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Chronique   

Dagoba – By Night


Cinq années d’attente entre deux réalisations. Un fait inédit dans la carrière de Dagoba, réputé pour son rythme effréné et son approche stakhanoviste de la musique. En réalité, Dagoba prévoyait au moins quatre ans sans remettre les pieds en studio, afin de promouvoir plus que décemment Black Nova (2017). Une grande partie de la tournée s’est déroulée avant que la pandémie ne survienne et n’annule une centaine de dates pour le groupe. Naturellement, Dagoba a donc enclenché le processus d’enregistrement d’un nouvel album pour pallier l’absence de concerts. Le groupe a ainsi officialisé deux changements de line-up : Théo Gendron devient le nouveau batteur après avoir remplacé Nicolas Bastos sur plusieurs dates et surtout, le membre de longue date Werther Ytier a été remplacé à la basse par le tour-manager du groupe Kawa Koshigero. Une preuve que Dagoba n’entend pas lever le pied et est prêt à renouer avec son rythme athlétique afin de défendre By Night, un huitième effort qui entérine le refus d’une vision puriste et étriquée du metal.

By Night a été réalisé en partie sur les deniers du groupe, pratiquement sans revenus suite à l’abandon des concerts (principale manne financière des artistes). Dagoba a donc eu à cœur de maintenir le même niveau de qualité pour sa réalisation : By Night n’a pas à rougir face à ses prédécesseurs et honore son orientation musicale qui doit beaucoup au vocabulaire de l’EDM. By Night respecte la dimension cinématographique chère au groupe grâce à son intro « Neons », l’explicite « Break » et l’outro « Stellar ». La couleur des arrangements électroniques transporte l’auditeur dans un « néo-Tokyo » aux fluorescences héritées de Blade Runner et dans une certaine mesure de l’esthétique cyberpunk qu’il laisse derrière lui. « Neons » présente d’emblée la formule majeure de By Night : un heavy dédié aux mélodies qui profite du sens de l’accroche cyclique et « gimmicky » de la musique électronique contemporaine. « The Hunt » déploie bel et bien la puissance habituelle de Dagoba et son goût pour le riffing musclé porté par un Shawter toujours aussi incarné (et placé en avant par rapport aux autres instruments). On s’amuse à déceler la multitude d’arrangements synthétiques derrière le mur de guitares qui fait écho à la faculté de Shawter d’embrasser des mélodies fédératrices. Les mauvaises langues taxeront Dagoba de « racoler » via cet ADN électro, les autres loueront la volonté de laisser les affects de son compositeur s’exprimer. « Sunfall » accentue cette direction, Shawter est plus prompt à emprunter des phrasés accrocheurs, sans se soucier des excès. Le paroxysme de cette orientation musicale est atteint avec « On The Run », une fausse ballade réalisée en duo avec une chanteuse aux accents pop. Résolument la surprise de l’album pour son parti pris plus fragile et quasi « mainstream ».

On pourra tout de même reprocher à By Night une certaine standardisation de sa propre formule, comme s’il cherchait à l’appliquer scrupuleusement à presque chaque composition. Heureusement, By Night a l’intelligence de se présenter en deux « parties ». « Break » marque une césure et Dagoba présente ensuite une facette encore plus accrocheuse dans l’esprit. « City Lights » se régale de ses riffs syncopés et d’un entrain résolument pop-rock sous stéroïdes. « Nightclub » emprunte quelques artifices au power-rock et son mid-tempo est l’occasion de laisser s’exprimer quelques phrasés de synthétiseur qui constituent en grande partie la mélodie du morceau. Cependant, Dagoba a toujours une affection pour la violence frontale, à l’instar de « The Last Crossing » qui vient légèrement contrebalancer le recours omniprésent à une forme de grandiloquence dans les mélodies. Quoi qu’il en soit, impossible de reprocher à By Night de ne faire les choses qu’à moitié.

Dagoba ne connaît effectivement pas la demi-mesure. By Night est l’agglomération de titres centrés sur l’accroche plutôt que la simple violence et démonstration de puissance. Dagoba n’a pas fait fi de sa brutalité, il cherche simplement à l’accorder avec ce qu’il considère comme une écriture mémorable, en puisant notamment dans l’EDM et la pop. By Night est un album excessif, parfois aveuglé par l’omniprésence de néons à chaque coin de rue et qui nuance sa noirceur. Pourtant, si l’on accepte l’opulence et l’esthétique crépusculaire de By Night, il se relance avec aisance. Comme s’il avait hérité de certains traits addictifs de ses inspirations.

Clip vidéo de la chanson « On The Run » :

Clip vidéo de la chanson « The Last Crossing » :

Clip vidéo de la chanson « The Hunt » :

Album By Night, sorti le 18 février 2022 via Napalm Records. Disponible à l’achat ici



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