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Chronique   

Converge – Bloodmoon: 1


Lorsque les légendes du hardcore de Converge se voient attribuer deux sets lors de l’édition 2016 du Roadburn, leur dernier album en date, All We Love We Leave Behind, sorti en 2012, semblait déjà loin. Les Américains n’avaient pas paressé pour autant, mais leurs forces avaient été dirigées ailleurs – le chanteur Jacob Bannon avec son label Deathwish Inc. et son travail de graphiste, le guitariste Kurt Ballou avec son activité de producteur, par exemple. Pour l’occasion, en plus de leur classique Jane Doe, ils avaient donc imaginé Blood Moon, un set joué seulement une poignée de fois où ils reprenaient quelques-uns de leurs titres les plus lents et les plus obscurs en compagnie de leur ami Stephen Brodsky de Cave In, de Steve Von Till de Neurosis, ainsi que de Chelsea Wolfe et son collaborateur Ben Chisholm. Sur scène, la magie opère, au point que la majorité des artistes impliqués décide de prolonger l’expérience. Conflits d’emploi du temps obligent, le projet tarde à se mettre en place – entre-temps sortent notamment The Dusk In Us de Converge et Birth Of Violence de Chelsea Wolfe – mais tout finit par s’aligner fin 2019. C’est donc Chelsea Wolfe, Ben Chisholm et Stephen Brodsky qui prêtent main-forte au quatuor de Salem pour ce dixième album totalement collaboratif intitulé Bloodmoon: I. Et avec un tel casting, dire que les attentes sont élevées est un euphémisme…

Le groupe frappe fort d’entrée de jeu avec le titre éponyme, « Blood Moon », qui a été choisi pour annoncer l’album et qui est son morceau le plus long. Si, après une courte introduction, c’est surtout Chelsea Wolfe qu’on entend accompagnée par des claviers inquiétants, Converge entre ensuite en scène avec éclat. Les deux univers se succèdent, suturés par la guitare toujours inventive de Stephen Brodsky, jusqu’à leur réunion en forme d’explosion à la fin de la chanson : les voix de Bannon et de Wolfe qu’on a rarement entendues aussi écorchées se mêlent avec une intensité spectaculaire. La suite de l’album prolonge ce parti pris, entre passages où l’un des artistes impliqués mène clairement le jeu – la sinistre ballade folk « Scorpion’s Sting » et « Blood Dawn » pour Chelsea Wolfe, le mathcore anguleux de « Tongues Playing Dead » pour Brodsky et la basse de Nate Newton, l’ouverture très hardcore de « Viscera of Men » pour Converge, où la batterie de Ben Koller est à l’honneur – et moments de grâce où tous les talents convergent – c’est le cas de le dire – et se conjuguent pour explorer de nouvelles voies. Tirant parti de la large palette des musiciens impliqués, l’album est varié, du post-rock mélancolique de « Failure Forever » au sludge vénéneux et hypnotique de « Flower Moon », composé d’ambiances nuancées, souvent au sein d’une même chanson (« Lord Of Liars », où passages ultra-accrocheurs et mathcore étourdissant se succèdent), et joue habilement des dynamiques, du crescendo assez convenu du tubesque « Crimson Stone » au decrescendo ingénieux de « Viscera Of Men » où le hardcore de Kurt Ballou se mue peu à peu en minimalisme presque intangible.

Bref, avec onze titres, huit musiciens impliqués, et presque une heure au compteur, Bloodmoon: I est ambitieux et roboratif, mais jamais écœurant. L’expérience et les qualités de compositeur des artistes en question y sont sans doute pour beaucoup ; l’écoute de l’album suggère aussi une remarquable communauté de vision. L’univers obscur et la sorcellerie de Chelsea Wolfe se mêlent harmonieusement à la dureté plus viscérale et tranchée de Converge, la méticulosité de la production signée Kurt Ballou permet à la fois richesse des arrangements et clarté, et donne à chacun des musiciens impliqués la possibilité de briller à chaque instant. Les meilleures collaborations sont celles où le tout est meilleur que la somme de ses parties : c’est bien le cas avec cet album qui a de quoi ravir les fans respectifs des musiciens impliqués, mais aussi bien d’autres amateurs d’univers maussades et hantés. Au passage, Bloodmoon: I prouve que le Roadburn n’est plus seulement un festival, mais un véritable incubateur, une force créative déterminante au croisement de tous les styles de musique lourde et sombre. Une mise en commun des forces qui laisse fantasmer d’autres collaborations pour le futur…

Chanson « Coil » :

Clip vidéo de la chanson « Blood Moon » :

Album Bloodmoon: 1, sortie le 19 novembre 2021 via Epitaph Records. Disponible à l’achat ici



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