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Interview   

Conception : histoire d’une renaissance


Que la nouvelle fut bonne lorsqu’on on a appris en mai dernier que, vingt ans après leur séparation, Conception se reformait. Petit historique : ayant sévi de 1989 à 1998, Conception a sorti quatre albums de metal progressif racé – pour ceux qui ne connaissent pas, jetez donc une oreille sur le sophistiqué In Your Multitude ou le plus catchy Flow –, avant de stopper net sa carrière. Ses membres ont alors pris chacun des chemins divergents : Roy Khan a connu le succès en devenant le chanteur emblématique de Kamelot pendant treize ans, le guitariste Tore Østby a poursuivi son exploration du metal progressif avec Ark le temps de deux albums, dont l’incontournable Burn The Sun, le bassiste Ingar Amlien est parti vers des horizons de metal extrême en devenant le leader de Crest Of Darkness, et le batteur Arve Heimdal a plus ou moins raccroché les baguettes.

C’est donc fort de toutes ces expériences professionnelles, mais aussi d’expériences personnelles parfois douloureuses, que le quatuor nous revient aujourd’hui avec My Dark Symphony. Un EP conçu en autoproduction, sans l’aide du moindre label, mais avec l’aide des fans via une campagne de financement participatif. Le résultat dévoile un Conception nouveau, toujours aussi raffiné mais ayant gagné de nouvelles dimensions. Nous avons pu joindre Roy Khan et Tore Østby afin d’en discuter et de tout savoir sur ce retour auquel on n’osait plus croire.

Nous en avons également profité pour revenir avec Roy sur son départ de Kamelot et demander à Tore s’il pourrait également relancer Ark, mais autant tout de suite ne pas nourrir de faux espoirs : il n’y a aucune chance.

« Ça ne faisait aucun doute que ma vie à travailler en tant que professeur dans cette église… Ça allait, mais j’avais vraiment envie de me remettre à faire de la musique, de l’art. Je sens que c’est pour faire ça que je suis là. Et ça fait beaucoup de bien de se remettre à faire ce que je fais de mieux ! »

Tout d’abord, revenons un peu dans le temps : pouvez-vous nous parler des circonstances de votre séparation en 1998 ?

Tore Østby (guitare & claviers) : Nous ne nous sommes pas vraiment séparés. Nous avons décidé de faire une pause, qui s’est avérée être une pause assez longue. Il y avait différentes choses dans nos vies que nous voulions explorer, et puis il y avait des circonstances qui ont fait que nous en avons eu un peu marre. Donc nous avons ressenti à l’époque le besoin de faire un break, et c’est ce que nous avons fait !

Roy Khan (chant & claviers) : Nous avons fait Flow, un album dont nous étions extrêmement contents, mais la maison de disques ne faisait pas un très bon boulot pour promouvoir cet album. Il y a aussi cette tournée que nous nous apprêtions à faire en compagnie d’Elegy et Stratovarius, et on nous a retirés de cette tournée tout juste une semaine avant qu’elle n’était censée commencer. Ça nous a un peu gonflés, car les billets avaient été vendus avec notre nom dessus. Tout ça a été décevant. Nous avons donc simplement voulu mettre les choses en stand-by, ensuite j’ai rejoint Kamelot un peu plus tard, et Tore était occupé avec Ark. Nous voulions faire certaines choses avant de recommencer à penser à Conception, et puis les choses ont évolué. Mais nous sommes tout le temps restés amis et ça faisait des années que nous parlions de faire quelque chose, mais évidemment j’étais trop occupé, Tore était trop occupé, Ingar et Arve étaient également trop occupés. Il a donc fallu attendre jusqu’à maintenant pour que nous soyons réellement prêts pour ça.

Après le split du groupe en 98, vous avez tous fait des choses très différentes et avez pris des chemins assez différents. Mais probablement que celui qui a pris le chemin le plus différent est Ingar qui a fondé Crest Of Darkness, un groupe de metal extrême. Etiez-vous surpris ?

Tore : Il parlait déjà de vouloir faire ceci avant que nous ne fassions la pause. Donc je pense que c’était déjà dans ses plans. Donc non, ce n’était pas une surprise pour nous. Aussi, Ingar a toujours aimé le côté extrême des choses, donc le fait qu’il ait choisi ce style de musique n’était pas non plus une surprise.

On n’a pas beaucoup entendu parler de vous deux depuis la fin d’Ark pour toi, Tore, et depuis que tu as quitté Kamelot, Roy. Quelles ont été vos vies respectives pendant tout ce temps ?

Nous hommes des pères de famille maintenant, donc la vie a suivi son cours, nous avons vécu de bons moments et aussi des moments difficiles. J’imagine que nous n’avons fait que vivre !

Roy : Ouais, personnellement, je vis depuis 2010 une vie assez normale. J’ai travaillé à l’église, j’ai travaillé en tant que professeur et, surtout, je me suis occupé de ma famille. J’ai trois jeunes enfants. Ils ont cinq, huit et onze ans maintenant, donc il est clair qu’ils m’occupent pas mal !

Tore : J’ai aussi travaillé dans l’industrie de la musique ; je travaille pour le droit des artistes. Ça inclut donc aussi une sorte de lobbying politique pour améliorer la législation sur les droits d’auteur et pour aider les artistes.

Vous avez annoncé en mai que Conception se reformait et avez lancé une campagne Pledge Music. Ça a été une surprise pour les fans car c’était assez inespéré après tout ce temps. Comment vous êtes-vous de nouveau réunis ?

Pendant tout ce temps je n’ai pas arrêté de composer de la musique, même si je n’ai pas été actif dans la scène, et puis j’avais des chansons pour lesquelles je me suis dit : « Hmm, ça sonne comme Conception, je trouve. » J’ai retrouvé Arve dans une salle de répétition, nous avons écouté ces chansons, nous avons essayé de les jouer, et puis nous avons jammé et en avons composé d’autres. Ensuite, je me suis rapproché de Roy et Ingar avec cette musique. Ils l’ont aimée et nous nous sommes dit que c’était le bon moment ! Et puis nous avons eu du temps jusqu’au lancement de la campagne Pledge, c’était un super moment pour tâter le terrain avec les chansons, et en composant à nouveau, ça a été un processus très gratifiant.

Roy : Les premières chansons que Tore m’a fait écouter ne sont même pas sur les enregistrements que nous sortons maintenant, mais j’ai vraiment ressenti qu’il y avait quelque chose là-dedans sur lequel nous pourrions commencer à travailler et développer. Comme je l’ai dit plus tôt, nous avons toujours été de bons amis et Conception a toujours été une très forte unité. Les autres gars sont de merveilleux musiciens. Ça ne faisait aucun doute que ma vie à travailler en tant que professeur dans cette église… Ça allait, mais j’avais vraiment envie de me remettre à faire de la musique, de l’art. Je sens que c’est pour faire ça que je suis là. Et ça fait beaucoup de bien de se remettre à faire ce que je fais de mieux !

Est-ce que revenir avec Conception impliquait une forme de pression, surtout compte tenu du succès que tu as connu avec Kamelot entre-temps, Roy ?

Non, pas vraiment. Evidemment, mais ça vaut aussi pour Tore et les autres gars, nous avons un certain standard, et nos standards sont probablement encore plus élevés aujourd’hui que quand nous avons fait Flow et les autres albums. Parce que tout le style s’est développé et aussi parce que les choses que nous avons faites entre-temps ont mis la barre assez haut. Je dirais que la plus grande pression venait du fait de ne pas vraiment savoir combien de gens nous attendaient là-dehors, voire si seulement des gens nous attendaient. Nous n’étions pas du tout présents sur les réseaux sociaux. Je veux dire que nous avons créé notre page Facebook et notre site web en lien avec la campagne. Donc nous n’avions rien sur quoi nous baser. Ça n’était pas une pression à proprement dit, mais c’était très excitant, disons-le ainsi.

Tore : Nous n’avions pas d’énormes attentes. Nous ne savions pas comment ça allait être. Je dois dire que c’était incroyable quand nous avons enfin révélé la nouvelle et avons vu toutes les réactions. C’était bien plus que ce à quoi nous nous attendions.

Vous avez tout de suite décidé de faire un EP et un single plutôt qu’un album complet : était-ce important d’y aller étape par étape et de prendre la température ?

Roy : Ce n’était pas tant le fait de prendre la température que, comme tu l’as dit, d’y aller étape par étape. Bien sûr, nous aurions pu choisir de faire un album complet mais alors nous aurions eu besoin de plus de temps. Ça paraissait simplement plus confortable de commencer avec un single et un EP et de construire les choses graduellement.

« Nous avons tous traversé des défis de santé mentale au cours de toutes ces années. Le fait que nous ayons traversé des choses sombres mais tout en trouvant la lumière est reflété dans la musique et dans tout ce que nous faisons aujourd’hui. Il y a cet équilibre entre beauté et laideur, l’obscurité et la lumière, qui colore cet EP, cette renaissance. »

Vous avez choisi de faire tout ça vous-mêmes, sans l’aide d’un label mais en allant directement auprès des fans. En vingt ans, le business a énormément évolué, surtout avec les réseaux sociaux et le crowdfunding. Voyez-vous ceci plus comme une bénédiction qu’une malédiction, vu que vous avez pleinement adopté tout ça ?

Tore : Oui, c’est absolument une bénédiction. C’est une super opportunité et c’est fantastique que nous puissions faire ça avec les gens et qu’ils puissent autant participer à tout ça, et nous pouvons tout contrôler, comment nous voulons faire le business, comment nous voulons faire notre art… Nous faisons ça de façon rapprochée et ça nous permet de renforcer nos liens avec nos fans.

Roy : J’ai fait je ne sais pas combien d’albums maintenant, avec Conception et Kamelot, mais toute cette campagne était de loin le processus jusqu’à la sortie d’un album le plus plaisant que j’ai connu jusqu’à présent. Rien que pouvoir communiquer avec les gens et développer la campagne avec eux était très agréable. Quand nous disons que nous faisons ceci nous-mêmes, ce n’est pas comme si nous faisions tout nous-mêmes. Au fil des années, nous avons travaillé et été en contact avec des gens qui maîtrisent leur partie du business, donc évidemment nous avons noué des liens avec des gens qui sont les meilleurs dans leur domaine.

Tore : Si nous faisions tout nous-mêmes, nous ne ferions rien d’autre que de gérer une maison de disques et la partie business. C’est toujours le défi quand on fait les choses ainsi, mais nous avons une équipe de professionnels qui s’occupe de ça pour nous.

Votre dernier album, Flow, était assez différent des trois premiers, mais maintenant, avec My Dark Symphony, c’est à nouveau différent : ça ne sonne comme rien de ce que vous avez fait par le passé, mais à la fois, ça reste reconnaissable. A quel point cette musique est-elle le résultat de vingt ans d’évolution personnelle pour chaque membre ?

Je crois que nous avons toujours composé avec notre cœur. Nous avons toujours composé ce que nous voulions faire sur le moment et ça reflétait toujours qui nous étions à ce moment-là. C’est pareil aujourd’hui. Nous n’avons pas peur de développer notre son. C’est plus important pour nous d’explorer de nouvelles émotions et d’exprimer qui nous sommes sur le moment. Conception est en constant développement. Il n’y a aucune raison de répéter quelque chose qu’on a déjà fait. C’est bien plus stimulant et gratifiant de progresser et d’aller vers de nouveaux horizons.

Roy : Évidement, toutes ces années ont apporté quelque chose à notre style, à notre composition et à notre expression qui est peut-être difficile à identifier précisément. Rien que le fait que quinze, vingt ans se soient écoulés nous change en tant qu’êtres humains et musiciens.

Tore : Nous avons également tous traversé des défis de santé mentale au cours de toutes ces années. Le fait que nous ayons traversé des choses sombres mais tout en trouvant la lumière est reflété dans la musique et dans tout ce que nous faisons aujourd’hui. Il y a cet équilibre entre beauté et laideur, l’obscurité et la lumière, qui je trouve colore cet EP, cette renaissance.

Roy : Ceci dit, je suis très content que tu reconnaisses que c’est toujours Conception. C’est ce que nous ressentons nous-mêmes : nous avons évolué mais ça reste Conception. Donc je suis content de te l’entendre dire !

Quand les groupes se reforment après une longue période de temps, le défi pour eux est généralement de reprendre là où ils s’étaient arrêtés en étant aussi fidèles que possible à leur identité et à ce que les gens attendent d’eux. Avec My Dark Symphony, l’identité est là, mais vous regardez bel et bien devant vous et montrez un visage neuf. Trouvez-vous cela plus authentique de ne pas essayer de faire semblant d’être exactement le même groupe qu’il y a vingt ans ?

Comme l’a dit Tore, nous essayons de composer avec le cœur. En réalité, nous ne réfléchissons pas beaucoup quand nous composons. Nous ne sommes pas du tout analytiques durant le processus de composition. Nous engendrons ce qui est là, et si nous aimons, c’est cool ; si d’autres gens aiment, c’est du bonus. Heureusement, c’est une formule – si on peut appeler ça ainsi, mais ce n’en est pas une [petits rires] –, c’est un concept qui nous a assez bien réussi.

Tore : Tu as employé le mot « authentique » et, bien sûr, ça devient totalement authentique quand tu laisses la musique ruisseler comme nous le faisons, sans analyser ou dire « maintenant on va écrire comme ci ou comme ça ». Nous nous contentons de composer et c’est de là que la musique vient.

Roy : On pourrait dire que notre formule est de ne pas avoir de formule. Nous essayons de laisser sortir ce que nous avons dans le cœur, toujours.

Tore : Et nous aimons beaucoup nous exprimer, c’est aussi ce que, je crois, fait que nous sonnons comme nous sonnons, car tu as quatre gars ayant chacun une grande expression individuelle, et le collectif est ce qui définit le son de Conception.

Avec tout ce que vous avez chacun fait entre-temps, j’imagine que vous avez encore plus évolué comme des personnes différentes. Comment êtes-vous parvenus à retrouver vos marques ? N’y avait-il pas de difficulté, surtout pour ce qui était d’aller dans la même direction et de se comprendre ?

Roy : Non. Tore a toujours été la force motrice, musicalement, et il l’est toujours. C’est quelque chose dont le reste d’entre nous sommes contents et que nous acceptons totalement. Nous avons chacun nos différents apports et rôles, ils sont grosso modo les mêmes que toujours. Nous avons toujours eu nos disputes, évidemment. Tout groupe qui se respecte devrait toujours connaître des résistances et des disputes, autrement je pense que le résultat final serait ennuyeux.

Tore : Je suis totalement d’accord. Roy joue un rôle très important également dans la composition, et avec la façon dont nous fonctionnons, nous ne laissons rien sortir avant que nous soyons tous les deux contents. Si l’un d’entre nous aime beaucoup quelque chose mais que l’autre n’aime pas, nous le jetons. Donc nous travaillons sur les choses jusqu’à ce que nous soyons tous les deux satisfaits. Je pense que c’est comme ça que ça doit se passer. Et parfois, nous n’avons même pas besoin de tellement travailler parce que les choses se font toutes seules. Nous avons une très bonne manière de travailler ensemble, et bien sûr, comme nous nous connaissons depuis des années, ce n’est pas difficile de s’adapter l’un à l’autre à nouveau. Notre amitié est stable. Donc ça paraît assez naturel, je dirais.

« C’est bien d’avoir une certaine technique afin de pouvoir s’exprimer, mais c’est l’expression qui est importante pour moi. Je ne dis pas que c’est ainsi que je vais toujours composer. Qui sait ? Peut-être qu’il y aura à nouveau des trucs plus techniques dans le futur. Mais c’est aussi cette idée de suivre le mouvement et de savoir ce que j’ai envie d’exprimer sur le moment. »

Jusqu’à quel point avez-vous laissé vos expériences respectives, que ce soit Kamelot pour toi, Roy, ou Crest Of Darkness pour Ingar, s’insinuer dans cette nouvelle musique ?

Roy : C’est dur à dire mais, évidemment, le fait de travailler avec différentes personnes au fil des années changera ta façon de voir et faire les choses. Par-dessus tout, nous avons ces autres gens que nous avons inclus dans l’équipe, mais c’est très dur de dire exactement comment mon travail avec Kamelot, par exemple, pourrait être appliqué à une nouvelle production de Conception.

Tore : J’ai le sentiment que tu t’es beaucoup développé en tant que compositeur durant tes années dans Kamelot.

Roy : Ouais, probablement. De manière générale, ouais, on pourrait dire ça.

Tore, on peut remarquer une forme de retenue dans ton jeu de guitare, si on compare à ce qu’on a pu connaître de toi par le passé. Est-ce que ça traduit une prudence ou même un petit manque de confiance, ou bien est-ce plus la sagesse de l’âge qui t’empêche de trop exhiber ta technique, pour plutôt servir les chansons ?

Tore : Pour moi, tout est une question de musique. Ça ne sert à rien d’être tape-à-l’œil pour être tape-à-l’œil, et ça ne sert à rien de montrer de la technique juste parce que tu as de la technique. Il faut que ça soit utile et que ça serve l’expression. Je pense aussi que, avec la façon dont je me suis développé en tant que compositeur, maintenant que je travaille aussi avec des orchestrations, je vois la musique dans sa globalité, par rapport à avant, où la guitare était presque – je jouais un peu de clavier avant aussi – mon seul outil de composition. Il y a un spectre plus large avec lequel je peux travailler au niveau de ma composition désormais et la guitare n’est qu’un élément dans le tableau d’ensemble. Mais aussi, peut-être qu’il n’y a pas tant de parties de guitare rythmique qui sont mises en avant, mais si on écoute bien les guitares sur l’EP, on entend aussi qu’il y a toujours quelque chose qui se passe, il y a toujours du mouvement, c’est riche. Mais les guitares font partie d’un tout. Pour moi, c’est la musique qui importe, pas la frime. Ce n’est pas pertinent. Bien sûr, c’est bien d’avoir une certaine technique afin de pouvoir s’exprimer, mais c’est l’expression qui est importante pour moi. Je ne dis pas que c’est ainsi que je vais toujours composer. Qui sait ? Peut-être qu’il y aura à nouveau des trucs plus techniques dans le futur. Mais c’est aussi cette idée de suivre le mouvement et de savoir ce que j’ai envie d’exprimer sur le moment.

Est-ce une approche qui a évolué au fil des années pour toi ? Car si on remonte à un album comme Burn The Sun de Ark, il y avait une virtuosité bien plus mise en avant.

C’était dans la nature de ce que nous faisions, et aussi à cause de la façon dont les autres gars jouaient et comment nous jouions ensemble. Nous nous éclations à faire ce style de musique avec Ark. Ce n’était pas non plus une question d’être tape-à-l’œil mais d’expérimenter avec ce type d’approche.

J’imagine que quand on a Randy Coven et John Macaluso, on est obligé de les suivre…

Ouais, ou de leur botter le cul [rires]. Mais c’était aussi naturel d’écrire cette musique à l’époque. Je me souviens, quand nous avons lancé Ark, j’avais toujours Conception qui était actif, donc j’ai commencé Ark en parallèle de Conception. J’avais le sentiment que Conception avait maturé en allant dans la direction prise sur Flow, tandis qu’Ark allait plus loin dans la direction d’« A Million Gods », dans le style d’In Your Multitude. Donc on pourrait dire qu’Ark est devenu davantage un terrain de jeu instrumental.

Arve Heimdal se démarque avec son jeu de batterie sur My Dark Symphony, ce qui peut paraître surprenant vu qu’il s’était plus ou moins retiré de la musique en 1999. Avez-vous eu des inquiétudes sur ses capacités à reprendre la batterie en étant au niveau après tant d’années ?

Non, et en réalité, parfois, nous nous retrouvions Arve et moi pour jammer. Parfois deux ans passaient entre-temps mais nous jouions toujours. Arve a quelque chose de très spécial, il a un groove vraiment unique, qui est quelque chose qu’on ne peut pas vraiment apprendre, et quand on a ça, on ne le perd pas. Arve est de loin le batteur le plus incroyable avec lequel j’ai travaillé. Il est tellement stable, tellement régulier. C’est une merveilleuse fondation par-dessus laquelle jouer.

L’EP s’intitule My Dark Symphony, de façon appropriée, puisque vous avez ajouté un côté orchestral à votre musique qui n’existait pas vraiment avant, surtout avec la chanson éponyme très épique. D’où c’est venu ?

Ça aussi, c’était une progression naturelle, peut-être due au fait que nous avons désormais des outils que nous n’avions pas avant, donc nous pouvons travailler nous-mêmes sur les orchestrations, et ça a permis d’écrire des orchestrations à intégrer à la composition de façon totalement différente d’avant. Par exemple, cette chanson, « My Dark Symphony », qui commence avec une intro orchestrale : le tout début de ce morceau était une partie orchestrale et ensuite la chanson a été construite à partir de ça. Nous trouvons que la musique a plus de profondeur et d’étendue. Les sons orchestraux se mêlent très joliment au metal.

Roy : Je dois louer Tore pour son travail aux claviers sur ce disque. Je suis sûr que plein de gens penseront que Miro, qui a aussi contribué au clavier sur cet album, a fait tous les éléments orchestraux, or ce n’est pas du tout vrai. Tout l’arrangement de « My Dark Symphony », par exemple, est en fait l’œuvre de Tore. Mais là où Miro est un expert, c’est quand il s’agit de faire sonner ça à cent pour cent authentique, mais tous les accords, tous les mouvements dans l’orchestre étaient déjà là, et Tore a fait un boulot magnifique aux claviers cette fois.

Tore : Je paye Roy très cher pour dire ces choses [rires]. Merci Roy. Mais ça a été vraiment excitant d’explorer ça. Ça donne aussi l’impression d’un tout nouvel univers qui s’ouvre dans la musique, du fait de pouvoir composer de cette façon.

Est-ce quelque chose que tu as appris et développé ces dernières années ? Je veux dire qu’être un arrangeur orchestral est un vrai boulot en soi, donc j’imagine qu’on ne le devient pas d’un claquement de doigts…

Eh bien, si ! [Rires] C’est plus venu en s’habituant à travailler avec Pro-Tools, en explorant les possibilités, et puis en apprenant comment faire les choses, car j’ai toujours eu la musique dans ma tête, mais maintenant j’ai appris à faire sortir cette musique avec cet outil. Donc ça a été un processus étape par étape pour apprendre comment programmer ça et obtenir ce que je veux. Et c’est toujours un processus parce que je ne suis pas un programmateur d’orchestrations très doué, capable de faire tout sonner comme si c’était vraiment joué par un orchestre. C’est un progrès constant et j’apprends toujours, et il s’agit aussi d’apprendre à manier différents outils qu’on peut utiliser. Mais c’est devenu graduellement possible pour moi de composer de cette façon.

« Une chose qui est importante, c’est la curiosité de découvrir de nouvelles musiques et de nouvelles expressions. […] Il n’y a pas de mauvaise musique ; avec n’importe quel style, il y a quelque chose, une certaine expression, et quand c’est bien interprété, tu peux en retirer quelque chose. »

Roy a mentionné Miro, qui est effectivement crédité avec toi sur le travail des claviers et orchestrations. Quelle a été son implication dans ce travail ?

Comme l’a dit Roy, nous faisons tout maintenant avec l’aide d’une équipe que nous avons mise en place, et nous avons essayé de choisir les meilleures personnes que nous pouvions avoir et Roy a eu une super expérience à travailler avec Miro, ce que je comprends maintenant parce que j’ai moi-même beaucoup apprécié de travailler avec lui. Nous avons donc fait des démos des parties orchestrales et les avons envoyées à Miro. Il les a principalement peaufinées pour faire qu’elles sonnent plus authentiques, mais il a aussi ajouté des éléments, et il y a aussi des parties où Miro a lui-même ajouté des orchestrations, comme sur « Quite Alright » où nous avions une mélodie et il a ajouté des instruments et voix. Ça a été très agréable de travailler et échanger avec lui.

Qu’est-ce cette « sombre symphonie » ? Comment doit-on interpréter ces termes ?

Toute la chanson est assez spéciale, la façon dont elle est devenue ce qu’elle est aujourd’hui. Comme je l’ai dit, elle a commencé avec cette partie orchestrale d’introduction. J’étais assis dans une chambre d’hôtel à Oslo un soir ; j’avais une chambre où je pouvais voir en bas l’entrée principale de la gare centrale. J’avais ce petit clavier de voyage que je transporte partout avec moi, donc je l’ai branché sur mon ordinateur portable, assis à la fenêtre, regardant ces gens. C’était une scène assez dure : il y avait des sans-abris, des drogués, mêlés aux voyageurs qui allaient et venaient. J’étais donc assis là à les observer. C’est là que toute l’intro a été écrite. Plus tard, j’ai amené ça à Arve en salle de répétition et nous avons jammé des parties que nous avons ajoutées à ça. Ensuite, Roy et moi, nous étions posés au cottage où Roy travaillait sur ses lignes mélodiques. Roy a vécu une expérience qui a vraiment donné forme à la chanson. Tu peux toi-même le raconter, Roy.

Roy : J’ai reçu un e-mail d’un fan me demandant si je pouvais chanter à des funérailles, sa femme était morte à un très jeune âge. Au travers de conversations avec lui et durant ces funérailles où il a chanté pour sa femme – il était lui-même chanteur –, il a fait un discours pendant que des images d’elle étaient diffusées sur un écran géant… Toute cette expérience était la base des paroles. J’essaye de dépeindre sa lutte contre Dieu, cette perte de son âme sœur, à travers mes yeux, évidemment. Mais nous avons trouvé que ce titre correspondait bien au feeling global des chansons. Comme Tore l’a dit, nous avons tous connu des dépressions mentales et des choses graves dans nos vies, et nous avons ressenti que le titre en tant que tel décrivait bien ce qu’était toute cette production.

La religion a pris une part importante dans ta vie, Roy. Je comprends que Conception n’est absolument pas censé être un groupe chrétien et que ça reste personnel pour toi, mais malgré tout, les sujets existentiels, spirituels et religieux ont toujours fait partie de Conception. Du coup, quel impact ta spiritualité peut-elle avoir sur ton approche du groupe ?

Dans Conception, nous avons des croyances et visions des choses très différentes, ce qui contribue à rendre cette constellation si belle. Je n’écris pas vraiment de paroles spirituelles ou religieuses, mais si je le faisais, si j’écrivais au moins des paroles spirituelles, elles devraient être plus universelles. Bien sûr, je peux glisser quelques-unes de mes croyances, d’une façon ou d’une autre. Ce serait étrange de ne pas entendre certaines de mes pensées sur les choses mais il faut que ce soit amené de façon très subtile, et de façon à ce que ce soit interprété et perçu de manière plus universelle.

Tore, tu as mentionné le fait que l’intro orchestrale de « My Dark Symphony » a été écrite dans une chambre d’hôtel, pendant que tu observais les gens par la fenêtre. L’inspiration te vient-elle souvent comme ça, en contemplation du monde ?

Tore : C’est toujours différent. Ce soir-là en particulier, je me suis juste assis à la fenêtre et je me suis dit : « Voyons quelle musique j’écrirais… » Parfois, ce n’est même pas quelle musique j’écrirais, c’est quelle musique ressortirait si je me posais là avec mon petit clavier, en pianotant, en regardant et m’inspirant. C’est ce que j’ai fait pour ce morceau spécifique. Parfois, je peux me réveiller avec de la musique dans la tête ou parfois, simplement, je m’assois, je joue et la musique commence à arriver toute seule et je dois l’enregistrer. Parfois, nous étions posés au cottage, Roy et moi, nous attrapions nos instruments, jouions, jammions, voyant juste ce qui se passait, et ça construisait la base d’une chanson. Ça fonctionne donc de différentes façons. Mais avec « My Dark Symphony », c’était une façon particulière de capter l’inspiration.

Toute cette partie d’intro orchestrale était non seulement le point de départ de la chanson mais aussi de la composition de l’EP, non ?

C’était l’un d’entre eux. Il y a un autre morceau qui n’est pas sur l’EP mais sur le single, « Feather Moves ». C’est le plus vieux morceau. En fait, j’ai écrit la base de cette chanson, la partie instrumentale, quand je vivais en France en 2003. Je me souviens, j’avais un peu le mal du pays, j’avais envie de revenir en Norvège. C’est là que cette chanson m’est venue. Ensuite, ce morceau a dormi là pendant des années, puis je l’ai ressorti quand Roy et moi étions au cottage, je crois. Roy a commencé à chanter, improviser différents trucs par-dessus. J’ai enregistré ça et j’ai pensé : « Wow, ça va faire une super chanson ! »

D’ailleurs, pourquoi avoir décidé d’accompagner l’EP d’un single ? Pourquoi ne pas avoir tout simplement inclus « Feather Moves » dans l’EP ?

Nous avons juste pensé : « Sortons celle-ci sur le single et les autres morceaux sur l’EP. » [Rires] Plein de gens nous ont demandé pourquoi cette chanson n’était pas sur l’EP, mais bon, elle est sortie, elle est disponible. C’est ce que nous ressentions, cette sélection de chansons allait bien ensemble pour l’EP, et cette chanson allait bien pour le single. Et nous voulions faire les choses étape par étape, commencer avec un single et ensuite faire l’EP. Je crois que nous prévoyions de sortir le single un peu plus tôt, mais aussi il était important pour nous de ne pas presser les choses. C’est très important pour nous d’adapter notre façon de travailler dans la musique à nos vies personnelles et à nos familles, et de faire les choses à un rythme qui convienne à chacun de nous. Voilà pourquoi nous avons décidé : « Commençons avec le single, et ensuite on fera un EP. »

« Partir au sommet de ta carrière [avec Kamelot], avec tout l’argent, toute l’attention, tout ça faisait que c’était dur, mais à la fois, c’était assez facile parce que je n’avais pas vraiment le choix. J’étais tout simplement très content d’en avoir fini avec tout ça. »

Tore, tu es connu pour avoir employé des influences flamencos de temps en temps, que ce soit sur « Among The Gods », une de vos premières chansons, ou dans « Just A Little » de Ark. Cette fois, pas d’influence hispanique, mais on peut entendre des influences asiatiques dans le long solo de « The Moment ». Est-ce que ça signifie que tu as poussé plus loin ton exploration dans les musiques du monde et les autres cultures ?

Exactement. Ce n’est pas que j’ai abandonné les influences hispaniques, pas du tout. Encore une fois, tout dépend de ce que la musique fait ressentir et de ce que l’on fait sur le moment. Cette fois, il n’y avait pas d’élément hispanique qui réclamait naturellement de faire partie de ce disque. Mais, comme tu l’as dit, sur « The Moment », la musique asiatique et la folk japonaise ont fait partie des inspirations. J’ai été au Japon plusieurs fois et, dans ces périodes, j’ai été exposé à ce type de musique, et alors j’ai intégré ça. Nous écoutons tous une grande variété de musiques, certaines t’inspirent et puis plus tard, quand tu veux exprimer quelque chose, une partie de cette musique te revient. Toujours quand tu entends quelque chose, toujours quand tu vis quelque chose, c’est de l’inspiration qu’inconsciemment tu portes avec toi.

Est-ce que c’est ça ton intérêt principal en tant que guitariste : explorer les couleurs que tu peux ajouter à ta palette plutôt que de te développer sur de la technique pure ?

Ouais, absolument. Et encore une fois, tout est question d’expression. Tout est question de communiquer des humeurs. Apprendre de nouvelles techniques serait seulement intéressant s’il y avait quelque chose que je voulais exprimer que je ne pourrais pas faire techniquement, à ce moment-là je m’entraînerais là-dessus. Mais pour moi, ce qui importe c’est plus développer l’âme des choses, le cœur. La musique est un message ; un message que tu veux faire passer. C’est un sentiment. C’est comme ça que j’aime voir mon propre développement. J’ai beaucoup mûri et, pendant cette maturation, j’ai gagné en expressivité. Aussi, une chose qui est importante, c’est la curiosité de découvrir de nouvelles musiques et de nouvelles expressions. Il y a tellement de musique qui reste à découvrir, c’est extraordinaire. C’est pareil avec le reste des gars : nous écoutons tout type de musique, il n’y a pas de mauvaise musique ; avec n’importe quel style, il y a quelque chose, une certaine expression, et quand c’est bien interprété, tu peux en retirer quelque chose. Donc nous prenons toute cette inspiration et l’exprimons à notre manière.

Est-ce toi aussi qui joues le piano jazzy dans « The Moment » ?

C’est Roy ! Je pense que c’est même avec ça que toute la chanson a commencé. Nous allons toujours dans ce cottage pour composer – on peut retrouver des images sur Facebook ou Youtube – afin que nous puissions êtres seuls, entourés de montagnes et de lacs, pour bien nous concentrer. Nous étions là-bas et Roy pianotait sur son clavier, j’ai enregistré ça et ensuite nous avons travaillé un petit peu dessus. C’était le début, et puis la musique s’est développée à partir de ce piano. Là-dedans aussi on peut entendre un certain côté asiatique, selon moi, que j’ai emmené plus loin dans les parties que j’ai par la suite écrites dessus.

Roy, tu as quitté Kamelot parce que tu t’es surmené pendant des années et que tu as fini avec un burn-out. Maintenant que tu as de nouveau un groupe, fais-tu plus attention ? As-tu changé ton approche de membre d’un groupe ?

Roy : Ouais, absolument. Enfin, c’est un peu plus compliqué que le simple fait d’avoir été surmené. C’est un mauvais mélange de n’être jamais à la maison et d’être surmené, mais aussi bien trop de sexe, drogues et rock n’ roll, disons-le ainsi. Ceci combiné à une vie de famille, ça n’allait pas bien ensemble. Durant l’été 2010, je n’arrivais plus du tout à dormir et j’ai fini par devenir psychotique vers la fin de cet été. Je ne pense pas qu’il puisse y avoir une raison pour que je finisse à nouveau comme ça. Evidemment, tout ceci est venu avec l’ampleur qu’a prise le groupe. La pression était très dure vers la fin, surtout pour moi en tant que centre d’attention principal, étant la personne mise en avant dans le groupe. Donc je suppose que le moment était venu de faire très attention, et c’est pourquoi il est devenu très important de faire les bonnes choses.

Est-ce quelque chose dont vous avez discuté au sein de Conception, peut-être dans l’éventualité où le groupe devenait plus gros ?

Non, pas vraiment. En gros, ça n’a plus été un problème depuis que j’ai quitté Kamelot. A ce stade, il y avait bien trop de tout, donc il fallait que je parte, mais le fait est que dès que je suis parti, j’allais à nouveau bien presque immédiatement ; c’est juste que je ne pouvais plus supporter ça.

Tore : C’est aussi la beauté, dans Conception, de tout faire nous-mêmes : nous avons notre propre équipe qui travaille pour nous, nous ne sommes pas signés sur un label qui pourrait nous mettre la pression, genre : « Maintenant vous devez faire ci, maintenant vous devez faire ça. » Nous sommes en total contrôle. Donc nous avons conscience de ne pas avoir cette pression sur nos épaules et que nous allons faire ceci mais qu’il faut que ce soit compatible avec le fait d’être des pères de famille.

J’imagine que quitter Kamelot a dû être un soulagement mais aussi quelque chose de très dur pour toi, surtout compte tenu du fait que tu as connu le succès avec ce groupe…

Roy : Evidemment, ce n’était pas cool de devoir abandonner les autres gars, car je savais que je les quittais quand nous étions au sommet de notre carrière. Je leur ai dit grosso modo juste avant la sortie de Poetry For The Poisoned : « C’est bon, j’arrête. » C’était deux semaines avant la sortie, je crois, et nous nous apprêtions à partir en tournée aux Etats-Unis, je leur ai dit que ça n’allait pas être possible. Evidemment, ça a déclenché une panique dans le camp Kamelot. Mais il y a aussi d’autres aspects. Je veux dire que bien sûr, partir au sommet de ta carrière, avec tout l’argent, toute l’attention, tout ça faisait que c’était dur, mais à la fois, c’était assez facile parce que je n’avais pas vraiment le choix. J’étais tout simplement très content d’en avoir fini avec tout ça.

Les fans ont-ils compris ta décision ?

Certains, peut-être… [Rires]. Je n’en suis pas sûr. Je n’ai pas vraiment lu les commentaires ou les mails, ou même pris le téléphone tout de suite après être parti. Mais de ce que je comprends maintenant quand je donne des interviews, certaines personnes ne comprennent pas complètement pourquoi je suis parti, ça en avait énervé certains, tout du moins à l’époque. Je suppose qu’avec les années, ils ont fini par comprendre que c’était nécessaire.

Tore : Ayant été aux côtés de Roy à cette époque, j’avais l’impression que ce n’était même pas une décision qu’il a prise. C’était une nécessité absolue pour survivre.

Roy : Parfaitement.

« J’ai beaucoup appris sur comment le corps et l’esprit fonctionnent ensemble, ce qu’est le stress, ce qui le déclenche, comment me reprogrammer pour ne pas tomber dans les mêmes pièges dans lesquels il est facile de tomber dans la société actuelle. […] Tant de choses en sont ressorties. Jamais je ne souhaiterais ne pas avoir eu ce burn-out, pour être honnête. »

Au final, qu’est-ce que tu penses du chemin qu’a pris Kamelot avec ton successeur Tommy Karevik ?

C’est super. Je suis très content qu’ils aient trouvé quelqu’un pour poursuivre cette aventure. Ça aurait été nul si mon départ avait mené à la séparation d’un groupe aussi super.

Tore, tu as mentionné le fait que vous avez « tous traversé des défis de santé mentale au cours de toutes ces années ». Pour Roy, je comprends que c’est ce qu’il a vécu à la fin avec Kamelot jusqu’à ce qu’il quitte le groupe, mais pour toi, c’était quoi ?

Tore : J’ai aussi eu un burn-out. C’est étrange. Des gens ont dû m’arrêter. J’en faisais trop et je ne m’en rendais pas compte. Je pense que j’étais un peu malade à cause du burn-out, mais maintenant je comprends que j’avais les symptômes depuis peut-être deux ans avant de tomber en dépression nerveuse, mais alors je n’arrivais pas à les identifier. C’est aussi un sujet dont les gens ont souvent peur de parler. Il n’y a pas cette conscience sur les problèmes de santé mentale qu’on devrait avoir dans notre société et dans l’industrie de la musique. Je pense que ça s’améliore, mais on n’en sait pas grand-chose et c’est dur de voir les symptômes, et au bout d’un moment, ton corps dit : « Stop, tu ne peux plus m’exploiter ! Tu dois te reposer, tu dois te calmer. » J’avais donc différents symptômes qui ont mené à ce que je prenne un vrai temps de pause pour me reconstruire. Ça a également été une expérience très intéressante, car j’ai beaucoup appris sur comment le corps et l’esprit fonctionnent ensemble, ce qu’est le stress, ce qui le déclenche, comment me reprogrammer pour ne pas tomber dans les mêmes pièges dans lesquels il est facile de tomber dans la société actuelle. Ça a aussi à voir avec le fait d’être tout le temps en ligne, avec le fait qu’on s’attend à ce que tu sois tout le temps là, tout le temps connecté, ce n’est pas très naturel pour nous. J’ai appris de petites choses, comme se déconnecter, savoir mieux tracer une limite et peut-être avoir moins d’attente avec moi-même et les autres. Tant de choses en sont ressorties. Jamais je ne souhaiterais ne pas avoir eu ce burn-out, pour être honnête. Mais ça fait du bien aussi de m’en être sorti [petits rires] et d’être à nouveau en bonne santé.

Quelle est la prochaine étape pour Conception ? Tout le monde a en tête l’idée d’un album. Je veux dire que maintenant que vous leur avez mis l’eau à la bouche avec cet EP, les fans ont vraiment faim de plus…

J’ai remarqué ça [petits rires] : « Quand est-ce que l’album arrive ?! Quand est-ce que vous allez faire l’album ?! » C’est super, mais avec tout ce que nous avons traversé, ce que nous avons appris, nous voulons faire les choses lentement et étape par étape, en nous concentrant sur une chose à la fois. Donc la prochaine étape pour nous désormais est de faire des concerts le printemps prochain. Nous sommes tout juste sur le point de commencer les répétitions – nous venons de commencer, en fait. Maintenant nous devons réapprendre nos propres chansons. Nous devons mettre en place une setlist, décider quelles anciennes chansons nous allons jouer, quelles nouvelles chansons, etc. Voilà sur quoi notre esprit se focalise là tout de suite.

Tore, un autre de tes groupes mériterait un retour : Ark, qui a eu un énorme impact sur les amateurs de metal progressif avec l’album Burn The Sun. Je sais que malheureusement Randy Coven et Mats Olausson ne sont plus de ce monde, mais je sais aussi que Jørn Lande n’a pas fermé la porte à un retour, en tout cas c’est ce qu’il nous a dit il y a quelques années. Quel est ton sentiment sur le sujet ?

J’ai fermé la porte. C’était un peu trop dingue. Je ne vais pas rentrer dans les détails mais ça n’arrivera jamais. Il y a des façons de faire les choses et des façons de ne pas faire les choses. Il y a des expériences dans la vie qui sont bonnes et d’autres qui ne le sont pas. Aussi, ayant appris de mon burn-out et tout, j’ai une bien meilleure conscience de ce que je veux faire et avec qui je veux faire les choses dans ma vie. Je suis très fier de ce que nous avons fait avec Ark. La créativité était énorme, créer cette musique était très amusant, mais il y a d’autres aspects dans Ark qui n’étaient pas très agréables. Donc je n’ai pas l’intention de replonger là-dedans. Mais je n’exclus pas de refaire quelque chose avec Jørn. Nous restons en contact, nous nous parlons de temps en temps. Mais Ark est de l’histoire ancienne. Ce chapitre est fermé.

Doit-on comprendre que tu n’es pas en bons termes avec John Macaluso ?

Eh bien, nous sommes un peu différents.

En 2011, Léo Margarit, le batteur de Pain Of Salvation, nous a parlé d’un projet qu’il était en train de mettre en place avec toi, mais au final, on dirait que ça n’a jamais abouti…

Nous nous sommes amusés à jammer et tester de nouveaux terrains pendant un moment. C’est un chouette type. Car maintenant je vis à Stockholm, mais j’ai vécu quelques années à Castelnaudary en France. C’est là que j’ai rencontré Léo pour la première fois. Je crois qu’il venait d’un petit village baptisé Limoux, qui n’était pas très loin de Castelnaudary. Je l’ai donc rencontré à plusieurs reprises, nous avons traîné ensemble quelques fois à l’époque où j’habituais là-bas. Ensuite, j’ai déménagé à Stockholm et plus tard, tout d’un coup, il m’a contacté parce qu’il venait de déménager à Eskilstuna pour rejoindre Pain Of Salvation, c’est à environ une heure de Stockholm. Donc après ça, de temps en temps, nous nous retrouvions, mangions ensemble, jouions et commencions à développer quelque chose, mais nous ne sommes jamais arrivés au stade où nous ressentions que quelque chose était prêt à être enregistré ou quoi. Mais c’étaient des moments très plaisants.

Interview réalisée par téléphone le 19 décembre 2018 par Nicolas Gricourt.
Transcription et traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Conception : www.conceptionmusic.com

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