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Interview    Titre À Titre   

Conception : Roy Khan et Tore Østby présentent State Of Deception


S’il y a un groupe qui a marqué les amoureux de metal progressif dans les années 90, c’est bien Conception. A commencer par un The Last Sunset (1991) sur lequel le groupe tâtait le terrain, fougueux, audacieux, partant dans plein de directions, et évidemment juvénile, ce qui fait aussi son charme. Parallel Minds (1993) a vu le groupe se solidifier, mûrir et mieux maîtriser son art. In Your Multitude (1995) était assurément le sommet artistique d’un groupe en pleine possession de ses moyens et de sa créativité, et qui élargissait son panel d’influences. Puis Flow (1997), un album résolument concis et diablement accrocheur. Dernier album de Conception aussi avant un long et assourdissant silence.

Vingt-trois ans plus tard, deux campagnes de financement participatif couronnées de succès et un EP plus tard, débarque State Of Deception, cinquième album que beaucoup n’espéraient plus. Nous nous sommes entretenus avec le chanteur Roy Khan (ex-Kamelot) et le guitariste Tore Østby (ex-Ark), mais avant de découvrir nos échanges dans quelques jours, voici un titre-à-titre où ceux-ci partagent spontanément quelques pensées et anecdotes sur chacun des morceaux du disque qui sort aujourd’hui.

01. In Deception

Tore : L’idée de cette intro est venue avec le titre de l’album, State Of Deception, et cette idée que, peu importe où on se trouve sur la planète, peu importe notre religion, couleur de peau, sexe ou quoi, on se réveille tous les matins et on nous gave d’informations sur des problèmes dans le monde, et parfois des informations qui sont trompeuses. C’est pareil pour tout le monde. Donc l’idée de cette intro était que le monde se réveille chaque jour là-dessus. C’était la dernière composition que nous avons faite pour cet album ; les autres chansons étaient déjà prêtes. Ceci est donc une introduction qui fait monter la tension et représente tout l’album, de « Of Raven And Pigs » à « Feather Moves ». Pour le reste, c’est la musique qui parle !

02. Of Raven And Pigs

Roy : Au fil des années, les fans de Conception ont appris à attendre du groupe quelque chose auquel ils ne s’attendaient pas. A cet égard, « Of Raven And Pigs » est une déclaration, dans le sens où c’est une chanson non traditionnelle. Le type de chant qu’on entend dans le refrain est assez atypique pour moi ou pour Conception. Et autant la chanson est assez simple dans sa structure, autant elle est aussi très complexe. Je pense que ça vaut pour toutes les chansons de Conception. Elles peuvent être simples en apparence, d’une certaine façon, mais si on essaye d’analyser les différents éléments, c’est en fait très compliqué.

Tore : Ce que je trouve cool, musicalement parlant, à propos de cette chanson, c’est exactement ça : la simplicité. Nous avons plein de chansons contenant plein d’éléments différents, alors que sur celle-ci, en dehors de sa partie centrale, c’est le même riff d’un bout à l’autre – c’est le même riff sur le couplet et le refrain. Malgré tout, par la manière dont la chanson est construite et l’harmonie, elle forme un voyage. Ce riff vient d’un jam que j’ai fait avec Arve, le batteur, au tout début, quand nous avons recommencé à travailler il y a plusieurs années. Il n’était joué qu’une ou deux fois au milieu d’une très longue impro, mais il se démarquait, donc nous l’avons sorti de là et c’est devenu une chanson !

Roy : Plein de gens me demandent qui est le corbeau et qui sont les cochons. J’utilise des métaphores empruntées à La Ferme Des Animaux de George Orwell. J’ai eu cette idée en lisant un article sur la manière dont l’Eglise et les leaders religieux s’associent à l’extrême droite dans différents pays en Europe et d’autres parties du monde de nos jours. Dans La Ferme Des Animaux, le corbeau représente l’Eglise orthodoxe russe qui s’est associée à Staline après la révolution, après que la famille du Tsar eut été tuée. C’est pourquoi j’utilise ces métaphores dans cette chanson. Ça parle des gens qui se révoltent contre ces constellations.

03. Waywardly Broken

Tore : Quand Roy était dans Kamelot et moi dans Ark, pendant un bon moment, nous partagions une maison à Olso. « Waywardly Broken » contient quelques parties que nous avons écrites quand nous jammions à l’époque, au début des années 2000. Nous les avons gardées. Ensuite, nous avons fait pas mal de sessions, Roy et moi, où nous nous isolions dans un chalet dans les montagnes norvégiennes, donc nous avons ressorti ces parties là-bas et nous avons continué à en faire un morceau.

04. No Rewind

Roy : C’est un morceau court, très rapide et assez agressif, contenant également un refrain assez peu traditionnel pour Conception, où tout chute, d’une certaine façon, avec des harmonies changeantes. Au niveau des textes, cette chanson a une source d’inspiration assez directe. Ça m’est venu en regardant Greta Thunberg faire son discours aux Nations unies l’an dernier. C’est donc une chanson sur le changement climatique et mes inquiétudes et pensées autour de ça, basées directement sur mon vécu et ma perception de son discours de présentation aux Nation unies.

05. The Mansion (feat. Elize Ryd)

Tore : Musicalement, ça a commencé quand je me promenais dans les rues de Stockholm avec mon téléphone. Les gens me regardaient bizarrement parce que je chantais tout haut mes parties dans mon téléphone à mesure qu’elles me venaient. Puis Roy et moi avons continué à travailler dessus dans les montagnes, encore une fois. C’est une chanson qui parle de vanité.

Roy : Ma tessiture commence assez bas et va assez haut, et quand nous écrivons de la musique et que je fais des mélodies, je me fiche un peu de savoir où je place la mélodie dans ma tessiture. Ce thème qui constitue la partie centrale de « The Mansion » convient parfaitement à cette vois aiguë falsetto et douce que je faisais. J’ai alors pensé à Elize… C’est une chanteuse très polyvalente et extraordinaire. Elle peut à peu près faire tout ce qu’elle veut avec sa voix. J’ai instantanément pensé que cette ligne lui irait parfaitement. Nous sommes super contents qu’elle ait accepté de participer à ce projet.

Tore : Je pense que, déjà quand nous étions au chalet à écrire cette chanson et que Roy a trouvé ces lignes vocales pour cette partie, nous avons su que nous voulions qu’une chanteuse chante cette partie.

06. By The Blues

Tore : Celle-ci a plus ou moins été écrite en une seule nuit dans la montagne. Evidemment, nous avons rajouté quelques détails plus tard, mais toute la base est vraiment venue durant cette superbe nuit.

07. Anybody Out There

Tore : J’étais en vacances dans le sud du Portugal. Il y avait ce lieu, pas très loin de la maison que nous louions, dans lequel on pouvait voir plein de gribouillis sur les murs, c’était abandonné, ça avait un peu l’air d’une maison de film d’horreur. Même les arbres… C’était très étrange ! Je me suis fait traduire tous ces gribouillis, et apparemment ça avait été fait par un gars qui n’avait pas toute sa tête et qui était extrêmement seul. Ça m’a donc inspiré plein d’idées musicales durant toutes mes vacances. Nous étions plusieurs familles regroupées et je pouvais tout d’un coup, en plein repas, dire : « Désolé les gars, je dois retourner dans ma chambre pendant un petit moment ! » J’ai dû l’écrire par petits bouts. Ça m’obsédait. Quand je suis revenu, la base de la musique était là.

Roy : Le texte pour celle-ci parle un peu de lui-même. Ça parle d’avoir de gros doutes existentiels et de se demander s’il y a quoi que ce soit là-dehors, c’est-à-dire un dieu ou autre.

08. She Dragoon

Tore : Cette chanson a également pris racine il y a pas mal de temps. Certaines parties venaient aussi de l’époque où Arve et moi jammions dans son sous-sol. En fait, le titre de travail de ce morceau était « Arve’s Basement » jusqu’à ce que nous trouvions un nouveau titre et que nous ayons enregistré l’album.

Roy : Un fait amusant à propos de cette chanson est qu’elle est composée, au moins, de deux chansons différentes que nous avons disloquées et réassemblées, avec différentes parties de différentes chansons qui allaient très bien ensemble. Le texte parle de problématiques relationnelles entre un homme et une femme. Ces paroles se sont un peu écrites toutes seules. Il y a deux textes dans cet album qui se sont écrits tout seuls, dans le sens où il y avait tellement de choses dans les démos initiales qui faisaient sens que j’ai continué à développer le texte complet à partir de celles-ci, et c’est donc « By The Blues » et « She Dragoon ». Parfois, la musique et même les textes peuvent s’écrire tout seuls et établir très tôt une cible pour ce que sera la thématique.

09. Feather Moves (remastered)

Tore : C’est la chanson la plus française que nous ayons jamais faite ! J’ai vécu en France pendant une période, à Castelnaudary. J’avais mon petit studio dans une pièce là-bas d’où je pouvais voir les montagnes des Pyrénées. C’est là que j’ai écrit la base musicale de ce morceau. Je l’avais joué à Roy, déjà à l’époque, c’était en 2002 peut-être. Puis, quand Roy et moi sommes montés au chalet, dans la montagne, je l’ai ressorti. Roy a commencé à chanter dessus. Encore une fois, je crois que les lignes de chant se sont écrites toutes seules.

Roy : Je n’aimais pas ces lignes de chant au départ. Mais ensuite, quand nous nous sommes remis sur la chanson pour la production de l’EP, tout d’un coup, j’ai adoré ! Le texte de cette chanson parle d’essayer d’honorer notre potentiel en tant qu’êtres humains, d’essayer de faire le bien et de faire bouger les choses dans le monde.

Propos recueillis le 26 mars par téléphone.



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  • très bon album avec ce plaisir de retrouver enfin Roy Khan. les arrangements sont très bien dosés , les mélodies très travaillées mettant de ce fait la voix de Khan en pleine lumière.
    Vu le pedigree du chanteur, on ne peux que comparer le travail avec celui de Kamelot lorsque Roy était dans le groupe . Malgré quelques similitudes , plusieurs différences notoires sont flagrantes: tout d’abord la production n’impose plus les abus de Sascha Paeth en matière de rajouts de couches de sons qui deviennent insipides à la longue.On s’y perd. Par conséquent , on entend clairement la guitare et les riffs, ce qui n’est plus le cas de Youngblood , noyé parmi les claviers.
    L’autre différence remarquable se situe au niveau de la batterie : pas de plan de démarrage de titre avec double basse et caisse claire à fond utilisées et usées jusqu’à la corde chez les américains .Ici , on apprécie une batterie bien ajustée avec un gros boulot sur les percussions. Du coup , l’écoute est beaucoup plus digeste.
    Le remix de cette superbe chanson qu’est Feather Moves est parfait car quasiment égal à la première version du EP. Il fallait ne pas y toucher et c’est tant mieux.
    Un retour réussi.

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