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Metalanalyse   

Darkthrone : rétro-évolution en quête de nature et tradition


Darkthrone est un groupe dont l’image reste dans les esprits intimement liée à la maigreur sonore et la linéarité musicale. Conséquence des trois pierres fondatrices que sont Blaze In The Northern Sky, Under A Funeral Moon et Transilvanian Hunger, trois albums qui ont posé les bases du black metal le plus traditionnel qui soit, « true » comme on le dénomme. Trois albums provocateurs dans ce minimalisme, dans cette recherche (négligence ?) du son « sous-produit » en totale opposition avec la modernisation des moyens de productions. Les aficionados vous parleront, avec grimace à l’appui, de l’atmosphère malsaine qui se dégage de cette approche, les détracteurs, eux, n’y verront qu’un « foutage de gueule ».

Aujourd’hui encore, en parlant de son nouvel album The Underground Resistance, Fenriz parle d’une recherche d’un son le plus organique possible (il parle même du « metal organique » comme d’un mouvement, cf. interview chez Nocturnal Cult). Il s’est, par exemple, toujours vigoureusement érigé contre les batteries dites « trigguées », couramment utilisées de nos jours et qui gâchent, selon lui, de nombreuses œuvres autrement honorables. Le titre de l’album (« la résistance underground ») est sans équivoque quant au militantisme affiché contre l’évolution technologique et, on imagine, les perversions du business musical. Après tout, autant les abus de sur-production qui ont apportés avec eux le fléau moderne de la « loudness war » que la descente aux abîmes de l’industrie musicale semblent justifier ce combat. Mais est-ce que cela, en soit, justifie pour autant l’excès inverse ?

Darkthrone, en quelque sorte, y répond lui-même, car The Underground Resistance n’est pas aussi primitif que l’on pourrait l’imaginer. C’est d’ailleurs une fausse idée que de croire que le milieu underground en est nécessairement synonyme. Il est surtout le vivier de l’humain, aussi évolué puisse-t-il être, encore à nu, avec ses nombreux défauts et imperfections mais aussi ses émotions brutes et son entière sincérité. L’underground est souvent subi comme passage obligé, faute de moyens, mais il est aussi parfois choisi (la « résistance » dont parle Darkthrone). Or, même si, conformément à la motivation affichée par ses géniteurs, les sons des instruments présents sur l’album sont en effet des plus naturels et en phase avec l’état d’esprit underground revendiqué, avec The Underground Resistance, un enregistrement de Darkthrone n’a jamais fait preuve d’une telle qualité sonore. C’est avant tout la clarté qui peut étonner. Elle permet à chaque élément de se faire entendre… y compris la basse qui n’a pourtant jamais été l’instrument le plus déterminant chez Darkthrone.

En fait, cette production de relativement bonne qualité – bien que « old-school » – inédite pour le groupe est l’accompagnement d’une musique plus élaborée qu’auparavant. Il semblerait qu’après le revirement entrepris en 2006, le duo ajuste son cap. En effet, à compter de l’album The Cult Is Alive, on a vu le groupe prendre un virage pour s’éloigner du black metal et retourner à ses premiers amours. Le résultat est une série d‘albums largement inspirés par Venom voire le crust-punk ou un punk/metal primaire. Pour se rapprocher au plus près de ses origines, Darkthrone a cherché à se réapproprier le heavy metal sombre et occulte du début des années 80. Aujourd’hui, avec The Underground Resistance, le duo passe à ce qui pourrait être considéré comme la seconde étape de cette exploration archéologique ou « rétro-évolution », comme on pourrait la définir. Une démarche qui, paradoxalement, un peu à l’image d’un scénariste-réalisateur tel que Quentin Tarantino, démontre un certain caractère post-moderne.

Même si le titre d’ouverture « Dead Early » n’est pas sans évoquer Venom, par bien des aspects cet album est davantage à rapprocher de Bathory, notamment celui de Hammerheart : des structures plus riches, un aspect épique dont bénéficie les chansons – au nombre de six dont la dernière de près de quatorze minutes – ou un chant clair emphatique mais approximatif (« Valkyrie » ou « The Ones You Left Behind ») qui rappelle celui de Quorton, feu leader de Bathory. C’est aussi Celtic Frost à qui fait largement écho la noirceur de certains titres et des riffs plus sophistiqués qu’il n’est coutume chez Darkthrone, comme dans « Dead Early », « Lesser Men » ou « Come Warfare, Entire Doom ». Des titres qui ne sont d’ailleurs parfois pas sans remettre en mémoire le projet Sarke auquel participe Nocturno Culto. Pour tout dire, et de manière plus surprenante, quelques lueurs de King Diamond apparaissent également dans cet album, avec « Leave No Cross Unturned » et ses riffs heavy/speed ainsi que ses quelques tentatives d’imitation de la caractéristique voix du Danois. Darkthrone reste ainsi fidèle à l’esprit conservateur qui l’anime depuis ces dernières années mais se penche cette fois-ci davantage sur la branche plus épique et évoluée (un terme à prendre tout de même avec des pincettes) du heavy metal sombre des années 80.

Avec un album alliant un caractère épique à la tradition, il n’est pas étonnant de voir Fenriz lorgner du côté de l’œuvre de J.R.R. tolkien lorsqu’il affirme d’une manière que l’on imaginerait emphatique, comme nous le rapporte Terrorizer : « Mes chansons sont arrachées du ventre des cavaliers du Rohan du metal. » Le Rohan étant une contrée issue de la Terre Du Milieu, monde fantastique créé par Tolkien dont l’œuvre épique depuis les années 70 ne cesse d’inspirer les musiciens et qui, encore aujourd’hui, fait partie du folklore et de la tradition du heavy metal.

Darkthrone, désormais groupe de heavy metal traditionnel ? Peut-être. Ne subsiste qu’une voix encore majoritairement râpeuse associable au black metal. Mais c’est bien, en tout cas, ce que revendique Fenriz, selon sa propre analyse : « Le projet Darkthrone est né à l’image d’une version métallique et sombre de Steely Dan (ndlr : groupe américain composé de deux membres : Donald Fagen et Walter Becker. D’abord formé comme un groupe rock conventionnel, Steely Dan a évolué vers un duo jazz-rock fusion) mais, peu à peu, le black metal a été remplacé par le metal, à nouveau. De plus en plus comme il était dans nos esprits en 1988. » Une musique qui le fait vibrer par-dessus tout : « C’est ma principale ligne directrice, ma principale obsession, ma principale possession ; c’est ma religion. » Et ça, clairement, nul ne peut en douter à l’écoute de The Underground Resistance, on ne peut plus sincère, quitte à les voir s’orienter dans une direction différente de ce qui est normalement attendu de Darkthrone.

The Underground Resistance, sortie le 25 février 2013 via Peaceville Records.



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  • je trouve qu’a vous lire, ce dernier opus n’a aucune personnalité; je n’ai pas encore jeté une oreille mais votre chronique ne me persuade pas du contraire

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