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Chronique   

Conception – My Dark Symphony


Le rock progressif doit aujourd’hui une grande partie de son succès à la Norvège. La scène norvégienne ne cesse de produire des groupes étendards du genre, que ce soit Leprous, Gazpacho ou l’influence d’Ihsahn. Pourtant, l’une des premières formations à s’exercer dans ce registre n’a pas souvent bénéficié de la visibilité qu’elle mérite. Depuis 1989, Conception s’est construit une renommée chez les plus fervents amateurs de musique complexe. Le groupe a sorti quatre albums, dont le dernier en date, Flow (1997), a précédé leur séparation en 1998. Depuis, peu de nouvelles si ce n’est une réunion live en 2005. Il a fallu attendre cette année pour voir resurgir des rumeurs qui annonçaient une reformation du line-up classique, auxquelles le groupe donne raison en proposant un nouvel EP, My Dark Symphony réalisé sans label grâce à une campagne Pledge. Vingt ans ont passé, et les musiciens ont eu tout le temps d’évoluer et de changer…

Conception est formé du guitariste et compositeur Tore Østby, du chanteur Roy Khan, du bassiste Ingar Amlien et du batteur Arve Heimdal. Les fans de la première heure peuvent se réjouir que l’essentiel de l’écriture soit l’œuvre de Tore Østby, dont le jeu de guitare atypique est devenu indissociable de l’identité sonore de Conception. My Dark Symphony comprend une introduction suivie de cinq titres : un retour raisonnable, peut-être à tâtons. En effet, si l’on reprend là où Conception nous avait laissé avec Flow, les Norvégiens nous gratifiaient d’un rock progressif extrêmement accrocheur et direct. Entre-temps, Roy Khan est devenu le frontman emblématique de Kamelot (qu’il a quitté en 2011), Tore s’est illustré avec Ark et a participé au monumental Burn The Sun (2001). Ingar a fondé le groupe extrême Crest Of Darkness et le batteur Arve Heimdal s’était plus ou moins retiré du monde de la musique. En somme, la musique de Conception a intégré ces expériences diverses et n’est plus tout à fait le même. Le premier point est que My Dark Symphony intègre davantage d’éléments orchestraux, à l’instar des cuivres et violons « hollywoodiens » de l’introduction « re:conception ». On retrouve l’orchestration en filigrane de « Grand Again », qui prend la forme de percussions martiales sur « Into The Wild », de chœurs sur « The Moment », avant de revenir à une dimension épique sur la conclusion « My Dark Symphony ».

En effet, Conception conserve une forme d’efficacité dans l’écriture de sa musique. Le groupe ne s’est jamais présenté comme un ensemble de techniciens avides de démonstration. Les riffs de guitare et les structures rythmiques servent avant tout la mélodie. Le riff de « Grand Again », tout en tension sur le couplet, vient contraster avec l’élancée vocale de Roy Khan qui excelle tout au long de l’opus. La force de ce My Dark Symphony est justement la capacité de Conception à amorcer des refrains entêtants, à l’instar du plutôt rock « Into The Wild » et surtout du langoureux « Quite Alright » qui assurera quelques frissons. Seul « The Moment » peut laisser légèrement circonspect, les chœurs donnant une dimension fédératrice et accessible, voire naïve, au refrain qui détonne avec la complexité du reste de la composition (notamment le long final instrumental d’inspiration asiatique) et la tonalité jazz du piano et du jeu de batterie. Malgré un soin extrême apporté aux mélodies et un Roy Khan en grande forme, on ne peut s’empêcher de sentir une certaine retenue qui transparaît tout au long de My Dark Symphony. Lorsqu’on se remémore les élans de Tore Østby sur Burn The Sun par exemple (les envolées flamenco de « Just A Little », le riffing incisif et alambiqué de « Heal The Waters »), et malgré des solos finement brodés, on ne peut s’empêcher de sentir ce dernier timoré, comme s’il était frileux après vingt années sans avoir composé avec ses comparses, à moins que ce ne soit la sagesse de l’âge… Si My Dark Symphony propose de très belles choses, misant sur des mid-tempos et tempos lents, propices aux subtilités et à une sensibilité à fleur de peau, on aimerait que Conception lâche davantage la bride.

Le retour de Conception est une occasion incontestable de se réjouir, un événement majeur argumenteront certains. C’est surtout l’assurance de voir s’exprimer l’un des cadors de la scène progressive. My Dark Symphony démontre que ce dernier n’a rien perdu de sa superbe, mais peut-être de la confiance. La qualité des mélodies et l’intégration bienvenue d’orchestrations a le malheur de souligner la réserve des musiciens. Conception est revenu avec beaucoup d’élégance, et le simple plaisir de retrouver une formation qui avait arrêté sa carrière bien trop tôt alors qu’elle avait beaucoup à offrir est là, mais on souhaite désormais que celle-ci acte ce retour encore plus franchement.

L’EP en écoute intégrale :

EP My Dark Symphony, sorti le 19 octobre 2018 via AT(h)OME. Disponible à l’achat ici



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  • Pour ma part, je voyais beaucoup plus de Grandeur et de classe dans les riffs et soli de Ark… d’où une certaine déception.

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  • très bon combo remis dans la lumière par le retour et la grâce du passé glorieux de Roy Khan au sein de Kamelot.
    Bien que de très haute qualité , ce EP est amputé du meilleur titre depuis leur retour à savoir Feather Moves , disponible uniquement sur le single Re : Cnception. Ce titre est un chef d-oeuvre pur .
    De sombres raisons de marketing peuvent parfois aboutir à un effet inverse.

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    Slash @ Paris
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