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Interview   

Crucified Barbara dans le rouge des yeux


Les quatre Suédoises de Crucified Barbara ont du caractère et l’ont prouvé dès le premier jour, dès leur premier album In Distortion We Trust, avec leur hard rock plein de tempérament, emboîtant le pas de ces groupes de « nanas » qui ont du cran et ne se laissent pas faire dans un milieu plutôt masculin voire parfois macho, tels que Girlschool ou les Runaways. Et le public ne s’y est pas trompé se rangeant de plus en plus nombreux derrière ces hits rock n’ roll qui parsèment désormais leur discographie.

Voici venu le quatrième opus du combo, intitulé In The Red, qui prouve, en plus de leur talent de rockeuses, qu’elles ont des choses à dire, des choses même parfois graves. C’est ainsi qu’elles ont dévoilé en mai dernier leur clip vidéo pour le titre choc « To Kill A Man, abordant le sujet du viol. L’occasion donc, dans l’entretien qui suit avec la chanteuse-guitariste Mia « Coldheart » Karlsson, de parler, évidemment, de l’album mais aussi de leur sensibilisation aux problèmes qui touchent les femmes.

« Le fait d’être un groupe c’est se sentir plus fort et avoir une plus grande raison d’être. »

Radio Metal : Vous avez récemment signé chez Despotz Records, qui n’est pas un label très connu. Peux-tu nous en dire davantage sur celui-ci et ce deal que vous avez conclu avec eux ?

Mia « Coldheart » Karlsson (chant/guitare) : C’est un label basé à Stockholm, c’est plutôt une bonne chose d’avoir un label proche de nous de manière à pouvoir se réunir avec eux et se rencontrer face à face. Nous entendons parler d’eux depuis quelques années et puis nous avons entendu parler de leur super travail avec d’autres groupes que nous apprécions. Ils voulaient nous signer et nous avons pensé qu’ils seraient un super label à rejoindre. C’est aussi un bon label dans le sens où nous voulons toujours travailler avec des gens qui ne cherchent pas à nous changer de quelque façon que ce soit ou de promouvoir notre groupe d’une manière qui ne nous correspond pas, et qui prennent le groupe pour ce qu’il est et en tirent le meilleur parti. Je pense que nous avons trouvé le bon label. Nous sommes très, très confiants dans le fait de travailler avec eux.

Qu’est-ce qui n’allait pas avec votre précédent label ?

Rien. Nous voulions essayer de nouvelles choses et travailler avec ce label. Nous voulions simplement prendre cette direction.

Dans la biographie promotionnelle qui accompagne l’album, il est dit que vous avez toujours été choqués par l’injustice et l’oppression mais que cette fois-ci vos opinions ont pris une plus grande place dans l’écriture des chansons. Est-ce que ça a été déclenché par des événements qui se sont produits récemment dans le monde ?

Je pense qu’au cours des dernières années et pour le travail sur l’album, nous avons été plus attentives aux choses qui se passent et qui nous ont mises en colère et attristés. Je crois que nous écrivons des chansons sur ce que nous avons en nous, sur ce que nous ressentons devoir faire ressortir. Le premier single parle de viol. Nous avons une autre chanson intitulée « The Ghost Inside » qui parle de manque de confiance en soi et de l’industrie de la mode, comment cela pousse les gens à [se sentir mal]. Nous avons donc simplement essayé d’écrire sur ce que nous ressentons.

En quoi cela a affecté la composition des chansons. Penses-tu que ces paroles qui traitent de thèmes qui vous touchent peuvent rendre la musique et les chansons meilleures ?

Ouais, je pense que tout le truc à propos du fait d’être un groupe c’est de se sentir plus fort et d’avoir une plus grande raison d’être. Ce n’est pas qu’une question de se secouer la tête chaque soir ; on peut en fait livrer une sorte de message à nos fans. Et je pense que chaque parole est adressée à tout le monde et que chacun peut les lire à sa manière. Tout d’abord, le principal c’est d’écrire du bon rock et généralement j’écris les paroles après, lorsque je sais ce sur quoi je dois écrire. Nous prêtions donc beaucoup d’attention au rythme et aux chansons, et ensuite les paroles prennent effet.

(A propos de la misogynie) « Ça m’effraie vraiment et m’attriste de voir que ça semble même empirer de nos jours, j’ai l’impression. »

La chanson « To Kill A Man » est une chanson très spéciale et clairement votre chanson la plus sombre, autant musicalement que dans les paroles, dans la mesure où elle parle de viol, comme tu nous le disais. Était-ce important pour vous, en tant que groupe de hard rock féminin de parler d’un tel thème en particulier ?

Je pense qu’il est important d’en parler en tant qu’êtres humains, en fait, car c’est un problème qui à lieu chaque jour partout dans le monde. Tu lis des choses à ce sujet dans les journaux tous les jours, tu vois ça dans les films et les émissions de télé, au point que c’est en train de devenir normalisé. C’est un gros problème pour lequel nous avons de forts sentiments. En fait, la chanson traite d’un dossier particulier en Suède ; un chef de la police qui était largement reconnu pour son travail à défendre le droit des femmes. Il se rangeait toujours du côté des femmes, à travailler dur pour prendre soin des victimes de viols. Ses collègues blaguaient sur lui car il était tellement du côté des femmes qu’ils l’appelaient « Capitaine Jupon ». Au final, il s’est trouvé qu’il était lui-même un violeur, qu’il abusait de femmes dans son temps libre et qu’il était vraiment la personne la plus diabolique que tu pourrais imaginer. Il est en prison depuis de nombreuses années pour tous ces crimes horribles. Le fait de savoir que ça puisse effectivement arriver avec n’importe quel type de personne, qui peut avoir des côtés sombres et se comporter ainsi… C’est même pire lorsque c’est quelqu’un qui travaille contre ce genre de choses et qui ensuite finit par perpétrer ce genre de crimes. C’était donc l’inspiration principale pour cette chanson, mais nous voulions mettre le doigt sur le sexisme que l’on rencontre chaque jours.

Doit-on s’attendre à ce que vous continuiez à écrire sur des thèmes de plus en plus sombres dans le futur ?

Nous verrons comment nous nous sentirons à ce moment là [rires]. Si le monde change pour le meilleur, peut-être pas. Je crois que nous avons quelques chansons sur l’album qui ne sont pas aussi sérieuses ou aussi profondes, mais tout de même, nous voulons toujours écrire des chansons avec des paroles qui ont du sens. Même si une chanson paraîtra peut-être un peu joyeuse ou avec un sujet pas si sérieux, il y a toujours une réflexion derrière. Que ce soit un sujet sombre ou léger, je trouve important que les paroles aient, d’une manière ou d’une autre, une signification.

Un autre des thèmes important que vous évoquez c’est la misogynie. Il semble d’ailleurs y avoir beaucoup de misogynie dans la scène metal et hard rock. Est-ce quelque chose que vous ressentez, même en étant un groupe connu et apprécié ?

Lorsque j’ai grandi et ai commencé à jouer de la musique, je n’ai jamais été affectée par ça. Mais j’étais vraiment contre le mot « féministe » ou le fait de l’utiliser, car je me demandais : « Pourquoi ne pourrait-on pas faire notre propre truc ? » Je n’ai jamais eu de souci avec le fait d’être une femme qui joue de la musique. Je ne suis jamais monté sur scène disant « je suis ici parce que je suis une femme » car j’étais là en tant que musicienne. Plus nous jouons et plus nous vieillissons, plus nous rencontrons en permanence ce genre de choses, mais en tant que groupe, nous n’avons pas de problèmes de ce genre, peut-être parce que les gens nous prennent au sérieux. Je vois ce qui se passe autour de nous, la manière dont d’autres gens sont traités. J’ouvre beaucoup mes yeux. C’est plus facile de tomber dessus sur le net, avec Twitter et Facebook, et voir de mauvais commentaires. Ça m’effraie vraiment et m’attriste de voir que ça semble même empirer de nos jours, j’ai l’impression.

« Ça ne signifie pas que nous sommes des féministes enragées qui veulent tuer un homme. Ce n’est pas le cas. Nous aimons les hommes [rires] mais nous aimons les bons. »

Te considérerais-tu donc comme une féministe ?

Ouais, c’est le cas désormais, car je me rends compte que j’ai besoin de m’exprimer sur le sujet. Je trouve qu’il est vraiment triste de voir que les gens, simplement parce que tu te dis féministe, te disent : « Oh, je suis tellement déçu que tu te présentes comme une féministe, à parler de viol, par exemple, dans la chanson ‘To Kill A Man’. » Comment cela pourrait-il être une mauvaise chose ? Je veux dire… Ça ne signifie pas que nous sommes des féministes enragées qui veulent tuer un homme. Ce n’est pas le cas. Nous aimons les hommes [rires] mais nous aimons les bons, tu sais. Ça ne devrait pas être une question d’être un homme ou une femme. Il faut juste bien se tenir ! [Rires]

Tu as dit que vous avez fait beaucoup d’improvisation pour concevoir cet album. Est-ce que ça a toujours été ainsi ?

Oui. D’une manière ou d’une autre nous aimons toujours jammer. Après, ce sont les autres filles qui appellent ça jammer, moi j’appelle ça travailler dur [rires]. Pour les autres albums, la composition semblait différente pour chaque chanson. Certaines chansons ont été écrites à la maison ou au studio personnel, par moi ou d’autres membres seules, et ensuite nous les répétions et les arrangions. Et d’autres chansons ont été écrites ensemble. Pour cet album, nous avons écrit toutes les chansons ensemble en salle de répétition. Nous étions très concentrées. Pendant à peu près six mois, nous nous voyions chaque jour, pour quelques heures. Nous écrivions des chansons, les arrangions, les modifions et nous parlions d’elles jusqu’à ce que chaque chanson nous donne le sentiment d’avoir atteint le stade où c’était parfait, et ensuite nous passions à la suivante. C’était une super manière de travailler que d’avoir tout le monde là toute la journée. Et pendant le week end nous donnions des concerts, nous nous sommes donc beaucoup vus cet automne !

Peux-tu nous en dire plus sur l’illustration ? Qui l’a réalisée ?

Elle a été faite par un artiste suédois dénommé Erik Rovanpera, il est basé à Stockholm et nous avons vu son travail pour d’autres groupes, comme Candlemass. Nous avons toutes pensé qu’il était super et nous nous sommes dites que nous devrions travailler avec lui. Et donc nous lui avons demandé pour cet album et il était partant. Nous lui avons donc donné quelques éléments, comme le titre de l’album, et lui avons dit quel genre de style nous voulions. Il nous a fait cette suggestion et nous l’avons immédiatement aimée. C’était vraiment super de travailler avec quelqu’un qui est capable de sortir une idée que tout le monde aime immédiatement [rires]. C’est vraiment génial d’avoir cette [illustration]. Nous sommes fiers de cet album et de la musique. Et nous pouvons désormais être fiers de la pochette de l’album également.

L’année dernière vous avez réalisé votre première tournée aux Etats-Unis. Est-ce que ça vous a motivées pour essayer d’y aller plus souvent ?

C’est notre souhait. Nous n’avons pas encore de plans pour l’Amérique mais j’espère vraiment y retourner bientôt, car nous avons une super communauté de fans là bas. Nous y avons passé six semaines et c’était une tournée très dure mais aussi fun. Nous avons rencontré tellement de nouvelles personnes et avons immédiatement été très suivies, j’espère donc que nous aurons la possibilité d’y retourner bientôt et y faire une tournée par nous-mêmes.

Interview réalisée par téléphone le 16 juillet 2014 par Metal’O Phil.
Retranscription : Thibaut Saumade.
Traduction et introduction : Spaceman.

Site officiel de Crucified Barbara : Crucifiedbarbara.com



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