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Chronique   

Darkthrone – Old Star


Un opus de Darkthrone offre une certaine garantie, celle de retrouver une écriture violente et sombre, authentique. Celle qui nourrit réellement un imaginaire malsain (parfois source de préjugés) qui gravite autour de la scène norvégienne. Depuis 2006, à partir de l’album The Cult Is Alive, le duo composé de Nocturno Culto et Fenriz a révisé son orientation musicale, injectant et accentuant des influences punk, heavy, thrash et doom au fil de ses productions. Arctic Thunder (2016) laissait entrevoir la pertinence de l’évolution musicale de Darkthrone avec néanmoins des limites : Darkthrone peinait à laisser une impression durable sur l’auditeur. Certains diront même qu’au-delà du statut de légende du groupe, sa musique n’évoquait plus autant. Old Star, en renforçant à nouveau le goût pour le riff du groupe, vient justement rappeler que le metal extrême ne pourra jamais s’affranchir de ce que Darkthrone lui a apporté.

Darkthrone l’a annoncé de manière très pertinente : Old Star est le grand frère d’Arctic Thunder. Sur le plan stylistique, il y a effectivement une parenté, avec des compositions mieux ficelées et des riffs qui laissent davantage leur empreinte. La production est singulière : les guitares ont ce qu’il faut de « crasse » pour souligner le côté malsain des compositions, emmené par une rythmique caverneuse et un growl old school qui semble toujours émerger des profondeurs, presque sous-produit, avec une approche eighties entièrement assumée. Surtout, Darkthrone ne s’embarrasse toujours pas d’ingrédients superflus. « I Muffle Your Inner Choir » ouvre tout de suite les débats de manière énergique, une sorte d’amorce à la Motörhead tout droit sortie d’une crypte. Le riffing s’attelle à délivrer une mélodie facilement identifiable, presque épique, et donne le ton de l’opus : Old Star a un certain sens de la grandiloquence malgré son approche assez minimaliste. « The Hardship On The Scots » révèle la très forte influence doom d’Old Star, avec ces guitares languissantes. Il y a même des résurgences de la NWOBHM dans certains riffings (en amorce du morceau, surtout), les mélodies de lignes de basse et le solo, sans oublier un final cathartique et conquérant comme seul le black scandinave sait en produire. Sans copier, Darkthrone démontre une excellente appréhension de sa culture musicale. La rythmique rock en introduction d’« Old Star » révèle en outre une volonté d’accroche et d’immédiateté. À nouveau, les mélodies simples et les structures épurées servent parfaitement les compositions. C’est presque dénudé et d’autant plus puissant.

Old Star obéit à la tradition de Darkthrone de privilégier la qualité au lieu de la quantité : l’opus contient seulement six titres pour une durée moyenne de six minutes. Difficile de déplorer ce choix : la durée de l’album bénéficie grandement à sa dynamique et à son immédiateté. Symbole d’un exercice d’équilibre réussi : « Alp Man » varie les tempos sans modifier les ingrédients, jusqu’à en devenir hypnotique. C’est ce jeu de mouvement, l’aspect organique des compositions, qui propulse Old Star – lorsqu’il est absent, certains passages deviennent plus anecdotiques, à l’instar des deux premières minutes black monolithiques de « Duke Of Gloat », qui se muent heureusement en une déferlante de riffs sur le reste du morceau. On peut louer l’articulation des titres entre eux : la vitesse de « Duke Of Gloat » vient briser l’atmosphère pesante d’« Alp Man » et « The Key Inside The Wall » a la lourdeur nécessaire pour s’imposer comme conclusion. C’est l’essence d’Old Star : cette facilité à faire headbanguer, avec une approche rentre-dedans. Les élans punks qui ponctuent « The Key Inside The Wall » et le riff mid-tempo à sa fin symbolisent toute une approche : une maîtrise parfaite des fondamentaux du rock.

Pour résumer simplement : Darkthrone excite à nouveau, en rectifiant peu de choses. Le récital est le même, exécuté avec plus d’aisance et de conviction. Old Star est autant un album de doom et de heavy que de black, le riffing s’en voit glorifié. Darkthrone joue toujours avec les mêmes forces qu’il ajuste en fonction de ses préférences. S’il est difficile pour un groupe de black d’égaler ce que ses fans considèrent comme des classiques au sein de sa discographie, Old Star n’a toutefois pas à rougir. Au contraire, il provoque une lente addiction pour le sinistre et l’obscur.

Chanson « Duke Of Gloat » :

Chanson « The Hardship Of The Scots » :

Album Old Star, sorti le 31 mai 2019 via Peaceville. Disponible à l’achat ici



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  • Un album énorme . Une suite infinie de riffs tous aussi tranchants qu’une lame de boucher , très inspirés des plus grands allant de Black Sabbath à Celtic Frost. Le son laisse une impression de brutalité pure, que ce soit la guitare saturée ou la caisse claire digne des grandes productions de Bathory .
    La voix de Nocturno Culto est légèrement en retrait pour nous rappeler que leurs productions, bien que moins True Black , ont toujours ce goût de démo encore fumante et brûlante.
    Darkthrone tue, tout simplement.
    8,5/10

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