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Interview   

Daniel Cavanagh : une lumière dans la nuit


Daniel Cavanagh, guitariste et parfois même pianiste et chanteur dans Anathema, est le genre d’artiste à fleur de peau bouillonnant constamment de créativité. Insatiable, il n’a pas attendu les trois ans qui séparent les deux derniers albums d’Anathema pour se remettre au turbin. Enregistré en 2015, Monochrome, son nouvel album solo, ne sort pourtant qu’en cette fin d’année 2017. Mais Dany s’en fiche car l’important ne semble pas tant être le partage avec le public que la création elle-même, l’exutoire qui vient avec. Des chansons qui, si elles auraient facilement pu atterrir sur un album d’Anathema, offrent un support relativement pur et minimaliste à sa personnalité pour s’exprimer, tantôt romantique, tantôt contemplative, toujours poétique, marquée par la quiétude nocturne et les beautés qui s’y révèlent.

Bien que malade et donc affaibli le jour de notre entretien, Daniel a tout de même pris la peine et le temps de répondre comme il faut à nos questions sur Monochrome et plus encore, de quoi en apprendre plus sur le personnage.

« Le crépuscule et la nuit, ça dégage un truc. C’est magique pour moi. Si tu regardes une ville au loin le jour, et ensuite tu la vois la nuit, tu peux te rendre compte à quel point c’est beau. »

Radio Metal : Tu sors ton nouvel album solo, intitulé Monochrome, mais la plupart des chansons sur cet album aurait très bien pu être des chansons d’Anathema. Pourquoi as-tu ressenti le besoin de les garder pour toi et en faire un album solo ?

Daniel Cavanagh : J’ai d’abord proposé mes chansons au groupe et s’ils ne les sentaient pas, alors j’allais les faire moi-même. Voilà comment j’ai abordé ça. Mais je crois qu’il n’y avait qu’une seule chanson que le groupe aurait faite, et il s’agit de « The Exorcist ». En dehors de ça, je crois qu’aucune des autres chansons n’auraient été faites par Anathema. Car je leur ai vraiment donné la possibilité de les faire mais ils ne les sentaient pas ! Ce qui ne me pose pas de souci, tout va bien, nous avons tellement de trucs venant de tout le monde que nous ne pouvons pas tout faire, donc ça ne me dérangeait pas du tout. C’était simplement ça, je leur ai offert l’opportunité de les utiliser et ensuite j’ai fait un album avec les chansons qui ne collaient pas au style, ou qu’ils ne voulaient pas faire, ou que le groupe n’avait pas le temps de faire, mais je croyais quand même en ces chansons et je trouvais vraiment que certaines d’entre elles étaient très bonnes, surtout la chanson numéro une et la numéro quatre, je trouve que ce sont les meilleures.

Et du coup, pourquoi as-tu finis par garder « The Exorcist » pour toi si le groupe était partant pour la faire ?

C’est juste que j’avais besoin d’une chanson forte pour ouvrir l’album. Je n’arrêtais pas de la chanter, donc je me suis dit que j’allais la prendre, elle est très facile à faire. Et je ne voulais pas attendre longtemps, je voulais la faire à ce moment-là. Je suis content de l’avoir fait.

Dernièrement, tu as aussi fait un album, The Optimist, avec Anathema. Est-ce que ça veut dire que, malgré ça, le groupe ne te prend pas tout ton temps ?

Non, pas à l’époque. J’ai fait cet album solo en 2015 et je l’ai simplement fait pour m’occuper et rester actif, pour être honnête. J’étais à Liverpool et je voulais trouver une occupation pendant un moment et faire quelque chose de créatif. En fait, cet album solo a été fait en premier. Il a été enregistré en 2015 et puis il a été mixé au début de… ça devait être l’année 2016, je ne me souviens plus exactement quand il a été mixé mais ouais, ça devait être début 2016. Et puis l’album a été laissé sur l’étagère pendant un moment. J’ai composé The Optimist avec les gars et nous l’avons enregistré, et après que The Optimist soit sorti, cet album solo sort. Ça me va bien. C’était la maison de disque qui en a décidé ainsi, c’est eux qui ont choisi quand le sortir. Je suppose que c’était mieux pour eux de faire coïncider ces sorties, mais je n’ai pas vraiment demandé. Je les ai juste laissé le sortir quand ça leur chantait, pour être honnête. Je leur fait confiance pour prendre ce genre de décision. Ça ne me pose pas de problème.

Tu n’avais pas hâte de voir tes chansons sortir ?

Non. Ça arrive quand ça arrive. Je n’avais pas particulièrement hâte. Mais maintenant qu’il sort, ça fait du bien. Parce qu’il a reçu quelques réactions positives de la part des gens, alors que je n’avais pas pensé à ce que pourraient être les réactions, donc c’est sympa.

Il y a quelque chose de très pur et minimaliste dans cet album, un peu comme ce qu’Anathema a pu faire avec des chansons comme « A Natural Disaster » ou « Are You There? ». Et si on regarde l’évolution d’Anathema ces dernières années, vous n’avez pas arrêté de vous diversifier avec de nouveaux éléments ajoutés à votre son et des couches, que ce soit des orchestrations ou de l’électronique. Du coup, est-ce que cette approche peut-être plus contemplative et épurée t’avait manquée ?

Ce n’est pas que ça me manquait, c’est juste que c’était quelque chose de facile à faire. Lorsque je faisais cet album solo, je ne me sentais pas obligé de faire un album de rock. Parce qu’Anathema reste un groupe de rock. Même s’il a plein d’éléments différents, comme l’orchestre ou l’électronique, ça reste un groupe de rock. Alors que ça, ça ne devait pas forcément être un album de rock. Il y a des passages rock mais ça n’avait pas d’importance. Peu importe la formule des chansons, les styles, les types de chanson. Personne n’allait le juger très durement parce qu’il n’y a pas tout ce passif et ces attentes qu’Anathema peut avoir quand à ce que le groupe doit signifier. Mais j’aime les deux, ça ne me dérange pas. Anathema ne me pose pas vraiment de problème. Je trouve que cet album est bon et si les gens ne l’aiment pas, ça les regarde. Moi, je le trouve super. J’ai vraiment apprécié faire la musique et j’ai adoré l’écouter une fois fini. Je suis content que d’autres personnes l’aiment, ça fait du bien mais ce qui est important c’est le sentiment que j’ai par rapport à cet album. C’est le principal : comment je me sens quand je l’écoute. Et j’étais très content de The Optimist, j’ai vraiment apprécié cet album, je trouve que nous avons fait du bon boulot dessus. Il n’est pas parfait mais pas loin. J’aime ces deux albums. Je n’en échangerais aucun des deux. Bon, je pense quand même que le groupe reste le plus gratifiant, au bout du compte.

Anathema, évidemment, est un groupe, donc ça signifie que tu dois collaborer. Du coup, est-ce que ça ne fait pas du bien, de temps en temps, d’être un peu plus égoïste, pour ainsi dire ?

Non, ça signifiait juste qu’il y avait moins d’attente, et il y avait aussi moins de débats. Je n’avais pas à débattre pour savoir comment les chansons étaient censé sonner, il fallait juste que je décide, et ça, c’était bien ! Mais je ne changerais Anathema pour rien au monde. Ça ne me dérange pas de collaborer, vraiment. Si je ne pouvais jamais faire d’album solo, ça ne me tuerais pas. Si quelqu’un disait « tu peux seulement faire Anathema ou seulement faire des albums solo, tu ne peux pas faire les deux, » il est clair que je choisirais Anathema, sans l’ombre d’un doute. Mais comme je l’ai dit, j’aime les deux. Ceci dit, ça fait pas mal de temps que je n’ai pas écouté Monochrome, pour être honnête, parce que je n’ai pas de lecteur CD. Donc je ne peux pas l’écouter pour l’instant. Mais je vais le faire ! Quand il sortira sur iTunes, je l’écouterais.

Comment ça se fait que tu n’as pas de lecteur CD ?

Simplement parce que toute ma musique est sur l’iPhone et l’iPad, bon, sur l’iCloud, dans iTunes en fait. Toute ma musique est là-dedans. J’achète un paquet d’albums sur iTunes et c’est devenu plus pratique pour moi. Et maintenant, les CDs ne me manque pas tellement, je n’en ai plus besoin. Je suis passé au digital parce que c’est bien plus pratique, surtout si tu déménages. Tu n’es pas obligé de traîner un tas de CDs avec toi quand tu parts ailleurs, ils sont tous dans tes poches.

Dans Anathema, la plupart des chansons sont chantées par ton frère Vincent, alors que là tu peux chanter tes propres chansons. Est-ce quelque chose qui t’avais manqué ?

Ouais, ça c’est une très bonne question parce que c’est probablement vrai. J’aime bien chanter. Parfois, lorsque ma voix est en très bonne condition, je suis un chanteur plutôt bon. D’une certaine façon, je suis plus un chanteur intuitif avec les mélodies et ainsi de suite. Donc ouais, c’est probablement vrai que j’aimerais chanter un peu plus, mais ça aussi ça va, ça ne me dérange pas. J’ai toujours ce genre d’album pour m’exprimer, donc s’il y a une chose par rapport à cet album qui est bonne pour moi, c’est probablement le fait que je chante les chansons. S’il y a un élément qui fait du bien, c’est ça. Autrement, il n’y a rien là-dedans qui soit mieux ou plus préférable que dans Anathema. Le fait de me voir chanter, ça ne semble pas arriver très souvent dans Anathema, et de toute façon, nous avons deux très bons chanteurs. Et ce n’est pas comme si je voulais chanter les chansons pour Anathema comme je le fais sur cet album. C’est juste que j’aime chanter, c’est tout. Ceci dit, je chante sur « Wildfires » sur le nouvel album d’Anathema.

« Je ne sais pas, être jeune me manque un peu. Non, en fait ça va, il n’y a pas de souci. Tant que j’ai l’air beau, alors ça me va. Être jeune ne me manque pas mais avoir l’air jeune me manque [rires]. »

Entre ta guitare ou ta voix, avec lequel des deux penses-tu pouvoir le mieux t’exprimer ?

Les deux vont de pair. Tu ne peux pas chanter sans guitare. Il faut une musique derrière une voix. Donc même si tu chantes, tu as quand même besoin de musique derrière. Donc la guitare ou le piano sont importants à cet égard. La question n’a pas vraiment de sens, je trouve. Si tu m’avais demandé lequel de la guitare ou du piano est le plus expressif, ça ce serait une question difficile à répondre. Car les deux sont égaux et expressifs de bien des façons. Je ne sais pas, ce serait du cinquante-cinquante, pour être honnête. Là je ne peux pas choisir lequel je préférerais. Je suis un meilleur guitariste que je ne suis pianiste mais j’aime improviser au piano parce que tu peux mieux voir les notes. Je ne sais pas, le piano a été un peu plus important pour moi en tant qu’outil de composition durant les cinq ou sept dernières années, je dirais. Mais je suis meilleur à la guitare qu’au piano. Je ne suis pas vraiment un pianiste. Je ne fais que pianoter, pour ainsi dire.

Anneke Van Giersbergen apparaît sur trois chansons de l’album. Qu’est-ce qui t’as fait décider que tu avais besoin d’une voix féminine ?

Tout d’abord, la tessiture de la voix qui est plus haute, ainsi il n’y a pas que les tonalités sombres de ma voix. Ma voix n’est pas très haute et elle a un son assez sombre. Donc avoir un son plus léger et brillant dans la voix est une bonne chose, ça aide. Voilà tout, vraiment. Et au lieu que Vincent et Lee Douglas chantent les chansons, cette fois c’était moi et Anneke, ce qui a du sens pour moi. Aussi nous avons beaucoup tourné ensemble. Donc c’était un choix assez facile à faire.

Cet album n’est d’ailleurs pas ta première collaboration avec Anneke, et je sais que tu avais envisagé de la faire apparaître sur We’re Here Because We’re Here, avant que Lee Douglas ne devienne la chanteuse officielle d’Anatema. Du coup, qu’est-ce qui vous a rapproché au départ ?

J’ai toujours trouvé que c’était une super chanteuse, dès 1997, elle était très belle et elle chantait merveilleusement bien dans The Gathering. Donc j’étais un peu un fan. Mais c’était dix ans plus tard, en 2007, alors qu’elle quittait The Gathering, que j’ai pu la connaître un peu, et ensuite je l’ai invitée pour faire quelques concerts acoustiques que je donnais en Hollande et elle a accepté. Et nous avons continué à en faire de plus en plus. Ca semblait coller, tout simplement ! C’est une chanteuse vraiment très intuitive. Ma guitare et sa voix semblent bien aller ensemble aussi. Elle a un excellent phrasé et une excellente mise en place avec sa voix, une super tessiture, un super contrôle et feeling. J’ai trouvé ça très facile de jouer avec elle et aussi, c’était un grand privilège parce que je suis très fan. Donc j’étais un peu abasourdi lorsque j’ai commencé à tourner pour la première fois avec elle parce que c’était très gratifiant, au début, c’était super. Et c’est toujours super ! Je suis content que notre alchimie soit encore là mais elle est très occupée avec ses autres projets, et je suis occupé avec les miens, donc nous ne tournons pas autant ensemble qu’avant mais je suis sûr que ça se refera un jour. Mais j’étais très content qu’elle ait accepté de chanter sur cet album. Je vais très certainement lui demander de chanter sur mon prochain album solo aussi, si ça ne la dérange pas.

La dernière fois qu’on a parlé avec toi, c’était il y a un moment, tu nous avais dit que tu avais des points communs avec elle spirituellement…

Je pense que c’est quelque chose de privé. Le truc, c’est que nous avons tous les deux des croyances spirituelles similaires, ça se rapproche dans notre intuition sur la vie. Mes croyances spirituelles, ou tout du moins, mes sentiments à propos de ce que la spiritualité pourrait être sont très proches de ceux d’Anneke. Mais ne veux pas rentrer dans ce qu’ils sont parce que c’est privé et je ne voudrais pas parler à sa place. Et pour ma part, je ne veux pas non plus trop en dire parce que ce n’est pas quelque chose qui peut être facilement résumé. Mais ce que je pourrais dire c’est : la question ultime pour moi est « est-ce que la conscience survit à la mort ? » Si la réponse est non, alors l’univers est beau mais au final, il n’a pas de véritable sens. Et si la réponse est oui, alors la vie a un sens et l’univers a un sens et un but, ainsi que nous. Ce qui au bout du compte voudrait dire que Dieu existe. Si la conscience survit à ça, alors l’esprit existe, et la vie a une raison d’être et un sens. Voilà ce que je dirais. C’est donc ça la question pour moi, est-ce que la conscience survit. Et je n’en connais pas la réponse.

C’est probablement la quête de toute une vie pour obtenir la réponse.

Ouais, et chacun a sa propre intuition sur le sujet. Je ne veux vraiment pas influencer qui que ce soit. Ce n’est pas à moi d’influencer les gens sur ce sujet. De toute façon, c’est là. Si tu écoutes la chanson « Hindsight », la dernière chanson sur We’re Here Because We’re Here, c’est probablement le message spirituel le plus profond que j’ai jamais mis en musique. Si la vie a un sens, alors tout est dans cette chanson.

Il y a une autre invité dans l’album : la violoniste Anna Phoebe. Comment t’es-tu retrouvé à l’impliquer ?

Est-ce que tu as vu le DVD A Sort Of Homecoming ? Elle apparaissait dedans. Donc la meilleure introduction serait de regarder ça, c’est la chanson numéro six, elle arrive sur scène et joue une extraordinaire partie de violon, et c’est principalement de l’improvisation aussi. Donc si vous écoutez ça, vous comprendrez exactement [petits rires]. C’est une très belle personne et une super improvisatrice, une musicienne géniale. Elle a beaucoup apporté.

L’album s’intitule Monochrome. Que mets-tu derrière ce mot ?

C’est plus à propos du fait que c’est un album nocturne. Donc ça renvoie aux heures sombres de la journée. Et aussi parce que « The Silent Flight Of The Raven Winged Hours » était trop long, et c’était le titre que je voulais vraiment. Non seulement c’était trop long mais en plus le label disait que c’était trop proche du titre d’album de Steven Wilson (The Raven That Refused To Sing (And Other Stories) qui est sorti sur le même label, NDLR), donc j’ai dû opter pour un autre titre. J’ai choisi Monochrome parce que je trouvais que ça convenait bien. Il n’y a pas de grandes analyses derrière ça. Je trouvais juste que c’était un bon titre et qu’il collait à l’esthétique sombre de la musique, je dirais. Voilà tout. Le titre que je voulais vraiment était « The Silent Flight… » mais ça n’a pas pu se faire.

Tu viens de dire que c’était un album nocturne. A quel point le cadre et l’environnement, le soleil ou la pluie, le crépuscule ou l’aurore, etc. ont un impact sur toi en tant qu’artiste ?

Beaucoup ! Ca a toujours été une énorme inspiration parce que la nature est tellement belle, tu sais. Elle est magnifique. En ce moment, je suis amoureux de la nuit, c’est juste mon état d’esprit qui veut ça dernièrement. J’aime l’atmosphère. J’aime la lumière dans les rues, j’aime les lumières de la ville, j’aime la lumière des lampadaires sur les voitures, je trouve ça superbe. J’aime le son du vent, c’est juste magnifique. C’est difficile à expliquer. C’est juste quelque chose que j’adore dans le crépuscule et la nuit, ça dégage un truc. C’est magique pour moi. Si tu regardes une ville au loin le jour, et ensuite tu la vois la nuit, tu peux te rendre compte à quel point c’est beau, voilà ce que je veux dire.

« La musique est une force de la nature, comme l’amour. […] Si les hommes n’existaient pas en ce monde, la musique serait quand même là. »

Est-ce que généralement tu composes dans des environnements et moments de la journée particuliers ?

Il faudrait probablement que je le fasse mais non. Généralement, je compose lorsque le piano est dans les parages et que je peux jouer dessus pendant dix minutes. Je compose beaucoup quand je suis en train d’enregistrer un autre album en studio, car tu es tout le temps en train de jouer et improviser des mélodies dans le studio sur le piano ou la guitare, et tu trouves d’autres parties musicales. Aussi, je compose généralement environ un an avant que nous ayons besoin d’écrire un album, ça commence à venir à ce moment-là. Je pense que le fait d’avoir un très beau piano, ça aide beaucoup aussi, mais je n’ai pas de vrai piano chez moi.

Tu as déclaré que l’album pose un décor propice à la réflexion et la méditation. Est-ce que la méditation a été importante pour toi dans ta vie ?

Très, très importante, surtout depuis 2005. Ça remonte à plus loin que ça mais particulièrement depuis 2005, ça a été essentiel. Ça m’a aidé de bien des façons. Notamment le fait d’utiliser ces techniques pour la représentation mentale et se vider l’esprit, c’est super, c’est important, c’est vraiment énorme. La méditation est vraiment un grand sujet, pour être honnête. Ce n’est pas quelque chose que je peux rapidement expliquer ici. Lisez un livre ! [Rires]

Penses-tu que, dans cette vie effrénée que nous vivons aujourd’hui, les gens ont tendance à oublier de s’arrêter, se poser pendant une minute et prendre le temps de réfléchir et méditer ?

Eh bien, il est clair que c’est ce que tu penses parce que la question que tu poses est magnifiquement constructive. Donc, à moins que tu n’aies lu ça sur internet, c’est une très belle question. Donc je dirais que c’est clairement ce que tu penses et je serais d’accord avec toi.

Tu as mentionné la chanson « The Silent Flight Of The Raven Winged Hours », qui était censé être le titre originel de l’album. Ressens-tu de l’angoisse face au temps qui passe ?

En atteignant l’âge de trente-cinq ans, n’importe qui ressentira sans doute la même chose. Je ne sais pas, être jeune me manque un peu. Mais ce n’est que moi. Non, en fait ça va, il n’y a pas de souci. Tant que j’ai l’air beau, alors ça me va. Être jeune ne me manque pas mais avoir l’air jeune me manque [rires]. La musique en soit n’est pas vraiment lié mais le titre de cette chanson vient directement de Bérénice d’Edgar Allan Poe, et il parle de la nuit, c’est sa description de la nuit. « La fuite silencieuse des heures au noir plumage », je trouvais que c’était la plus belle description que j’ai jamais entendu, j’adore ! Car la chanson allait s’appeler « Night », et je faisais de la musique qui représentait la nuit ou la nuit de l’âme intérieure, et le titre de Poe est une manière très poétique de dire la même chose.

Mais on dirait que tu as quelque chose avec le temps parce que tu as une autre chanson qui s’appelle « Oceans Of Time »…

Ouais, j’ai juste choisi ce titre un peu comme ça. Je veux dire qu’honnêtement, je n’ai pas trop réfléchi à ce titre. Ce n’était pas très important pour moi. C’est juste quelque chose que j’ai choisi pour la chanson. Les paroles de cette chanson parlent d’une magnifique jeune femme que j’ai rencontrée en Allemagne et qui m’a été très chère. Je l’ai rencontré en 2010 et 2011. Cette chanson parle simplement de cette personne. Mais « Oceans Of Time », ouais, peut-être que c’est lié au concept d’éternité et d’intemporalité, le passé et le futur, et toutes ces choses. Je pensais probablement à ça. Mais la chanson parle juste de cette magnifique jeune femme que j’ai connue.

La dernière chanson de l’album s’intitule « Some Dreams Come True ». Quels rêves sont devenus réalités pour toi ?

Le fait de jouer de la musique, c’en est un. Le fait d’avoir une magnifique, magnifique fille était un rêve que ne savais pas que j’avais jusqu’à ce qu’elle vienne au monde, mais j’avais bel et bien un rêve avant qu’elle ne vienne et c’était un rêve très puissant. En fait, c’est ma fille qui rit à la fin de la chanson, donc peut-être que cette chanson est une référence à elle. Ce sont un peu des trucs personnels. Mais un grand rêve qui s’est réalisé pour moi serait probablement la musique. Dès onze, douze et treize ans, j’ai toujours rêvé de ça.

Donc la chanson « This Music » serait un hommage à ta musique, à ce rêve devenu réalité ?

A toute musique, vraiment. Ouais, c’est ça. En gros, c’est une déclaration. Je ne peux pas vivre sans la musique. En fait, de toute façon, tout est dans les paroles. Ce sont des paroles très simples. La musique est une énorme partie de ma vie, énorme ! C’est ce que je fais, c’est ce que j’aime. Je vie et je respire pour la musique, depuis toujours. Donc c’est un truc énorme pour moi. Mais ça l’est pour la plupart des musiciens. Elle m’a changé d’une certaine façon. La musique est comme une amie, tu sais. Elle m’offre de la compagnie, surtout lorsque j’en ai besoin, c’est super. Certainement qu’en tant qu’artiste j’ai vécu ce sentiment grâce à la musique d’avoir une amie qui te parle à certains moments, et je trouve ça génial. Et aussi la musique a beaucoup d’importance dans les films et ainsi de suite. Donc la musique est partout. Elle est là avec les oiseaux, elle est là dans la nature. Je dirais que la musique est une force de la nature, comme l’amour. Même une mauvaise chanson a de la musique. Si les hommes n’existaient pas en ce monde, la musique serait quand même là. Et voilà ! C’est une bonne citation pour finir, je ne peux plus vraiment rien dire après ça [rires].

En 2015, tu as sorti Memory And Meaning où tu as rendu hommage à certaines de tes influences clé. Est-ce important de se souvenir d’où on vient en tant qu’artiste, nos inspirations originelles, nos racines, etc. ?

Se souvenir ? Je ne sais pas trop ce que tu veux dire par là. Je ne comprends pas vraiment la question parce que je ne connais personne qui ait oublié ses racines. Qui a oublié ses racines ? Je ne sais pas. Il se peut que les gens accusent Anathema d’avoir oublié ses racines mais je m’intéressais à Queen et Dire Straits bien avant de m’intéresser au metal. Donc Dire Straits, c’est mes racines. U2, c’est mes racines. C’est là que mes racines commencent avant le metal. Je m’intéressais à ça environ trois ou quatre ans avant le metal. Mais cet album, ce n’est pas ça, c’est que je trouvais que ce serait bien de le sortir, parce que je voulais avoir des versions enregistrées définitives de ces chansons, car je les ai très souvent jouées en concert. J’ai fait toutes ces versions live et je voulais immortaliser ce que je considérais comme des versions finalisées de ces chansons. Et en grande partie j’y suis parvenu. Il n’y a pas grand-chose que je changerais dans cet album. Donc je pense avoir réussi. Certaines des versions qui sont sur cet album, je ne pourrais pas les faire mieux que ça. Voilà pourquoi j’ai fait cet album, je pense. Et je suis content de l’avoir fait, pour être honnête.

Interview réalisée par téléphone le 20 septembre 2017 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Images : Danny Branscombe.

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