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Chronique   

Dark Fortress – Venereal Dawn


Après que Triptykon ait gratté jusqu’au sang les méandres les plus profonds du metal avec un Melana Chasmata sorti plus tôt cette année, le guitariste V. Santura revient agrémenter d’un septième album studio la discographie du combo teuton de black metal Dark Fortress, après quatre (longues) années de silence. Et au même titre que le dernier opus du groupe mené par Tom Warrior, Venereal Dawn, cette nouvelle œuvre des Allemands, emprunte désormais une voie artistique que l’on peut aisément qualifier de spirituelle. Surclassant par la même tout ce qui avait été fait auparavant par la formation.

Conceptualisé, cet album repose sur une histoire pensée et écrite par le chanteur Morean. Il soulève de nombreuses questions entourant le rapport qu’entretient l’Homme face à la nature, face à ce qui, pour lui, semble inaltérable. Si l’acquis est bouleversé, à quel point la psychologie humaine pourrait s’en trouver radicalement changée ? Beaucoup de questions qui prennent vie au travers de cette galette riche en variations, assurément épique. Du titre à rallonge (« Venereal Dawn », « On Fever’s Wing » tout deux dépassant les onze minutes), de l’héritage du progressif (« Lloigor » et son incontestable touche Opeth), des ambiances très travaillées, du metal extrême « technique » tel que celui de Dissection (le batteur Seraph officie dans le vrai-faux tribute-band de Dissection : Thulcandra) ou encore Behemoth que l’on retrouve sur « Luciform ». Le tout en passant par du mid-tempo hypnotique (« Chrysalis »), Dark Fortress joue des codes du black et du dark metal pour finalement en rendre un condensé à la fois mystique (l’incrustation régulière de chœurs et de sortes d’incantations) et incisif (« Betrayal And Vengeance » et son riff à se secouer le chignon). Profond et angoissant avec un « The Deep » incrusté d’une guitare manouche, puis succédé par un « Odem » qui prend aux tripes, Dark Fortress expose désormais des accointances directes avec l’autre formation de son six-cordiste. Artistiquement libéré – avec notamment une impressionnante variété vocale en clair comme en saturé – mais pas moins entêtant et digeste, ce Venereal Dawn surélève la notion de malsain. Il lui offre une tribune où il brille par son éloquence et son sens de la rhétorique, comme le démontre le récit musical viscéral du « On Fever’s Wing » final, s’ouvrant sur un piano jazzy et sublimé en son cœur par un chant féminin oriental.

Dark Fortress offre ainsi un véritable opus de musique extrême. Extrême car mettant à rude épreuve les divers sens et émotions humaines. De la passion à l’angoisse il n’y a qu’un pas. Venereal Dawn, album clair-obscur, riche, méandreux et emprunt de gravité, offre un paroxysme à la vision artistique affirmée et perfectionniste de ses géniteurs, suivant la direction pointée par Ylem (2010) mais voyageant bien plus loin. Venereal Dawn apporte du sang neuf à cette machine qui pourra que mieux brasser la terre humide des caveaux de l’esprit humain. La technique prend ainsi sens et devient le discours d’un groupe élaboré et de grande classe. Ce nouvel album est une pierre imposante, essentielle à un édifice pourtant déjà bien établi.

Ci-dessous les titres « Chrysalis » et « Venereal Dawn »

Album Venereal Dawn, sortie le 2 septembre 2014 chez Century Media Records.



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  • Le gros sweep de Chrysalis est assez surprenant mais loin d’être désagréable. Encore un album à acheter.

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