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Cthulhu Metal : L’appel de Lovecraft


On le sait depuis longtemps, le metal et la fantasy s’accordent à peu près aussi bien que le vin et le saucisson. Ou que la Red Bull et le Jägermeister. Précédées d’une réputation de « mauvais genres » de la musique et de la littérature, considérées comme des sous-cultures auxquelles les médias généralistes n’accordent généralement de l’attention que pour les tourner en dérision, les deux sphères ne pouvaient que se télescoper, se nourrir l’une de l’autre et influencer lecteurs et auditeurs.

Preuve supplémentaire de la porosité de la frontière entre les deux univers, le Hellfest et Bragelonne, premier éditeur francophone de littératures de l’imaginaire, se sont associés en 2017 pour créer le Prix Hellfest Inferno. Au-delà de ce prix littéraire tout neuf, il n’est donc pas étonnant de voir le festival apposer fièrement son logo sur une publication Bragelonne qui parlera forcément aux fans des deux genres.

Un état des lieux complet de l’influence de la fantasy sur le metal nécessiterait probablement autant de volumes que l’Encyclopædia Universalis avant numérisation, et sans un cadre ou un thème clairement défini, la tâche semble relever de la mission impossible. Mais parce qu’il faut bien commencer quelque part, autant s’attaquer d’emblée au père de tout un genre, au fondateur d’une mythologie mémorable, à un démiurge dont l’œuvre continue de fasciner et d’inspirer musiciens, réalisateurs et artistes en tous genres. Non, pas J.R.R. Tolkien (trop facile), l’autre légende du fantastique au nom plein d’initiales : H.P. Lovecraft.

Aux manettes de Cthulhu Metal – L’influence du mythe (même au bout de 400 pages et avec le livre sous les yeux, difficile de caser les h au bon endroit), on retrouve Sébastien Baert, un amateur de fantasy qui fut rédacteur en chef de Hard Rock Magazine et se consacre aujourd’hui à la traduction littéraire. Avec un auteur ayant un pied de chaque côté de la barrière, on peut raisonnablement s’attendre à un travail de fond, pointu et spécialisé, et c’est exactement ce que l’ouvrage propose.

Découpé en 12 chapitres, un pour chaque grand cycle ou nouvelle phare, Cthulhu Metal se penche sur l’ensemble de l’œuvre du Maître de Providence et de ses disciples et répertorie « tout simplement » les groupes, albums et chansons de metal y faisant référence. Cela n’a l’air de rien, mais dès le chapitre 2, « Lovecraft et le mythe de Cthulhu », on prend conscience du travail de recherche colossal qu’a dû réclamer la rédaction de l’ouvrage. Car la notoriété n’est pas un critère pour mériter une mention dans Cthulhu Metal : si Baert cite bien évidemment les poids lourds du genre, de Metallica à Iron Maiden en passant par Celtic Frost, King Diamond ou Dream Theater, d’obscurs groupes venus d’improbables contrées et/ou ayant sorti en tout et pour tout une seule démo sur cassette en 1987 sont également mis en lumière. Une telle exhaustivité (probablement à nuancer, si on cherche bien) n’aurait sans doute pas été possible avant l’ère du tout-Internet, mais même Metal Archives doit avoir ses limites (non ?), et on applaudit le dévouement de l’auteur.

Malgré le namecheck louable de ces groupes dont le lecteur lambda ne soupçonnait même pas l’existence, l’essentiel de cette « encyclopédie » dédiée à Lovecraft dans le metal est consacré aux groupes ayant au moins une petite notoriété, et dont les interviews et les paroles des chansons sont facilement accessibles sur le Web. Car Baert ne se contente pas de dresser un inventaire à la Prévert des groupes influencés par Lovecraft et son univers tentaculaire (merci de faire semblant de rire à ce jeu de mots) : paroles traduites et citations des artistes à l’appui, l’auteur se penche sur la genèse et l’inspiration de nombre de chansons, voire de concepts albums entiers. Dans ce genre de cas, l’auteur a même profité d’un accès direct aux artistes et mené ses propres interviews, axées sur les thèmes et les inspirations des auteurs/compositeurs, plutôt que de se contenter de quelques informations glanées au détour d’interviews plus généralistes. Là encore, l’ampleur des recherches impressionne, et Cthulhu Metal se hisse sans problème au niveau d’ouvrages de fond plus « traditionnels ».

Pour les amateurs de tout-numérique, pas de chance, le livre n’est disponible qu’en version papier, mais celle-ci ne déparera pas sur les étagères, surtout à côté du Necronomicon version Bragelonne ou du vinyle du Live After Death de Maiden. En plus de son format relié à la couverture rigide, l’objet est agrémenté d’un cahier d’illustrations central en couleur et s’ouvre par une préface de Benjamin Guerry, fondateur de The Great Old Ones, un combo français que leur label, Season of Mist, n’hésite pas à qualifier de « black metal lovecraftien ». Dire que l’on retrouve régulièrement le groupe au fil des pages est un euphémisme…

Étant donné l’extrême spécificité du sujet, l’achat est sans doute à réserver aux inconditionnels du Maître de Providence ou de certains groupes ayant été influencés par celui-ci sur plus d’une chanson ou deux au cours de leur carrière. Ou aux vrais monomaniaques du metal collectionnant le moindre essai de référence sur le sujet. Dans tous les cas, on ne peut que saluer l’initiative d’un éditeur ayant pignon sur rue de publier un ouvrage si spécialisé, qui plus est avec le logo du Hellfest en couverture.

Et ça a beau être trop facile, on attend le volume sur Tolkien, maintenant. À bon entendeur.

Cthulhu Metal – L’influence du mythe de Sébastien Baert. Disponible à l’achat ici



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  • Mercyful Fate  » The Mad Arab » et « Kutulu » ; Black Sabbath « Behind the Wall of Sleep » ; Cradle Of Filth – « Cthulhu Dawn » ; Pas très Metal mais on peut aussi citer toute la discographie de Nox Arcana … les associations sont innombrables.

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