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Interview   

Crowbar : un oeil sur son quotidien, le point sur l’avenir


Il est des musiciens que nous prenons toujours plaisir à croiser. C’est le cas notamment de Kirk Windstein, maître à penser de Crowbar et guitariste de Down. Lorsque nous avons décidé de tailler le bout de gras avec Windstein à l’occasion du Motocultor Festival, il était accompagné de son bassiste Pat Bruders. Bassiste qui s’avère être également aujourd’hui le nouveau venu dans la famille Down, en remplacement de Rex Brown. Un sujet que l’on abordera d’ailleurs plus longuement dans un article ultérieur.

Au sein de la rédaction nous blaguons souvent sur le fait qu’à chaque fois que nous rencontrons Kirk Winstein, il paraît avoir tout juste été réveillé : des cernes sous les yeux, un regard vitreux, quelques bâillements, etc. Peut-être, d’ailleurs, n’est-ce pas qu’une apparence car lui même avoue : « On est un peu fatigués mais ça va. On a eu un long trajet en bus, hier, presque quatorze heures ! On était en Allemagne. Demain, on joue à Paris et après, on rentre à la Nouvelle-Orléans. » « Comme on n’a pas eu un seul jour de repos, on est en lambeaux » ajoute Bruders. Il faut dire que les conditions de voyage ne sont pas toujours évidentes en tournée. Les budgets pour ces dernières ne sont, de toute évidence, pas les mêmes pour Down et Crowbar et ces derniers sont donc arrivés en Bretagne par le biais d’un modeste van, à défaut du confort d’un véritable bus. « On essaie de dormir et de manger du mieux que l’on peut selon les circonstances. Dans un van, c’est dur de dormir presque debout : on n’a pas de tour-bus dans lequel tu peux bien te reposer » explique Bruders.

Pourtant, les deux lascars se montrent très chaleureux et ont, malgré la fatigue, hâte d’en découdre sur scène comme l’affirme Windstein : « On a joué deux semaines non-stop, mais bon, on est prêt à se défoncer sur scène ! La bière est bonne, soit dit en passant. » Avec un esprit toujours positif et volontaire, Crowbar ne semble pas vraiment être un groupe très exigent – si ce n’est, pour l’anecdote, un batteur qui aime surtout les repas chauds – et maniéré : tout ce que Windstein et sa bande semble vouloir, c’est rencontrer les fans et se la donner sur scène. « Voir la réaction des fans à la séance de dédicace et pendant le show nous donne vraiment de l’énergie » confirme Bruders.

Une fois de plus, c’est assez tôt que nous avons rencontré le guitariste chauve et trapus sur le site du festival, à l’instar des éditions 2010 et 2011 du Hellfest. « L’année dernière, quand Down a joué au Hellfest, on avait un gros tour-bus » explique-t-il. « Avec ce genre de machin, le chauffeur conduit toute la nuit et tu arrives généralement très tôt sur place. Ce n’est pas ce que je préfère, mais je préfère cent fois ça qu’arriver à la dernière minute. On a joué au Brutal Assault, en République Tchèque : on est arrivé juste 10 minutes avant l’heure de notre passage ! On a dû enlever une chanson du set et jouer seulement 25 minutes. C’est putain de stressant ! » D’ailleurs, que pensent-t-ils des festivals à taille modeste comme le Motocultor Festival en comparaison des mastodontes tels que le Hellfest ? Windstein répond en ayant bien conscience que les plus grosses pointures en la matière ne le deviennent pas en un jour : « C’est un petit festival, mais très cool. Tout nouveau festival démarre doucement, tu sais, puis il se développe. Par exemple, on a joué au Bloodstock Festival en Angleterre. Au début, il y avait 600 ou 700 personnes ; aujourd’hui, le festival accueille environ 20 000 personnes. »

Kirk Winstein : « On est toujours en train de tourner, d’enregistrer, d’écrire ou de faire quelque chose. Phil [Anselmo], Pat [Bruder] et moi, on est dans trois groupes donc on est très actifs. Tu ne peux pas faire d’argent si tu restes assis sur ton cul. »

Sur un plan plus musical, une question nous taraude depuis février de l’année dernière. Windstein nous avait en effet confirmé son projet de rééditer le catalogue complet du groupe sur Housecore Records, le label de Phil Anselmo. Un projet qui avait été annoncé dès 2009. Or, depuis lors, aucune réédition n’a vu le jour et plus aucune nouvelle n’a filtré sur le sujet. « On s’occupe pour le moment de tout ce qui est juridique » explique Windstein pour évoquer les difficultés que le groupe rencontre sur ce plan et qui explique en partie les retards. Mais il nous rassure : « Cela devrait sortir bientôt. On espère aussi sortir sur le label de Phil un live, composé de chansons enregistrées il y a deux ans, avec deux inédits studio. » Car il est vrai qu’il peut être difficile aujourd’hui de mettre la main sur les anciens albums du groupe, si ce n’est sur le marché de l’occasion – ou via diverses rééditions, généralement à tirage limité, non reconnues par le groupe, celui-ci ayant le sentiment de se faire escroquer, comme l’avait déjà évoqué Windstein l’année dernière. « Il n’y a plus de magasins de disques aux États-Unis » affirme sèchement Windstein. « Les endroits où tu peux encore trouver du metal undergound, ce sont les magasins indépendants des campus des universités. » Bruders ajoute que « cela fait dix ans que Tower Records (NDLR : une grande chaîne de disquaires) a fait faillite. » Windstein enchaîne : « Wallmart et BestBuy sont les deux principales chaînes de distribution des albums aux États-Unis : on sait bien que ce n’est pas Wallmart qui va mettre dans ses rayons un album de Crowbar ! »

On se souvient à ce titre de l’inquiétude dont le guitariste nous avait fait part en juin 2011 et qu’il donnait comme l’une des raisons du projet de Down de sortir une série de quatre EP plutôt qu’un album complet. Est-ce que ce genre d’inquiétude se retrouve également au sein de Crowbar ? « Tout le monde sait bien à l’heure actuelle comment fonctionne l’industrie du disque » dit-il sans illusion. « Les disques ne se vendent plus. Si tu vends aujourd’hui 20 000 disques, c’est comme si tu en vendais 100 000 il y a vingt ans. Si tu vends 100 000 disques, tu es certifié disque d’or : avant, c’était 500 000. L’industrie du disque prend en compte cette situation, voilà tout. » Dans ce cas, que prévoit Crowbar à l’avenir ? Est-il possible d’espérer un successeur à Sever The Wicked Hand sorti l’année dernière ? Windstein répond par l’affirmatif et enchaîne : « On est toujours en train de tourner, d’enregistrer, d’écrire ou de faire quelque chose. Phil, Pat et moi, on est dans trois groupes donc on est très actifs. Tu ne peux pas faire d’argent si tu restes assis sur ton cul. »

D’ailleurs, Windstein nous apprend qu’il y a de fortes probabilités que le troisième album de Kingdom Of Sorrow, son projet avec Jamey Jasta de Hatebreed, voit le jour début 2014 et qu’une tournée complète réunissant Kingdom Of Sorrow / Crowbar serait alors envisageable. « C’est logique dans un sens, car on est tous potes » justifie-t-il. Serait-il alors possible d’envisager, dans la continuité, une tournée réunissant Crowbar et Down, voire les trois groupes ? Pas si sûr à en juger par la retenue de Windstein à l’égard de cette idée : « Je ne crois pas que cela arrivera. J’aimerais bien, mais je ne préfère pas, car ce genre de truc te met sur les rotules. Hier, j’ai joué avec le groupe de Jamey Jasta, Kingdom Of Sorrow, après avoir joué avec Crowbar un peu plus tôt dans la journée, et vraiment, faire des concerts comme ça, c’est fatigant ! »

Pour finir, nous avons toujours en mémoire la longue et intéressante discussion que nous avions eu avec le guitariste, en février de l’année dernière, au sujet de sa sobriété fraîchement entamée à l’époque. C’est donc avec étonnement que nous le voyons porter un grand verre de bière à sa bouche. Nous en profitons donc pour lui demander ce qui s’est passé entre temps pour qu’il fasse entorse à ses saines résolutions. Windstein explique : « Eh bien, j’ai pris du recul par rapport à tout ça et j’ai voulu analyser cette situation avec un œil extérieur. Cela a été très difficile pour moi, car depuis que je suis ado, je n’ai jamais réellement joué sur scène sobre. J’ai essayé de reprendre le contrôle sur moi-même. L’été dernier, j’ai tourné avec Kingdom Of Sorrow pendant quarante jours : j’ai joué, répondu aux interviews et fait des dédicaces tout en étant sobre. Toutefois, j’ai bu quelquefois quelques bières, le soir, comme ça. Ces efforts paient. Tant que je respecte les objectifs que je me suis fixé, ça marche. C’est une sorte d’auto-régulation. Mais regarder tout le monde être déchiré alors que tu es sobre est une étrange expérience ! »



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