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Interview   

Dans l’esprit de Rudolf Schenker


« Voilà la traduction de l’interview de Rudolf Schenker [NDLR : au Nancy On The Rocks]. Comme je te l’ai dit, il est complètement bourré et dit des trucs bizarres. J’ai mis quelques points d’interrogation par moments parce que je ne savais pas de quoi il parlait. Sinon, il dit globalement des trucs très étranges, j’ai fait de mon mieux pour retranscrire sa logique de mec bourré, mais enfin ça vaut ce que ça vaut. » nous envoyait notre traductrice Chloé à propos de cette interview d’un Rudolf Schenker dans un état que nous qualifierons de festif. L’homme avait en effet la voix fatiguée et une articulation imprécise trahissant ce que l’on ne pouvait pas voir à travers ses lunettes de soleil. Tout showman qu’il est sur scène, il est également un spectacle après quelques verres. Rudolf s’excite, coupe la parole, vous agrippe l’épaule, se lève en agitant les bras d’un air urgemment inspiré. Une inspiration qu’il suit sans se retourner pour nous livrer de bien inattendues et abstraites analyses. Analyses, allant de Karl Lagerfeld (ce dernier se reconnaitrait-il donc dans le look de Rudolf ?) aux quatre dimensions de Saint-Pétersbourg, face auxquelles nous avouons honnêtement mais honteusement notre impuissance.

Néanmoins, mis à part ces quelques emballements, il reste cohérent, si l’on excepte les plus concrètes questions quant à l’absence de show « familial » au Nancy On The Rocks. Un sujet qu’il évite grossièrement, plus par volonté de noyer le poisson que du fait d’un envisageable état d’ébriété.

« Nous sommes un groupe qui joue dans le monde entier ! Maintenant, si tu as une idée pour réussir à faire des tournées plus courtes… […] Quand on va à une fête – tu le sais, je le vois à ta tête, tu es un gros fêtard – quand on va à une fête, on ne sait jamais où et quand ça va se finir. »

Radio Metal : Comment ça va ?

Rudolf Schenker (guitare) : Ça va. Rock N’Roll Forever ! La nuit a été longue mais je suis toujours vivant. Le rock’n’roll, ça conserve. On est prêt à vous secouer « like a hurricane », si tout se passe bien !

Depuis que vous avez commencé cette tournée d’adieu, vous avez fait beaucoup de dates en France. Quelle est votre relation avec la France ?

Scorpions vous aime ! Scorpions est basé sur trois choses. La première, c’est l’amour, la deuxième, c’est la paix, et la troisième, c’est le rock’n’roll. L’amour comme dans « Still Loving You » en 85, la paix avec « Wind Of Change » et le rock avec « Rock You Like A Hurricane », c’est très simple. Ce qui est bien, c’est que trois est toujours un bon nombre.

« On n’est pas des musiciens, on est un gang. […] Tu vois les rockers sur leur Harley Davidson ? Il suffit que tu entendes le bruit de leurs motos pour que tu te dises ‘J’espère qu’ils ne viendront pas me botter le cul ou me mettre un poing dans la figure’. »

On dirait que cette tournée d’adieux n’en finit plus…

[Interrompant] De quoi tu parles ? Quel genre de groupe ne jouerait que dans un pays ? Nous sommes un groupe qui joue dans le monde entier ! Maintenant, si tu as une idée pour réussir à faire des tournées plus courtes… OK, on peut faire le tour du monde en 80 jours, mais pas avec des concerts et tout le reste ! En général, les tournées de Scorpions durent toujours un an ou deux. Celle-là est un peu plus longue. Mais quand on fait une tournée, c’est comme une fête, une manière de fêter les 40 ans de succès de Scorpions, et quand on va à une fête – tu le sais, je le vois à ta tête, tu es un gros fêtard – quand on va à une fête, on ne sait jamais où et quand ça va se finir. C’est la même chose avec nous.

Nous vous avons vus trois ou quatre fois depuis que cette tournée a commencé et vous n’avez vraiment pas l’air d’avoir envie de raccrocher.

C’est toujours cette histoire de fête ! Quand tu es à une fête et que tu t’amuses, tu ne veux pas partir mais, au bout d’un moment, ta copine arrive et te dit « Écoute, il faut qu’on y aille, il est déjà 3 heures du matin ! », et toi, tu es là : « Attends, une dernière bière ! », un dernier ceci et un dernier cela, etc. Je veux dire, on est Scorpions, on fait du rock, pas du « schlager » [de la varièt’], on est de vrais rockers !

« Quand tu es connecté à une énergie qui change à chaque instant, il n’y a jamais de routine, tu vas tout le temps chercher quelque chose de nouveau, même si c’est difficile. On a environ 1,5 voire 2 millions de fans sur Facebook, et la majorité, ce sont des personnes qui ont entre 14 et 28 ans. »

J’ai été très impressionné par votre énergie sur scène. Comment faites-vous pour rester en forme après toutes ces années ? Quel conseil pourrais-tu donner ?

Mon conseil serait… C’est très clair. On est tous connectés à l’énergie de la vie. Si tu captes l’énergie du public et que tu la gardes à l’esprit, ensuite, tu peux la leur rendre. Peut-être que celle qui vient de toi, ce n’est pas assez, mais celle de toute une foule, ça fait beaucoup. Dans ce cas, la seule chose que tu dois faire, c’est faire attention. Prends soin de toi, crois en ce que tu fais et aime tes fans. C’est ce qu’on fait et ceci explique cela. Dans les loges, je me dis toujours : « Mamma mia, comment vais-je avoir l’énergie de jouer encore devant tout ce monde ? Ils attendent tellement ! » Mais je ne m’en sors pas en rendant tout plus simple et en me disant : « Oh, je suis un bon guitariste, je vais y aller et leur montrer ce que c’est qu’un bon guitariste », pas du tout. La dynamique de groupe est très importante, c’est ça le principal ! On n’est pas des musiciens, on est un gang. Quand on joue, c’est en tant que gang. Tu vois les rockers sur leur Harley Davidson ? Il suffit que tu entendes le bruit de leurs motos pour que tu te dises : « J’espère qu’ils ne viendront pas me botter le cul ou me mettre un poing dans la figure » et que tu partes en courant. On est des rockers avec un message auquel les gens croient. C’est ça, notre point fort. Notre vie est en trois dimensions et je suis très content de la mienne.

« Je vis avec une femme très jeune qui vient de Russie… C’est ça le truc : vivre avec de jeunes personnes. […] Tu sais, je ne veux pas être au niveau des arbres, du tronc des arbres, où tout est déjà mort, je veux rester dans les cimes, vers les moments les plus frais de la vie. »

Récemment, vous avez enregistré une compilation des plus grands hits de Scorpions. Qu’est-ce que ça t’a fait de ré-enregistrer ces tubes ?

Ça a été très facile. La vie, ce n’est jamais pareil. Même quand on dirait que c’est pareil, ça ne l’est pas. Chaque jour, chaque moment, chaque seconde est unique. C’est ce qui est dit dans The Power Of Now, un livre écrit par Ekhart Tolle : quand tu es connecté à une énergie qui change à chaque instant, il n’y a jamais de routine, tu vas tout le temps chercher quelque chose de nouveau, même si c’est difficile. On a environ 1,5 voire 2 millions de fans sur Facebook, et la majorité, crois-le ou non, ce sont des personnes qui ont entre 14 et 28 ans. C’est donc une énergie jeune, rafraîchissante. C’est ça qui est impressionnant et que les gens ne veulent pas comprendre : cette énergie. En plus, je vis avec une femme très jeune qui vient de Russie… C’est ça le truc : vivre avec de jeunes personnes. Vous en France, vous avez Lagerfeld qui vient d’Allemagne. Lui aussi sait comment capturer cette énergie pour rester dans le coup… Tu sais, je ne veux pas être au niveau des arbres, du tronc des arbres, où tout est déjà mort, je veux rester dans les cimes, vers les moments les plus frais de la vie. Voilà pourquoi Scorpions fonctionne et communique toute cette énergie. La nuit dernière, je suis sorti en boîte avec Paweł [Mąciwoda] et quelqu’un m’a dit « Oh Rudolf, c’est formidable d’être avec vous les mecs ! » Je lui ai répondu : « Écoute, on continuera autant qu’on peut. Le point important, c’est ce qu’on fait avec ce que donnent les 80% de gens entre 14 et 28 ans. On veut leur donner la possibilité d’écouter nos chansons. » Ensuite je suis allé voir Paweł et je lui ai dit : « Regarde Paweł comme c’est rafraîchissant… » C’est de ça qu’il est question : c’est rafraîchissant. Tu prends une douche tous les matins, peut-être matin et soir si tu vas nager par exemple… C’est vraiment ça. Il faut toujours se rafraîchir un peu pour pouvoir continuer.

« Maintenant, si on est capable d’improviser quelque chose, on le fera, mais ce qu’il y a, c’est que je ne sais pas si tu as vus les shows récents, mais on a une très grosse production. On a répété comme ça, on ne peut donc pas tout changer au dernier moment. »

Ce soir, toute la famille Scorpions devait être présente pour le show, c’est ce qui était prévu…

Michael a compris quelque chose de travers. Il s’est précipité, on avait déjà prévu le DVD qui rassemblerait toute la famille Scorpions… On est prêts et on est heureux d’inviter nos amis sur scène. James [Kottak] est venu et nous a dit : « Je veux vous voir », on a aussi invité Herman [Rarebell] et je lui ai dit : « Il est après toi. ». Madame Kilhofer a fait quelque chose sans nous en informer. Maintenant, si on est capable d’improviser quelque chose, on le fera, mais ce qu’il y a, c’est que je ne sais pas si tu as vu les shows récents mais on a une très grosse production. On a répété comme ça, on ne peut donc pas tout changer au dernier moment, mais on trouvera quelque chose. Peut-être que ce soir on va jouer avec Uli Jon Roth et Herman, peut-être « Blackout », quelque chose comme ça. On sait ce qui a été dit à propos de cette tournée et, bien entendu, on ne veut pas que nos fans soient mécontents…

« Les Français sont fantastiques, même après la guerre, ça revient, les voitures sont de mieux en mieux, les Français ont cette connexion… L’Allemagne, Saint-Pétersbourg, Moscou moins parce que c’est plus au Nord, mais voilà la ligne. »

J’ai entendu dire que ça avait été prévu il y a des mois de ça, donc cette annulation est un peu étrange…

Dernièrement, on a travaillé avec Gérard [Drouot], l’organisateur français. C’est un mec fantastique, on lui doit beaucoup parce que c’est vraiment lui qui nous a relancés sur le marché français. Quand on jouait dans les années 90, on a fait cette émission, Taratata, et je lui ai dit : « Je ne peux pas croire qu’on a vendu 1,1 millions de singles de ‘Still Loving You’ et plus de 859 000 exemplaires de Blackout, où sont passés les fans ? Ils ne nous ont pas suivis… » Voilà pourquoi… C’est incroyable. C’est comme une histoire d’amour, comme la structure de la Russie, de la France et de l’Allemagne. Cette ligne est toujours quelque chose, tu vois, par exemple aujourd’hui, comme tu peux le voir, j’étais à l’hôtel, je regardais par la fenêtre et j’ai vu cette formidable place… Les Français sont fantastiques, même après la guerre, ça revient, les voitures sont de mieux en mieux, les Français ont cette connexion… L’Allemagne, Saint-Pétersbourg, Moscou moins parce que c’est plus au Nord, mais voilà la ligne. Quand on joue à l’étranger, on veut toujours montrer à tout le monde qu’on est une nouvelle génération qui vient d’Allemagne, non pas avec des tanks pour faire la guerre, mais qui vient en paix avec des guitares. C’est notre manière de faire. C’est pourquoi on a sorti « Wind Of Change » qui est devenu la bande-son de la révolution la plus pacifiste qu’il soit. Au départ, c’était en Inde avec Gandhi, mais maintenant elle a trois ou quatre dimensions.

Interview réalisée le 1er juin 2012 en face-à-face dans le cadre du festival Nancy On The Rocks
Retranscription et traduction : Chloé

Site Internet des Scorpions : www.the-scorpions.com



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  • Ça me fait penser à du bon Van Damme, je trouve.

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  • Je crois qu’il a battu le record de Necrobutcher dans « Voyage au coeur de la bête » dans la catégorie « interview alcoolisée la plus surréaliste ». C’est du très haut niveau.

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  • Le plus sympa, c’est d’imaginer la tête du journaliste en face qui essaie de ne pas trop montrer qu’il voit l’état dans lequel est son interlocuteur. Il y a quand même pas mal de passage…où ça part en couilles ! Très bon !

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  • Il avait vraiment bu plusieurs jaune de trop.

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