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Interview   

Dark Funeral : Heljarmadr sort de l’ombre


Heljarmadr - Dark FuneralSuccéder à un frontman emblématique n’est jamais évident mais dans le cas de Dark Funeral, Heljarmadr semble avoir plutôt bien négocié le changement en prenant la place d’Emperor Magus Caligula, après le court passage de Nachtgarm (Negator) et la réunion provisoire avec l’empereur à l’occasion des vingt ans du groupe. Il faut dire que le combo a pris ses précautions, testant l’alchimie via un single et diverses tournées avant de passer aux choses sérieuses en enregistrant son sixième album Where Shadows Forever Reign. Un album qui devrait être vu comme un argument supplémentaire en faveur du nouveau frontman, tant Dark Funeral y excelle dans son art.

Nous avons donc voulu en savoir plus sur celui qui n’en est pas à son coup d’essai dans la scène black metal suédoise, puisqu’il est aussi connu pour tenir le chant et d’autres instruments dans Cursed 13, Grá et autre Domgård. De son arrivée dans Dark Funeral et sa participation à l’album jusqu’à l’actualité de ses autres groupes, en passant par son parcours personnel, nous vous offrons de mieux connaître le nouveau blasphémateur de Dark Funeral.

Dark Funeral

« Je ne vois pas l’intérêt de chanter [des paroles] si tu ne fais que marmonner ! […] Je mets sérieusement beaucoup d’effort dans mes paroles, donc évidemment je veux qu’on puisse les entendre. »

Radio Metal : Quelle était ta relation à Dark Funeral avant de rejoindre le groupe en 2014 ?

Heljarmadr (chant) : Je ne connaissais pas les gars personnellement mais j’écoute le groupe depuis environ 95, je pense. Donc j’ai suivi leur carrière, d’une certaine façon. J’ai rencontré les gars en 2014. J’étais dans un groupe qui ouvrait le concert anniversaire des vingt ans qu’ils ont donné ici à Stockholm. C’est comme ça que j’ai pu les connaître personnellement.

Quels ont été les challenges pour toi d’être dans Dark Funeral ?

Le premier challenge, était en fait, tout du moins sur scène, de chanter sans guitare, ce dont j’ai pris l’habitude avec mes groupes précédents – j’ai toujours eu une basse ou une guitare sur scène. En dehors de ça, c’était beaucoup de travail de répéter pour que tout soit parfait, bien sûr. Mais je pense que tout s’est passé sans problème.

Ca fait maintenant deux ans que tu es dans le groupe. Penses-tu que ces deux années t’ont permises de complètement rentrer dans l’état d’esprit du groupe avant d’aller en studio et enregistrer un nouvel album ?

Ouais. Bon, bien sûr, avant que je sois annoncé en tant que chanteur, nous avons fait le single ensemble, « Nail Them To The Cross » avec la face B « Temple Of Ahriman », pour donner signe de vie et montrer à tout le monde ce qui se tramait, pour m’annoncer comme vocaliste, bien sûr, et apporter de nouvelles chansons parce que ça faisait longtemps. Donc c’était aussi un peu mon initiation pour voir comment nous travaillions ensemble dans le processus de composition et ce genre de choses. Je pense que c’était un bon entrainement, et aussi les festivals et concerts que nous avons fait l’année dernière ont bien aidé.

Le bassiste Natt, qui a intégré le groupe en même temps que toi, est parti avant d’enregistrer l’album. Que s’est-il passé ?

Il a décidé de passer à autre chose. Il a fait son dernier concert avec nous l’année dernière. Je pense que nous avons fini en septembre ou quelque chose comme ça avant que nous nous mettions à cent pour cent sur la conception de l’album, sans faire de date ou quoi que ce soit, et il a dit qu’il voulait passer à autre chose dans sa vie et sa carrière. Il n’y a pas bien plus à dire à ce sujet. Nous respectons son choix, évidemment. Et pour le moment, nous utilisons des bassistes de session.

Comme tu l’as fait remarquer, dans tes autres groupes, tu jouais aussi de la guitare et d’autres instruments mais tu es aussi un compositeur. Qu’est-ce que ça te fait de n’être que chanteur dans Dark Funeral ?

Lorsque j’étais jeune et que j’ai commencé à fantasmer sur le fait d’être musicien et ce genre de chose, je me suis toujours vu comme un chanteur. Donc ça a été ma principale priorité depuis que j’étais gamin. Je viens du nord de la Suède, très, très au nord et tu ne trouves pas vraiment de gens pour jouer là-bas. Donc je me suis dit : « Bon, d’accord, je peux apprendre à jouer de la batterie, ouais, pas de souci. Je peux apprendre à jouer de la guitare, d’accord. » Voilà comment ça s’est passé, donc je pense que ce n’est pas du tout un problème pour moi d’être juste le chanteur dans Dark Funeral maintenant. J’écris aussi des paroles, bien sûr. Et j’ai ma dose de guitare et autres dans Cursed 13 et Grá. D’une certaine façon, c’est intéressant parce que je peux évoluer en tant que chanteur, améliorer ma voix et aussi, surtout sur scène, je n’ai rien entre mes mains, ce qui était un peu étrange au départ mais maintenant je m’y suis habitué et il n’y a strictement aucun problème. Je ne sais pas, je pense pouvoir me concentrer sur le chant et le rendre putain de bon !

Est-ce que tu as pu contribuer au processus de composition ?

Ouais, je pense. Comme je l’ai dit, je suis responsable des paroles. Il y a deux chansons pour lesquelles j’ai co-écrit les paroles avec Ahriman. Il avait des sujets et thèmes qu’il souhaitait explorer et qui le passionnait vraiment, et nous les avons explorés ensemble. Il avait des papiers avec des croquis, il dessinait des pensées. Nous avons parlé de ces deux chansons, qui sont « Temple Of Ahriman » et « As I Ascend ». J’ai essayé de saisir son idée et sa vision et en faire les paroles actuelles, mettre ça en mots pour que ça colle à la musique et le sentiment qu’elle procure, et j’ai aussi ajouté ma propre patte, bien sûr. L’écriture des riffs, cependant, je n’ai pas du tout été impliqué dedans. Mais les structures des chansons, eh bien, je suppose que j’ai pris un peu part à ça. Mais nous n’avons pas vraiment réfléchi, nous avons juste commencé à construire. Ahriman a plein de vieux riffs qu’il a utilisé. Donc c’était vraiment bien. Il m’envoyait des riffs et j’enregistrais le chant, je lui renvoyais, il lui venait des idées pour des améliorations dans les arrangements vocaux et me renvoyait ça, j’essayais et nous choisissions la meilleure option. Et nous sommes tous les deux le genre de mec qui n’hésite pas à dire les choses, donc nous n’avons pas arrêté de travailler jusqu’à ce que nous étions tous vraiment satisfaits. C’est ainsi que nous avons réalisé l’album, en s’échangeant les chansons, sans trop réfléchir mais juste en recherchant ce qui créait le meilleur rendu. C’était une très bonne coopération, essentiellement entre moi et Ahriman, et aussi en recevant les impressions de Dominator et Chaq Mol.

Tu as mentionné le single « Nail Them To The Cross » et la face B « Temple Of Ahriman » que vous avez enregistré en 2014. Comment c’était de réenregistrer ces chansons pour l’album. Est-ce que tu as ressenti une évolution ?

Ouais, je pense que si tu écoutes et compares les deux versions, il y a une évolution parce que nous sommes bien plus à l’aise avec ces chansons, car nous les avons joué en live pendant une année. Donc, bien sûr, de petits détails ont été changés et améliorés. C’est naturel, je pense.

Heljarmadr - Dark Funeral

« [Jim Morrison] avait de la personnalité, il sortait du lot, sa voix sortait du lot et ses paroles sont… Je ne les comprends pas mais j’imagine que je ne suis pas censé les comprendre… »

Tu fais partie de ces chanteurs de metal extrême qui parviennent à articuler les mots, de façon à ce qu’on puisse comprendre ce que tu chantes, et c’est d’ailleurs quelque chose que Lord Ahriman dit apprécier dans ton chant. Du coup, est-ce important pour toi que les mots que tu prononces soient compréhensibles, à la différence de nombreux autres groupes de black metal ?

Ouais, autrement, je ne vois pas l’intérêt de les chanter si tu ne fais que marmonner ! Chacun fait ce qu’il veut, j’imagine. Moi, je préfère lorsque je peux entendre ce qui se passe. Tu sais, je mets sérieusement beaucoup d’effort dans mes paroles, donc évidemment je veux qu’on puisse les entendre.

Est-ce quelque chose à laquelle tu t’es exercé et que tu as spécifiquement développé ?

Ouais, c’est quelque chose dont j’ai pris conscience. Je ne sais pas exactement comment j’en suis arrivé à faire ça. Je pense que ça vient d’un enregistrement que j’ai fait, il y a peut-être dix ou douze ans, avec un ami à moi et il disait : « Bon, peut-être que tu devrais articuler un peu plus. » Et ça a en quelque sorte déclenché quelque chose dans ma tête, genre : « Ouais, tu as putain de raison ! Je devrais exercer mon articulation ! » Je veux dire que même si tu hurles avec tes tripes, tu es quand même en train de chanter ! Ça reste des chansons, ça reste des paroles par-dessus des mélodies. Donc bien sûr que tu veux que les mots aient un sens et qu’ils soient correctement entendus.

Est-ce qu’il y a des chanteurs qui ont été particulièrement une inspiration ou une influence pour toi ?

Je pense que l’un des meilleurs dans la scène black metal, c’est Attila de Mayhem. J’aime vraiment son style. Il met de la personnalité dans tout ce qu’il fait. Il est incroyable ! Et j’aime aussi beaucoup Jim Morrison des Doors !

Est-ce que tu peux chanter comme Jim Morrison ?

Non, non, non ! Je ne vais même pas m’y risquer ! Mais j’aime la façon dont il faisait les choses. Il avait de la personnalité, il sortait du lot, sa voix sortait du lot et ses paroles sont… Je ne les comprends pas mais j’imagine que je ne suis pas censé les comprendre… C’est juste que j’aime la musique qu’ils ont fait ensemble et sa façon de chanter ses paroles.

Cette année marque le vingtième anniversaire du premier album de Dark Funeral, The Secrets Of The Black Arts, et l’artwork de Necrolord semble être un clin d’œil à ce premier album. Est-ce que toi ou Lord Ahriman vous êtes inspirés de celui-ci ?

Eh bien, non. J’ai rejoint le groupe assez récemment, donc j’ai dû faire du rattrapage sur toutes les paroles de tous les albums. J’ai vraiment, vraiment dû rentrer dans tous ces albums. Donc je pense que ça m’a inspiré pour les paroles du nouvel album, bien sûr, tu sais, le cadre. Mais je dirais que non, c’est plus une évolution naturelle pour Dark Funeral plutôt que de regarder en arrière. Evidemment, il y a des clins d’œil au passé mais ça reste une évolution, un pas en avant et non en arrière. Il n’y a rien de mal à regarder en arrière mais ce n’est pas ce que nous avons fait avec cet album.

C’est probablement l’album de Dark Funeral le plus varié et dynamique, avec moins de brutalité pure et de blasts. Le début très mélodique de l’album avec « Unchain My Soul » est d’ailleurs assez surprenant. Je ne me rappelle pas d’une chanson aussi mélodique dans le répertoire de Dark Funeral…

Je suis d’accord ! C’est nouveau. En gros, c’est du premier riff que tu parles, le riff principal, bien sûr, et ensuite tu as aussi des riffs typiques de Dark Funeral là-dedans. Je veux dire qu’il y a toujours eu des chansons plus calmes sur les anciens albums aussi mais je ne sais pas. Comme je l’ai dit, c’est une évolution, nous ne regardons pas vraiment en arrière ou vers quoi que ce soit en particulier, nous ne faisons que regarder devant nous et voyons ce qui vient, et si c’est putain de bon, alors c’est putain de bon ! C’est notre objectif.

Quelle a été ton approche avec les paroles ? Etait-ce différent de tes autres groupes ? As-tu dû t’adapter au style de Dark Funeral ?

D’une certaine façon je pense que Dark Funeral a un cadre dans lequel tu dois travailler. Avec Grá, par exemple, je me plonge dans la mythologie scandinave et ce genre de choses. Donc je pense que tu as un certain cadre au sein duquel travailler et que c’est bien parce que le résultat est meilleur si c’est ce que c’est supposé être. Mais j’ai toujours mes trucs à moi ici et là. J’ai en fait écrit les paroles de manière à ce qu’elles collent à l’atmosphère des chansons. Je n’avais pas de chansons finies, j’avais des riffs par-dessus lesquels j’ai écrit et dont j’ai essayé de m’inspirer pour voir ce que je ressentais et à quoi je pensais en les entendant, et c’est ainsi que j’ai fait les premiers brouillons de paroles et ensuite ça a évolué à partir de là. Je pense que les paroles reflètent les atmosphères des chansons. Elles ont grandi en parallèle, donc je suppose qu’elles se reflètent les unes dans les autres.

Dark Funeral - Where Shadows Forever Reign

« Je lisais un de ces livres sur le sujet et j’y ai trouvé ce mot. Je l’aimais bien, ensuite j’ai voulu y retourner pour le relire et en apprendre plus à son sujet, et il n’était plus là ! […] Donc ça m’est resté, et je me suis dit : ‘Bon, peut-être que c’est mon nom. Peut-être que ça m’était destiné.' »

Lord Ahriman a déclaré que « sur le nouvel album, [vous avez] combiné le côté plus anti-religieux et spirituel du black metal avec une contribution plus personnelle. » Comment ça se traduit dans les paroles ?

Je pense les paroles en couches. Tu as la couche supérieure où tu as les mots séparés, ce qu’ils signifient, le pouvoir des mots en tant que tels, ensuite tu as une couche en dessous, qui correspond à la combinaison des mots, quels mots choisir, et ensuite, encore en dessous, tu peux mettre tes pensées. La partie personnelle, c’est la troisième couche. Si tu grattes sous la surface et que tu sais quels sont les mots et phrases clefs, tu arrives au troisième niveau. C’est ce que je ressens lorsque je lis les paroles et chante les chansons. C’est impossible à expliquer à quelqu’un, vraiment, c’est juste là. Par exemple, avec une chanson comme « Beast Above Man », tout dépend à quel niveau tu lis et c’est quelque chose que tu devras déterminer toi-même. Bon, la bête à laquelle je pensais est principalement moi, le fait d’être au-dessus de la morale, de regarder au-delà du voile de ce monde et simplement voir l’origine de ce trou à merde dans lequel nous sommes. C’est le concept de base de cette chanson. Ensuite, tu as différents sujets. La chanson éponyme « Where Shadows Forever Reign », je pensais au périple qu’on vit et où ça mène, le chemin que l’on choisi et, d’ailleurs, qu’on ne choisi pas toujours, tu es parfois forcé de prendre certaines directions. Certains finissent là ils souhaitent être et d’autres non. Pour ma part, ça a mené à des endroits obscurs, autant par choix que par accident, et j’aime ça ! Les paroles sont principalement à propos du voyage que nous entreprenons dans la vie, les choix que nous faisons et où ça nous mène. Et puis « Temple Of Ahriman », vient d’Ahriman, la divinité, l’ennemi du bien, c’est basé sur la mythologie Zoroastrienne. C’est l’une des chansons qu’Ahriman a voulu écrire pour un peu expliquer où il a trouvé son nom, pour expliquer un peu plus le concept d’Ahriman.

Lorsqu’on te voit sur scène, est-ce qu’on peut dire que c’est la bête au-dessus de l’homme qu’on voit ?

Ouais, d’une certaine façon. Je suppose qu’on peut dire ça. Lorsque je suis sur scène, ça dépend. Si c’est un très bon concert et que tout se passe bien au niveau du son, si tu n’as pas de problèmes techniques à prendre en considération pendant le show, je me sépare pour ainsi dire de moi-même et je me vois presque de derrière, et mon corps agit tout seul. Nous répétons tellement que mon corps connait la musique. Donc lorsque je monte sur les planches, je n’ai pas à réfléchir, je le fais. Ensuite mon esprit prend du recul et je peux apprécier le concert tout en le faisant. C’est vraiment difficile à expliquer.

Ton pseudonyme signifie « un homme qui appartient à l’enfer » en scandinave ancien. Est-ce que tu as choisi ce nom parce qu’il était cool ou bien y a-t-il un symbole plus profond derrière ça ?

Je m’intéresse à la mythologie nordique depuis que je suis gamin. Je lisais un de ces livres sur le sujet et j’y ai trouvé ce mot. Je l’aimais bien, ensuite j’ai voulu y retourner pour le relire et en apprendre plus à son sujet, et il n’était plus là ! Je ne parvenais plus à le trouver ! Donc c’est resté dans ma tête parce que j’étais agacé de ne pas pouvoir le retrouver, et je suis certain que je regardais dans le bon livre et sur la bonne page, il n’était simplement plus là. J’ai donc demandé à un ami si c’était un mot ou nom qui existait : « Je l’ai lu dans un livre mais maintenant il n’y est plus… » Donc ça m’est resté, et je me suis dit : « Bon, peut-être que c’est mon nom. Peut-être que ça m’était destiné. » Et je l’utilise depuis lors, depuis le milieu des années 90 ou quelque chose comme ça. Voilà à peu près l’histoire.

Qu’est-ce que tu apprécies dans la mythologie nordique ?

Eh bien, c’est notre mythologie. Ce n’est pas une religion ou quelque chose qui vient de décisions politiques, c’est une spiritualité transmise de génération en génération, d’une certaine façon. J’aime que ça parle de spiritualité et non de religion ou de politique.

La critique de la religion a toujours été l’un des sujets principaux abordés dans Dark Funeral. Du coup, quel est ton point de vue personnel là-dessus ?

Eh bien, je pense que ça devrait être assez évident. Rejoindre quelque chose qui se déclare être une religion, c’est grosso-modo comme rejoindre une secte. Tu as un leader, tu te vends, tu supprimes tes propres pensées et les remplaces avec celles de quelqu’un d’autre. C’est un choix immédiat. Si je me considère chrétien, alors ça signifie que j’ai capitulé face à ce concept et je n’aime pas ça. Je ne sais pas, ce n’est même pas vendre son âme, c’est un renoncement, d’une certaine façon. J’estime que la spiritualité, c’est un périple que tu fais à l’intérieur de toi-même, de toi jusqu’à où tu veux aller ou bien où tu as la possibilité d’aller. Donc je ne vais pas rentrer dans cette discussion à propos de ça mais je pense qu’il y a une grande différence entre la spiritualité et la religion. La spiritualité, comme je l’ai dit, est quelque chose que tu explores toi-même et la religion est quelque chose que d’autres gens ont exploré pour toi ou t’ont expliqué comment tu devrais l’explorer.

Dark Funeral

« Lorsque je suis sur scène […] je me sépare pour ainsi dire de moi-même et je me vois presque de derrière, et mon corps agit tout seul. […] Mon esprit prend du recul et je peux apprécier le concert tout en le faisant. »

Pourquoi faites-vous surtout référence à la religion chrétienne et pas à d’autres religions ?

Le pays dans lequel je vis est un pays chrétien et le monde occidental est grosso-modo chrétien. Je pense que c’est à cause de ça, car nous avons grandi dans cette merde, nous avons été à l’église… Lorsque l’école est finie avant l’été, tu vas à l’église, tu chantes ces putains de chansons, tu fais toutes ces conneries et la plupart des enseignements religieux à l’école est sur le christianisme. Donc je pense que c’est le sujet que tu connais le mieux et aussi tu rencontres des gens adeptes de cette religion pendant ton éducation. Je pense que c’est ça la raison.

Mais ne penses-tu pas que la religion chrétienne est devenue quelque peu inoffensive de nos jours ?

Je ne sais pas, demande au KKK ! Bon, je suppose que c’est le cas en Europe, mais c’est quand même là. C’est plus présent que tu ne le penses. Je veux dire que l’état paie pour cette putain d’église et toute cette merde religieuse. L’argent de nos taxes va dans ces conneries, dans cette idiotie.

Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton background ? Apparemment, tu es tombé dans le metal extrême à un assez jeune âge…

Ouais, c’est vrai. Je pense que je devais avoir quelque chose comme douze ans. Mon plus vieux cousin avait plein d’albums, il était à fond dans le vieux death metal suédois et ce genre de choses. Moi et son plus jeune frère nous faufilions dans sa chambre et lui empruntions ses LPs pour les enregistrer sur cassettes lorsqu’il n’était pas dans les parages. J’ai donc un paquet de cassettes et pour certaines d’entre elles je ne sais toujours pas qu’elle musique elles contiennent parce que nous n’avions pas toujours le temps d’écrire sur les cassettes ce que nous avions enregistré ou le logo était impossible à lire. A l’époque, je voulais aussi être moi-même musicien et j’ai commencé à apprendre un peu de guitare et de chant, comme les enfants le font : en imitant ce que j’entendais. Je me suis entraîné au chant dans ma chambre d’adolescent et j’ai fini par monter un groupe avec mon cousin. Il est devenu batteur et j’écrivais les chansons et les paroles. Ensuite j’ai fondé Cursed 13 en 98 en tant qu’à côté. Je ne sais plus vraiment pourquoi j’ai monté ce groupe mais je l’ai fait et j’ai continué à écrire de la musique comme ça. J’ai déménagé à Stockholm en 2008, je crois, et j’ai fondé Grá avec Dimman, qui était le batteur de Spazmosity à l’époque. Voilà comment ça s’est passé.

Et quels groupes est-ce que tu écoutais en grandissant ?

Tous les classiques, évidemment : Iron Maiden, AC/DC, Motörhead et ce genre de choses. Ensuite est venu, je pense, surtout des groupes suédois : Dissection, At The Gates, Dismember… Et aussi le groupe grec Varathron que j’ai écouté très tôt. Mais ouais, tous les vieux classiques.

Tu m’as parlé des Doors plus tôt. Qu’est-ce qui t’as poussé à faire du metal extrême plutôt que de jouer dans un groupe de classic rock ?

Je ne sais pas ! Je me suis moi-même posé la question. Je suppose que c’est parce que le metal extrême, lorsqu’il est bien joué, est fort et puissant. D’un autre côté, le rock peut également l’être. Je n’ai pas de bonne réponse à ça, vraiment. C’est juste dans cette direction que le vent a soufflé.

N’as-tu jamais pensé à monter un projet parallèle de classic rock ?

Non. Je ne suis pas ce genre de musicien. Je ne me suis pas vraiment entraîné à ce genre de choses. Je suis autodidacte, donc je joue mes trucs et c’est tout. D’autres le font mieux de toute façon, donc pourquoi s’embêter ? Je sais que d’autres gens dans le metal extrême ont fait ça mais ce n’est pas pour moi. J’aime vraiment, vraiment maîtriser ce que je fais. En tant qu’auditeur, bien sûr, je sais quel genre de rock j’aime mais mettre ça en action, je n’ai pas vraiment le temps pour et je préfère écouter la musique.

Peux-tu nous donner des nouvelles de tes autres groupes et projets ?

Le plus actif là tout de suite, c’est Grá. Nous avons sorti un album en décembre, il s’appelle Ending et c’est la fin d’un chapitre que nous avons fait au sujet de Charon et de la Mort. Nous avons démarré le groupe Grá pour explorer cette thématique et maintenant, la dernière pièce du puzzle est sortie et est disponible partout, et nous avons donné quelques concerts pour ça et peut-être qu’il y en aura d’autres. Avec Cursed 13, nous avons un nouveau single qui devrait sortir plus tard cet été, je pense, si je suis correctement informé par le label. Ce sera un single sur vinyle 45 tours, deux toutes nouvelles chansons, des chansons très étranges. Elles contiennent des influences jazz et boogie ! Si vous n’avez pas peur d’écouter des choses bizarres, alors vous devriez écouter ça lorsque ça sort !

Heljarmadr

« Il y a une grande différence entre la spiritualité et la religion. La spiritualité, est quelque chose que tu explores toi-même et la religion est quelque chose que d’autres gens ont exploré pour toi. »

C’est intéressant, d’où viennent ces influences ?

Je ne sais pas ! Peut-être des Doors !

Mais est-ce que tu écoutes du jazz ?

Rarement. Je ne peux pas vraiment dire que j’en écoute. J’ai travaillé en tant qu’ingénieur du son pendant un moment, en faisant des choses l’été dans des parcs ou ce genre de trucs pour la communauté et là-bas j’ai entendu des groupes de jazz ici et là. Autrement, non, je ne suis vraiment un auditeur de jazz mais, néanmoins, nous nous sommes débrouillés pour mettre du jazz dans une chanson de Cursed 13.

Aimes-tu ne pas t’imposer de limite avec ta musique ?

Oui et non. Je veux dire que je ne ferais pas un album de techno avec Grá. J’appellerais ça autrement. Mais je pense qu’il faut évoluer et être curieux et essayer de nouvelles influences pour ne pas faire le même album encore et encore, car personne n’aimerait ça. Ça a marché pour Motörhead et AC/DC mais ce sont les cas qui ont établi la règle au départ, d’une certaine façon.

Comme tu l’as dit, Ending de Grá est le dernier chapitre du concept. Est-ce que ça signifie qu’il n’y aura plus d’album de la part de ce groupe ?

Je pense qu’il y aura d’autres albums. Ceci dit, nous ne savons pas bien quelle direction nous allons prendre, car nous avons maintenant fermé cette porte et le prochain disque devra être différent, il faudra que ça se démarque. Je ne sais pas. Je suis tout aussi curieux que n’importe qui de voir où nous atterrirons avec ça. C’est difficile à dire à ce stade mais nous sommes en train d’écrire de nouvelles musiques, nous essayons et nous verrons où ça mène. Mais Grá est en aucune façon mort. Nous sommes juste en train de nous regrouper un peu.

Tous les membres de ce groupe sont aussi dans Cursed 13. Donc est-ce que Grá a été spécifiquement créé pour ce chapitre qui vient de se terminer ?

Ouais, moi et Dimman, nous travaillions sur l’album Triumf de Cursed 13 et nous étions en panne d’inspiration, nous n’allions nulle part. Nous étions complètement coincés. Donc nous nous sommes dits que pour faire sortir ce que nous avions sur le cœur, nous allions faire autre chose, simplement apporter un ordinateur, tous les micros et tout à la salle de répétition et simplement enregistrer quelque chose, n’importe quoi. Nous avons donc grosso-modo écrit quatre chansons en quelques jours. C’est devenu le premier EP de Grá et, d’ailleurs, au départ nous avions baptisé le projet “nécessité”, comme la nécessité de se débarrasser du syndrome de la page blanche. Mais ensuite, ces chansons, lorsque j’ai commencé à leur écrire des paroles, elles ont évolué et nous avons commencé à entrer dans un concept. Et avant qu’elles ne soient complètement finies, mixées et masterisées, nous nous sommes dit : « Ok, faisons quelque chose avec ça. Nous devons explorer un peu plus ça parce que c’est très intéressant de voir où nous pouvons l’amener. » C’est donc ce que nous avons fait et nous avons obtenu d’un label qu’il sorte l’EP. Ensuite nous avons dit « ok, faisons deux albums et c’est tout » et des trucs entre les deux. Nous avons quelques singles, enregistrements live, un EP et un split entre les deux mais nous avons décidé de faire cet EP et deux albums, et ensuite la porte serait fermée. Nous n’avons jamais voulu que la porte de Grá soit complètement close, mais la porte de ce concept en particulier. Pour la suite, nous devons faire autre chose et c’est là où nous en sommes, ça nous a pris cinq ans à en arriver là.

Est-ce que tu as souvent le syndrome de la page blanche ?

Non parce que je ne presse pas les choses. Nous voulions à tout prix enregistrer un album de Cursed 13 et nous essayions de forcer les choses mais ça n’a pas marché pour nous. Donc c’est pour ça que nous nous sommes retrouvés en panne d’inspiration, car nous avons essayé de le forcer et tu ne peux pas forcer la créativité.

Interview réalisée par téléphone le 26 mai 2016 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.

Site officiel de Dark Funeral : www.darkfuneral.se



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  • TRUE METALHEAD dit :

    I mind very open to lots of metal genres, so I do not have the narrow mind of a true norwegian black metal guy, so your comment shit, you’re the guards ! I just expressed my opinion that black metal is not boring, and you, you really act like a teenager in crisis with your comment!

    [Reply]

  • True Metalhead Mentally Retarded dit :

    Ha ha, seriously ? That’s all you have to say ? You comforted me in my opinion ! Go listen Blut Aus Nord and Deathspell Omega ! It will open, perhaps, your narrow mind of « true norwegian black metal guy » !

    [Reply]

  • TRUE METALHEAD dit :

    Black Metal Is Boring ? You are boring yourself and fuck you !

    [Reply]

  • Black Metal Is Boring dit :

    Ah ouais…En somme, le gros cliché du black metalleux trentenaire toujours immature affectivement et spirituellement!

    [Reply]

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