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Interview   

Cyhra : l’esprit d’équipe


C’est un paradoxe, mais l’histoire des sports collectifs a principalement été marquée par de grandes individualités dont on disait qu’elles gagnaient le match à elles seules. Mais il y a aussi eu de grandes équipes, celles où chaque maillon contribue à la victoire et où l’on trouve ces joueurs qui « font gagner les autres ».

Ayant pratiqué le hockey durant des années, c’est cet état d’esprit qu’a Jake E, notamment pour son projet Cyhra dont il veut que la musique soit la plus accrocheuse possible. Tout le groupe doit se mettre au service de cet objectif et non d’une quelconque gloire personnelle. Ce n’est d’ailleurs pas anodin que le line-up soit un cocon fermé : après son départ, Peter Iwers n’a pas été remplacé. Quant à Jesper Stormblad, malgré ses problèmes de santé nécessitant de prendre de la distance avec les tournées, il reste dans le noyau dur du groupe. Cyhra est une bande d’amis, une famille presque, se réunissant autour des mêmes valeurs musicales et humaines.

Dans cet entretien réalisé pour la sortie du nouvel album No Halos In Hell, Jake E nous parle de ces valeurs. Et pour aller de pair avec le côté fédérateur de sa musique, ses textes sont pensés pour être partagés, même lorsqu’ils sont inspirés de quelque chose d’aussi personnel que le décès d’un proche.

« J’ai joué au hockey durant les deux premiers tiers de ma vie, et la cohésion d’équipe est très importante pour moi. J’ai toujours visé la victoire de l’équipe plutôt que les bénéfices individuels que je pourrais en retirer. »

Radio Metal : Tout d’abord, peux-tu nous parler du départ de Peter Iwers et de votre décision de continuer le groupe à quatre ?

Jake E (chant) : C’est une histoire assez simple, pour être honnête. Quand nous avons formé Cyhra, nous l’avons formé entre amis avec qui on peut traîner sur scène et hors scène. Nous voulions que ce groupe soit un groupe de frangins, que ce soit des gens qui étaient amis avant d’être dans le groupe, qui avaient la même vision, la même motivation pour réussir de la même manière, le même objectif, et nous voulions qu’il n’y ait jamais de controverse. Nous avons tous joué dans des groupes avant. Parfois les groupes sont transformés en business et les membres ne se parlent plus que lorsqu’ils sont sur scène. C’était donc très important pour nous de choisir les bonnes personnes, et Peter était l’une d’entre elles. Mais lorsque nous avons monté ce groupe, nous savions dès le départ que Peter pourrait avoir des problèmes dans l’éventualité où le groupe grandirait trop vite. Quand Peter a quitté In Flames, il a acheté une brasserie avec Daniel, qui lui aussi a joué dans In Flames. C’est à la fois une bonne et mauvaise coïncidence, mais sa brasserie et notre groupe ont tous les deux pris de l’ampleur assez vite dès le début. Donc nous en sommes arrivés à un point où Peter ne pouvait pas être à deux endroits à la fois, et il a décidé de se concentrer sur son business avec sa brasserie et de quitter le groupe. Nous sommes toujours les meilleurs amis. Il nous manque dans le groupe. Mais ce que je t’ai dit au début, c’est très important pour nous : nous avons décidé de continuer en quatuor maintenant parce nous voulons conserver ce sentiment fraternel dans le groupe. Ça va être dur de remplacer Peter et nous ne voulons pas prendre un bassiste juste pour avoir un basiste, pour ainsi dire. Donc quand nous trouverons quelqu’un qui nous paraîtra être le bon mec, ou la bonne fille, peu importe, alors nous pourrons à nouveau avoir un bassiste. Mais jusqu’à ce que ça arrive, nous avons décidé de continuer à quatre.

A propos de l’album, tu as déclaré : « Quand je l’ai écrit, j’ai réfléchi à ce qui fonctionnait et ce qui ne fonctionnait pas sur le premier album. » Quelles ont été tes conclusions ?

Personnellement, je trouve que l’album Letters To Myself est l’un des meilleurs albums de metal qui aient jamais été faits dans ce style. Je ne me suis jamais encensé moi-même pour les choses que j’ai faites, je suis mon plus grand critique, mais je suis extrêmement fier de cet album. Et c’est tellement triste qu’il n’ait pas reçu l’attention qu’il méritait vraiment, parce que c’est un super album, mais pour une raison, il n’est pas arrivé jusqu’aux oreilles de tous les metalleux. Il y a plein de gens qui ne connaissent même pas notre nom. Quand nous avons écrit cet album, nous n’avions aucune idée que nous allions former un groupe – Jesper et moi, nous étions juste disposés à faire de la musique. Les chansons vont dans diverses directions, musicalement. C’est un super album à écouter, mais une chose que nous avons remarquée est que certaines chansons ne se prêtaient pas aussi bien au live qu’elles le devraient. Car quand tu as un album et que tout d’un coup, tu as des tournées, tu te retrouves à faire plein de concerts, les seules chansons que tu peux jouer, évidemment, sont celles de l’album, n’est-ce pas ? Donc tu as un concert et on te dit : « Aujourd’hui, vous avez une heure. » Tu dois jouer l’album du début à la fin, plus ou moins – tu déplaces juste certaines chansons –, mais toutes les chansons ne sont pas prévues pour être jouées en concert. Ça a toujours été un fait. Prenez n’importe lequel de vos groupes préférés, vous allez le voir après la sortie d’un album et il jouera probablement deux ou trois, peut-être quatre morceaux du nouvel album dans la setlist. Le reste des chansons ne sera jamais joué live. Mais quand tu en es à ton premier album, tu es obligé de faire ça. Donc quand je me suis posé pour écrire les chansons de No Halos In Hell, c’était ma principale préoccupation, c’est là-dessus que je me suis focalisé : « Maintenant, nous sommes un vrai groupe, un groupe qui tourne, et on adore jouer live. » Donc, je me suis assuré que toutes les chansons de cet album pouvaient être intégrées dans un set live. Toutes les chansons du nouvel album ont un côté plus live. C’était mon principal centre d’attention, et c’était le principal défi que j’avais à relever entre les deux albums, le fait d’essayer d’avoir des chansons qui fonctionnent mieux en situation live. C’était le plus grand challenge.

Comment avez-vous développé cet aspect orienté live dans votre musique ? Ça s’est fait au niveau des répétitions ou bien à l’écriture même ?

Ce groupe existe depuis trois ans maintenant et nous n’avons répété qu’une seule fois ! [Rires] C’est ce qui est drôle. Je veux dire que nous vivons dans trois pays différents, donc c’est très difficile pour nous de répéter – nous avons tous des familles et ainsi de suite. Mais nous avons la chance d’avoir été dans ce business depuis très longtemps, si bien que nous avons tous des studios séparés. Donc quand nous écrivons des chansons, nous échangeons des trucs, et je suis aux commandes, je suis le gars au milieu qui assemble toutes les pièces du puzzle et crée les chansons à partir des idées. J’essayais de faire très attention à certaines parties qui étaient trop complexes. Parfois, dans le metal, on peut surcharger les choses. On met un riff par-dessus un riff, par-dessus un autre riff, et ça ne mène nulle part. Par rapport au côté live, je me disais : « J’ai une chanson, mais est-ce que j’ai fait un passage ici qui soit facile à rallonger en live ? Quand on jouera en live, qu’est-ce qu’on pourra faire avec ça ? » J’essayais d’anticiper au maximum. J’avais déjà des idées sur la manière d’arranger les chansons pour les concerts.

« Peut-être que si je ne m’étais pas assis là au piano, j’aurais fait une dépression nerveuse quelques jours plus tard, parce que mon esprit ne pouvait pas retenir ces sentiment plus longtemps. Parfois, tout le monde se brise, et là je suppose que c’était mon point de rupture. »

Alex a dit que le processus de composition était très organique, que beaucoup de choses se sont passées en studio, et même les démos étaient plus brutes et moins détaillées que pour le premier album. Penses-tu que ceci aide à créer des chansons plus directes ?

Absolument pour cet album, mais Alex a raison et tort à la fois, parce que oui, les démos étaient plus brutes, je n’y ai pas autant mis d’énergie pour les parfaire, pour ainsi dire, mais d’un autre côté, elles étaient aussi mieux peaufinées parce qu’Alex a pris l’avion pour venir deux ou trois fois pour enregistrer les démos. Il s’est vraiment posé dans mon studio et a enregistré des batteries pour les démos. Ça a beaucoup aidé pour obtenir la vraie structure des chansons, car peu importe à quel point tu es un bon compositeur, quand tu programmes la batterie, ça ne sera jamais comme une vraie batterie. Quand Alex est venu et a posé ses batteries sur la démo, tout d’un coup, ça a donné une autre dimension à la chanson. J’avais un squelette de toutes les chansons, plus ou moins, à l’exception d’une, et quand nous étions au studio, je crois qu’Alex avait fini toutes les chansons à la batterie, et j’ai trouvé qu’il nous manquait une chanson. Donc je suis allé au studio B des studios Hansen, et vingt minutes plus tard, je suis allé voir les autres gars et j’ai dit : « Je l’ai ! » Cette chanson est devenue « Dreams Gone Wrong », qui est un des singles de l’album. C’est marrant comment ça peut se passer : parfois les meilleures chansons nous viennent quand on est sous pression. Ce qui était cool avec les enregistrements d’Alex, c’est qu’il a enregistré les chansons, je crois, en deux ou trois jours, et nous l’avons laissé s’éclater. Je suis généralement du genre à être très pointilleux, à être assis à côté du producteur et à dire : « Non, reprends ça, bla bla bla. » Sur cet album, j’ai laissé totalement carte blanche à Alex pour le laisser faire tout ce qu’il voulait, et le résultat est fantastique. Je veux dire qu’Alex Landenburg est probablement le meilleur batteur metal du monde. Je dois lui reconnaître ce mérite.

A propos du line-up du groupe, tu as déclaré : « Tout le monde joue ce qui est le mieux pour la chanson. » Dirais-tu que pour écrire une bonne chanson accrocheuse, il faut mettre son ego et sa technicité de côté ?

Absolument. J’ai la chance de n’avoir jamais eu un énorme ego. J’ai joué au hockey durant les deux premiers tiers de ma vie, et la cohésion d’équipe est très importante pour moi. J’ai toujours visé la victoire de l’équipe plutôt que les bénéfices individuels que je pourrais en retirer. Mais absolument, en ce qui concerne la technicité et ce genre de chose, je pense que c’est plus cool d’avoir une chanson où tout le monde a son passage pour briller. Par exemple, un guitariste n’est pas obligé d’exhiber toutes ses techniques sur toute la chanson. Il peut jouer un riff simple, un truc en arrière-plan, jusqu’au passage où le solo intervient, et là c’est le moment où le guitariste peut briller. Pareil avec le chant. Ça pourrait être ce moment dans la chanson où ça part dans un crescendo, et là on se dit : « Oh putain, ce chanteur est génial ! » Ça ne doit pas forcément être constant. On a un super dicton en Suède : « Mettre un cookie sur le cookie » ou « Mettre de la crème sur la crème », on n’est pas obligé de faire ça.

Toutes les chansons dans l’album sont très accrocheuses, mais aussi différentes, alors que beaucoup d’albums qui sont très accrocheurs ont comme problème que toutes les chansons sonnent pareil. J’imagine que c’était important pour toi de faire attention à ça…

Absolument. Et une chose qui était super sur cet album était que Euge Valovirta a aussi débarqué en tant que troisième compositeur, et il a apporté encore plus d’ingrédients au plat. Il vient d’un background un petit peu différent en termes de riffing, donc il a apporté des riffs que nous n’aurions jamais faits autrement. C’était vraiment super, car ça aussi, ça a contribué à amener une autre dimension. Comme tu le dis, c’est très important que les chansons soient différentiables, même si elles ont des structures similaires et que le côté accrocheur est toujours là. On peut être accrocheur de plein de façons différentes. Donc oui, c’était très important pour moi. Généralement, j’écris une chanson assez vite, mais ça me prend une éternité à la finaliser. C’est le boulot qui arrive après qui me prend le plus de temps, pour la parfaire, et aussi, après avoir écrit quelques chansons, tu reviens à la première et tu vois : « Oh non, j’ai fait exactement la même chose dans celle-ci que dans celle-là », et alors tu la retravailles un peu. Donc oui, c’est absolument vrai.

On peut entendre quelques influences folks dans l’album, dans des chansons comme « Bye Bye Forever » et « Blood Brothers », ce qui contribue à diversifier l’album…

S’il y a des influences folks quelque part, je n’en suis pas responsable ! Mais « Blood Brothers », par exemple, la mélodie d’intro, c’est Jesper au meilleur de sa forme en tant que compositeur, et il est très influencé par la musique folk. Donc tous les éléments folks qu’on peut trouver dans l’album, ça a tout été composé par Jesper. Je ne sais même pas comment écrire de la folk et je n’en écoute jamais [rires].

Le processus d’écriture était un travail de groupe, tout le monde a été impliqué dans la musique et les paroles. Dirais-tu que c’est la première fois que Cyhra écrit un album en tant que groupe ?

Absolument, tout le monde a été impliqué : Euge a écrit des chansons, Jesper a écrit des chansons, j’ai écrit des chansons, mais j’ai pris la plus grosse charge du travail. J’ai écrit la structure principale de l’ensemble de l’album, et puis Euge est venu avec des idées, ce qui était fantastique, mais j’étais là encore un milieu. Euge et moi, nous nous sommes posés pour composer ensemble. C’est dur quand on vit dans différents pays, mais tout le monde a contribué d’une très bonne façon, et puis, lors des étapes finales de l’enregistrement, tout le monde a partagé ses opinions, et ça c’était un vrai travail de groupe, et c’était la première fois. J’adorerais continuer de travailler comme ça, parce que ça a très bien marché. Au niveau des textes, je me suis chargé de la majorité, mais c’était super, car j’ai beaucoup échangé des idées avec Alex, à modifier des mots et des phrases, et il est très bon dans ce domaine. C’était la première fois que je co-travaillais avec quelqu’un sur les paroles. Même notre cher ami KJ [Melgoza], qui nous a aidés à filmer le documentaire et est américain, nous a beaucoup aidés à essayer d’avoir le bon sens et les bonnes formulations dans certains textes. C’était super.

« Peu importe ce que je fais, je n’écris jamais de chanson qui ne soit pas accrocheuse. Pour moi, la musique doit être accrocheuse. […] C’est probablement la seule façon d’écrire de la musique que je connaisse. »

A propos des textes, tu as dit : « J’essayais d’écrire les textes de façon à ce qu’ils signifient quelque chose pour moi, mais je veux que l’auditeur entende les textes et sache ce que sont ces sentiments. » C’est important pour toi d’écrire des textes auxquels les auditeurs peuvent s’identifier, même quand ce sont des textes très intimes ?

Oui. Même dans mes anciens groupes, j’ai toujours écrit des textes en trois dimensions, comme j’aimais le dire. Ça signifie une chose pour moi mais ça peut signifier autre chose pour quelqu’un d’autre. Je veux que les textes soient transcrits différemment quand on ne fait que les lire. Si je mets devant toi un morceau de papier et que tu lis les paroles sans musique, et tu n’as jamais entendu la chanson, je veux que tu aies une perception de ce dont parle la chanson. Mais ensuite, quand tu l’écoutes avec la musique, quand tu entends l’émotion dans ma voix et ce genre de chose, je veux que tu puisses dire : « Maintenant je comprends ! » Je déteste quand les paroles sont écrites, du genre : « Me voilà, je monte dans ma voiture, je vais d’un point A à un point B, et au point B j’achète une glace, et ensuite je rentre à la maison. » Il n’y a pas d’autre interprétation possible de ces paroles que de se dire que la personne a pris sa voiture pour aller s’acheter une glace. Il n’y a pas vraiment de métaphore dans ce genre de texte. Personnellement, je tiens à ce que l’auditeur soit touché par les paroles, et aussi ressente une ressemblance avec quelque chose qu’il a lui-même vécu.

Et parfois les gens finissent par avoir une interprétation totalement différente du sens de départ, et ils s’approprient le texte.

Exactement, et j’aime bien ça. Il y a eu des cas où des gens ont joué certaines chansons à leur mariage, genre : « C’est la plus grande chanson d’amour de tous les temps », et je ne peux pas vraiment leur dire que la chanson en question n’est pas du tout une chanson d’amour, ça parle de tout à fait autre chose, mais je suis content pour leur mariage ! [Rires]

Tu as écrit une chanson pour ton frère, « Battle From Within ». Comment es-tu parvenu à gérer le côté émotionnel intense de cette chanson ?

C’était dur. Mon frère est décédé il y a dix ans dans un accident tragique, et je n’y ai jamais fait face. J’ai mis mon costume de Superman, parce que je pensais qu’il fallait jouer les costauds. J’essayais d’aider tous les autres autour de moi et je pensais que c’était la meilleure façon de gérer la situation. Ça m’a pris des années pour réaliser que je me sentais de plus en plus mal. J’ai l’impression qu’à chaque fois que je pensais à mon frère, une putain de boule d’anxiété grossissait dans ma poitrine. Je n’ai pas décidé de moi-même d’affronter ça. Quand je me suis posé pour faire cet album et que j’ai commencé à écrire « Battle From Within », je n’avais aucune intention d’écrire à propos de mon frère. Ce que je fais généralement, c’est que je m’assois et je compose, et cette fois, j’étais assis au piano, et je chantais et j’enregistrais. En général, je fais du charabia en chantant, je laisse les mots sortir de ma bouche, et quand j’ai réécouté, j’ai réalisé : « Bordel, je chante à propos de ça. » C’était très dur à ce moment-là, parce que ça avait ouvert la porte à énormément d’émotions, une porte que j’avais fermée et dont j’avais balancé la clef pendant des années. C’est là que j’ai réalisé qu’il fallait que je m’occupe de mes propres sentiments et que j’essaye de gérer ces pensées, parce que ça avait pris du temps pour que je m’ouvre. Donc c’était très dur. J’étais assis là, à écrire la chanson tout en pleurant dans le studio, à appeler ma mère pour lui parler, des choses que je n’avais pas faites pendant dix ans. C’était dur, mais quand c’était fini, quand j’ai commencé à intégrer ces pensées, c’était comme si j’avais été libéré d’un poids. Je me suis senti plus léger après avoir enfin commencé à travailler sur ces émotions. C’était dur, mais c’était nécessaire.

Comme tu l’as dit, tu étais en train d’écrire la chanson et tu as commencé à chanter, et c’était comme si ton esprit avait commencé à traiter ces émotions tout seul. Qu’est-ce qui, selon toi, t’a poussé à faire ça à ce moment précis ?

Notre subconscient, c’est quelque chose de vraiment très bizarre. Ça m’est arrivé tellement souvent d’appuyer sur le bouton « Rec » et je suis censé simplement mettre une mélodie vocale, et tout d’un coup, je chante des choses sans prendre le temps d’y réfléchir, genre : « Qu’est-ce que je vais chanter après ? » Ma bouche ne fait que débiter des mots. Et tout d’un coup, je dis quelque chose de très intelligent, des phrases qui s’avèrent vraiment bonnes. Je suppose qu’il y a dans notre cerveau quelque chose qui en temps normal ne laisse pas sortir ces choses, comme un filet de sécurité. Je ne peux pas vraiment l’expliquer… Probablement que c’était le bon moment. Je ne peux rien dire de plus que ça. Peut-être que si je ne m’étais pas assis là au piano, j’aurais fait une dépression nerveuse quelques jours plus tard, parce que mon esprit ne pouvait pas retenir ces sentiment plus longtemps. Parfois, tout le monde se brise, et là je suppose que c’était mon point de rupture.

Pourquoi avoir choisi une chanson aussi énergique et accrocheuse pour parler de ça ?

Je ne sais pas. Ça aurait pu être sur n’importe quelle chanson, ça aurait pu être sur une des chansons plus rapides aussi. Il s’est trouvé que c’était cette chanson que j’écrivais à ce moment-là, mais je pense qu’en soi, elle a pas mal d’élément mélancoliques. Peu importe ce que je fais, je n’écris jamais de chanson qui ne soit pas accrocheuse. Pour moi, la musique doit être accrocheuse. Je veux que chaque chanson que je fais soit quelque chose qu’on puisse chanter en chœur, c’est probablement la seule façon d’écrire de la musique que je connaisse.

« Jesper est un de ces dieux de la guitare à qui il suffit de donner une guitare pour qu’à chaque fois un riff fantastique sorte de ses mains. Alors que moi, je suis celui qui construit toujours des refrains qui te restent en tête. »

Apparemment, c’était ta fiancée qui a eu l’idée d’impliquer les fans dans le clip pour la chanson. Dirais-tu que leurs contributions à cette vidéo ont aidé à traiter certains de ces sentiments ?

Je pense que je ne les ai pas traités avec cette vidéo, je les ai ramenés encore plus à la surface. J’ai même pleuré la première fois que j’ai vu la version finale. C’est moi qui ai fait tout le montage, donc j’ai fait la vidéo. Mais oui, c’était ma fiancée qui a eu l’idée, parce que le label voulait que nous fassions une lyric video, mais pour moi, en tant que personne qui adore les clips vidéo – j’ai aussi commencé à travailler en tant qu’acteur, j’adore les films –, je déteste les lyrics video. Je veux qu’il se passe des choses. J’ai dit à ma fiancée : « Putain, qu’est-ce qu’on devrait faire ? Je ne veux pas d’une lyric video foireuse. » Je voulais amener un message, parce que cette chanson signifie beaucoup pour moi, je n’ai pas envie qu’on la balance dans une lyric video que personne ne remarquera. Je veux que ce message soit répandu, et elle a dit : « Eh bien, c’est un puissant message, le sens de la chanson est quelque chose auquel énormément de gens peuvent s’identifier. Alors pourquoi ne demandes-tu pas aux fans s’ils veulent y contribuer ? » J’ai dit : « Merde, c’est la meilleure idée de tous les temps, mais tu crois vraiment qu’ils voudront nous aider ? » Et elle a dit : « Ouais, j’en suis sûre. » Ce que nous avons fait, c’est que nous avons simplement écrit sur nos réseaux sociaux : « Si vous voulez contribuer à une nouvelle vidéo, envoyez-nous vos informations et nous vous dirons quoi faire. » Les retours ont été énormes ! Je crois avoir reçu quatre cents e-mails de gens qui voulaient participer. Les gens se sont beaucoup investis pour mettre en avant ces pancartes ; ils ont mis des heures de travail dans chaque bout de papier, même si on n’allait les voir qu’une seconde ou deux. C’était fantastique, c’était très émouvant pour moi. Je suis extrêmement content. Je suis bouche bée face à ce que les fans ont fait. Si certains d’entre vous lisent ceci, j’ai juste envie de leur dire un gros merci !

Sur un tout autre sujet, Jesper prend actuellement congé des tournées. Qu’est-ce qui a motivé sa décision ?

Je trouve que c’est une décision très mature que Jesper a prise. Sa présence nous manque, mais dans son état, c’était mieux pour lui de se détendre et de prendre son temps. Il lutte, comme tout le monde sait, contre plein de problèmes. Il a notamment eu pendant des années des problèmes d’alcool et de drogue, mais là ça fait deux ou trois ans qu’il a réglé ça. Mais le problème qu’il rencontre aujourd’hui, c’est qu’il souffre d’une sorte de dépression clinique, d’anxiété sociale et ce genre de chose ; il voit un médecin spécialisé pour essayer de guérir. Il travaille avec nous tous les jours, derrière le groupe, à écrire des chansons et à s’occuper du business, mais le fait de partir en tournée, rencontrer plein de gens, ne pas être à la maison… Tu sais comment c’est avec les troubles mentaux ; une tournée ne te met pas dans le meilleur environnement qui soit quand tu te sens comme ça. Nous soutenons totalement sa décision, il sera toujours un membre du groupe, et en attendant, nous avons Marcus Sunesson d’Engel qui le remplace. Nous espérons tous que Jesper retrouvera la forme et reviendra dès qu’il s’en sentira la force.

Tu as fondé le groupe avec Jesper : dirais-tu que vous êtes le yin et le yang du groupe, lui étant le metalleux et toi celui qui se charge du côté accrocheur ?

C’est probablement ça. Maintenant, sur le nouvel album, nous avons aussi Euge, qui est un peu comme un second Yyng aussi. Mais pour ce qui est de l’écriture musicale et de déterminer le standard de la musique de Cyhra, c’est probablement comme tu dis. Nous nous complétons beaucoup, niveau composition. Nous aimons le même type de musique et, au final, nous sommes influencés par le même type de choses. Jesper est un de ces dieux de la guitare à qui il suffit de donner une guitare pour qu’à chaque fois un riff fantastique sorte de ses mains. Alors que moi, je suis celui qui, comme tu l’as dit, construit toujours des refrains qui te restent en tête. Donc oui, c’est une bonne combinaison !

Dans Amaranthe, tu partageais le chant avec deux autres chanteurs. Qu’est-ce que ça te fait maintenant d’être le seul chanteur du groupe ? J’imagine que ça implique plus d’espace pour t’exprimer mais aussi plus de responsabilité ?

Oui. J’ai commencé ma carrière dans un groupe qui s’appelait Dreamland, qui est un groupe de power metal, il y a presque vingt ans, et à l’époque j’avais l’habitude de chanter seul, et puis dans mon ancien groupe, tout d’un coup nous étions trois. Le plus gros avantage à être trois chanteurs, c’est qu’en live, on a toujours dix secondes dans une chanson où on ne doit pas chanter et quelqu’un d’autre chante. Donc on peut respirer et se concentrer sur notre partie suivante, et tout donner à nouveau, et y mettre toute son énergie. Le plus gros problème que j’avais au début de la carrière de Cyhra était quand nous jouions en live, car tout d’un coup, je me retrouvais à chanter tout le temps. J’avais tendance à oublier de respirer, parce que : « Oh, ouais, merde, je chante tout le temps, il n’y a personne d’autre qui va venir pour me sauver ! » [Rires] C’était dur mais, comme tu le dis, désormais, sur les albums, j’ai tout le temps nécessaire pour m’exprimer de façon complète. Car quand vous êtes trois chanteurs, il faut toujours prendre en considération le fait que si on chante calmement, le chanteur suivant fera autre chose, et il faut toujours trouver un équilibre entre les chanteurs, pour que toutes les voix se marient bien. Et maintenant, comme tu l’as dit, je peux faire tout ce que je veux, parce que c’est moi qui chante tout, et je peux facilement me marier avec moi-même ! C’est quelque chose que je trouve très positif.

Interview réalisée par téléphone le 25 octobre 2019 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Julien Morel.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Linda Florin (4) & KJ Melgoza (2 & 5)

Site officiel de Cyhra : cyhra.com.

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