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Chronique   

Conception – State Of Deception


La tâche de Conception est délicate. Le groupe progressif norvégien cherche à entériner son retour, vingt-trois ans après la sortie de Flow (1997). Conception a tâté le terrain avec son EP My Dark Symphony (2018), lui apportant la garantie d’une audience toujours fidèle prête à se plonger dans une œuvre plus approfondie. Conception s’exécute : State Of Deception est son cinquième opus et devrait contenter ceux qui attendent un retour en grâce. State Of Deception s’échine à proposer tout ce qui fait l’attrait de Conception : un riffing ambitieux, un travail sur les mélodies et une voix à l’expressivité exacerbée.

Conception a lui-même produit son album, assisté au mixage de Stefan Glaumann (Rammstein, Within Temptation, Europe…). Sur ce plan, State Of Deception est limpide. On reconnaît le son de guitare massif, la profondeur de la batterie, les élancées vocales tout juste mises en avant et les nappes de clavier aisément décelables malgré parfois leur retrait volontaire dans le mix. L’instrumentale « In Deception » fait office d’introduction, sorte de gradation grandiloquente : Conception part de sonorités tribales – le temps de quelques secondes on a presque l’impression d’entendre le spectre d’« Under A Mourning Star » sur In Your Multitude (1995) – pour atterrir sur des leads de guitare portés par des nappes de clavier orchestrales. « Of Raven And Pigs » vient contraster brutalement à l’aide d’un riffing très rock tout en tension. Roy Khan joue avec son timbre, à la croisée du jeu d’acteur et des prolongements de syllabes typiques des groupes progressifs du début des années 90. « Of Raven And Pigs » a des allures de bœuf centré autour de son riff principal, une routine envoûtante sur laquelle s’expriment les musiciens. « Waywardly Broken » est, elle aussi, interprétée par un Roy facétieux, alternant prouesses vocales classiques et voix volontairement déformée. La formule est similaire : une articulation de guitare, alternant cette fois mélodie hypnotique et gros riffing, et une boucle de batterie forment la colonne vertébrale de la composition, agrémentée d’arrangements symphoniques dosés, œuvre du guitariste Tore Østby assisté de l’arrangeur Miro (Rhapsody, Kamelot, Epica). Conception donne parfois une impression de fourre-tout qui lui confère tout son charme : « No Rewind » passe du groove entraînant à un plan orchestral sautillant, puis une boucle indus aux accents tribaux, et rebondit sur des rythmiques à la parenté néo-métal… le tout de manière parfaitement intégrée.

L’imprévisibilité naturelle de Conception participe à l’intérêt de State Of Deception. Si « No Rewind » présente des élans plus agressifs, les Norvégiens prennent soin de présenter une ballade aux accents mielleux : « The Mansion », qui accueille la participation d’Elize Ryd d’Amaranthe. Un exercice qui se prête à la pétulance du groupe. Les années d’absence de Conception n’ont pas altéré leur goût pour le jeu, un mélange d’émotion manifeste et de virtuosité. « Anybody Out There » propose des ornements empruntant aux ambiances de vieux « films à mystère » sans oublier de ciseler un refrain entêtant. C’est à double tranchant : les aspects grandiloquents de la musique de Conception sur State Of Deception attirent autant qu’ils sont susceptibles de repousser ceux qui désirent une musique plus cérébrale dans son aspect. State Of Deception mise clairement sur des mélodies accessibles et un riffing extrêmement dynamique, à l’instar de « She Dragoon », conservant toutefois son penchant pour les articulations aventureuses et les soli démonstratifs. La version remasterisée de « Feather Moves » pourra en revanche frustrer ceux qui attendaient davantage d’inédits sur ce nouvel album. Il y a bel et bien une amélioration sensible, pas nécessairement une plus-value.

State Of Deception est la réalisation d’un groupe sûr de ses atouts, désireux de réaliser un retour en bonne et due forme. State Of Deception se nourrit de riffs et de mélodies à l’effet immédiat, enveloppés de l’emphase et de la sensibilité propres à Conception. L’audace des Norvégiens est toujours présente, elle se réserve toutefois les expérimentations pour plus tard. State Of Deception pourra décevoir ceux qui attendaient de retrouver Tore Østby dans le genre de prouesse qu’il a dévoilé fut un temps avec Ark et son Burn The Sun (2001). Cela ne doit pas occulter cette recherche d’efficacité entreprise par le groupe, suite logique, si on y songe, de là où ils nous avaient laissés il y a vingt-trois ans.

Chanson « By The Blues » :

Lyric vidéo de la chanson « Waywardly Broken » :

Album State Of Deception, sorti le 3 avril 2020. Disponible à l’achat ici



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