moindre effet, si ce n’est de vous irriter encore plus puisqu’il ne s’agit plus de soutenir quelqu’un qui doute. Il s’agit de lutter contre une certitude. Alors que faire ? Continuer à lutter alors qu’on n’y croit plus ? Pas sûr que ce soit très efficace…

Alors laissez tomber. Arrêtez tout, découragez-vous un bon coup. Un soir, un weekend, une semaine. Pleurez jusqu’au sommeil, comme un gamin. Devenez un cliché de série télé. Regardez la pluie avec un air pénétré en écoutant du Johnny Cash ou du James Blunt. Ne faites rien jusqu’à avoir honte de vous : si le cœur se décourage, c’est votre fierté qui doit vous réanimer à coups d’électrochocs. Le découragement est une forme de mort. Ne luttez pas : renaissez.

Plus globalement, ne vous dites JAMAIS qu’il faut travailler sans relâche, sacrifier toute vie sociale, sentimentale pour y arriver. Cela ne rendrait les moments de doute que plus difficiles. Le laisser-aller, les respirations, la prise de recul ont autant d’importance que le travail en lui-même. A essayer tous les parfums du magasin, on en perd son odorat. A passer la journée à retoucher le son de son album, on en oublie ce qu’on cherche. N’importe quel coach en musculation insistera pour que vous respectiez SCRUPULEUSEMENT le temps de repos entre deux séries. Évidemment qu’il faut parfois se forcer à se lever, à travailler les rudiments, à passer la nuit à faire les petites annonces de recherche de musiciens. Mais veillez bien à ne pas éteindre la flamme, l’once de plaisir qui vous guide dans votre projet.

Méditez donc sur ces propos d’un mec très sage, qui n’a jamais dit qu’il voulait que le line-up originel des Guns N’Roses se reforme :

« Les gens s’entraînent beaucoup trop. Si tu passes dix heures par jour, tous les jours et pendant des années à jouer, eh bien, dans ces dix heures tu ne progresseras pas autant que si tu étais resté bien concentré pendant deux heures. Tu devrais passer le reste de ton temps à profiter de la vie ! […] Ça ne t’aidera en rien musicalement, ça ne t’apportera rien d’intéressant. Tu as besoin d’être quelqu’un d’intéressant et tu dois vivre des choses, des expériences. Tu dois ressentir des choses, les bonnes comme les mauvaises.[…] C’est ça que tu pourras ensuite faire partager à travers ta musique.[…] Rien ne serait pire que de regarder en arrière après trente ans de guitare et se dire : ‘Qu’est-ce que j’ai fait de ma vie? Eh bien, je suis resté assis dans ma chambre et j’ai joué’ (rires). Il faut qu’ils aient vu le monde et fait des tas de choses, qu’ils aient eu d’autres centres d’intérêt et qu’ils soient entrés en contact avec plein de gens différents. […] Si tu veux faire de la musique intéressante, tu dois vivre une vie intéressante et ressentir bien plus de choses que ce que tu ne pourrais ressentir en gardant constamment tes mains sur ta guitare. »

Amen.


Dans son livre « L’homme qui voulait être heureux », Laurent Gounelle donne, par le biais d’un vieux guérisseur de Bali, un conseil précieux que toute personne qui souhaite réaliser son rêve devrait suivre. Conseil que je vous souhaite vivement de suivre : ne parlez pas à ces niais qui n’y connaissent rien et qui vous réserveraient un « oh, ça va passer » hypocrite. Ni à ceux qui vous encourageraient trop béatement et gratuitement. A l’inverse, évitez aussi ceux qui entretiendraient ce découragement, consciemment ou non, par jalousie, manque de confiance en soi ou pessimisme naturel. N’allez donc pas parler au musicien raté et blasé. Ne vous adressez qu’à ceux qui ont votre confiance par leur sincérité ou à des professionnels du milieu, ceux dont les conseils et l’expertise s’avéreront bien plus pertinents. Ceux-ci sauront redonner un réalisme à votre rêve.

Puis rassurez-vous : ceux dont l’optimisme n’a jamais tari n’ont pas accompli grand chose.



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  • Je ne connais rien au monde de la musique mais cette article résume mot pour mot mon état d’esprit
    Je suis totalement découragée je pleure depuis trois jour en cachette mon conjoint n’est d’aucun réconfort.
    Pleurer me fait du bien
    J’étouffe j’aurais besoin d’un soutien mais bon

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  • Au vu de la surcharge de travail pour mes études depuis deux semaines poussant à faire charette (ceux qui connaissent ce termes comprendront), cet article tombe au bon moment, ca donne un autre point de vu sur le sujet.

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  • « N’importe quel coach en musculation insistera pour que vous respectiez SCRUPULEUSEMENT le temps de repos entre deux séries » : influence de la méthode Lafay, hm ?

    Plus dans le sujet, j’ajoute gratuitement l’idée sorti d’une petite conversation avec Manu Livertout, prof de guitare au MAI, le genre de gars qui taffait 12h par jour sa guitare, même dans les chiottes du collège. Le résultat est là (shred parfait, groove, etc..) mais il m’a dit qu’il regrettait un peu d’avoir passé autant de temps dessus, et essait même aujourd’hui de jouer « moins prpre »…

    Sinon je l’avais lu ce livre, il m’avait paru un peu borf, genre de bouquin où l’on dit ce que tout le monde sait déjà… Mais peut-être que tout le monde ne le sait pas, justement :p

    Merci pour cet article vraiment important, je pense, surtout de nos jours…

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  • Très bel article Metal’o!

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  • Cuthalion DK dit :

    Je dirais simplement bravo pour ce magnifique article, tellement vrai!

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  • Aujourd’hui, le blog du Doc version Metalo ! =p

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  • Je ne sais pas si vous êtes d’accord, mais j’ai l’impression que les musiciens qui ont déjà vécu « l’épreuve du courage » (s’étant entraînés avec sérieux durant plusieurs années, sans se décourager) réagissent très bien face à d’autres épreuves de la vie nécessitant un courage de longue durée (études intenses, maladie, etc). Comme si le fait de vouloir progresser, de vouloir aller plus loin, nous donnait une force d’esprit.
    Comme quoi l’effort, certes long et difficile apporte une récompense assez extraordinaire!
    Je me forme pour un métier de la création, et bizarrement, j’ai l’impression de bien mieux tenir le coup que mes collègues de promo… Et les résultats sont là!
    Et comme tout bon musicien, on se doit de se concentrer et faire un effort intense durant une durée de – comme le dit si bien Bumblefoot – maximum deux heures par jour, ce qui nous apprend à concentrer nos efforts, et nous évite de nous « éparpiller ».
    La musique nous apporte tellement…

    Merci pour ce magnifique article!

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    sakuchaoran

    bonjours a tous . je suis actuellement dans cette phase de découragement intensif. je suis dessinateur amateur, mais au fil des années j’y ai pris une passion devorante, et aujourd’hui chaque échec dans ce que j’essaie d’atteindre me revient a la face comme un boomerang . de plus le simple fait de voir que mes amis eux , y arrivent , ça me démoralise encore plus . la clique du « oh tu t’enerve? ben y faut pas!  » des « vas sy on est avec toi » et sans parlezr de ceux qui viennent mêler leur sort au mien pour se plaindre et me faire comprendre qu’ils ont un probleme plus grave que le mien , je n’ai que ça. j’ai un tres bon ami, qui lui me soutient et me donne des astuces , mais a cause de tout les autres qui m’oripilent et m’enfoncent encore plus , je suis imbuvable avec lui . je ne sais plus quoi faire pour relever la tete, etant pourchassé constamment par un sentiment d’infériorité . si quelqu’un a des solutions , je prend . sinon merci au moins de m’avoir lu ^^

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