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Chronique   

Crashdïet – Rust


En 2005, Crashdïet déboulait avec une insolence primesautière par la grande porte du metal pailleté en catapultant Rest In Sleaze, une offrande imparable qui fit se dresser les crinières de tous les glammers déprimés par la pénurie de rimmel sur les ondes. La recette s’avérait simplissime, un chanteur charismatique, décédé l’année suivante, des refrains fédérateurs et des chœurs imparables dans la plus belle tradition du hair metal (souvenons-nous deux secondes du brûlot « It’s A Miracle » qui portait pour le coup admirablement bien son nom). Dès lors, et l’insouciance a parfois du bon, l’alchimie, si difficile à trouver, s’est mise à immédiatement fonctionner et le charme de ces hymnes prépubères officiait sans que l’on sache vraiment pourquoi et parvenait sans effort apparent à se démarquer de ceux plus laborieux de ses petits camarades peroxydés. A l’évidence, les Suédois manucurés possédaient le truc, ce tout petit truc qui transforme, sans qu’on sache vraiment pourquoi, un tube un peu pépère en un hit implacable et addictif. Alors évidemment, le problème d’un premier méfait aussi exceptionnel est qu’il exige une excellence toujours renouvelée. Or, et même si The Unattractive Revolution (2007), leur deuxième opus, possédait d’incontestables qualités et que les suivants surent également entretenir la flamme, avec notamment un Generation Wild (2010) qui trouva largement son public, on pouvait se demander si le quatuor allait survivre aux infortunes multiples qui plombèrent durablement son envol.

Six ans ont passés depuis The Savage Playground (2013), avec son lot de drames (un manageur décédé, un frontman qui quitte le groupe en pleine tournée au Japon), d’embûches et d’interrogations. La valse des chanteurs (et en particulier la perte initiale du leader Dave Lepard) aurait dû avoir raison de Martin Sweet et de ses acolytes, or malgré les doutes qui ont pu étreindre un temps les Suédois, on ne peut que louer leur belle résilience face aux innombrables coups du sort. Loin de capituler, ils reviennent avec un hurleur tout neuf, Gabriel Keyes, qui relance la machine à tue-tête et à brise-nuque. Plus heavy mais sans se départir tout à fait d’une certaine légèreté inhérente au genre, le quatuor remet le rose de chauffe et repart à l’assaut de cet Everest duquel, jadis, ils regardèrent goguenards la meute des petits suiveurs.

A l’évidence, le quatre-cylindres scandinave a été révisé et vrombit de plaisir à l’idée de laisser derrière lui les galères en tous genres afin de fournir aux aficionados leur dose de hits punchy. Rust s’apparente ainsi à une entreprise de reconstruction. Les garçons connaissent leur affaire sur le bout de leur vernis à ongles et offrent un album qui trace sa route avec une euphorie retrouvée, même si les sales gosses d’antan semblent un peu plus sages et que l’impertinence un peu foutraque qui suintait de leurs débuts laisse la place à une maturité parfois impressionnante mais peut-être moins possédée par l’urgence. Dès lors, le premier titre « Rust » démarre idéalement en proposant de jolies choses, annonciatrices de crasse interlope et de désinvolture coupable. Aux chœurs superbement kitsch s’associe un refrain entêtant, moins balourd qu’il n’y paraissait de prime abord. Pesant puis aérien, le morceau devrait réserver sur scène quelques moments épiques. Le fait est que Crashdïet est revenu aux affaires, et ce d’autant plus que le premier single « We Are The Legion » n’est lui-même pas sans attrait, notamment par l’entremise d’un refrain conforme à la tradition hymnique de Crashdïet. Le sieur Keyes, qui s’avère décidément être une bonne pioche, s’époumone avec un savoir-faire dont il n’a pas à rougir, tout en pouvant compter sur une base rythmique solide capable de balancer deux, trois mandales bien sèches, à l’image du mordant « Reptile » et son pont heavy façon Metallica ou le final viril d’« Idiots » qu’on aurait aimé voir exploiter davantage. Au rayon des bonnes surprises interdites aux diabétiques, on appréciera le glucosé « Crazy », et son break à la sauce Guns N’ Roses, et surtout « Parasite » doté d’un pré-refrain détonant, marque de fabrique des kids, et qui, toutes proportions gardées, flirte autant avec Vain et son No Respect (1989) d’anthologie qu’avec le Trash (1989) d’un certain Vincent Furnier. Il est des parrains moins illustres.

Le seul reproche que l’on peut faire aux Suédois est peut-être d’intercaler au milieu d’instants jubilatoires des séquences un tantinet moins marquantes, durant lesquelles ils ronronnent, en très bons élèves, leur credo gentiment crado. Dès lors, capables d’un « Stop Weirding Me Out » lascif et sucré à souhait sur lequel ils s’amusent et nous amusent, ils peuvent également offrir quelques ritournelles plus sujettes à réserve, comme la ballade de l’album, « Waiting For Your Love ». Pas déplaisante avec ses accents électro et l’entremise d’une jolie ligne mélodique, elle demeure trop peu venimeuse pour nous donner envie de câlins torrides. Le constat est plus sévère pour « In The Maze » et « Filth & Flowers », deux ritournelles manquant de piment aux allures de remplissage.

Nonobstant ces réserves, le plaisir de retrouver un Crashdïet en forme est bien réel. On sent le quatuor proche de son état de forme et susceptible au détour d’un riff de nous servir sur un plateau le petit détail qui convertit un plan mille fois entendu en un hymne irrésistible. Et même s’il faut pour cela supporter une ou deux scories, on se dira que cela valait la peine d’attendre un peu (six étés tout de même) que la muse sorte de sa léthargie pour aller enfin en amante licencieuse se glisser dans la couche des quatre garnements pour réveiller leur talent assoupi.

Lyric vidéo de la chanson « In The Maze » :

Clip vidéo de la chanson « Idiots » :

Clip vidéo de la chanson « Reptile » :

Clip vidéo de la chanson « We Are The Legion » :

Album Rust, sortie le 13 septembre 2019 via Frontiers/Dïet Records. Disponible à l’achat ici



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