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Interview   

Crowbar : prise de température


Kirk Winstein a dû prendre son mal en patience : le nouvel album de Crowbar est prêt depuis février 2020 et ne sortira pourtant que deux ans plus tard. La faute à une pandémie, évidemment, qui n’offrait pas les meilleures conditions pour l’accueillir. Étrangement, bien qu’il ait été conçu dans un contexte très différent, Zero And Below est particulièrement éloquent après ces deux dernières années, que ce soit avec un titre d’album on ne peut plus approprié ou par certains messages voulant donner de l’espoir, à l’image d’un « Crush Negativity » qui se passe d’explication. Avec l’âge, Kirk Winstein a appris à voir « la lumière au bout du tunnel » plutôt que de s’enfermer dans la noirceur du réel comme il a pu le faire à une époque.

Paradoxal, peut-être, pour un album qui, musicalement, se veut plus old school que jamais en renvoyant à ses débuts et à ses premières influences, dont Type O Negative, mais aussi au classique Odd Fellows Rest (1998). En vérité, Zero And Below est une version plus mature de tout cela, profitant notamment de l’expérience en solo de Kirk Windstein. Nous en parlons avec ce dernier, qui évoque quelques sujets plus personnels et nous donne des nouvelles de Down.

« J’écoute toujours plus de vieilles musiques que de nouvelles. Quand j’écoute certains éléments de cet album, ça me fait penser à une version plus mature de certains de nos premiers morceaux. »

Radio Metal : La dernière fois qu’on s’est parlé, c’était en décembre 2019. A ce moment-là, tu nous disais avoir déjà commencé à enregistrer le nouvel album de Crowbar – et celui-ci a d’ailleurs été terminé en février 2020. Au final, il sort deux ans plus tard. Qu’as-tu fait durant tout ce temps ?

Kirk Windstein (chant & guitare) : J’ai essayé d’être patient ! Ça a été très frustrant, mais ma femme et moi, notre famille et tous les gars, nous allons bien. J’ai commencé à écrire un second album solo. J’en suis d’ailleurs au dixième morceau maintenant, donc j’ai fait ça à temps partiel, par intermittence, une ou deux fois par semaine ici et là. Nous avons pu faire deux ou trois concerts avec Down. Nous avons fait trois ou quatre live streams avec Crowbar et deux avec Down, donc il y avait un petit peu de travail ici et là, suffisamment pour rester, non pas occupé, mais satisfait. Ça a été très difficile, mais nous sommes contents d’avoir attendu deux ans pour sortir cet album, car ça aurait été une mauvaise décision de le sortir pendant la pandémie. Bien sûr, il a fallu être très patient et c’était très frustrant de ne pas pouvoir sortir et laisser les fans entendre ce que je crois être vraiment un album qui déchire. Nous sommes excités à l’idée de le sortir et de mettre la machine en route.

L’album ne te paraît pas trop vieux maintenant ?

Non, et c’est plutôt une bonne chose. Je l’ai beaucoup écouté ces deux dernières années. Si je le mets aujourd’hui, je l’adore toujours. C’est bizarre. Jamais dans ma carrière je n’ai eu un album qui était terminé, mixé, masterisé, livré au label, prêt à partir au pressage et tout, pour finalement attendre deux ans avant qu’il ne sorte. Ça a été difficile, mais ça valait le coup d’attendre.

C’est le premier album de Crowbar avec Shane Wesley à la basse, et d’ailleurs, tu as déclaré que lui et le guitariste Matt Brunson t’ont beaucoup aidé dans le processus de composition. Quel a été leur apport créatif ? Et comment la dynamique créative fonctionne entre vous trois ?

Ça fait longtemps maintenant que je travaille avec Matt. Shane est un super musicien, il a un diplôme en jazz de la Sounthern Mississippi University. C’est un brillant guitariste et un musicien très complet. Il a une super attitude, donc il va très bien avec Matt et moi. En premier lieu, c’est un guitariste, mais c’est aussi un extraordinaire bassiste parce qu’il comprend vraiment les lignes de basse et la musique. Il a probablement plus apporté en matière de riff que n’importe qui ayant joué de la basse dans Crowbar, honnêtement. Et je dis ça sans manquer de respect à qui que ce soit, c’est juste un fait. Il est arrivé et ça a très bien marché. Ça fait longtemps que Tommy [Buckley], Matt et moi jammons ensemble. Tommy ça fait dix-huit ans et Matt quinze ou seize ans. Le noyau dur du groupe – c’est-à-dire nous trois – était là. Evidemment, nous avons eu par intermittence quelques problèmes de bassistes, mais intégrer Shane était la bonne décision et ça fonctionne super bien. Il est génial. Il est très créatif et il y a une bonne maîtrise musicale et un bon professionnalisme. J’adore ce line-up.

Tu as dit que Shane avait un diplôme en jazz. Evidemment, Crowbar n’a rien de jazz mais penses-tu que ça a aidé au niveau de la théorie musicale, par exemple ?

Oui, parce que je n’ai aucune théorie musicale. J’ai appris à l’oreille à jouer de la guitare, juste en mettant des albums, choisissant des chansons d’autres groupes et, au final, en les apprenant et en commençant à écrire mes propres riffs et mes propres chansons. Nous n’utilisons pas beaucoup la théorie. Honnêtement, Shane a probablement jeté par la fenêtre ce qu’il a appris à l’école parce que nous aimons enfreindre les règles, pour que ça sonne original et un peu différent. Mais c’était super parce que, comme je l’ai dit, Matt et moi, nous nous nourrissons mutuellement quand nous composons des riffs, et avec Shane, c’est une personne talentueuse de plus avec de super idées. Ma façon de voir les choses aujourd’hui, c’est plus on est nombreux à contribuer avec des riffs et des idées de chansons, plus c’est joyeux. Apportez et si ça tue, nous l’utiliserons, nous en ferons une chanson, écrirons des riffs inspirés des uns et des autres et sortirons de super morceaux.

« La négativité ne mène nulle part. Il faut vivre sa vie et être la meilleure personne possible. Être négatif envers tout n’est pas bon pour soi, ni pour les autres. »

La dernière fois, tu nous avais dit que l’album serait beaucoup plus old school que The Serpent Only Lies, qui lui-même était déjà assez old school. Globalement, Zero And Below est un album de Crowbar très doom. Vous avez célébré dernièrement les trente ans du groupe et du premier album : penses-tu que la direction musicale de Zero And Below est liée à ça ? As-tu déterré certains ressentis de ton début de carrière en tant que compositeur ?

Je pense qu’il y a eu un effort conscient pour composer quelques trucs un peu doom. Dans l’une des interviews que j’ai faites aujourd’hui, le gars a fini en me demandant : « Quel est ton sentiment par rapport à la progression de Crowbar du premier album à Zero And Below ? » Et pour moi, ça s’est passé exactement comme j’aime. A chaque album, nous avons essayé d’apporter quelques nouveaux éléments tout en restant fidèles au son de Crowbar. Je pense que nous avons pu le faire une nouvelle fois avec cet album. Il est clair qu’une décision consciente a été prise. Pour ma part, en composant une bonne partie des riffs, j’étais là : « Je veux que ça sonne un peu plus old school, avec non seulement les riffs principaux, mais aussi avec les transitions d’une partie à l’autre. » Je pense que nous avons fait du bon boulot pour accomplir ce que nous avons cherché à faire. Le truc, c’est que j’écoute toujours les vieux groupes qui m’ont influencé. J’écoute toujours plus de vieilles musiques que de nouvelles. Quand j’écoute certains éléments de cet album, ça me fait penser à une version plus mature de certains de nos premiers morceaux, donc il y a bien un peu de nostalgie là-derrière.

On dirait aussi que cet album est assez proche à certains égards d’Odd Fellows Rest, pour les riffs un peu doom, mais aussi les harmonies de guitare, le travail du chant…

Oui, je suis d’accord. En fait, pour moi, Odd Fellows Rest était un album vraiment charnière. C’est grosso modo le préféré des fans dans toute notre discographie. Odd Fellows Rest était le premier album de Crowbar où j’ai dit : « Tu sais quoi ? Putain, on se débarrasse du règlement. Je vais écrire tout ce que j’ai envie d’écrire. Je vais chanter avec plus de mélodie. On va amener différents éléments dans les chansons et faire tout ce qu’on veut. » Ça a cassé certaines barrières que nous avions et ouvert à la possibilité de faire des choses différentes. Avec Zero And Below, je pense que nous avons un peu fait pareil. Pour moi, il a un peu le même type d’atmosphère qu’Odd Fellows Rest, au moins sur certaines chansons. Odd Fellows Rest a beaucoup de doom, du doom mélodique surtout, tout comme cet album. Zero And Below est très doom, avec du chant mélodique, des harmonies vocales, des harmonies de guitare… Plus il y a d’harmonies de guitare, meilleur c’est pour moi. J’adore ce beau son. Je pense qu’on peut dire qu’à ce stade ma carrière, ceci est probablement le truc le plus proche d’odd Fellows Rest que j’ai fait, par rapport aux différents éléments que nous avons apportés, en ramenant un côté très doom, le chant mélodique et d’autres choses que nous avons faites sur Odd Fellows Rest.

Avant de faire Zero And Below, tu as fait ton premier album solo Dream In Motion qui était très mélancolique et avec lequel tu montrais ton côté plus tendre. Penses-tu que ç’ait été profitable, sur le plan créatif, de faire ce projet solo ? Penses-tu que ce nouvel album de Crowbar a bénéficié d’une façon ou d’une autre de cette expérience ?

Vocalement, il a beaucoup bénéficié de l’album solo, car il était nettement plus doux, éthéré et ouvert. Les riffs étaient tellement simples et mélodiques que ça se prêtait souvent aux mélodies vocales. J’ai fait une tonne d’harmonies vocales sur l’album solo. Je pense que ça m’a donné beaucoup plus confiance en tant que chanteur au moment de faire le chant sur Zero And Below. Il y a beaucoup plus de mélodie dans pas mal de lignes de chant et il y a beaucoup d’harmonies vocales là-dedans qu’on ne retrouve pas vraiment sur un tas d’autres albums de Crowbar – évidemment, l’album solo, lui, en contient beaucoup. J’ai beaucoup aimé faire ça avec les harmonies de chant et de guitare. Je trouve que ça sonne génial.

Le titre de l’album, Zero And Below, sonne comme une bonne description de ce que les gens ont ressenti ces deux dernières années…

C’est très vrai ! C’est drôle parce que je ne suis pas Nostradamus, un prophète ou je ne sais quoi capable de prédire l’avenir. J’ai trouvé ce titre et il n’a même rien à voir avec les paroles du morceau. Je me suis juste dit que c’était une déclaration forte et qu’il pouvait vouloir dire plein de choses différentes pour plein de gens, donc j’en ai fait le titre de la chanson. Les gars et moi étions ensuite en train de regarder les titres des chansons, pour essayer de trouver le nom de l’album, et j’ai dit : « Eh bien, qu’est-ce que vous pensez de Zero And Below ? » et ils ont tous dit oui. Je trouve que c’est fort, différent et cool, mais ce titre est venu avant la pandémie. Je mentirais si j’avais comme discours : « Ouais, ça résume ce que tout le monde a ressenti. Si je devais noter sur une échelle d’un à dix comment je me suis senti ces deux dernières années, je donnerais un zéro et en dessous. » D’un autre côté, c’est un fait, ça résume un peu ce que la plupart des gens ont ressenti ces dernières années, mais ce n’était pas intentionnel. J’ai trouvé le titre avant les confinements et tout.

« J’essaye généralement d’être un gars joyeux, optimiste et insouciant. On en a souvent profité pour me baiser parce que j’avais cette attitude, donc avec le temps, j’ai appris à être un petit peu plus intelligent. »

Vous avez une chanson en particulier qui a un message très positif : « Crush Negativity ». Il est clair qu’il y a eu beaucoup de négativité ces dernières années, avec la pandémie bien sûr, mais aussi les divisions sociales, les problèmes politiques sur le plan national et international, les sujets écologiques, etc. Penses-tu que les gens aient plus que jamais besoin de ce type de message ?

Oui, je le pense parce qu’il y a tellement de division. Je n’ai pas souvenir d’avoir vécu dans ma vie – et j’ai presque cinquante-sept ans – une époque où tout le monde était aussi divisé et avait des opinions aussi tranchées. Les gens perdent littéralement des amis, des affaires, des partenaires d’affaires et ce genre de choses à cause d’opinions politiques ou par rapport aux vaccins, genre : « Si tu ne te fais pas vacciner, je ne serai plus ton ami » ou « Si tu te fais vacciner, je ne serai plus ton ami. » C’est à chaque individu de décider. Personnellement, ma femme et moi avons choisi de nous faire entièrement vacciner, j’ai eu deux doses de Pfizer, et j’ai quand même eu le Covid-19. C’est comme ça. Ça fait partie de la vie aujourd’hui. Je pense que ça s’améliore, en tout cas aux Etats-Unis. J’aime croire que ça va mieux aussi avec les divisions raciales. Je pense que le mouvement Black Lives Matters devait avoir lieu, il a attiré l’attention des blancs et d’autres races. On dirait qu’il s’est calmé maintenant, mais c’est bien parce que ce mouvement a été une opportunité pour les noirs du pays de dire ce qu’ils ressentaient, de vider leur sac et d’exprimer une grande partie de leurs frustrations contenues à propos de tout ce qui avait pu se passer. Au moins, maintenant, j’aime à croire qu’il y a plus d’égalité dans le pays entre les différentes races. Les Etats-Unis sont connus pour être un melting-pot où se sont installés, ont fondé une famille et vivent des gens venant de toutes les ethnies et des quatre coins du monde. Pour moi, les divisions existent toujours, mais ça s’est un peu apaisé. En tout cas, j’aime le croire, mais j’essaye toujours d’être positif.

Tu as écrit sur des sujets assez sombres par le passé. Quand as-tu réalisé que tu avais peut-être une certaine responsabilité envers les gens de leur offrir quelque chose de positif, un espoir ou une lumière au bout du tunnel, auxquels se raccrocher au milieu de toute cette obscurité ?

J’ai commencé à faire ça sur les derniers albums. J’appelle ça aussi une lumière au bout du tunnel, c’est-à-dire donner de l’espoir, même dans des chansons qui parlent de sujets sombres et de choses obscures de la vie. Je suppose que quand j’étais plus jeune, j’étais beaucoup plus en colère. A mesure qu’on prend de l’âge et qu’on gagne en sagesse, on s’adoucit un peu. Je ne pense pas que j’étais forcément négatif. Je ne faisais que chanter à propos de ce monde. Pour m’auto-citer sur « Existence Is Punishment » : « Ce monde est dur. Il est froid, il est angoissant. » Parfois il peut l’être ; on sait qu’il l’a été ces dernières années. Je disais plus la vérité ou en tout cas, ma version de la vérité à l’époque. Maintenant, étant plus vieux, je pense que j’écris un peu différemment et récemment, ces dernières années, j’ai essayé de donner plus d’espoir et de montrer qu’il y a une lumière au bout du tunnel, genre : « Vous avez vécu des moments horribles, mais vous pouvez vaincre cette toxicomanie. Vous avez perdu un être cher. Oui, c’est horrible, mais soyez fort et vous vous en sortirez. » Mais je dirais peut-être encore plus sur certaines chansons sur cet album, avec des morceaux comme « Crush Negativity » – rien que le titre est éloquent. Et c’est vrai, la négativité ne mène nulle part. Il faut vivre sa vie et être la meilleure personne possible. Être négatif envers tout n’est pas bon pour soi, ni pour les autres.

Tu as déclaré que plus tu vieillis, plus tu veux utiliser la musique pour aider les gens. Au-delà du côté altruiste, as-tu l’impression qu’en aidant les gens, tu t’aides aussi toi-même ?

Absolument. Pour moi, la musique et les paroles sont de toute façon très thérapeutiques. Quand quelqu’un m’écrit sur les réseaux sociaux ou vient me voir lors d’un concert pour me dire que la musique et les paroles l’a vraiment aidé à traverser des moments sombres dans sa vie, ça me rend vraiment heureux. Ça m’aide aussi, donc je pense que c’est super de pouvoir aider quelqu’un grâce à quelque chose qu’on crée. Il n’y a que du positif là-dedans.

Vu de l’extérieur, le metal est souvent perçu comme étant négatif. Comment expliquerais-tu à une personne qui ne la connaît pas bien qu’une musique aussi agressive et sombre puisse avoir un effet aussi positif ?

Parce que c’est thérapeutique. On traverse tous des périodes sombres dans la vie. On passe tous par des périodes de dépression et d’anxiété. Personnellement, j’ai l’impression d’être tout le temps très anxieux. J’écris avec le cœur. J’écris sur des sujets qui ne sont pas de la fiction, ce ne sont pas des histoires, ce n’est pas une image ou quoi ce soit de ce genre, c’est juste ce que je ressens. Les gens doivent comprendre – en tout cas, c’est ma manière de voir les choses – que même les groupes qui ont une image satanique, comme des groupes de black metal et autres, ça reste leur image. Faire un film d’horreur sur Satan et écrire des paroles dessus, ce n’est pas différent. Je suis sûr que certains groupes prennent à cœur leur vision satanique et ils ont le droit de le faire, c’est leur propre truc. Mais j’ai rencontré plein de gars de « groupes sataniques » et nombre d’entre eux ne font qu’écrire dessus. Ça colle à la musique, c’est heavy, c’est sombre, c’est de l’imagerie. Ils font ce qui leur plaît. Quand les gens quittent un concert de heavy metal, ils ont évacué leur agressivité et leur négativité, vraiment. Ils repartent en se sentant bien mentalement et je pense que ça montre le côté positif du heavy metal. C’est quelque chose qui est devenu une sous-culture à part entière – comme plein d’autres choses dans le monde. Je pense que tous les metalleux pensent pareil, à bien des égards. Mais en général – et crois-moi, j’ai joué avec des centaines et des centaines de groupes dans tous ces festivals entre autres partout dans le monde pendant de nombreuses années –, la plupart des gars que je croise sont super sympas. Pareil pour les fans. Cette musique a la mauvaise réputation d’être négative, mais je ne pense vraiment pas que ce soit le cas. Je pense qu’écouter du heavy metal aide à évacuer l’agressivité. C’est une forme de musique très agressive et extrême, et pour moi, c’est positif.

« L’industrie musicale est l’un des pires choix de carrière qu’on peut faire. Je n’aime pas du tout la fausseté et, malheureusement, il y a beaucoup de ça dans l’industrie musicale. »

Vous avez deux chansons dans l’album sur les notions de vérité et de mensonge : « Denial Of The Truth » et « Reanomating A Lie ». Aujourd’hui, on parle de post-vérité, de faits alternatifs, etc. As-tu l’impression qu’on soit en train de perdre le sens commun de ce qu’est la vérité ?

Je suis quelqu’un de très apolitique, donc j’essaye de ne jamais parler de certaines choses. Ces chansons ne parlent pas particulièrement de ce que je vais dire, mais si vous croyez tout ce que vous voyez aux informations, pour moi ça ne reflète pas la réalité. Pour moi, les gouvernements partout dans le monde sont malfaisants. Comme le disait Lemmy, en parlant des politiciens : « Ils ne font que raconter de la merde. » Je suis d’accord avec lui là-dessus. Comme je disais, les chansons ont été écrites avant la pandémie et n’étaient que des pensées que j’avais. Mais en y repensant, je refuse catégoriquement de regarder les journaux télévisés nationaux aux Etats-Unis parce que tu mets une chaîne et ils te racontent une chose, tu mets une autre chaîne, ils te racontent l’inverse. La vérité est quelque part entre les deux ; les deux mentent, donc c’est vraiment difficile de déterminer ce qui est vraiment vrai. Le gouvernement et les médias font que c’est comme ça. C’est triste, mais je crois vraiment que c’est ainsi qu’est le monde de nos jours et ce n’est pas bien.

Sur un plan plus personnel, as-tu été confronté à beaucoup de tromperie dans ta vie ?

Oui et non. Enfin, pas plus que le commun des mortels. J’ai été trompé par des gens dans des relations et ce genre de chose, ou même par certains amis. J’ai plein de connaissances et je suis amical avec eux et ils sont amicaux avec moi, mais ça ne veut pas dire que nous sommes des amis proches. Le cercle de gens en qui j’ai véritablement confiance s’est réduit au fil des années. J’essaye généralement d’être un gars joyeux, optimiste et insouciant. On en a souvent profité pour me baiser parce que j’avais cette attitude, donc avec le temps, j’ai appris à être un petit peu plus intelligent quand il s’agit de choisir qui je vois et ce que je fais. Ça vaut aussi pour les amis. Il y a des gens avec qui j’aime bien traîner en tant que connaissances, mais nombre d’entre eux ne sont pas ce que j’appellerais de vrais amis en qui j’aurais à cent pour cent confiance. Je pense que la plupart des gens sont comme ça. Si tu fais trop confiance à autrui, ça peut te retomber sur la gueule, donc j’ai appris à faire plus attention.

Surtout dans l’industrie musicale, j’imagine…

Oui, totalement. Le septième morceau de l’album, « It’s Always Worth The Gain », parle justement de l’industrie musicale. C’est en grande partie moi qui parle à d’autres gars qui veulent rentrer dans cette industrie ou qui y sont déjà. C’est une industrie vraiment impitoyable où les gens te mentent les yeux dans les yeux ; ils te font un gros sourire tout en te racontant un putain de bobard. L’industrie musicale est l’un des pires choix de carrière qu’on peut faire. Je n’aime pas du tout la fausseté et, malheureusement, il y a beaucoup de ça dans l’industrie musicale.

Vous avez aussi deux chansons faisant référence à l’idée de religion : « Her Evil Is Sacred » et « Confess To Nothing ». Te considères-tu anti-religieux ?

Non, pas du tout. D’ailleurs, je suis chrétien, dans le sens où je crois en Dieu et en Jésus, mais je suis contre la religion organisée. J’ai grandi dans une famille catholique stricte et sans parler de prêtres ou quoi que ce soit, plein de mauvaises choses se sont produites depuis mon enfance. J’ai même des amis qui sont allés à l’école catholique avec moi et qui ont vécu des agressions sexuelles. Ecoute, on a le droit d’être ce qu’on veut, peu importe ce qui nous rend heureux. Si vous êtes sataniste et que ça vous rend heureux et plus productif en ce bas monde, alors allez-y, c’est votre droit et c’est cool. Pour ma part, plus spirituel je suis avec Dieu, mieux je me sens, mais je ne crois pas aux règles et aux lois de la religion organisée. Etant une personne qui croit en Dieu et en Jésus, je me demande comment toutes ces religions organisées qui sont supposées croire au même Dieu peuvent avoir des règles différentes ? Pour moi, c’est un peu un oxymore, ça n’a pas de sens. Je suis un peu anti à condition d’utiliser le mot « religion » dans le sens d’un groupe religieux organisé, mais je ne suis certainement pas anti-Dieu ou quoi.

« Si vous êtes sataniste et que ça vous rend heureux et plus productif en ce bas monde, alors allez-y, c’est votre droit et c’est cool. Pour ma part, plus spirituel je suis avec Dieu, mieux je me sens, mais je ne crois pas aux règles et aux lois de la religion organisée. »

Type O Negative est l’un de tes groupes préférés de tous les temps, tu as même leur logo tatoué sur ta main, et cette influence est assez évidente sur un morceau comme « Denial Of The Truth ». Même le titre de l’album, Zero And Below, aurait pu être un titre de Type O. Type O vient de Brooklyn, tu es de La Nouvelle-Orléans, deux villes et environnements très différents. Qu’est-ce qui t’a tant parlé dans leur musique ?

Je ne sais pas. Je pense juste que Peter Steele était un génie musical, et je le pense depuis Carnivore. J’ai adoré les deux albums de Carnivore et ça a évolué vers le premier album de Type O Negative, Slow Deep And Hard, qui, pour moi, est plus un album de Carnivore avec du clavier. D’ailleurs, Slow Deep And Hard est mon album préféré de Type O Negative, et c’est leur plus agressif. J’adore le mélange qu’ils ont fait et à quel point leur son était heavy. Comme Peter le disait toujours : « Nous voulons sonner comme la rencontre de Black Sabbath et des Beatles », et c’est un peu ce que j’essaye de faire avec Crowbar aussi. Je veux de la mélodie, je veux des accroches dans la musique, mais je veux aussi que le son soit vraiment heavy et que ce soit sombre. J’imagine que j’ai été attiré par le son général de ce groupe et son côté obscur. C’est étrange, parce que dans l’ensemble, je suis quelqu’un de très optimiste. J’essaye d’être heureux et de rendre les autres heureux. J’essaye d’être la meilleure personne possible, et souvent j’échoue misérablement, comme tout le monde, mais pour je ne sais quelle raison, j’ai toujours été attiré par la musique heavy. Pour moi, il y a eu un déclic avec Type O Negative, c’est un groupe auquel je me suis attaché. J’adore tout ce que Peter Steele et le groupe ont fait. C’est l’une de mes plus grandes influences. Je veux dire qu’on peut entendre des choses ici et là, et je suis bien d’accord pour dire que Zero And Below aurait pu être un titre de Type O Negative. Mais je ne sais pas, il n’y a pas vraiment d’explication, si ce n’est que j’adore Peter, le groupe et toute la musique qu’ils ont faite.

Je suis aussi photographe et j’ai remarqué sur des photos de 2014 que tu n’avais pas encore ce tatouage de Type O Negative à l’époque, donc c’est relativement récent. Comment as-tu décidé de te faire ce tatouage ?

Au départ, je n’avais pas prévu de me faire tatouer les mains et puis je me suis dit : « A ce stade, quelle différence ça fait ? », donc je suis parti pour le faire. Ma main était complètement vide, donc je me suis dit : « D’accord, si je fais ça sur ma main gauche, vu que c’est un cercle avec un trait à l’intérieur, ça n’a pas d’importance si c’est à l’endroit ou à l’envers. Si j’ai ma main sur le manche de la guitare quand que je suis sur scène et que les gens regardent mes mains, ils verront toujours le logo de Type O correctement. » C’est juste quelque chose que j’avais envie de me faire tatouer depuis longtemps. C’est pourquoi j’ai décidé de le faire sur ma main, parce qu’on ne peut pas le louper. C’est l’un des groupes les plus importants pour moi en termes d’influence. Sans l’influence de groupes comme Type O et tous les autres, Trouble, Saint Vitus, Black Sabbath, etc. je ne serais pas un musicien et un compositeur aujourd’hui.

Le dernier EP que tu as fait avec Down date d’il y a déjà dix ans, même s’ils en ont fait un autre ensuite sans toi. Tu es revenu en 2019 dans le groupe, du coup as-tu des nouvelles de Down à nous donner ?

Pour l’instant, il n’y a pas de nouvelle musique, mais nous avons des concerts de prévus en mai ici aux Etats-Unis. Nous sommes en train de parler de faire un EP de six reprises de morceaux peu connus en nous les appropriant. Pas que nous soyons en panne de composition, de riff ou quoi que ce soit, car tout le monde dans le groupe peut écrire des riffs, mais à ce stade, avec Down, nous sommes en train de revenir et ça fonctionne bien. Nous avons réalisé que faire ça de façon détendue à nouveau, avec chacun ayant son propre groupe principal et Down en tant que projet parallèle, c’est ce qui fonctionne le mieux pour nous. C’est ainsi que le groupe a été formé à l’origine. Si nous ne tournons et ne jouons pas très souvent, ça fait que c’est plus spécial quand effectivement nous jouons. Si nous ne jouons que dix fois par an au lieu de cent cinquante fois, ça fait de ces concerts de vrais événements. C’est quelque chose que j’adore et que j’ai toujours adoré, donc je suis content d’être revenu jammer avec les gars. J’espère que nous continuerons à faire ça. Pour l’instant, nous ne parlons pas d’écrire un album. Nous avons plein de super chansons, plus qu’assez pour remplir un set. Nous avons des albums qui sont des classiques. J’adorerais faire de la nouvelle musique avec ces gars à un moment donné, j’espère bientôt, mais pour l’instant, il est juste prévu que nous fassions des concerts ici et là, deux ou trois festivals, et ça va bien comme ça. Si ça marche ainsi, ça ne sert à rien d’y toucher. Pour le moment, c’est la direction que nous prenons avec Down.

Pepper [Keenan] a récemment dit que tu étais le chaînon manquant, qu’il ne poursuivrait pas le groupe si tu n’en faisais pas partie. Qu’est-ce que ça te fait de voir à quel point ils se soucient de toi dans le groupe ?

Ça fait beaucoup de bien. Crois-moi, ça m’a manqué, vraiment. Nous avons enchaîné pendant huit ans sans temps mort jusqu’à ce que nous nous séparions pendant un moment. Down était notre groupe principal. Parfois, il est nécessaire de s’éloigner, en l’occurrence pour que je réalise à quel point ça me manquait et peut-être, j’espère, pour que les autres gars réalisent à quel point je leur manquais. C’était super de revenir parmi eux. Nous avons grandi ensemble et c’est ce qu’il faut retenir. Nous nous connaissons depuis l’adolescence et nous avons tous dans la cinquantaine – merde, je suis même plus proche des soixante ans que des cinquante ! C’est un groupe très spécial. Il y a eu plein de « supergroupes », dont beaucoup qui ont sorti des trucs cool, mais aucun n’a été aussi durable que Down, à mon avis. Evidemment, Pat Bruders n’est pas le bassiste d’origine. Pat est un bassiste extraordinaire, un chouette type, il apporte de super idées et il s’intègre très bien, je ne pense pas que nous passons à côté de quoi que ce soit en ayant Pat à la basse, mais je pense que le noyau dur de Down, c’est-à-dire nous quatre – Phil [Anselmo], Pepper, Jimmy Bower et moi – qui sommes les membres originels, est extrêmement important.

Interview réalisée par téléphone le 4 février 2022 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Nicolas Gricourt.
Traduction : Emilie Bardalou.
Photos : Justin Reich & Jimmy Hubbard (1).

Site officiel de Crowbar : www.crowbarnola.com

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