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Chronique   

Cryptosis – Bionic Swarm


La survie est indissociable de l’évolution. C’est l’intime conviction de feu Distillator, le groupe de thrash-revival néerlandais qui a décidé d’abandonner une orientation musicale trop contraignante et stéréotypée. Laurens Houvast, Frank te Riet et Marco Prij ont décidé de constituer une toute nouvelle entité du nom de Cryptosis en faisant pratiquement table rase de la période Distillator. Cryptosis est né parce qu’il voulait durer dans le temps et se laisser la possibilité d’explorer divers territoires, pas seulement les codes gravés au burin du thrash. Bionic Swarm est le premier effort de cette mue de Distillator, une dystopie où la technologie contrôle l’humain de diverses façons via une ingéniosité macabre. Il faut d’emblée le reconnaître : Distillator n’est pas mort en vain, loin de là.

Cryptosis a définitivement abandonné ce côté old-school qui doit gouverner les productions thrash aujourd’hui par souci d’authenticité feinte, sans pour autant tomber dans une modernité stérile. Il se rapproche de l’univers futuriste d’un Vektor avec lequel il a auparavant co-réalisé l’EP Transmissions Of Chaos (2021). L’introduction « Overture 2149 » et l’interlude « Perpetual Motion » prouvent le dessein du groupe : créer un univers cohérent, presque cinématographique, propice à la multiplicité des genres. « Decipher » s’ouvre en grande pompe, porté par un riffing dramatique et des arrangements de synthé orchestral, mettant à profit l’influence de Dimmu Borgir. Les vestiges du thrash pratiqué par Distillator ne se distinguent que dans la vitesse de la guitare et le timbre haut perché de Laurens Houvast. Pour le reste, Cryptosis honore davantage le black/death technique et le power/thrash progressif. Il leur agrège un sens de l’équilibre qui empêche l’auditeur de décrocher ne serait-ce qu’un instant. « Death Technology » prend le contre-pied de la grandiloquence de « Decipher » en mettant en valeur les progrès techniques immenses réalisés par le trio pour l’enregistrement de Bionic Swarm. Le titre brille par ce sens rythmique et du riffing presque facétieux, à l’instar de la métamorphose d’Havok réalisée sur Conformicide (2017) et de Vektor. Au-delà de la versatilité nouvellement acquise par Cryptosis, les Néerlandais ont aussi franchi un palier en matière de puissance, en témoignent les déferlantes de guitare de « Conjuring The Egoist » et la rythmique insatiable de « Game Of Souls ». Cryptosis parvient à étoffer son propos par l’utilisation judicieuse du mellotron et de lignes de basse qui savent opportunément se faire remarquer. De quoi faire oublier que Cryptosis ne compte qu’un guitariste.

Bionic Swarm paraît inépuisable. Cryptosis réussit le tour de force de livrer un album extrêmement dense et varié sans noyer son écriture. Il insuffle de l’épique là où Distillator se serait contenté de suivre un cahier des charges. En résultent la solennité de « Mindscape », au tempo plus posé pour encore mieux le tapisser d’atmosphère, ou le frénétique « Flux Divergence » qui atteint des sommets d’intensité en multipliant les acrobaties de guitare à son terme ; un bouquet final aussi jubilatoire qu’exténuant. Le trio navigue entre coups d’éclat et moments de grâce tout au long de l’opus, à l’image de « Prospect Of Immortality » qui rappelle toute la science de Coroner époques Mental Vortex (1991) et Grin (1993) – voire l’austérité de Godflesh dans l’intro. Le jeu de guitare, avec ses accords dissonants et ses riffs impérieux que Tommy Vetterli ne renierait pas, légitime l’existence de Bionic Swarm à lui seul. Surtout, Cryptosis démontre à travers cette composition sa faculté à opérer des transformations de manière fluide, comme s’il prenait au mot sa vision de l’évolution : l’immortalité via la métamorphose.

Bionic Swarm n’est ni plus ni moins qu’un « début fracassant », une entrée en scène aussi maîtrisée qu’affirmée par Cryptosis qui semble avoir dompté tous les registres de la musique extrême. Le trio a eu l’intuition audacieuse d’éteindre Distillator afin de multiplier ses perspectives et de rendre justice à une culture musicale moins étriquée. En résulte un album fastueux, sans cesse mouvant et aussi athlétique que magnétique. Cryptosis a eu raison de tuer pour naître. Si le futur paraît horrible, son prophète a les mots pour le rendre aguicheur.

Clip vidéo de la chanson « Death Technology » :

Clip vidéo de la chanson « Transcendence » :

Clip vidéo de la chanson « Prospect Of Immortality » :

Clip vidéo de la chanson « Decypher » :

Album Bionic Swarm, sortie le 26 mars 2021 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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