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Chronique   

Cult Of Luna – Mariner


Cult Of Luna - MarinerS’il y a un groupe qui sait attiser les curiosités, c’est bien Cult Of Luna. Les Suédois ont toujours cultivé l’art de la discrétion et savamment orchestré leur communication, comme si le succès critique de Vertikal I et Vertikal II (2013) n’avait en rien changé leur ligne de conduite. En mai 2014 le groupe annonçait à demi-mot une pause après sept albums et personne ne pouvait prévoir ce qu’il allait en advenir. Si la reprise des tournées l’année suivante et la sortie du split EP avec The Old Wind (2015) marquait bel et bien le retour de Cult Of Luna, l’arrivée de leur huitième effort Mariner a surpris son monde deux ans seulement après Vertikal. Néanmoins, Mariner n’est pas seulement le fruit du groupe ; il est issu d’une collaboration avec la chanteuse Julie Christmas (Made Out Of Babies, Battle Of Mice). De quoi intriguer davantage qu’à l’accoutumée donc. De toute façon, osons le dire, personne n’était préparé pour Mariner.

Le départ d’Anders Teglund (claviers) et Erik Olofsson (guitare) ne laissait pas réellement prévoir un avenir radieux pour Cult Of Luna. Mariner efface rapidement toutes les spéculations pessimistes : si le groupe perd effectivement deux membres importants, l’univers et la musique restent intacts. Il est d’ailleurs troublant de constater à quel point la première collaboration des Suédois avec un artiste extérieur arrive à conjuguer l’apport de nouvelles influences au sein d’une identité déjà très affirmée. Julie Christmas fait parfaitement corps avec chacune des compositions, comme si son timbre féminin si particulier (parfois proche de Björk) participait à créer les atmosphères de l’album, à donner du sens au concept. Car Mariner n’aborde plus les mêmes problématiques que Vertikal. Pour reprendre les dires du chanteur Johannes Persson : « À la fin de Vertikal, nous nous tenions dans la dureté froide de la ville mécanique et nous levions les yeux vers les étoiles (…) [Nous] pensions que peut-être la solution se trouvait au-dessus de nous ». L’album retranscrit exactement cet état d’esprit. Les samples et divers arrangements délaissent les inspirations indus pour délivrer des ambiances éthérées, à l’image d’ « Approaching Transition » et son chant soufflé, quasi-susurré, ou de l’introduction de « A Greater Call ». Cult Of Luna cherche à dépeindre d’immenses espaces dans lesquels l’auditeur se perd, émerveillé et effrayé à la fois. Mariner est un album qui repose sur ce sentiment hybride justement, le chant de Julie Christmas confère un cachet mystique aux compositions, rattrapé par la brutalité des hurlements de Johannes Persson. La chanteuse est impressionnante de versatilité, en témoigne « The Wreck Of S.S Needle », emmené par une voix tantôt criarde et décharnée, tantôt fluette, presque malicieuse.

Cult Of Luna n’a pas réellement changé de recette musicale, il est juste capable de lui faire servir d’autres objectifs. Un peu à l’image d’un peintre conservant son trait et sa démarche artistique qui aborderait une pléthore de sujets complètement divers. Mariner est plus condensé que son prédécesseur : cinq titres sans interludes pour environ une heure de musique. Cult Of Luna alterne effectivement les plages de tranquillité et les phases plus lourdes et enlevées avec l’aisance qu’on lui connaît. Si chaque composition n’est a priori pas accessible, les diverses écoutes aboutiront au constat implacable : le voyage est prenant. Le titre final « Cygnus » et ses quinze minutes est à la fois mélodique, doux, tranchant, puissant et se termine par un riff cathartique au possible où les chants s’entremêlent parfaitement. Déconcertant et jouissif à la fois.

Cult Of Luna propose une véritable immersion : impossible de ne pas se sentir explorateur à l’écoute de ce Mariner. L’expérience est saisissante, pleine de contradictions. L’univers proposé est impossible à appréhender pleinement, Cult Of Luna et Julie Christmas arrivent avec une justesse incroyable à représenter ce mélange d’effroi et d’admiration devant l’immensité et l’inconnu. Mariner fait effectivement lever les yeux vers le ciel. Mariner est dantesque. Et personne n’était préparé…

Ecouter les chansons « The Wreck Of S.S. Needle » et « A Greater Call » :

Album Mariner, sortie le 8 avril 2016 via Indie Recordings.



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  • ça sent la grosse baston avec Shores of the Abstract Line d’Hypno5e pour le Top 50 2016.
    Vivement le 8 avril.

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