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Chronique   

Crippled Black Phoenix – Banefyre


Groupe en perpétuelle reconfiguration, Crippled Black Phoenix semble aujourd’hui stabilisé autour d’un noyau dur composé de son fondateur Justin Greaves, à la guitare, à la basse, à la batterie et aux samples, Belinda Kordic aux chant et percussions, Helen Stanley aux piano, claviers, synthé, monocorde et trompette, et Andy Taylor, à la guitare. S’y ajoute Joel Segerstedt, dont l’EP Painful Reminder/Dead Is Dead sorti l’an dernier avait inauguré l’arrivée. Après Ellengæst, sur lequel Justin Greaves avait contourné le départ de Daniel Anghede en invitant nombre de voix masculines prestigieuses, Crippled Black Phoenix a retrouvé en la personne de ce musicien suédois un chanteur permanent.

À la manière de (Mankind) The Crafty Ape, double album qui suivait le relativement court I, Vigilante, Banefyre suit Ellengæst sous la forme d’un double album. Selon ses propres mots toujours « prévisiblement imprévisible », le groupe continue de placer l’audace artistique au cœur de sa démarche et évite de livrer un album qui soit le prolongement d’Ellengæst, notamment en s’éloignant de la chaleur et du confort sonore de cet album. Cette approche différente de la production s’est concrétisée dans le choix de Kurt Ballou (guitariste de Converge et producteur de nombreux groupes de metal et de hardcore) au mixage. Le son qui en résulte, par sa nature analogique et sa finition brute, sied bien à la tonalité rageuse et punkisante qui sous-tend l’album. Avec Banefyre, Crippled Black Phoenix poursuit son chemin hors des clous et fait de son amalgame unique de post-rock dramatique, de rock progressif, de psychédélisme doom et de sombre emphase gothique la matière d’un grand monument musical en hommage aux êtres différents et aux persécutés de toutes sortes et de tout temps.

« Wyches And Bastardz », magnifique hymne dédié à celles que l’on brûla pour leur différence, les prétendues sorcières, est porté par la voix singulière de Belinda Kordic, toujours au bord de la fêlure. Faisant sienne leur bravoure, son chant se fait ici frondeur, avant de se lancer dans la répétitive récitation en suédois de la lente composition rituelle « Ghostland ». La patte de Kurt Ballou se révèle pleinement dans cette compacte masse sonore scandée par d’hypnotiques percussions. Partageant désormais le chant lead avec Belinda Kornic, Joel Segerstedt montre quant à lui l’étendue de ce qu’il peut apporter à la musique de Crippled Black Phoenix dans « The Reckoning » et « Blackout ’77 », deux morceaux jumeaux sur le plan thématique. Le premier s’attaque à la chasse aux renards en Angleterre en imaginant un retournement de scénario où la proie devient prédateur le temps d’une nuit, tandis que le second dépeint la revanche des exclus de tout poil qui, en 1977, dans un contexte de crise financière, ont profité de la panne de courant frappant New York pour piller et incendier la ville. La dynamique très directe de ces deux morceaux est renforcée par l’énergie vocale du Suédois et la profondeur primitive, viscérale, de son chant.

On retrouve Belinda Kordic au micro pour « Bonefire », dont elle a écrit le texte dans un élan de dégoût envers les politiciens, leur absence de compassion et leur inaction à l’égard des plus pauvres. Le style rock gothique de cette composition se retrouve dans une tonalité plus crépusculaire et grandiose dans « Down The Rabbit Hole ». Ce morceau, parmi les plus longs de l’album, étire sur sa première partie de tranquilles arpèges de guitare rythmés de douces frappes, pour mieux libérer sa tension dans l’allant contagieux d’une deuxième partie à la The Mission. Autre morceau fleuve, « Rose Of Jericho » déploie en mues successives les différents styles que Crippled Black Phoenix assemble avec cohérence : un post-rock à la Silver Mount Zion, tout en gerbes de guitares, cuivres et chœurs masculins, puis un âpre rock ténébreux, habité par le chant pugnace de Joel Segerstedt. S’ouvrant sur une surprenante adaptation du texte de « The Sound Of Silence » de Simon & Garfunkel, les plus de quinze minutes de « The Scene Is A False Prophet » ravivent quant à elles les tendances plus expérimentales et psychédéliques du groupe.

Extrêmement long et dense, Banefyre est un album impossible à cerner en quelques écoutes. En éternel mouton noir du rock, Crippled Black Phoenix y délivre une musique vivante et indocile, aussi pleine jusqu’à ras bord d’inspiration artistique que de conscience politique et sociale. Aucun temps mort ne s’insère entre les morceaux qui sont liés les uns aux autres par un puissant mouvement de révolte. L’amertume qui les nourrit les imprègne d’une profonde noirceur mais aussi de l’énergie du désespoir.

Chanson « Bonefire » :

Clip vidéo de la chanson « Everything Is Beautiful But Us » :

Clip vidéo de la chanson « Blackout77 » :

Album Banefyre, sortie le 9 septembre 2022 via Season Of Mist. Disponible à l’achat ici



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