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Interview   

Le corps et l’esprit de Stengah


De la presse spécialisée aux professionnels de la scène, beaucoup d’acteurs du metal s’accordent à dire que Stengah est un projet qui va faire beaucoup de bruit dans les prochains mois ou les prochaines années. Le groupe est d’ailleurs la première signature française du label Mascot Records avec l’album Soma Sema qui est la démonstration d’une singularité sonore dans un paysage musical parfois inondé de sorties en tout genre. Véritable magma entre musiques progressives et metal moderne tirant même vers les musiques extrêmes, Stengah offre un visage accessible, organique et accrocheur mais présente surtout un univers original complet déjà très cohérent pour un premier disque. Pour autant le groupe n’est pas un lapin de trois semaines, puisqu’il s’est quand même formé en 2013, et avait déjà arpenté pas mal de scènes dont celle du Wacken Open Air en 2017, la sortie de Soma Sema permettra par ailleurs au combo de se produire sur une mainstage de la prochaine édition du Hellfest. Pour arriver à ses fins, il y avait une règle à respecter en plus d’un travail acharné : surtout, ne pas se précipiter.

Ce principe même de ne pas sortir du matériel dans l’immédiat démarque Stengah de beaucoup d’autres projets de la scène actuelle, et ce n’est pas la seule différence notable. Son fondateur et compositeur est un batteur, qui par son expérience et sa formation perçoit forcément la musique autrement que ses collègues au sein du groupe. Si le projet était guidé par sa volonté d’expression et ses inspirations musicales variées, il n’était pas non plus défini dans un style précis, le metal s’étant naturellement imposé dans l’écriture. Enfin, si Stengah a des capacités évidentes au point que la technique est un qualificatif récurrent pour les caractériser, sa tête pensante Eliott Williame a un goût prononcé pour l’imperfection et l’organique. Nous nous sommes entretenus avec lui sur tous ces sujets mais aussi sur les rapports entre la création, le monde réel et l’imaginaire, qui sont au centre des thématiques de Soma Sema.

« J’avais dans l’esprit de monter un groupe dont je ne savais pas vraiment quel allait être le style à la base. »

Radio Metal : Stengah est un groupe composé de cinq musiciens, mais initialement tu es à l’initiative de ce projet. Tu es batteur mais surtout compositeur et parolier. Peux-tu revenir avec nous sur la fondation de ce groupe, peut-être avec quelques dates clés pour situer un peu la formation de Stengah dans le temps ?

Eliott Williame (batterie) : Alors ça remonte à 2013 à peu près, peut-être même fin 2012. J’avais envie de monter un projet tout nouveau pour repartir de zéro et puis jouer avec des musiciens que je connaissais déjà mais avec qui je n’avais jamais encore eu l’occasion de collaborer sur un projet commun. C’est là qu’est venue l’idée de fonder un nouveau projet. J’ai contacté une première équipe, dont faisaient partie Max [Delassus], le guitariste, et Benoit [Creteur], le bassiste, qui sont toujours là aujourd’hui. De 2013 à 2016, c’était plein de maniements de groupes. Nous avons essayé de trouver un deuxième guitariste et un chanteur qui allait forcément asseoir un peu le style du groupe par son timbre de voix. Ça a été trois ans de travail, déjà à apprendre à jouer nos morceaux, et puis pour trouver notre identité et un projet qui soit suffisamment abouti pour le proposer sur scène en 2016. Je pense que c’est vraiment à partir de là que le groupe a vraiment existé. Effectivement, nous étions à cinq et nous avons commencé à proposer des premières compos qui sont sorties sous la forme d’une démo en avril 2016. A partir de là, nous avons démarré les concerts et nous nous sommes fait repérer par Metallian qui nous a fait participer au tremplin Metal Battle qui permettait ensuite, pour ceux qui en étaient lauréats, de jouer au Wacken Open Air. Ça nous a envoyés jouer en Allemagne en 2017 sur une scène assez importante du Wacken. Ça a été plein de moments de transition où nous passions d’un groupe qui démarre à un groupe qui existe aux yeux du public, ensuite un groupe qui commence à faire des scènes beaucoup plus importantes en touchant de plus en plus de monde, en ouvrant notre style de plus en plus au fil des rencontres que nous avons pu faire, etc.

Vous avez fait plusieurs années de live avant de proposer un album…

Oui c’est ça ! Ça a été vraiment des suites du Wacken. Nous avons fait beaucoup de rencontres là-bas qui nous ont donné envie de sortir un album, en ayant cette impression que ça allait peut-être être facile. C’était un peu naïf à cette époque-là, mais il y avait cette sensation que c’était possible de le sortir sur un label et que ça pouvait aussi avoir une portée différente qui nous permettrait d’aller explorer notre musique à fond, de pouvoir vraiment nous investir au maximum dedans, de toucher un maximum de gens aussi avec ça. Donc ça a été une espèce de déclencheur pour partir dans ces projets-là et après, nous nous sommes lancés dans l’écriture et l’enregistrement d’un album, jusqu’à ce que nous rencontrions Richard Gamba qui est devenu notre manager et qui nous a vraiment amenés à trouver un label, à concrétiser tout ce que nous avions en tête à ce moment-là.

Si on revient quelques années en arrière, tu avais une vision claire de ce que tu voulais faire pour Stengah ? Parce qu’à l’écoute de l’album, on a vraiment l’impression que tu savais exactement où tu voulais aller. Est-ce que c’était le cas ou est-ce que ça s’est fait progressivement avec le reste des musiciens ?

Le reste des musiciens a forcément énormément influencé la direction artistique, mais si j’ai moi-même composé la musique, c’était aussi par volonté d’avoir un projet qui exprime un peu tout ce que j’avais en tête, donc de me lancer avec mes idées, mes thématiques, avec ma sensibilité sur certaines musiques qui sont autres que le metal. Je suis un très grand fan de rock progressif des années 70, donc des groupes comme Pink Floyd, Genesis, King Crimson, Magma en têtes de liste. Je viens du jazz aussi, donc forcément ça rajoute encore un côté atypique à la musique que nous pouvions proposer. J’avais dans l’esprit de monter un groupe dont je ne savais pas vraiment quel allait être le style à la base. C’était assez intéressant de voir que ce style metal que nous avons aujourd’hui s’est imposé un peu de lui-même, parce que c’est comme ça que nous devions exprimer nos morceaux. Nous n’aurions pas pu le faire dans un autre style. Même si nous avions voulu faire un groupe de jazz ou de pop, ça n’aurait pas été possible. A l’inverse, nous ne pouvions pas non plus partir dans un extrême complet parce que ça aurait été trop. Il s’agissait donc de trouver un juste milieu entre ce que nous exprimons, les idées que nous avons et le style de musique qui va avec. Nous avons travaillé dans ce sens-là, donc aujourd’hui nous sommes arrivés à ces objectifs et je pense que ça va continuer d’évoluer avec le temps.

Aujourd’hui dans Stengah il y a une approche collégiale entre les différents membres ou est-ce que tu restes principalement décisionnaire sur ce qu’il va rester des compos ?

Oui, on peut dire que je suis un peu la tête pensante du groupe. La direction artistique donne une cohérence aux différents choix que nous pouvons faire, notamment dans les compos. Sur cet album, par exemple, tout est pensé d’un bloc. Il y a une vraie unité entre les différents morceaux et même entre les visuels que nous proposons et les clips que nous avons sortis. Comme je te disais, les musiciens sont vraiment une source d’inspiration dans tout ça, donc ils ont quand même une grande part d’influence sur tout ce qui se passe là-dedans et je suis très à l’écoute, nous discutons énormément. Nous avons souvent des réunions de groupe où nous ne faisons même pas de musique, nous ne faisons que parler de ce que nous écoutons, pour peu qu’il y ait un album qui vient de sortir, nous nous donnons un peu nos avis là-dessus, et nous nous nourrissons les uns des autres de ces influences. Etrangement, il y a une forme de répétition du groupe qui n’est pas musicale, qui est juste de l’ordre de la discussion et du dialogue.

« Il y a un côté où nous essayons de nous éloigner au maximum de tout ce qui peut être artificiel dans la musique. »

Stengah est qualifié de death technique, mais on a pu aussi voir l’appellation « post-djent » dans le communiqué qui, pour le coup, paraît assez pertinente : l’aspect technique n’est finalement pas ce qu’il y a de plus immédiat et vous avez une approche un peu « plus humaine » qu’un groupe strictement djent. Es-tu d’accord avec cette analyse ?

Oui, je suis tout à fait d’accord et je te remercie d’ailleurs de le définir de cette manière ! Il y a effectivement des choses qui peuvent rappeler la musique djent. C’est une musique avec laquelle je ne me sens pas forcément relié, mais il y a quand même des emprunts en termes de technique. C’est vrai que tout le côté un petit peu organique que nous avons fait que je ne nous considère pas du tout comme un groupe de djent. Après, pour ce qui est technique, effectivement il y a beaucoup de polyrythmie, c’est pensé par un batteur avant tout, donc forcément la rythmique est extrêmement présente, je la considère comme un socle de la musique que nous jouons. Il y a vraiment la basse/batterie qui est extrêmement importante et qui est à la base de tout dans les compositions, même si des fois ça part d’un thème – il y a des morceaux qui sont partis juste de thèmes de guitare – mais un morceau comme « At The Behest Of Origins », qui démarre sur le tapping de basse, ce n’est pas anodin. C’est Benoit qui m’avait laissé sa basse un soir et en jouant dessus, il y a cette espèce de tapping qui m’est venu et qui a donné naissance à ce morceau de manière un peu accidentelle. Donc oui, tout l’aspect technique est là, mais il n’est pas forcé, et il ne cherche pas non plus à être dans la performance, ni à aller tricher. Il y a un côté où nous essayons de nous éloigner au maximum de tout ce qui peut être artificiel dans la musique. Sans le dénigrer, c’est juste un choix artistique pour donner ce côté organique et très humain, qu’on peut retrouver dans les musiques extrêmes qui peuvent être très numériques mais où parfois, surtout dans les côtés old-school des musiques extrêmes, on sent vraiment le musicien qui est derrière et qui est en train de suer à fond sur sa batterie, en train de blaster comme un dingue, ou même le chant guttural où on ressent un peu la force qu’il y a derrière. C’est quelque chose que je trouve très puissant et qui me passionne.

A plusieurs reprises tu as qualifié la musique de Stengah comme « organique ». Pour toi, qu’est-ce qui fait cette essence et produit cet effet et ce ressenti qu’on peut entendre en tant qu’auditeur ?

Je pense que ça vient de l’enregistrement qui a été pensé comme un enregistrement live. Dans l’idéal, j’aurais même voulu pouvoir l’enregistrer avec toutes les pistes en même temps, que tous les musiciens jouent en même temps avec un enregistrement direct, pour garder cette cohésion que nous avons quand nous jouons tous ensemble et qui est plus difficile à avoir quand chacun joue ses parties l’une après l’autre. Dans l’enregistrement, nous avons quand même essayé de combler ça en s’émancipant un peu du clic et du tempo et en se concentrant sur la partie musicale sur laquelle le musicien est en train de jouer. Donc j’ai joué les batteries dans un premier temps, après nous avons ajouté les guitares et la basse, mais il y a même des moments où j’avais fait refaire des parties aux guitaristes parce que la manière dont ils les avaient enregistrées était trop parfaite. Elles suivaient le clic, d’un point de vue technique c’était très bien, mais c’était trop bien ! Ça manquait de ce côté un peu imparfait, qui fait qu’on ressent le musicien derrière et le côté un peu live, qui a cette imperfection mais qui donne ce côté un peu artisanal. J’affectionne énormément tout ça.

Dans le communiqué tu disais que vous avez plaisir à jouer cette musique technique. C’est essentiel que ce ne soit pas un truc mathématique et que vous ayez ce plaisir à le jouer sur scène…

Oui, bien sûr. D’ailleurs, nous avons souvent le smile sur scène, on nous fait souvent cette réflexion. Les gens sont un peu surpris de nous voir sourire, de sentir que nous sommes contents d’être là et que nous ne sommes pas juste là pour foutre le carnage. Ça ne correspondrait pas vraiment à l’esprit du groupe. J’aime beaucoup aussi les groupes qui viennent tout détruire sur leur passage et le côté rouleau compresseur de groupes comme Benighted. D’ailleurs, je dis Benighted, ce n’est pas fait exprès, mais pour le coup, je trouve que Julien Truchan est quelqu’un d’extrêmement souriant sur scène, qui a ce côté très amical. Pourtant ce qu’ils font, c’est une musique complètement folle ! Nous avons un peu ça aussi : il y a un côté très technique mais en même temps, c’est joué avec une certaine fluidité qui fait que ça s’écoute facilement sans que ce soit trop perturbant, il n’y a pas un côté trop déséquilibrant là-dedans. Et pour nous à jouer, c’est jouissif ! Surtout quand nous arrivons au bout d’un morceau et que nous sentons que nous l’avons vraiment bien joué, que nous ne l’avons pas joué comme les fois d’avant et que nous savons que nous ne le rejouerons pas comme ça… Chaque live va être différent parce que justement, cette technicité fait qu’il y a une certaine forme de variable, un côté un peu aléatoire qui fait qu’un jour ça va sonner pas forcément mieux ou moins bien mais différemment d’un jour à l’autre. Il n’y a pas de routine, il n’y a pas de répétition à chaque concert, donc à chaque fois nous sommes contents. La tournée qui arrive, nous savons que les neuf dates qui sont annoncées pour l’instant, ce sera neuf dates avec une structure similaire mais qui seront jouées à chaque fois d’une manière différente. C’est passionnant.

« Il y a une très belle phrase qui dit que pour jouer de la musique il fallait apprendre les règles et que pour créer de la musique il fallait les casser. »

Ce qui caractérise le son de Stengah est qui peut aussi décrire une partie des textes, c’est l’ambivalence : Stengah peut se montrer parfois froid et agressif mais aussi très chaleureux et groovy. C’est essentiel pour vous d’avoir cette approche plurielle et une palette de couleurs musicales assez large qu’on entend tout au long de ce premier opus ?

Oui, comme je disais tout à l’heure, il y a un côté accidentel dans la manière de composer les morceaux. C’est-à-dire que je ne vais pas aller forcer une certaine couleur ou une certaine sonorité sur un morceau. C’est un peu des progressions qui se font de manière naturelle et le texte vient souvent influencer la musique ou inversement. On peut très bien passer d’un moment extrêmement agressif à quelque chose de très doux. C’est cette notion de rupture à l’intérieur d’un morceau qui crée aussi ce côté progressif et qui est très représentatif des racines rock prog que je peux avoir. Si on prend l’exemple de groupes comme Pink Floyd, qui ont des morceaux très long par moments, on explore énormément de choses, on a l’impression que c’est des mondes entiers qui sont écrits à l’intérieur de ça. Il y a aussi un côté narratif que j’essaye de faire apparaitre dans notre musique et cette impression qu’on nous raconte vraiment une histoire à l’intérieur d’un morceau et qu’on passe par plein d’états et de genres émotionnels différents. Même si on ne comprend pas le texte, j’ai l’impression que ça se ressent quand même. Ça amène à avoir une ouverture sans limites en termes de style. Il y a même un passage dans l’album où il y a du saxophone, ce n’est pas forcé non plus. C’est parce qu’à ce moment-là, c’est ce qui venait raconter le plus de choses par rapport à la thématique que nous y mettions.

Est-ce que pour toi il y a une liberté d’interprétation pour l’auditeur quand il écoute Stengah ? Est-ce que tu veux que chacun ressente des choses un peu différentes à l’écoute de cet album, quand bien même il aurait une thématique bien tracée ?

Il y a effectivement plusieurs lectures sur cet album. Etant compositeur, j’ai forcément quelque chose de très personnel qui est rattaché à la fois dans les textes et dans la musique, mais il y a plusieurs surfaces à tout ça et plusieurs lectures différentes. Selon les personnes, on peut s’identifier d’une manière différente aux thématiques qui sont dedans. J’ai eu un retour récemment sur le morceau qui s’appelle « Swoon » et une discussion autour de ce dernier : certaines personnes en parlaient comme d’un morceau très joyeux, très lumineux, etc. Alors que paradoxalement le texte est extrêmement torturé ; ça raconte une histoire d’autodestruction liée à un chemin de vie complètement voué à l’échec. Tout le monde va ressentir quelque chose de différent. C’est quelque chose que j’avais envie d’avoir. A la fois dans les clips et dans la musique, j’essaye de proposer quelque chose qui ne soit pas trop explicite, qui demande une forme d’investissement. J’aime beaucoup l’idée que l’auditeur ou le spectateur s’investisse dans la musique, c’est ce qui m’a toujours passionné dans les musiques que j’écoutais et que j’écoute encore aujourd’hui, c’est cette idée qu’il y a tellement de lectures possibles qu’on est obligé de s’identifier à ce qu’il se passe à l’intérieur et de creuser pour se faire une opinion soi-même de ce qu’il y a à l’intérieur. Cet album, c’est un peu ça, ça propose plein de choses : on peut juste l’écouter en surface et l’apprécier en tant que tel, mais on peut aussi aller creuser dans plein d’endroits et être surpris par des espèces de couleurs ou de textures auxquelles on ne s’attend pas forcément.

Tu as déclaré que vous vouliez « faire les choses différemment et patiemment, ne pas être une copie. Ce n’est pas parce que tout le monde [allait] dans un sens ou dans un autre que [vous deviez] suivre le même chemin. » Qu’est-ce que tu ne voulais surtout pas faire ? Je te demande ça car le « death technique » est très en vogue en France avec beaucoup de groupes de qualité…

Je ne voulais pas me précipiter. C’est ce qui fait aussi que ça a pris autant de temps pour sortir cet album – je te disais tout à l’heure que ça remontait à 2013. C’est vrai qu’aujourd’hui les groupes se forment et dans les six mois il y a déjà un disque à écouter, et des fois même moins que ça, il y a juste un titre qui sort et on peut déjà écouter ce que le groupe propose. Quand nous avons monté Stengah, je me rendais compte que si nous sortions tout de suite des morceaux – nous aurions pu le faire –, nous n’aurions pas pris le temps de cette recherche à la fois sonore et dans l’identité, et ça aurait figé peut-être un peu trop vite un style musical qui ne nous correspondait pas forcément. Mon discours a toujours été de ne pas se précipiter et de prendre le temps. D’ailleurs, ça n’a pas toujours fait l’unanimité, aussi bien à l’intérieur du groupe qu’à l’extérieur, parce que les gens ne comprenaient pas que nous existions mais que pourtant, on ne pouvait toujours pas écouter du Stengah. Même les deux ans qui viennent de passer… Alors, il y avait la pandémie, donc ça a forcément tout mis en stand-by, mais du fait que ne nous ne sortions rien et que nous signions sur un label sans sortir d’album, et qu’en plus nous avons fait un peu le ménage sur les réseaux, sur YouTube, etc. pour vraiment focaliser l’attention sur ce disque, les gens avaient l’impression que nous n’existions plus.

Souvent, on nous disait que ce n’est pas comme ça qu’il faut faire. D’un autre côté, c’était un choix délibéré que nous faisions, en prenant évidemment le risque que ça ne plaise pas à tout le monde et que ça ne marche peut-être pas, mais à un moment donné, il faut se jeter à l’eau et prendre des risques. Aujourd’hui nous nous rendons compte que ça a payé. Je pense que c’est aussi ce qui fait que nous en sommes là aujourd’hui, nous avons réussi à signer et à avoir toute une équipe autour de nous qui est assez exceptionnelle et qui va nous permettre de concrétiser ce projet. Nous avons été patients, nous avons vraiment pris le temps de faire les choses correctement, et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui nous proposons quelque chose de différent.

« J’évoque souvent le pouvoir de croire, ‘the power to believe’ en anglais, c’est une expression qui est empruntée mais qui, pour moi, donne beaucoup de sens à ce côté imaginaire et créatif, qui fait que qu’on peut refaçonner le monde tel qu’on a envie. »

Tu as dit qu’en tant que batteur, tu voyais les riffs composés d’une autre manière. En quoi cette différence change l’angle musical et donne ce côté atypique à Stengah, puisque c’est vrai que ce ne sont pas souvent les batteurs qui sont au centre des compos ?

Tout simplement le fait que je ne sois pas guitariste. Je sais jouer de la guitare, mais je ne me considère pas comme un guitariste. Je n’ai pas le bagage musical d’un guitariste. Je suis batteur et c’est tout. Je n’ai aucune technique qui me permet de jouer les riffs composés à la guitare. En fin de compte, ce qui ressort de l’instrument, ce n’est pas du tout pensé par un guitariste et forcément ce n’est pas pensé avec la technique qui va avec. D’ailleurs, à un moment donné, les guitaristes et même le bassiste ont dû désapprendre une certaine forme de technique qu’ils avaient à la guitare, un bagage que les guitaristes ont, pour pouvoir se réajuster à une technique qui était un peu différente, redevenir presque un peu autodidactes. Je pense que c’est vraiment ce qui fait que nous avons eu des riffs qui sont apparus et qui ne sont pas du tout guitaristiques, qui sont pensés et joués par un batteur, donc avec une certaine forme de rythmique et surtout un placement dans le temps qui est un peu différent. Comme je te disais, le simple fait de suivre le clic ou le tempo d’un morceau n’est pas suffisant pour que ça sonne live et pour qu’on sente le musicien derrière. C’est ce qui est un peu traître avec une guitare, par exemple, ou des instruments qui sont très mélodiques, donc peut-être moins axés sur la rythmique : on peut avoir tendance à être beaucoup trop précis sur le temps. Là, ce n’est pas que la batterie qui gère le rythme et le tempo, c’est vraiment tous les instruments pris dans leur ensemble, y compris le chant.

C’est ça aussi qui donne ce rendu très corporel au ressenti ? Parce qu’on peut qualifier votre musique de très corporelle, il y a vraiment quelque chose qui se met en mouvement…

Totalement, oui. La batterie se joue avec le corps entier. Je pense que c’est aussi le cas de la guitare, il faut juste le faire. Ça demande juste une réflexion et de se dire : « Je ne suis pas habitué à jouer de cet instrument de cette manière, mais je vais le jouer de cette façon. » Du coup, ça donne quelque chose de différent. C’est assez particulier. Je prends l’exemple de Max qui est l’un des guitaristes qui est là depuis le début, qui a une formation classique et pour qui c’était un peu un cauchemar au départ. Même dans les choix harmoniques, ce sont des choses qui viennent casser les règles qu’on peut apprendre en école. Il a fallu accepter que nous allions faire autrement. Il y a une très belle phrase qui dit que pour jouer de la musique il fallait apprendre les règles et que pour créer de la musique il fallait les casser. Elle n’est pas de moi, je ne saurais plus dire d’où vient cette phrase, mais je trouve qu’elle explique ça de la plus belle des manières possibles. C’est ce que nous avons mis à l’intérieur de Stengah en tout cas.

Pour parler de l’aspect plus thématique, avec une question que j’aurais pu te poser en premier lieu d’ailleurs, mais ça veut dire quoi « Stengah » ?

Eh bien nous ne savons pas ! C’est ça qui est génial. Nous ne savons pas du tout. Nous savons que c’est un titre phare de Meshuggah, donc on nous pose souvent la question : « Est-ce qu’il y a un lien », « Est-ce que c’est un hommage » ou quoi que ce soit, mais pas du tout. C’est un mot que nous ne connaissons que de ce titre-là. Nous n’avons jamais trouvé la traduction de ce mot « stengah ». C’est devenu un son pour moi et c’est ce qui m’a fait choisir ce nom. Il y a une résonance dans le mot « stengah » que je trouve géniale, il y a un côté rythmique là-dedans, un côté très percutant et très percussif. Je le vois vraiment plus comme un son que comme un simple mot.

Question un peu plus simple, mais est-ce que tu peux nous expliquer la signification du titre de ce premier opus Soma Sema ?

C’est une expression grecque empruntée à la philosophie de Platon. C’est quelque chose que j’avais étudié au lycée et qui m’avait marqué, qui prenait l’idée que l’esprit et le corps se dissocient pour pouvoir se mettre un peu en confrontation, en se rendant compte que l’un ne peut pas exister sans l’autre et que l’esprit est quoi qu’il arrive enfermé dans le corps. L’esprit a un côté infini, alors que le corps est très charnel et ancré sur terre. Il y a cette dualité qui est retranscrite dans l’album, entre les mondes rêvés et les mondes réels. C’est toujours cette notion de l’imaginaire infini sur des thématiques qui prennent une chose et son contraire, et qui viennent à la fois les associer et les mettre en confrontation. Soma Sema, pour moi, englobe toute cette idée-là, entre ce qui est rationnel et ce qui ne l’est pas.

Tu dis que la musique parle du fait de se reconnecter avec soi-même, dans un sens spirituel mais aussi philosophique et psychologique d’une certaine façon. Est-ce que dans cette musique l’objectif est aussi d’interroger un peu la place de la croyance, entre autres, dans cette reconnexion, d’ailleurs sans affirmer si elle est positive ou non dans ce processus ? Tu poses juste les questions dans ce que tu écris ?

Oui, c’est juste une manière d’être curieux, d’observer. On me demande parfois ce qui m’inspire dans ces morceaux, et c’est juste l’observation. C’est observer les gens autour de moi, et même moi, à titre personnel, le fait d’observer comment les gens fonctionnent et de s’inspirer un petit peu de tout ce qui se passe dans notre entourage me permet d’être une personne. J’évoque souvent le pouvoir de croire, « the power to believe » en anglais, c’est une expression qui est empruntée mais qui, pour moi, donne beaucoup de sens à ce côté imaginaire et créatif, qui fait que qu’on peut refaçonner le monde tel qu’on a envie. On n’est pas obligés de vivre uniquement dans le monde tel qu’il nous est présenté de manière réelle ou rationnelle. On peut aussi vivre dans un monde dans lequel on croit à plein de choses. Je parle de toutes les croyances possibles, pas des croyances de religions ou de choses comme ça, je parle juste de croire en l’existence, tout simplement. Croire en soi, croire en l’humain, croire en tout ce qui existe déjà ou en ce qui n’existe pas.

« La musique est un peu un second langage qui permet de dire des tas de choses qui sont beaucoup plus difficiles à dire avec des mots. C’est ce qui me touche énormément dans tous les genres musicaux quels qu’ils soient, il y a toujours à un moment donné l’expression d’un être humain. »

« Être en phase avec soi » c’est être en connexion avec son monde intérieur, son monde créatif, tu penses ?

Oui, bien sûr. Tu disais que ce n’était pas nécessairement positif et c’est vrai. Parce qu’on peut aussi être convaincu de l’existence de choses qui sont très négatives et ça a un côté très toxique. C’est aussi faire face aux aspects un peu négatifs de la vie et savoir en faire quelque chose, et encore une fois, être créatif avec ça : quels choix je fais avec ça ? Soit on s’y confronte, soit on se laisse déborder et effectivement, ça peut devenir destructeur. Et puis c’est aussi croire en un tas de choses positives. Il s’agit toujours de trouver un juste milieu entre les deux. C’est cette philosophie de l’équilibre ou du milieu.

La création est donc une phase de reconnexion avec soi. Est-ce que Stengah a ce sens-là aussi pour toi ? Est-ce que ce groupe fait que tu te sens plus en harmonie et que tu trouves cet équilibre que tu viens d’évoquer ?

Oui, il y a un effet cathartique qui est relié à tout artiste qui compose ou écrit. Il y a toujours un moment donné où on fait un peu don de soi dans l’écriture et dans ce qu’on propose artistiquement. Evidemment, c’est ma recherche personnelle de cet équilibre, entre ce qui est bon et ce qui est mauvais. La musique est un peu un second langage qui permet de dire des tas de choses qui sont beaucoup plus difficiles à dire avec des mots. C’est ce qui me touche énormément dans tous les genres musicaux quels qu’ils soient, il y a toujours à un moment donné l’expression d’un être humain. Même dans les musiques électroniques, il y a quand même une base qui a été programmée par un être humain, donc il y a quand même une expression de quelque chose. On en revient toujours à cette dualité entre le corps et l’esprit, entre le réel et l’irréel, ce qui est organique et numérique. Ce sont des choses qui à la fois sont opposées et cohabitent, et qui sont obligées de coexister en permanence. C’est vrai que ce groupe a cet effet d’équilibrage entre ma vie personnelle et ma vie d’artiste.

Au-delà de l’aspect musical, vous avez choisi de soigner tous les aspects visuels et de proposer plusieurs clips qui ont une signification, même si c’est libre d’interprétation. Tu as toujours envisagé Stengah comme un projet qui toucherait à plusieurs arts ?

Oui. C’est là que le challenge est particulièrement corsé. Quand on prône l’imagination au maximum, il faut être méthodique dans le visuel qu’on veut proposer, donc ça fait partie intégrante de la composition. Je n’ai pas envie de servir des clips tout faits comme sur un plateau où le spectateur n’aurait pas d’investissement à mettre dedans. Je ne peux pas demander au spectateur ou à l’auditeur d’être dans l’imaginaire si je lui montre tout à l’image, dans le visuel. Ça demande vraiment une écriture qui soit très graphique et qui exprime des tas de choses, mais qui permet aussi d’avoir des tonnes de petits détails et de petites richesses, par-ci par-là, qui sont assez disséminés et qui proposent d’aller creuser à l’intérieur pour chercher des éléments supplémentaires. Je pense notamment au deuxième clip que nous avons sorti, qui s’appelle « At The Behest Of Origins » et qui était connecté à une extension qui était un poème, sous forme de message codé, donc qui venait proposer une espèce d’énigme pour aller plus loin à l’intérieur du clip, mais qui n’était pas obligatoire. Encore une fois, c’est une vraie proposition et on peut apprécier la musique de Stengah juste en surface aussi. Je pense que chacun peut l’apprécier à sa façon.

Récemment, nous avons interviewé Johan le chanteur de Celeste qui disait que tout ça était une forme de jeu, qu’il invitait l’auditeur à fouiller. Tu as un peu le même discours avec Stengah. Pour toi aussi il y a une part de jeu entre le musicien et l’auditeur s’il veut comprendre l’univers de Stengah ?

Bien sûr. C’est une manière de créer une forme de complicité avec le public. C’est aussi l’intégrer dans le processus créatif, parce que lui-même va devenir un peu acteur de ce qu’il se passe dans ce qu’il va découvrir du morceau. Justement, Celeste, dans leur façon de jouer sur scène en étant complètement dans le noir avec les lasers rouges, je trouve ça super intéressant, parce qu’on est un peu obligés de deviner ce qu’il se passe sur scène et on a juste la musique. C’est un groupe qu’il ne faut surtout pas voir en plein jour. Dans le noir, je trouve ça super parce qu’il y a un côté extrêmement énigmatique. Je comprends ce rapport avec l’imaginaire et ce jeu avec le public. On peut juste écouter ce qu’il se passe et fermer les yeux – il y en a beaucoup qui le font – mais on peut aussi essayer d’aller scruter, voir les mouvements des rayons lasers et voir ce qui se passe sur scène, comprendre un petit peu les mouvements. C’est un rapport au corps assez intéressant sur ce genre de musique.

Qui a réalisé l’artwork de cet opus et qu’est-ce que vous vouliez développer ? Quelles étaient les directives ?

J’ai collaboré avec une artiste qui s’appelle Oceya et qui est une poly-artiste, qui fait de la musique, de la peinture, etc. Elle comprend à la fois l’univers musical et l’univers visuel, c’est ce qui était très intéressant pour une collaboration. J’ai pensé cet artwork comme un onzième morceau de l’album. Ça a été créé de la même manière qu’un morceau. Je prends souvent l’exemple du chanteur : je ne peux pas chanter les morceaux, donc je suis obligé d’expliquer à Nico [Queste], notre chanteur, les textes et la thématique des morceaux en profondeur pour qu’il puisse se les approprier et donner sa propre interprétation de tout ça. C’était un peu la même chose avec cette artiste : je ne pouvais pas faire cet artwork moi-même, mais j’avais quand même en tête toute une peinture qui allait englober la totalité des morceaux de cet album. Ca a été le même cheminement, de lui expliquer les thématiques, ce que je t’explique là sur l’imaginaire, sur le fait d’avoir un aspect visible et un autre invisible, ce jeu avec le masque qui se démonte, qui est en train de se briser, dont on ne voit que la moitié, de l’autre côté on voit un visage qui apparaît, et puis on creuse encore et on voit l’intérieur de la tête, avec cette espèce d’espace dont ressortent des tonnes de petits personnages qui représentent les différentes personnalités qu’on peut avoir en nous. C’était vraiment une explication de toutes ces choses, y compris à travers quelques petits croquis, et derrière, cette artiste a brillamment donné son interprétation de l’album à travers cet artwork. Ça a donné une connexion entre le visuel et le son.

« Quand on prône l’imagination au maximum, il faut être méthodique dans le visuel qu’on veut proposer, donc ça fait partie intégrante de la composition. Je n’ai pas envie de servir des clips tout faits comme sur un plateau où le spectateur n’aurait pas d’investissement à mettre dedans. »

Vous êtes en étroite collaboration avec les associations CRÉAHM et la compagnie Compagnie de l’Oiseau-Mouche, qui sont des compagnies artistiques qui travaillent avec des personnes en situation de handicap mental. En quoi c’était important pour vous cette collaboration et quel est votre lien avec ces associations ?

Le lien le plus évident, c’est avec le CRÉAHM, notamment le clip que nous avons sorti pour « At The Behest Of Origins » qui met en scène l’arteur Pascal Duquenne qui est porteur de trisomie 21. Encore une fois, quand je parle de tout l’aspect de l’imaginaire, de comment façonner un monde différemment autour de soi, je trouve énormément de ça dans ces associations qui explorent tout le potentiel de ces personnes. A l’inverse de cette impression du handicap qui vient diminuer les capacités, eux viennent prendre ce qui est renforçant, en étant créatifs et dans l’imaginaire, en se nourrissant des capacités qui sont là. Ça nous touche énormément. C’est quelque chose de très humain qui apporte énormément aussi bien au domaine artistique qu’à celui de l’humain.

Comment tu perçois l’avenir de Stengah ?

Le processus créatif ne s’arrête jamais. Je ne me suis jamais arrêté de composer depuis les tout débuts. Nous ne sortirons jamais tout, parce qu’il y a forcément des choses qui sont moins intéressantes ou en tout cas qui ne trouvent pas leur place à l’intérieur de la thématique de Stengah, mais je pense que nous aurons à un moment donné suffisamment d’éléments, plusieurs fragments de différents riffs et différents morceaux qui vont forcément finir par s’imbriquer et donner quelque chose de très cohérent, qui s’unifieront de la même façon que les dix morceaux sur le premier album se sont unifiés. C’est vraiment ce qui va nous donner le feu vert pour s’investir dans un nouvel album. J’ai hâte que le public découvre cet album, que nous ayons des retours, des nouvelles lectures, de nouveaux avis, de nouvelles interprétations, etc. et je pense que ça va vraiment nous le faire redécouvrir. C’est déjà un peu le cas avec la presse que nous rencontrons, nous avons énormément d’avis très différents, et je trouve ça super. Je trouve que ça vient enrichir l’album. Donc le projet numéro un, c’est déjà de le partager avec le public, de profiter de ce moment-là, et ensuite, d’attendre le moment où nous passerons à la suite. Je suis assez avide de composer et de sortir des choses. Si c’était humainement possible, nous sortirions plusieurs albums dans l’année. Il y a une espèce de machine inarrêtable. Il faut évidemment se canaliser un petit peu, mais c’est extrêmement motivant.

Tu parlais de la presse qui découvrait cet album. Combien de médias t’ont parlé de Gojira pour parler de votre musique ?

Pas tant que ça ! Souvent, Gojira est un groupe qui nous est évoqué par rapport à la scène française et l’ouverture que ce groupe a créée sur le metal en France. C’est vrai que Gojira ont vraiment été les pionniers du metal français qui s’est exporté, qui a réussi à ouvrir le public à une écoute globale. C’est plus là-dessus qu’on nous a posé des questions, et évidemment sur le lien un peu étroit que nous pouvons avoir avec eux, parce qu’évidemment, nous avons un manageur en commun – Richard Gamba était leur ancien manageur à l’époque. Nous nous sentons effectivement un peu comme les petits frères de Gojira sur le plan « familial », dans le développement du groupe. Encore une fois, le lien entre Gojira et nous, c’est juste le fait d’être un groupe de metal français. Mais c’est drôle, il a fallu que nous tombions sur l’ancien manageur de Gojira, je trouve ça assez fou. Nous aurions voulu le faire exprès que nous n’aurions pas su le faire.

Personnellement, j’avais peut-être deux autres groupes avec lesquels je ferais plus le rapprochement, ce serait Gorod et Grorr. On peut y trouver quelques similarités dans le côté death technique un peu chaleureux.

Alors, je ne connais pas du tout Grorr, mais Gorod, oui. Déjà, Benoit à la basse et moi-même, nous sommes extrêmement fans de Gorod depuis un paquet de temps. Nous avons déjà eu l’occasion de jouer avec eux à Paris il y a quelques années, nous jouions juste avant eux, nous faisions un co-plateau – d’ailleurs, nous avons encore [fait] une date avec eux à Paris le 29 mars. Les deux styles sont absolument différents. Je pense que nous avons deux approches de la musique qui peuvent se regrouper sur plein de points communs, mais musicalement nous avons une proposition un peu différente. Pourtant, je nous sens effectivement à notre place quand nous nous retrouvons à jouer avec eux. Je ne saurais pas trop expliquer comment ni pourquoi, mais il y a effectivement une espèce de connexion, quelque chose qui nous relie assez souvent à Gorod. C’est vrai que c’est un plaisir de les retrouver sur scène. En plus, j’ai adoré leur dernier album, tout comme celui d’avant et celui encore avant. A chaque fois qu’ils sortent un album, j’ai l’impression que c’est encore mieux. Ils ne s’arrêtent pas, c’est toujours surprenant tout ce qu’ils arrivent à faire. C’est pareil, il y a un côté extrêmement technique – j’affectionne beaucoup de le death metal technique – mais je trouve qu’il y a quand même quelque chose qui s’écoute bien, qui reste assez accessible et qui plaît. A chaque fois que je les ai vus en live, je voyais le public autour qui était vraiment à fond, aussi bien les initiés que les non-initiés. Encore une fois, je ne retrouve pas un lien musical direct avec Gorod, mais la comparaison me plaît bien !

Interview réalisée par téléphone le 10 février 2022 par Jean-Florian Garel.
Retranscription : Jean-Florian Garel.

Site officiel de Stengah : www.stengah-music.com

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