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Interview   

Corey Taylor : être adulte


Qu’est-ce qu’être adulte ? A quel moment le devient-on ? Chacun aura sa propre réponse à ce questionnement. La vision de Corey Taylor sur le sujet est le thème central du concept-album en deux parties que Stone Sour s’apprête à sortir en deux temps, une première pour le groupe.

Nous avons parlé avec Taylor de cette maturité et avons tout naturellement embrayé sur l’idée de maturité de groupe, tant pour Stone Sour, dont il considère que la dernière œuvre est un accomplissement, que pour Slipknot, qu’il considère comme « plus dangereux » que jamais aujourd’hui. A propos de Slipknot justement, Taylor évoque un prochain album qui sera très certainement le plus noir de leur carrière, naturellement marqué par le décès de Paul Gray.

Entre autres sujets, le sympathique et franc chanteur nous raconte également comment il aurait pu, sans la pression de Roadrunner à qui Slipknot devait un album, participer au Worship Music d’Anthrax.

« J’ai vraiment réalisé que je devenais un adulte lorsque j’ai cessé de penser d’abord à moi et plus aux personnes que j’aimais. »

Radio Metal : House Of Gold & Bones est un concept album en deux parties : c’est la première fois que Stone Sour fait cela. Le processus d’écriture en fut-il modifié ? On a vraiment l’impression, car plusieurs thèmes récurrents se retrouvent tout au long de l’album, que l’album a été conçu comme un ensemble et non comme une succession de chansons.

Corey Taylor (chant) : Oui. D’un côté, certaines chansons furent inspirées par le concept de l’album. D’un autre côté, nous avions écrit des chansons qui correspondaient naturellement à ce que nous voulions pour cet album : cela a été extraordinaire de trouver un terrain commun entre ces deux approches musicales. Chaque chanson est complémentaire des autres.

Le concept de l’album était-il le point de départ ou n’est-il venu qu’après avoir composé les chansons ?

J’avais le concept dans ma tête depuis quelques années en fait, mais je n’ai jamais pris le temps d’y réfléchir et de l’améliorer. Cependant, l’année dernière, j’ai commencé à visualiser l’histoire dans son intégralité : son début, son milieu et sa fin. Au fur et à mesure que je mettais par écrit ce concept, la musique jaillissait en moi également. Mais comme je l’ai dit, le concept était présent avant : c’est ce qui a inspiré la musique.

Les deux parties racontent l’histoire d’un jeune homme se retrouvant face à ce choix : rester jeune ou devenir adulte. Chaque enfant ne souhaite pas grandir : est-ce le thème de cet album ?

Un peu, oui. Le point de vue est cependant plus celui d’un adulte. Chaque personne, lorsqu’elle grandit, est confrontée à des choix et à ce qu’elle va faire du reste de sa vie. Tu sais, il existe beaucoup d’adultes qui refusent de grandir et qui commettent les mêmes erreurs que celles qu’ils faisaient étant jeunes alors qu’ils arrivent à un moment de leur vie où ils devraient avoir compris certaines choses. Pour moi, le concept de cet album parle d’un homme qui va sur ses trente ans et qui, tout en regardant sa vie future, se pose cette question : doit-il être un homme meilleur ou va-t-il stagner émotionnellement ? Il se pose cette question sans réaliser le potentiel qu’il possède. Cet homme est en quelque sorte au milieu de sa vie.

Quelle serait la différence pour toi entre un adolescent et un adulte ? Quand devient-on réellement adulte ?

C’est une bonne question. Je pense que la réponse varie selon les personnes. Pour moi, c’est essentiellement une question de choix. J’ai vraiment réalisé que je devenais un adulte lorsque j’ai cessé de penser d’abord à moi et plus aux personnes que j’aimais. Voilà ce signifie pour moi avant tout être un adulte. Je ne dis pas de mettre de côté ton « moi », mais seulement d’être plus attentif et actif envers ceux que tu aimes, avant de penser à toi. Cette abnégation accompagne ta transformation en adulte. Lorsque tu es jeune par contre, c’est normal d’être égoïste et de commettre des bêtises. Une fois plus âgé vient un moment où tu te dis : « OK, j’ai sorti toute cette merde de ma tête et il faut que je commence à prendre les bonnes décisions ». Là réside pour la grande différence entre un adolescent et un adulte.

Existe-il une part de toi qui est toujours enfantine ?

Eh bien, tu ne la perds jamais vraiment. J’adore toujours faire des trucs que je faisais étant môme comme lire des comics, écouter de la musique ou regarder des films. Cependant, ma vision de la vie à l’heure actuelle est à l’opposé de celle que j’avais étant jeune : à cette époque, j’étais plus intéressé par mon propre bien-être. Mais, en grandissant, j’ai réalisé que cela m’apportait surtout de la douleur et de la dépression. J’ai donc commencé à reprendre le contrôle de ma vie et centrer mes attentions sur ma famille et mon travail. Si tu fais cela, tu pourras toujours t’accorder de la place pour les choses que tu aimes. Ma priorité est désormais le bien-être de ma famille.

On dit souvent que la mort d’un proche ou d’un ami amène plus de responsabilité : est-ce que cela a été le cas pour toi après la mort de Paul ? [NDLR : Paul Gray, l’ancien bassiste de Slipknot est mort d’une overdose en 2010]

Non. J’avais déjà des responsabilités bien avant que Paul ne meure. Quand tu perds quelqu’un que tu aimes comme cela, tu considères certaines choses sous un autre point de vue et cela a certainement été le cas avec moi. J’ai commencé à prendre du recul par rapport à des relations que je considérais comme allant de soi : finalement, tout est question de faire savoir aux gens tu aimes que tu les aimes et de ne jamais laisser ces opportunités se perdre. Avant la mort de Paul, j’avais une famille, des enfants, mais je combattais en même temps certains démons, comme l’alcool. Au final, c’est une question de priorités : tu dois tout faire pour que ta priorité dans la vie soit ceux que tu aimes.

Aurais-tu peut-être manqué de temps pour montrer cela à Paul ?

Non. Ce n’est pas un regret car nous avons passé beaucoup de temps ensemble, tu sais, et notamment lors de la dernière tournée. On était dans le même tour-bus et on est beaucoup sorti ensemble. J’ai été chanceux de pouvoir vivre ces moments avec lui et d’avoir été capable non seulement de partager notre musique mais aussi les coups durs. Il me manque beaucoup, c’est tout.

« Cet album va donner le ton pour la suite de notre carrière. »

Que nous réserve la deuxième partie de House Of Gold & Bones ? L’atmosphère sera-t-elle différente du premier ?

Elle sera toujours assez noire, mais musicalement, il y aura des styles assez différents. Cela va être intéressant de voir la réaction des gens. Certains trucs sont très orchestraux et d’autres possèdent une identité musicale très marquée. On s’est bien amusé à faire tout ça. Cette deuxième partie est une magnifique antithèse à la première partie ; c’est autre chose qu’un simple réenregistrement des chansons de la première partie. Je suis vraiment enthousiaste, les chansons que nous avons écrites sont les meilleures que nous ayons jamais composées.

Tu as dit la même chose à propos du dernier album : est-ce cet enthousiasme qui s’exprime ainsi pour toi ?

Non, pas vraiment. Quand nous avons sorti Audio Secrecy, on n’avait pas encore même pensé à composer ce genre de musique. A l’époque, Audio Secrecy était un nouveau départ pour nous vers ce que nous voulions faire, à savoir explorer de nouveaux territoires musicaux. Si nous n’avions pas enregistré les trois premiers albums, nous n’aurions jamais pu composer House Of Gold & Bones. Cet album est une extension de ce que nous essayons d’accomplir musicalement mais, en même temps, nous avons pris tellement confiance dans notre capacité à écrire des morceaux et dans la manière de nous exprimer artistiquement que je sais que ce que nous venons d’enregistrer va bien au-delà de tout ce que nous avons fait avant. Les chansons sont meilleures, les performances de chaque membre du groupe sont meilleures, le mix est meilleur : voilà pourquoi je considère cet album comme le meilleur de tous.

Cet album est-il une sorte d’accomplissement pour Stone Sour ?

D’une certaine manière, oui. Définitivement. Cet album est un énorme projet et a nécessité beaucoup d’attention. Pour être honnête, cet album va donner le ton pour la suite de notre carrière.

Pourquoi Shawn [NDLR : Shawn Economaki, l’ancien bassiste de Stone Sour] a-t-il quitté le groupe ?

Honnêtement, c’est un de ces moments dans l’histoire d’un groupe où nos chemins prenaient une direction différente. C’était le moment de prendre cette décision : c’est tout ce que je peux dire à propos de cela.

Rachel Bolan [NDLR : le bassiste de Skid Row] a remplacé Shawn pour l’enregistrement studio. Va-t-il devenir un membre à part entière ou as-tu quelqu’un d’autre en tête ?

En fait, nous avons parlé avec lui de la possibilité qu’il nous rejoigne pour la tournée. Malheureusement, son emploi du temps ne correspondait pas au nôtre. Toutefois, nous avons vraiment été chanceux de l’avoir avec nous pendant l’enregistrement : son enthousiasme et son style de jeu ont amené notre musique à un autre niveau. Le tout s’en est trouvé incroyablement amélioré et cela a donné une autre dynamique à ce que nous désirions accomplir.

A propos du prochain Slipknot : « Quelques années passeront avant que nous entrions de nouveau en studio, mais je peux te garantir que notre musique sera la plus noire que nous aurons jamais composée. »

Dans Stone Sour, il y a toujours eu une volonté d’équilibrer les moments soft avec ceux plus agressifs. Or, c’est ce qui caractérise le dernier album de Slipknot. Est-ce que ton travail dans Stone Sour a eu des influences sur ton travail en tant que membre de Slipknot ?

Je crois que les deux s’influencent mutuellement. A chaque album, je suis devenu plus confiant dans mon potentiel de création : cela a changé ma manière de composer des chansons. Cependant, les deux groupes sont très différents en termes de musique et de créativité. Je suis très chanceux de faire ce que je fais : je joue dans deux groupes incroyablement populaires et je n’ai pas de limites à ce que je souhaite accomplir musicalement. Grâce à Stone Sour et à Slipknot, j’ai pu briser les chaînes qui m’emprisonnaient, d’une certaine manière. J’adore pouvoir jouer dans l’un et l’autre et faire ce que je veux.

Tu a récemment confirmé que Slipknot « était en train de travailler sur des démos ». A quoi pouvons-nous nous attendre musicalement ?

Honnêtement, il n’y a pas grand chose de substantiel pour le moment. J’ai travaillé sur des trucs çà et là mais je suis incapable de considérer cela comme un projet musical. Tout le monde est du même avis, d’ailleurs. Quelques années passeront avant que nous entrions de nouveau en studio, mais je peux te garantir que notre musique sera la plus noire que nous aurons jamais composée : nous avons tous dû faire face à la mort de Paul et avons tous quelque chose à dire sur cette tragédie.

Slipknot est devenu moins violent que par le passé. Te sens-tu toujours aussi proche du « vieux » Slipknot ?

Je pense que nous ressentons plus les choses, mais nous sommes aussi encore plus dingues, car nous avons mûri. Nos shows sont toujours aussi agressifs et dégagent beaucoup d’énergie, mais nous les abordons avec une approche totalement différente. Quand nous étions jeunes, nous étions des électrons totalement incontrôlables alors qu’aujourd’hui, nous savons ce que nous voulons : lorsqu’une personne sait ce qu’elle veut, elle est plus dangereuse aussi…

« Au moment de partir pour Chicago afin de travailler avec les gars d’Anthrax, mon label m’a clairement fait comprendre qu’ils ne me laisseraient jamais faire cela. Au début, ça m’a rendu furieux, mais après, j’ai laissé tomber. Toutefois, cela aurait été vraiment intéressant de voir ce qu’une collaboration entre Anthrax et moi-même aurait pu donner ! »

Tu as participé à l’enregistrement du dernier Anthrax, Worship Music, mais les sessions demeurent toujours secrètes : seront-elles un jour disponibles ?

En fait, je n’ai rien fait avec Anthrax ! C’est une de ces choses que j’aurais adoré faire mais je n’ai pas eu de chance. Quand on m’a envoyé certains riffs et certaines parties musicales déjà faites, je me suis dit que cela allait être fun, non seulement d’un point de vue d’un ami du groupe mais aussi de celui d’un fan, de voir ce que donneraient ces démos après avoir travaillé dessus. Mais mon label m’a empêché de faire cela. Ensuite, on est entré en studio avec Slipknot pour enregistrer All Hope Is Gone et Anthrax a rappelé Joey Belladonna ! Après avoir écouté Worship Music, je pense que c’est réellement leur meilleur album. Bien que je n’aie pas pu enregistrer avec eux, je leur ai dit que s’ils le désiraient, j’adorerais les aider à écrire du matériel.

Pourquoi ton label n’a-t-il pas voulu que tu participes à l’album d’Anthrax ?

Ils voulaient un nouvel album de Slipknot. Quand j’ai commencé à parler de cette collaboration avec Anthrax, je finissais avec Stone Sour le « May Come Whatever Tour » et je n’avais encore rien fait pour Slipknot. Donc, au moment de partir pour Chicago afin de travailler avec les gars d’Anthrax, mon label m’a clairement fait comprendre qu’ils ne me laisseraient jamais faire cela. Au début, ça m’a rendu furieux, mais après, j’ai laissé tomber. Toutefois, cela aurait été vraiment intéressant de voir ce qu’une collaboration entre Anthrax et moi-même aurait pu donner !

Pour la sortie de ton livre, tu as fait un « spoken word tour » [NDLR : le spoken-word est une forme de poésie orale, proche du slam] : te verrons-nous un jour dans un stand-up comique ?

C’était fun. Je l’ai fait afin de promouvoir mon livre et cela a été l’occasion de parler de beaucoup de trucs ! [rires] Si cette opportunité se présentait à moi de nouveau, je referais certainement la même chose. Mais j’ai beaucoup de travail avec Stone Sour qui m’attend et cela ne se représentera pas avant un certain temps. Mais je travaille actuellement sur mon deuxième livre, alors qui sait ?

As-tu eu des problèmes avec Scott Weiland après tes propos sur lui lors d’un de ces shows ?

Non, car pour être franc, je doute qu’il soit intéressé par ce que je dis ! [rires] C’est ce qui est cool d’être moi : je n’en ai rien à foutre de ce que pensent les autres.

Interview réalisée le 18 septembre 2012 par téléphone
Retranscription et traduction : Jean Martinez – Traduction(s) Net

Site officiel de Slipknot : www.slipknot1.com
Site officiel de Stone Sour : www.stonesour.com

Album House Of Gold And Bones Part. 1, sortie prévue le 12 octobre chez Roadrunner Records



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  • « Notre musique sera la plus noire que nous aurons jamais composée »
    « Nos shows sont toujours aussi agressifs »
    M… D… R… Sacré Corey !!!
    Enfin, la sortie d’un album de Stone Sour reste le plus intéressant.
    Mais putain, qu’est-ce que l’époque Iowa me manque…

    [Reply]

    King Asator

    désolé mais leurs shows sont toujours aussi agressifs, j’en ai eu la preuve au Soni l’année dernière ou tout simplement à chaque concerts où j’étais présent

    Roswell47

    Tu feras avaler sa à quelqu’un d’autre !
    Moi aussi j’ai eu l’occasion de les voir, au début ont avait 9 gros cinglés sur scène et aujourd’hui ont a juste un groupe tout ce qui a de plus banal en live !

  • C’est vrai que leur musique manque quand même vachement de maturité…

    [Reply]

  • That ego !

    [Reply]

  • Mmmmhh… Ça met en haleine tout ça!

    [Reply]

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