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Chronique   

Crescent – Carving The Fires Of Akhet


Impossible de rendre compte de la scène metal africaine sans évoquer Crescent, l’un des tout premiers groupes de metal extrême égyptiens à bénéficier d’une audience conséquente. Le groupe s’est formé en 1998 sous l’impulsion du chanteur et guitariste Ismaeel Attalah. Auparavant ancré dans un black aux teintes de death-mélodique scandinave, Crescent a décidé de rebattre les cartes dix ans plus tard avec son premier EP The Retribution (2008). Le dessein du groupe était simple : incorporer des éléments de la culture musicale égyptienne au sein d’une musique sans concessions. Carving The Fires Of Akhet est le troisième opus de la formation, le premier sans le bassiste Moanis Salem et le batteur Amr Mokhtar, ce dernier étant remplacé par Julian Dietrich. Carving The Fires Of Akhet est une digression autour de la grande flamme d’Akhet, la volonté divine qui influe sur l’Histoire et le futur de l’humanité. Crescent accentue les traits les plus marquants de son identité sonore pour faire de son origine son premier atout.

Carving The Fires Of Akhet a été enregistré au Woodshed Studio par Victor « Santura » Bullock, guitariste et producteur de Dark Fortress et Triptykon. Sur le plan de la production, Carving The Fires Of Akhet bénéficie d’une grande clarté qui laisse émerger les influences orientales et n’écrase pas le chant sous un amas de distorsions chaotiques. Crescent respecte le spectre de chaque instrument, y compris les articulations de percussions qui parviennent à se tailler une place aux côtés des murs traditionnels de guitare. « The Fires Of Akhet » inaugure l’album en grande trombe du haut de ses huit minutes trente. Julian Dietrich nous fait part de son affect pour le blast et de son ingéniosité rythmique, allant jusqu’à incorporer un jeu de caisse claire « dansant » sur les plans les plus violents. Crescent cherche sans cesse à insuffler de l’épique à ses compositions, que ce soit par des orchestrations hollywoodiennes à la Septicflesh, son phrasé de growl qui doit parfois à Nergal ou encore ses rythmiques et percussions rituelles si chères à Rotting Christ. « Moot Set Waas » honore quant à lui des influences death plus classiques. Crescent a une profonde affection pour les guitares effrénées et les accélérations inépuisables. Les Egyptiens parviennent à formuler un véritable déferlement de violence qui bénéficie grandement des variétés de growls caverneux et éraillés. Surtout, Crescent s’amuse avec les dynamiques et n’hésite pas à fracasser son tempo, à l’instar du riffing aussi massif qu’abrupt de « Serpent Of Avaris ».

La réalisation de Crescent respire l’intelligence par cette capacité à marier une musique extrême contemporaine et ses ascendances sous l’égide d’une culture musicale a priori éloignée. On retrouve l’exercice du vieux solo de guitare death metal décomplexé à la sauce orientale au sein de « Neb-Pehti-Ra». « Imprecations Upon Thy Flame » se permet quant à lui quelques élucubrations heavy dignes de la NWOBHM. Les arguments les plus pertinents surviennent lorsque Crescent parvient à distiller ses influences égyptiennes sans aller jusqu’à les caricaturer ou les accentuer à outrance. Le cachet malsain de « Drowned In Theban Blood » nous fait miroiter tous ces fantasmes d’une Egypte occulte et de ses rituels cabalistiques, soit les aspects les plus sombres de la croyance. Un imaginaire qui se prolonge par la transition « Crimson Descension », une accalmie ambiante lugubre avant l’épreuve « As Nu Enshrines Death » et son final orchestral. Aux neuf compositions de Carving The Fires Of Akhet, Crescent a décidé d’adjoindre une revisite de « Dreamland », une composition de 1999, et deux reprises : « Xeper-I-Set » de Dissection et « … For Victory » de Bolt Thrower qui ont le mérite de grandement bénéficier de la production de Victor Bullock. De quoi expliciter davantage la parenté avec Crescent.

Crescent mérite amplement d’acquérir une renommée qui dépasse les frontières égyptiennes. Son death digère sans peine les influences classiques et actuelles en profitant de sa culture musicale différente sans la transformer en leitmotiv vulgaire. Carving The Fires Of Akhet dévoile ainsi des fondamentaux extrêmement solides où seule la redondance peut ternir un riffing et un songwriting aussi brutaux qu’évocateurs.

Lyric vidéo de la chanson « As Nu Enshrines Death » :

Album Carving The Fires Of Akhet, sortie le 25 juin 2021 via Listenable Records. Disponible à l’achat ici



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