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Chronique   

Cult Of Fire – Moksha / Nirvana


Au-delà de l’apparence et des costumes capuchonnés, Cult Of Fire est un groupe hors du commun en bien des points. La thématique de l’ésotérisme et les spiritualités en tous genres étant devenues denrée commune dans le black metal, les Tchèques se sont eux passionnés pour l’hindouisme jusque-là relativement peu traité dans la scène. S’offrant le luxe d’être produit par son propre label, Cult Of Fire ne propose pas seulement de rendre hommage à une philosophie et à une civilisation mais offre une véritable immersion déjà bien entamée par l’album मृत्यु का तापसी अनुध्यान (Ascetic Meditation Of Death) paru en 2013. Après une succession d’EP et de singles, Cult OF Fire a décidé plus tôt cette année et en toute liberté de sortir simultanément deux albums, Moksha et Nirvana, indissociables et complémentaires, tout en présentant deux postures singulières.

Le Moksha désigne dans l’hindouisme la délivrance et la libération finale de l’âme individuelle brisant tout lien avec le cycle des renaissances, le samsâra. Pour cela, l’individu doit passer par un chemin spirituel rempli d’obstacles, de difficultés et de souffrances, mais qui apporte également une vision de ce qui se trouve enfoui en nous, dans notre corps, en tant qu’êtres tangibles. Ce périple spirituel est illustré dans l’album Moksha qui s’ouvre sur une ambiance sonore énigmatique, à coups d’instruments à vent, chants lointains et percussions (qui viennent enrichir tout l’opus). Le compositeur de Cult Of Fire Vladimír Pavelka emmène l’auditeur sur son lieu d’enseignement Aghori au cœur de l’Inde. « Zrození Výjimečného » est le commencement de ce voyage où le chant incarne la gravité et la peine, et les nappages de claviers les lumières d’un début d’éveil, tandis que les nombreux chœurs et des guitares plus légères contrebalancent la puissance corrosive du black metal. L’auditeur est invité à suivre ce processus d’apprentissage, parfois guidé par une voix parlée. Cult Of Fire procède par étapes en alternant entre longs passages instrumentaux et montées progressives synonymes d’élévation de l’esprit, avant de nous ramener au corps et à la terre comme pour réunir le spirituel et le charnel. Pour cela Cult Of Fire use sans cesse d’une certaine austérité nuancée par des atmosphères délicates et lancinantes, à l’instar du pont ambiant de « Město Mrtvých » et ses tablas à consonances New Age. L’accroche mélodique est immédiate, forte des arrangements orchestraux qui s’additionnent aux percussions (« (Ne)Čistý »). Le message de Moksha est simple : regarder la souffrance en face fait partie du chemin vers la libération. Ainsi, l’incipit black mélodique et épique de « Har Har Mahadev » ne délivre pas une agressivité dénuée de sens : elle trouve une réponse dans des passages et mélodies réconfortants.

Nirvana, le second mouvement de ce double album, s’inspire du bouddhisme tantrique, dont l’un des principes majeurs est que chaque individu a cinq émotions perturbatrices qui doivent être transformées en cinq sagesses. Ces sagesses sont incarnées par cinq bouddhas, représentés sur l’illustration, et à travers les cinq morceaux du disque. Ainsi, là ou Moksha était le récit d’un cheminement personnel, celui de l’auteur, Nirvana est la transmission de ces grands principes. « Buddha 1 » profite de transitions fluides et d’un final incantatoire pour un rendu plus introspectif. L’auditeur chemine à son rythme, à la lisière de la lumière et de l’obscurité. « Buddha 2 » s’élance dans un rythme binaire entraînant qui se mue en chevauchée conquérante, seulement brisée par une accalmie ambiante. « Buddha 3 » est plus trompeur : la guitare enivrante et aérienne a des allures de rêve éveillé, mais au tiers du morceau le ton change subitement et redevient tempétueux. L’épilogue de ce voyage initiatique ou auditif – selon que l’auditeur veut le vivre ou l’entendre – prend la forme d’une synthèse avec un « Buddha 5 » dynamique et exaltant. Une apothéose finale qui pourrait laisser, l’espace d’un instant, entrevoir ce qu’est le nirvana ou l’apaisement éternel…

Le coup d’éclat de Cult Of Fire est de proposer un double effort avec Moksha et Nirvana qui, s’il s’avère conceptuellement fouillé, n’a rien d’académique. A l’instar de bien des œuvres affiliées à la scène extrême ambient ou atmosphérique, ses accointances avec le black metal et sa densité n’entravent en rien sa facilité d’écoute. Peut-être parce que Vladimír Pavelka livre une traduction personnelle de ses enseignements, avec ses propres outils et sa propre parole. Riche d’une culture qu’il apprend à connaître à des fins spirituelles, la prouesse artistique qui en découle s’avère aussi fascinante qu’envoûtante.

Album Moksha en écoute :

Album Nirvana en écoute :

Album Flowers Of Evil, sorti le 20 février 2020 via Beyond Eyes Productions.



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