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Chronique   

Dark Buddha Rising – Mathreyata


On ne sait pas trop ce qu’il y a dans l’eau à Tampere en Finlande, mais en tout cas, la ville est devenue ces dix dernières années le haut lieu des hybridations les plus étourdissantes entre psychédélisme et metal extrême. Que le mélange penche plutôt du côté du rock progressif (Hexvessel, Atomikylä), du space rock (Polymoon), du black metal (Oranssi Pazuzu), du doom (Dark Buddha Rising) ou de tout cela à la fois (The Waste Of Space Orchestra), l’atmosphère est toujours planante et sombre, et la créativité manifestement sans limites. Parmi cette effervescence, Dark Buddha Rising se distingue par sa productivité (ses six premiers albums sont sortis sur huit ans seulement) et par son ésotérisme inquiétant fait de géométrie occulte, de drones hypnotiques et de mélopées angoissantes. De quoi se tailler une réputation de maîtres de l’obscurité. Après des débuts hyperactifs, le septième opus du groupe se faisait attendre (Inversum, dernier album en date, est sorti en 2015), mais pas d’inquiétude : contrairement à ce que pouvait laisser supposer la réédition des premiers disques chez Svart sous le nom The Black Trilogy – tout un programme –, l’inspiration est loin d’être tarie. Occupés un temps avec The Waste Of Space Orchestra, projet où ils joignaient leurs forces à celles de leurs camarades d’Oranssi Pazuzu, ils reviennent avec un Mathreyata dans la droite lignée de ses prédécesseurs.

Le briquet claque, les bulles du bong crépitent : dès les premières secondes de « Sunyaga », l’auditeur sait qu’il est bon pour un nouveau trip. Au programme, quatre longs titres abyssaux qui se fondent les uns dans les autres en une quarantaine de minutes de doom cosmique et dronisant. Les treize minutes de « Sunyaga » annoncent la couleur – ou les couleurs, comme on peut le voir dans la superbe et apocalyptique vidéo signée Dehn Sora qui accompagne la chanson : après de longues minutes de doom primitif et de voix plaintives relativement familières, on se retrouve entraînés dans une sorte d’inquiétante séance de chamanisme avec percussions tribales et hurlements à glacer le sang. « Nagathma », répétitive et hypnotique, qui a quelque chose de ce que pourrait être Neurosis sous substance, progresse par ajout de couches supplémentaires jusqu’à l’explosion. Moins frénétique qu’Oranssi Pazuzu, Dark Buddha Rising prend son temps, étirant et répétant chaque riff jusqu’à ce que l’auditeur perde tout repère : « Uni » est tout en drones, et après une sorte de bœuf chaotique, semble se déliter dans le néant – ou dans « Mahathgata III » (suite de « Mahathgata I » et « Mahathgata II » de l’EP II de 2018), sorte de bouquet final, long titre ritualisant qui guide l’auditeur à travers de vastes contrées obscures. Rythmiques tribales à nouveau, puis doom glaçant, sonorités synthétiques un peu space rock et hurlements cauchemardesques mènent à un final explosif.

Après l’ombre, la lumière ? C’est peut-être beaucoup dire, mais l’album termine sur une sensation d’ouverture et le retour dans le monde réel se fait dans un mélange de déception et de soulagement. Les boucles et le côté hypnotique des riffs absorbent voire engloutissent, les voix et les effets guident, l’espace créé par la lenteur et l’ampleur des morceaux évitent l’écœurement et le bad trip. On n’en est jamais loin, cela dit : Mathreyata est sans doute ce que Dark Buddha Rising, qui enchaîne depuis plus de dix ans les disques angoissants, a fait de plus sombre et de plus étouffant. Méditatif, hybride et fascinant, c’est un collage de styles musicaux qui révèle le potentiel perturbant de chacun. C’est aussi un collage de traditions ésotériques (bouddhisme, hindouisme, géométrie sacrée, sigils…) et de concepts (les titres sont souvent des fusions de deux mots étrangers l’un à l’autre) ; de quoi garder l’auditeur sous le charme tout en le maintenant dans un inconfort à peu près constant. Pourquoi ces psalmodies dédiées à l’obscurité ? « Parce que sans l’obscurité, la lumière ne pourrait pas émerger », explique V. Ajomo, le guitariste du groupe. Musique à jouer dans le noir à défaut de l’entendre lors de performances cérémonielles, Mathreyata a de quoi déclencher de sacrées illuminations…

Clip vidéo de la chanson « Sunyaga » réalisé par Dehn Sora :

Album Mathreyata, sortie le 13 novembre 2020 via Svart Records. Disponible à l’achat ici



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