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Chronique   

Cult Of Luna – A Dawn To Fear


Peu de groupes entretiennent le mystère sur leurs projets comme Cult Of Luna. Non pas en raison d’une volonté de cacher leur travail, mais plutôt par la discrétion et la communication sélective que prône le groupe, presque introverti. Les Suédois ne tournent d’ailleurs que très peu pour une raison très simple : Cult Of Luna n’est pas leur première source de revenus, personne n’est obligé de faire vivre le groupe à contre-cœur. Tout n’est qu’une histoire de passion que le groupe s’efforce d’entretenir. A Dawn To Fear a pris son temps, en raison d’une méthode de travail renouvelée : Cult Of Luna a cherché une manière différente de faire les mêmes choses, comme s’amuse à le dire Johannes Persson, frontman du groupe. Et, comme une routine installée depuis trois albums (au moins), la manière amène à l’excellence.

Cult Of Luna a toujours composé ses albums selon un thème précis, un concept suffisamment abstrait pour conserver une forme de liberté et suffisamment défini pour conférer une véritable identité à un opus. Ainsi Vertikal (2013) nous faisait constater la taille imposante des gratte-ciels, la puissance inquiétante d’un environnement urbain aussi froid que majestueux et Mariner (2016) nous élevait encore davantage, capable de faire miroiter les trajectoires infinies offertes par l’espace. A Dawn To Fear prend le contre-pied de cette formule et devient avec le premier album Cult Of Luna (2001) l’une des deux seules œuvres du groupe sans thématique prédéfinie. Le dessein était de se laisser aller là où l’intuition porte. C’est sans doute pour cette raison qu’A Dawn To Fear n’a jamais sonné aussi proche de Cult Of Luna que ce que l’auditeur peut s’imaginer du groupe. Au-delà du changement méthodologique, « The Silent Man » nous indiquait qu’A Dawn To Fear a abandonné la production froide et chirurgicale pour embrasser des sonorités chaudes, organiques, brutes. Presque un appel de la nature, à l’instar de cette pochette d’album avec cette coupe d’arbre. Il y a bien sûr des résidus de sonorités indus utilisées par le groupe, à l’instar des samples en introduction de « Lay Your Head To Rest », vite submergés par un mur de son d’une lourdeur qui impressionnera même les habitués de la discographie, comme rattrapé par la gravité après s’être envolé dans les hauteurs célestes. Les compositions d’A Dawn To Fear sont très longues (« Lights On The Hill » atteint les quinze minutes) et denses : l’album met en valeur son homogénéité, et n’a pas peur de développer de grands mouvements, à l’image de la transe presque chamanique et ces voix caverneuses presque murmurées sur « A Dawn To Fear », nous gratifiant d’une des plus belles mélodies écrites à ce jour par les Suédois. Au fur et à mesure des premières écoutes, A Dawn To Fear renvoie à la période Eternal Kingdom (2008), voire Somewhere Along The Highway (2006).

Il est en réalité bien davantage qu’un renvoi ou un retour aux sources. A Dawn To Fear comprend une pléthore de riffs gargantuesques, tel l’arsenal déployé sur « Nightwalkers » (chanson la plus difficile à terminer selon Johannes Persson) qui profite de la frappe de Thomas Hedlund et de l’audace rythmique de la formation, toujours encline à employer certains breaks « dansants », mais aussi d’un enchevêtrement mélodique extatique sur son dernier tiers… « Lights On The Hill » est une gigantesque progression qui prend soin de toujours conserver une ligne mélodique ténue en filigrane, une sorte de guide bienvenu au milieu d’une trajectoire mouvementée. Cult Of Luna a conscience du processus d’écoute engendré par A Dawn To Fear, puisqu’il a suffisamment d’empathie pour ménager une plage plus aérienne via « We Feel The End », prélude aux percussions menaçantes d’« Inland Rain » qui voit Johannes Persson déployer un growl plus agressif et sombre, presque emprunté au black metal. Chaque instrument trouve sa place avec une aisance presque perturbante, que ce soit la complémentarité entre les deux batteries, la nappe de basse qui vient arrondir l’ensemble ou devenir une colonne vertébrale (« Lay Your Head To Rest »), les arrangements de clavier en tant que pierre angulaire des atmosphères, ou le jeu de guitare presque sale, d’une spontanéité rare dans ses transitions. « The Fall » est l’étape finale d’A Dawn To Fear, de véritables montagnes russes où l’on aimerait que l’ascension dure encore. Le culte de l’immersion, qui ne saurait se terminer que par un final digne de ce nom : une explosion sonore, éblouissante, de celles qui aujourd’hui font la réputation du groupe en live.

Certains pourraient arguer de la répétition des gimmicks chers à Cult Of Luna sur A Dawn To Fear ou se sentir repoussés par une très grande densité. Il ne faut pourtant pas ignorer une démarche renouvelée et une identité sonore retravaillée. A Dawn To Fear semble moins focalisé que ses deux prédécesseurs : c’était voulu. Seulement, l’intuition recherchée par Cult Of Luna l’a amené à davantage de prise, davantage de puissance et davantage de sensibilité. Peut-être moins cérébral mais tellement viscéral.

Clip vidéo de « The Silent Man » :

Album A Dawn To Fear, sortie le 20 septembre 2019 via Metal Blade. Disponible à l’achat ici



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