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Interview   

Dark Tranquillity à la recherche de sa vérité


Pour son nouvel album, Dark Tranquillity s’est mis la pression. Effrayé à l’idée de se répéter, le groupe avoue avoir procrastiné, préférant repartir en tournée plutôt que de commencer à écrire son nouveau disque. Quand enfin les Suédois se sont décidés à le faire, ils se sont efforcés à changer leurs automatismes, non sans garder une de leurs valeurs fondamentales, à savoir donner à l’album une identité propre et une dynamique. Pour Dark Tranquillity, un album s’écoute dans son intégralité.

Côté paroles, la couleur de ce disque se concentre sur la notion de vérité. Existe-t-il une vérité objective, absolue ? Et si oui, l’homme peut-il réussir à faire abstraction de filtres subjectifs liés à ses souvenirs, ses croyances, etc. pour la voir ?

Le très humble vocaliste Mikael Stanne nous en parle.

« Je me suis beaucoup focalisé là-dessus et ai beaucoup réfléchi à quel point il est difficile d’avoir la tête claire et de comprendre les choses pour ce qu’elles sont, sans avoir ce bagage que l’on porte à cause de toutes ces expériences que l’on a vécues. »

Le nouvel album est intitulé Construct. Il fait référence à quelque chose qui existe dans notre esprit. Le fond de l’album est que l’on ne peut pas faire confiance au cerveau humain, que tout est subjectif et que l’on a toujours faux. Peut-on dire alors qu’il n’y a pas de vérité, puisque nous sommes toujours trompés par nos propres perceptions ?

Mikael Stanne (chant) : Dans un sens, ouais, c’est certain. Je veux dire, bien entendu qu’il y a une sorte de vérité mais il est très difficile de l’atteindre. Tout ce qui est perçu comme étant la vérité est une vérité dans notre esprit. Mais la vérité absolue est, je suppose, là où je veux en venir. Je me suis beaucoup focalisé là-dessus et ai beaucoup réfléchi à quel point il est difficile d’avoir la tête claire et de comprendre les choses pour ce qu’elles sont, sans avoir ce bagage que l’on porte à cause de toutes ces expériences que l’on a vécues. Je pense que c’est quelque chose qu’on ne pourra jamais faire. Mais j’aimerais croire que, au moins, nous pouvons essayer ou que, au moins, nous admettons le fait que nous n’atteindrons jamais la vérité mais en nous élevant et comprenant que nous sommes motivés par toutes les mauvaises choses. Si nous pouvons au moins admettre ceci, alors peut-être que cela représentera un meilleur point de départ pour de nouvelles choses.

Pourquoi avoir choisi d’en faire le thème global de l’album ?

Je ne dirais pas tout mais la majeure partie. C’est l’un des thèmes globaux, donc je n’appellerai pas ça un album conceptuel. Mais c’est au moins le point de départ de la plupart des chansons. C’est simplement devenu une source grandissante de frustration pour moi et aussi une inspiration. Je visualise tellement ça… Plus j’y pense, plus je le visualise et cela devient quelque chose à laquelle je veux me dérober. Dès que quelque chose me frustre et que je m’énerve et me sens impuissant, alors j’attrape mon ordinateur portable et je commence à écrire. Et, au final, je me retrouve dans la salle de répétition du studio ou sur scène à crier à propos de ça. Ça me soulage. Je comprends que rien de ce que je dis ou fais ou crie ne changera quoi que ce soit, mais faire sortir ça de mon système, il n’y a rien de mieux pour moi. C’est le plus proche que je puisse être d’une sorte de libération.

Le titre Construct fait aussi écho à l’acte de construire. Voulais-tu dire que cet album est un nouveau départ pour toi ?

Tu peux facilement dire ça. Mais ce n’était pas mon intention originelle pour le titre. Lorsque j’ai parlé à Niklas [Sundin, guitariste, ndlr.] de ça, pour lui cela faisait parfaitement sens car c’est ainsi que nous avons plus ou moins réalisé cet album. Nous avons démarré avec des fondations basiques, une structure basique, une mélodie basique et ensuite nous avons commencé à construire autour de ça : un autre couplet, un autre refrain différent, une ligne de refrain ici, etc. C’était clairement comme un boulot de construction. Car, normalement, nous trouvons des choses en répétition, nous restons assis et travaillons indéfiniment sur les choses, jour après jour après jour après mois après mois. Mais là, au lieu de ça, nous avons commencé en studio et rassemblé ces pièces et les chansons que nous voulions écrire. Et puis, aussitôt que les fondations étaient construites, que cette sorte de version squelettique des chansons était faite, alors nous pouvions commencer à agrémenter ça. Nous nous servions donc de ceci comme d’un patron. Et ensuite j’ai commencé à y ajouter mon chant, et ensuite nous y avons mis de la batterie, des guitares, du clavier. Et au terme du processus nous pouvions retirer le patron et écouter ce qui a réellement été enregistré. Au final, le résultat s’est révélé très spectaculaire.

« Nous avons effectivement travaillé en dehors de notre zone de confort. »

Tu as déclaré que « Construct est l’album de Dark Tranquillity le plus solide et le plus excitant que [vous] ayez fait depuis longtemps. » Est-ce parce que tu considères cet album comme le plus risqué depuis Projector ?

Je ne sais pas. Tout du moins, pour nous, c’est ainsi que nous le ressentons. Nous avons effectivement travaillé en dehors de notre zone de confort. Nous avons décidé de ne pas réitérer la même méthode d’écriture. Nous ne voulions pas refaire des choses qui avaient déjà été faites. Le processus de création de We Are The Void était très dur, ça a pris une éternité, c’était vraiment un travail difficile et c’était vraiment une épreuve d’en arriver à bout. Et aussi contents que nous avons pu être du résultat, la simple notion de repasser par là, refaire ça et revivre un an de frustrations, comment peut-on se faire à cette idée ? Nous avons dit : « Il n’en est pas question ! Nous devons changer de méthode. Nous devons changer la manière d’écrire de manière à ce que ce soit toujours intéressant et amusant. » C’est ce que nous avons fait. Nous avons fait ça de manière inexpérimentée en premier lieu. C’était du genre : « Hey, voyons ce qui se passe, voyons si ça marche. » Et après un moment nous nous sommes rendus compte que oui, en fait ça marche et c’était stimulant et intéressant. Nous avons très tôt décidé que : « Merde, nous ferons ce qui nous passera par la tête. Ne soyons pas restrictifs, ne cherchons pas à savoir qui appréciera, qu’est-ce que les gens en penseront, qu’est-ce que la maison de disques en pensera ou ce qu’en pensera le public lorsque nous monterons sur scène. Hey, faisons ce que nous sentons être bien, là tout de suite, et voyons ce qui se passe. »

Est-ce la raison pour laquelle l’album a pris plus de temps pour prendre forme en comparaison du précédent ?

Je crois que ça nous a pris beaucoup de temps pour nous organiser et vraiment nous y mettre. Donc, ce qui s’est passé, c’est que nous discutions pour savoir si nous devions faire un nouvel album maintenant. Nous étions tellement effrayés à la simple idée de le faire. Nous ne voulions simplement pas nous soumettre nous-mêmes à un travail aussi difficile à nouveau. Je sais que ça fait paresseux mais c’était plus parce que nous avions peur et n’étions pas vraiment inspirés. C’est la raison pour laquelle nous avons fait une autre tournée au lieu de composer. Et lorsque nous sommes revenus à la maison, nous avons compris qu’il était temps de commencer à composer mais ensuite nous avons eu l’opportunité de partir une nouvelle fois en tournée et nous nous sommes dit : « D’accord, ouais, faisons ça, comme ça nous n’avons pas à composer ! » C’était stupide. C’était simplement la peur de ne pas se sentir assez bien avec nous-mêmes et notre musique, du fait que nous ne savions pas si nous pouvions ou pas réaliser quelque chose de spécial. Le fait est que cet album allait être notre dixième, il se devait d’être excellent. Autrement, pourquoi serions-nous toujours là si nous ne parvenions pas à sortir quelque chose d’intéressant, de neuf et de stimulant ? Je suppose que nous avons mis la barre trop haut pour nous-même. Voilà pourquoi cela a pris tant de temps pour commencer à écrire. Mais une fois que nous avons décidé que « Eh merde, faisons-le », que nous avons commencé le processus d’écriture et avons été dans la salle de répétition et le studio, ça a pris six mois au lieu d’un an.

Aviez-vous besoin de la tournée et de l’énergie des concerts pour faire venir l’inspiration ?

Non, car la tournée était tellement super et nous avons fait de si bons concerts que c’était un plaisir énorme, mais, dans le même temps, cela nous a aussi lessivés car c’est très éreintant. Nous nous sommes tellement éclatés que lorsque nous sommes revenus à la maison, tout ce dont nous avions besoin était de nous relaxer et prendre un peu de temps pour nous-mêmes. Et ensuite nous voulions repartir sur la route, car c’était tellement bon, plutôt que de composer. Je pense que, en fait, ça nous a épuisés créativement, d’une certaine manière. Mais, en même temps, nous avons passé de merveilleux moments en tournée et nous avons hâte de recommencer. Mais nous avions besoin d’avoir de nouvelles chansons dans le set et d’arriver avec quelque chose de neuf et d’excitant aussi. Donc, initialement, je pense que c’est quelque chose qui nous a épuisés. Mais, en même temps, c’est ce qui a déclenché cette volonté de faire de la nouvelle musique, de manière à pouvoir recommencer à tourner.

« Je sais que ça fait paresseux mais c’était plus parce que nous avions peur et n’étions pas vraiment inspirés. C’est la raison pour laquelle nous avons fait une autre tournée au lieu de composer. »

Comme tu l’as dit, ceci est votre dixième album. Est-ce que ça veut dire que vous avez senti une pression en faisant cet album ?

Ouais, c’est certain. Comme je l’ai dit avant : nous avons eu du mal à ramener nos fesses dans le studio et à enregistrer. En partie parce que nous avions le sentiment que nous avions quelque chose à nous prouver. Si tu dois en arriver à dix albums, alors tu ne peux pas simplement fouler à nouveau tes propres pas, tu ne peux pas continuer à faire la même chose. Il faut que ce soit spécial, que ce soit différent. Il faut que ce soit quelque chose qui importe. Ceci nous a mis une grosse pression mais c’est quelque chose que nous nous sommes fait à nous-mêmes, je pense. Ce n’était pas facile. Mais, bien entendu, il y a une pression intrinsèque et c’est ainsi que ça doit être, c’est bon pour nous en fait. Aussi douloureux que cela puisse parfois être et aussi difficile que ce soit, c’est ce qui nous pousse à être de meilleurs performeurs, de meilleurs compositeurs et un meilleur groupe.

Niklas Sundin a dit qu’un « album n’a pas à contenir toutes les caractéristiques d’un groupe. Il est plus intéressant lorsque chaque album a un caractère propre. » Penses-tu que c’est une approche que les groupes d’aujourd’hui ont perdue, en n’écrivant qu’une série de chansons au lieu de penser chacun de leurs albums comme un tout ?

Ça arrive, ouais. Pas avec la musique que j’écoute, j’imagine, mais je peux clairement constater à quel point il est important pour certains artistes de rassembler des chansons vraiment putain de simples, accrocheuses et directes pour que les gens disent : « Oh, c’est excellent, cool ! » et ensuite oublient. Ce que j’aime dans un album, c’est la manière dont il progresse, avec les hauts et les bas, ses différents changements d’ambiances et d’atmosphères. Nous passons beaucoup de temps à nous assurer que l’album démarre sur une certaine note, finisse sur une note différente et qu’il traverse tous ces différents sentiments entre les deux. L’ordre dans lequel sont disposées les chansons est incroyablement important pour nous. Donc, un album devrait être écouté du début jusqu’à la fin. C’est ainsi que je ressens les choses. Bien entendu, tu peux prendre une ou deux chansons ici et là et simplement les écouter, mais je pense qu’un album doit rester un album. Je suppose que je suis de la vieille école là-dessus.

Les lignes de basses sur Construct ont été faites par Martin Henriksson. Du coup, est-ce qu’il va aussi prendre cet instrument sur scène ?

Non, nous allons embaucher un bassiste de sessions pour le moment, jusqu’à ce que l’on trouve quelqu’un de plus permanent. Martin continuera à jouer la guitare.

Il y a deux titres bonus sur l’édition limitée de l’album. Que peux-tu nous dire à leur sujet ?

Immemorial est une chanson vraiment heavy. Elle est similaire aux chansons les plus intenses sur We Are The Void, comme « Arkhangelsk ». Je l’aime bien mais elle ne cadrait pas vraiment dans l’enchaînement des chansons de l’album. Mais je pense que, pour une édition spéciale, elle boucle très bien l’album. Mais ensuite, nous avions besoin de quelque chose en plus et c’est la raison pour laquelle nous avons enregistré « Photon Dreams », une piste instrumentale qui est vraiment ultra cool. C’est seulement qu’elles étaient un peu à côté de ce que l’album devait être dans nos esprits. C’était vraiment difficile au départ de dire quelles chansons devraient être des extras. Il fallait qu’on le fasse. Tu sais, c’est quelque chose de bizarre. Nous aurions aimé sortir tout ce que nous avons enregistré mais l’industrie musicale ne fonctionne plus comme ça maintenant. Mais je pense que le résultat est très cool. Il y a une autre chanson que nous avons enregistrée qui sera sur Flexi Disc uniquement pour Decibel Magazine aux États-Unis. Elle est très bonne, donc c’est encore une chanson qui sera cool. Il faut espérer que les gens auront l’occasion de l’entendre aussi.

« Ce que j’aime dans un album c’est la manière dont il progresse, avec les hauts et les bas, ses différents changements d’ambiances et d’atmosphères. »

J’ai entendu dire que vous avez tourné une vidéo pour une chanson de cet album avec Patric Ullaeus. Laquelle est-ce ?

C’est une chanson dénommée « Uniformity », c’est la troisième dans l’album. Nous voulions enregistrer une vidéo avec Patric Ullaeus. C’est un réalisateur de Göteborg et il a fait des tonnes de choses. Nous n’avons jamais travaillé avec lui et nous en avons toujours parlé, donc nous l’avons enfin fait. Nous avons passé un super moment avec lui. Je pense que le résultat sera super. J’ai hâte.

Et quel est le thème de la vidéo ?

C’est simplement un thème visuel. C’est une vidéo de représentation assez intense… C’est difficile à dire en fait, car je ne l’ai pas encore vue. J’ai fait ma partie et j’attends de voir ce qu’il en ressort.

OK. Merci à toi. As-tu une dernière chose à ajouter ?

Je suis vraiment content de cet album. Je suis impatient de sortir et jouer. Nous allons à des festivals européens et ensuite nous allons tourner comme des fous tout l’automne et l’hiver. Ça va être énorme d’amener avec nous quelques-uns des meilleurs groupes. Ça va être des moments fantastiques. Nous avons hâte, donc j’espère que nous verrons tout le monde là dehors.

Interview réalisée par téléphone le 16 avril 2013
Retranscription & Traduction : Spaceman

Site internet officiel : www.darktranquillity.com

Album Construct, sorti le 27 mai 2013 chez Century Media



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  • ça fait plaisir de les voir recommencer à avancer. J’ai adoré les albums comme Haven ou Projector qui avaient une « identité propre ». Ce Construct sonne comme le renouveau du groupe.

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  • Et bien on a hâte aussi !! Sympas de voir l’avis d’un vieux de la vieille, qui partage nos opinions des fois… Enfin les miennes quoi ^^

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