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Chronique   

Danko Jones – Power Trio


Danko Jones n’avait certainement pas prévu un tel chambardement pour son dixième opus et ses vingt-cinq ans d’existence. La pandémie a laissé le trio complètement désarmé, habitué qu’il est à parcourir les scènes, sa seule raison d’exister. Danko Jones est un groupe de live, le studio n’étant qu’un prétexte. Le groupe a été forcé d’arrêter sa marche en avant en février 2020 et il a fallu l’entrain du bassiste John Calabrese pour que Danko Jones se retrousse les manches. Power Trio correspond ainsi à la vision de Danko Jones à propos de cette dixième étape : tout doit être simple, de la musique à la pochette. Un trio ne peut pas tricher, impossible pour un musicien de se cacher derrière un autre instrument. Quelque part, le contexte singulier de ce Power Trio en fait un opus encore plus évocateur de la force et de la permanence du rock‘n’roll.

Danko Jones a dû réviser entièrement sa méthode. Habituellement, le groupe enregistre et compose lors de sessions live. Un procédé impossible à réaliser cette fois. Danko Jones a dû se plier au jeu de la technologie et procéder à distance. Pas de quoi altérer l’essence des compositions qui n’ont pour seule vocation que la performance live. La démo de « Blue Jean Denim Jumpsuit » a rassuré Danko quant à l’efficacité du travail à distance. Power Trio s’introduit par un cri du cœur, « I Want Out », à l’intention explicite. Danko Jones embrasse un power-rock fluide centré sur l’entrain et une structure aussi évidente qu’efficace. « Good Lookin’ » perpétue la tradition de Danko pour les chansons motivées par son affect de la gent féminine. De quoi placer des phrasés plus légers et des rythmiques plus sautillantes, presque espiègles dans l’intention. « Blue Jean Denim Jumpsuit » rejoint cette préoccupation vieux jeu envers le sexe opposé. C’est presque un automatisme : lorsque Danko Jones dévoile sa facette la plus dansante, il parle de femmes. Le rock authentique, même dans ses thématiques premières. « Dangerous Kiss », inspiré par le Kiss des premières heures (à la sauce Danko Jones), renvoie d’ailleurs à la faiblesse de l’homme face à ses pulsions, respectant le credo musical du rockeur au blouson de cuir. Danko Jones fait toujours vivre le fantasme du motard et du billard.

Les femmes et surtout la volonté de vivre le plus librement possible. Danko Jones s’exprime plusieurs fois à ce sujet, via « I Want Out » justement mais encore « Let’s Rock Together » ou la conclusion « Start The Show » – calque de la méthode d’AC/DC – qui accueille la participation de Phil Campbell pour un solo rock’n’roll en diable. Danko Jones ne cesse de clamer son besoin de parcourir les scènes à nouveau, comme si le plus rude était l’éloignement avec son public. Dans ce contexte, l’invitation à la fête n’est plus une préoccupation aussi légère. Pour autant Danko Jones n’est pas seulement intéressé par la sueur, la bière et les femmes. Il s’inscrit dans la tradition d’un esprit de rébellion propre au rock. Le single accrocheur « Ship Of Lies » insiste sur l’incrédulité et la fatigue qui croît autour du mensonge constant. Danko fait part de cette lassitude en nous invectivant : « Time to get loud… ». La fibre pop punk de « Raise Some Hell » est plus grave dans ses intentions, inspirée par le meurtre de George Floyd et les manifestations liées au mouvement Black Lives Matter. Danko Jones ne réduit pas le rock à l’expression d’une certaine futilité. Il est le catalyseur d’une colère légitime.

Power Trio présente Danko Jones sous son aspect le plus épuré et mise plus que jamais sur l’effet grisant du rock. Il multiplie les variations d’un rock’n’roll taillé pour les salles, qui a besoin de son public pour prendre de l’épaisseur. Amour désenchanté, regards aguicheurs, virilité au second degré, pogos houblonnés et poings levés. Voilà ce que Power Trio incarne et ce que Danko Jones s’évertue à maintenir en vie depuis vingt-cinq ans. Le clinquant et les innovations n’intéressent pas les dévots. Danko Jones a sa propre cause et lorsque celle-ci bat de l’aile, il s’en fait le porte-parole zélé. Power Trio ne fait qu’accroître notre envie de retrouver des musiciens en chair et en os en soulignant tout ce que le studio ne peut combler.

Clip vidéo de la chanson « Saturday » :

Lyric vidéo de la chanson « Flaunt It » :

Clip vidéo de la chanson « I Want Out » :

Album Power Trio, sortie le 27 août 2021 via Sonic Unyon Records. Disponible à l’achat ici



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  • Le passage « ventre mou » de « Ship of lies » et « Raise some hell » m’a fait un peu peur, mais finalement on est dans un très bon cru, qui pioche dans toute la disco de Danko.

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