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Chronique   

Crone – Gotta Light?


En début d’année, les Allemands de Secrets Of The Moon annonçaient leur séparation et leur concert en août au Party San Open Air fut l’un de leurs derniers. Habitué aux évolutions stylistiques d’album en album, le groupe avait entériné avec son dernier, Black House, sorti en 2020, l’éloignement complet de ses racines black metal, amorcé avec le précédent. Black House, finalement, demeurera comme une œuvre pivot, celle précédant le basculement du compositeur, guitariste et chanteur Phil Jonas vers son autre projet, Crone. Le dernier album de Secrets Of The Moon aurait en effet parfaitement pu naître sous le patronyme de Crone, tant son orientation musicale correspond à celle de ce side-project aujourd’hui devenu projet principal du musicien. Ce dernier, associé à Markus Renzenbrink, batteur du groupe de death metal Embedded, laisse à travers Crone libre cours à des penchants musicaux beaucoup moins extrêmes que ceux qui avaient fait naître son précédent groupe. Pourtant, la filiation entre l’un et l’autre est évidente. D’abord, parce que les graines de Crone ont été plantées dans les deux derniers albums de Secrets Of The Moon. Ensuite, parce que, après avoir offert une version très personnelle du black metal, Phil Jonas affirme avec Crone, combinaison de rock gothique, de rock/metal alternatif, de hard rock et de rock progressif, une identité musicale une fois encore hybride et inédite.

Godspeed proposait déjà une application convaincante de la formule stylistique de Crone, mais l’évolution du statut du groupe, devenu le projet principal de chacun de ses membres, lui a permis d’atteindre un échelon supérieur. Avec Gotta Light? Crone parvient à incarner pleinement ses différentes facettes : il se fait plus intense dans sa mélancolie gothique, plus mordant dans son aspect rock et plus généreux dans ses apports prog. Après un premier morceau séduisant mais peu personnel, qui évoque un peu trop le style musical et vocal de Marilyn Manson, le très « pêchu » single « Abyss Road » tranche avec l’habituelle allure mid-tempo du groupe. On retrouve ce mordant dans le rapide « They », bel exercice de rock gothique où atmosphère et énergie se renforcent mutuellement pour s’aventurer sur un versant mystérieux que Phil Jonas hante de ses insistants murmures. La volonté d’accroche est omniprésente dans cet album parsemé de refrains entêtants, de mélodies imparables et de parties de chant qui abandonnent toute rugosité pour une teneur parfois presque charmeuse.

« Gemini », condensé des multiples sources d’inspiration du groupe, enchâsse un solo floydien dans une évocation d’Alice In Chains, du timbre discrètement éraillé de Phil Jonas aux variations d’ambiances et de tempo qui font se succéder pauses atmosphériques constellées de notes de synthés et montées d’énergie, caisse claire en avant. Si le groupe n’a pas renouvelé l’essai d’un morceau fleuve tel que celui qui concluait son précédent opus, les nombreux soli de guitare d’inspiration prog ou hard rock qu’il distille dans sa matière dark rock élargissent son champ sonore et relèvent ses inclinations mélancoliques d’un sel bienvenu. Tout entier tendu vers son éclatant final, « This Is War » ne renie pas un certain pathos (insistants motifs mélodiques arpégés, rythme lent, emphatique et vibrante prestation vocale, notes de piano et émouvant refrain), pour mieux libérer son émotion dans sa deuxième moitié instrumentale, en un assaut guitare/batterie typé heavy. Le sens épique marque encore la patte de Phil Jonas, comme le prouve le poignant « Silent Song », remarquable construction où les instruments s’ajoutent les uns aux autres pour emporter l’ensemble vers les hauteurs tandis que le chant, simple refrain répété tel un mantra, s’intensifie à mesure.

Purement instrumental, le final « Kenosis » témoigne du travail de composition toujours sophistiqué de Phil Jonas, notamment dans l’agencement d’inventives parties de guitares. Soutenues par une batterie réinvestie d’une puissante force de frappe, celles-ci tiennent ici le premier rôle, entremêlant leurs superbes riffs en un échange captivant. Une belle preuve que, malgré la disparition des longs morceaux, l’écriture de Phil Jonas n’a pas abandonné toute tendance progressive. Quel que soit son véhicule musical, cette écriture a toujours eu pour objectif d’élaborer des ambiances marquantes et de transmettre des émotions, aussi négatives soient-elles. Sur ce plan, Crone porte bien l’héritage de Secrets Of The Moon. A la manière de leurs collègues de label de Dool, qui ont su s’affranchir de leur passé au sein de The Devil’s Blood en proposant, dans un registre entièrement différent, une musique tout aussi enthousiasmante, Crone démontre que l’enveloppe stylistique importe moins que la sincérité artistique et constitue une suite sans déshonneur de la carrière de Phil Jonas.

Lyric vidéo de la chanson « Towers Underground » :

Lyric vidéo de la chanson « Abyss Road » :

Clip vidéo de la chanson « Gemini » :

Album Gotta Light?, sortie le 23 septembre 2022 via Prophecy Productions. Disponible à l’achat ici



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