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Chronique   

Daniel Tompkins – Castles


Daniel Tompkins s’est graduellement imposé comme l’un des vocalistes les plus en vogue de la scène actuelle. Frontman de Tesseract, groupe en pleine ascension depuis sa signature avec le label K-Scope et tête pensante de White Moth Black Butterfly, le chanteur a désormais la visibilité qu’il souhaite pour montrer l’étendue de son registre. À l’instar d’un Devin Townsend se sentant bridé par le processus créatif de groupe, Daniel Tompkins entreprend enfin de nous livrer son premier opus solo, composé il y a quatre ans déjà. Castles, album inspiré par les nombreux aspects des relations humaines (erreurs, mauvais jugements, aspects extrêmes de l’amour…), dévoile évidemment une autre facette de Tompkins, loin de la violence ponctuelle du metal progressif de Tesseract.

Daniel Tompkins s’est associé avec le producteur Eddie Head, collaborateur d’Haji’s Kitchen, avec pour objectif d’explorer et d’approfondir les aspects de la musique électronique prônée par ce dernier. Si White Moth Black Butterfly devait à l’origine constituer le projet solo de Tompkins, les diverses collaborations ont fait naître le désir chez Tompkins de s’exprimer d’une nouvelle façon, en conservant la mainmise sur l’ensemble de la création musicale et de l’identité visuelle. Castles est ainsi un album d’électro-pop qui rend compte de la culture musicale variée de Tompkins. À de nombreux égards, Castles puise dans Massive Attack, Björk, Nine Inch Nails, Gone Is Gone, jusqu’à flirter avec Deftones ou Palms. « Saved » synthétise les ingrédients principaux développés sur Castles : une atmosphère cotonneuse, une rythmique électro lente, ponctuée d’une mélodie de piano et le timbre très mélodique de Tompkins, moins exubérant que lors de ses prestations avec Tesseract. Castles n’entretient que très peu de familiarité avec le monde du metal, si ce n’est la distorsion contenue et deftonienne de « Black The Sun », titre au registre plus familier lorsqu’on connaît essentiellement le travail de Tesseract. Paradoxalement, « Black The Sun » est peut-être la composition qu’on retient le moins sur Castles. Ce que propose Tompkins sur des titres essentiellement électro évoque bien davantage, à l’image de « Castles » qui profite de lignes vocales accrocheuses jusqu’à devenir cathartiques lors de son outro. Sur le plan des arrangements, Castles connaît quelques moments de grâce : « Kiss » installe une atmosphère grave, empreinte de tension, qui provoque quelques réminiscences du Ghosts de Trent Reznor. La dynamique est uniquement l’œuvre de Tompkins, qui profite d’un environnement sonore hypnotique, presque monochrome, pour se mettre en avant sans porter atteinte aux impressions recherchées par la musique. « Telegraph », tout en velours, va jusqu’à aller chercher sur une section des arrangements de cordes, lui conférant presque l’allure d’une musique de film d’espionnage.

Une démarche intéressante est la présence de six remix effectuées (pour sept titres sur l’album) par les amis de Daniel Tompkins, ce que souhaitait le chanteur en raison de l’ancienneté des titres (quatre ans). Tompkins voulait profiter d’une revisite, d’un second regard. Celui de « Black The Sun » réprime l’agressivité pour privilégier des arrangements minimalistes. « Limitless » repris par le producteur Dmitry Stepanov propose des sonorités proches de la synthwave, tandis que « Kiss » de Randy Slaugh lorgne du côté de la dubstep. Une attention toute particulière est accordée à « Saved » déclinée trois fois dont la reprise d’Acle Kahney, guitariste de Tesseract. La rythmique se complexifie, la parenté électro se voit grandement atténuée. Paul Ortiz s’oriente quant à lui vers une vision au tempo légèrement accéléré et résolument synthwave, bien davantage appuyée que les élans de Dmitry Stepanov. Sans aller jusqu’à les qualifier d’indispensables, la présence de ces remix ont le mérite d’offrir à l’auditeur une tout autre perspective sur le travail réalisé par Daniel Tompkins. Quoi qu’il en soit, le frontman est toujours au centre des débats.

Castles a un certain raffinement. Il n’a rien de flashy, il est un album d’électro-pop contemporaine élégamment ficelé, avec ses moments forts et ses platitudes. Heureusement, la puissance de certaines atmosphères légitime le détour et l’œuvre se démarque suffisamment de la discographie de Tompkins pour que l’auditeur y trouve quelque chose d’inédit, y compris dans le timbre du chanteur, plus polyvalent qu’il n’y paraît à la première écoute.

Clip vidéo de la chanson « Limitless » :

Clip vidéo de la chanson « Saved (feat. Acle Kahney) :

Album Castles, sortie le 31 mai 2019 via Kscope. Disponible à l’achat ici



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