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Interview   

Dave Lombardo : le Philm de sa vie


Même si lui n’était pas leader, difficile de ne pas voir un parallèle entre Dave Lombardo et sa séparation avec Slayer et celle de Mike Portnoy avec Dream Theater. L’un comme l’autre sont des batteurs parmi les plus influents du metal et jouissent aujourd’hui d’une liberté qui leur permet de multiplier les collaborations et de se diversifier artistiquement. Lorsque Lombardo, dans l’entretien qui suit, nous dit : « J’ai pu en faire plus durant les deux dernières années que ce que j’ai fait en dix ans avec Slayer », ses propos font immanquablement échos à ceux que Portnoy partageait avec nous il y a deux mois : « Ce que j’ai fait au cours de ces quatre dernières années, je n’aurais jamais pu le faire si j’étais resté dans un seul groupe. » Et l’un comme l’autre se disent désormais plus heureux.

Il ne fait aucun doute à la lecture de ses propos que l’ancien batteur d’un des groupes membres du fameux Big Four s’épanouit avec sa vie artistique actuelle, loin du rythme intensif de tournée de Slayer qui accaparait toute son énergie. Il vient tout juste de sortir un second album avec son trio Philm, en prévoit déjà un troisième pour avril, est sur le point de remonter sur les planches en compagnie de Mike Patton dans Fantômas, collabore sur un pilote de dessin animé avec Walt Disney et sur la bande originale du film d’horreur Insidious 3…Lombardo est un touche à tout, loin d’être un « simple » batteur de thrash, et c’est justement ce qu’il a toujours cherché à revendiquer.

« Il n’y a rien de pire que de faire partie d’un groupe qui fait la même chose année après année. Ça devient très, très ennuyeux pour moi. »

Radio Metal : Fire From The Evening Sun est le second album de Philm. Comment cette collaboration avec Gerry Nestler et Pancho Tomaselli a-t-elle évoluée par rapport au premier album Harmonic ?

Dave Lombardo (batterie) : Le premier album est un assemblage de vieilles musiques datant d’une époque où on avait un autre bassiste. Lorsque nous avons finalement formé le groupe en 2010, nous n’avions plus le même bassiste, et il fallait que nous sortions de la musique qui à l’époque consistait autant en de vieilles chansons que de nouvelles. Ce nouvel album, aujourd’hui, c’est de la musique que les trois musiciens ont composé. Il n’y a donc plus rien de vieux, c’est que du neuf.

On dirait que cet album était une opportunité pour vous d’atteindre une liberté artistique totale. Comment a-t-il été conçu ?

En fait, j’ai le sentiment que le premier possédait davantage de liberté artistique. Nous avions beaucoup de morceaux d’improvisations, des interludes étranges, etc. sur le second nous nous sommes plus concentré sur des chansons complètes, car les journalistes disaient des choses du genre : « Oh, c’est trop fou pour nous, c’est trop déconnecté de ce qu’on voudrait entendre… » J’ai donc un peu assimilé ce que les journalistes ont dit tout en gardant en tête ce que je voulais, et nous avons créé des chansons qui étaient plus radiophoniques et dont les structures seraient un peu plus accessibles pour l’auditeur moyen.

Fais-tu souvent cela, prendre en compte ce que les journalistes ou les gens te disent ?

Crois-le ou non, je crois qu’on peut toujours tout améliorer et je n’écoute pas seulement l’opinion des musiciens avec lesquels je travaille, mais j’écoute aussi, parfois, ce que les journalistes ont à dire. Parfois [rires].

Vous avez travaillé avec le compositeur de musique de film Tyler Bates pour le son de l’album. Et c’est souvent que tu associes ta musique au monde du cinéma, comme par exemple ton travail avec le groupe Fantômas. D’où est-ce que ça vient ?

Tyler est un bon ami à moi. J’ai travaillé avec Tyler sur le film Dawn Of The Dead, la version de 2004 du film. Nous sommes amis depuis lors et lorsqu’il a entendu l’album, il l’a aimé et voulait le masteriser. Et Robert Carranza, qui est très connu dans les musiques rock et alternatives, l’a mixé. Bon, [ma relation musicale avec le cinéma] a surtout commencé avec Fantômas, et lorsque je joue de la batterie, j’ai une manière de conférer à l’instrument du toucher et beaucoup d’humeurs différentes. Tu sais, je peux taper sur ma batterie et faire en sorte qu’elle sonne menaçante, comme si un monstre arrivait, et ensuite je peux aussi faire en sorte que ça sonne joyeux. Et je crois que cette capacité vient avec la compréhension de comment les humeurs et les émotions sont transmises dans les films et comment tu dois adapter ton jeu de batterie et différentes musiques à ceci. Ça a commencé avec Fantômas mais j’ai toujours eu cette capacité et cette compréhension. Je pense que ça répond à la question [petit rires].

Dernièrement, tu as travaillé sur la musique d’un pilote pour un dessin animé de Disney mais aussi sur une collaboration avec Joseph Bishara pour la bande originale d’Insidious 3. Comment ces projets se sont faits ? Est-ce que tu as une affinité particulière pour ces deux genres, le dessin animé et les films d’horreur ?

Je crois que ça me poursuit, c’est tout. Je ne sais pas, parce que, tu sais, les gens m’appellent : « Dave, est-ce que tu veux faire ça ? » Et je suis là : « Oui, mettons-nous au travail ! » Joseph m’a appelé et c’était, genre, à la dernière minute et il m’a dit : « Dave, est-ce que tu veux venir travailler sur Insidious 3 ? » Comment peut-on refuser ? J’étais là : « Oh, mais je dois partir en avion ! » Et il a dit : « Bon, ok, voyons si on peut changer le planning. » Et il l’a changé et il a fait en sorte que ça fonctionne pour moi. Et le dessin animé de Disney, c’est un ami qui me la recommandé. Il travaille pour Disney – il est le vice-président de Disney Animation – et il m’a demandé si je voulais en faire partie. C’est un pilote, donc on ne sait pas encore si ça finira par devenir un dessin animé. Je ne sais pas, ça me suit, c’est tout.

Est-ce que parfois tu penses devoir dire non ou bien vois-tu toujours ça comme un défi ?

Oh, je dis non !

Parce que Disney, ça parait fou, personne ne t’aurait imaginé dans un projet pour Disney, franchement…

Je sais, je sais [petits rires]. Mais c’est moderne ; ce n’est pas comme le Disney que l’on connait, genre La Belle Et La Bête ou quoi que ce soit. C’est du Disney plus moderne. Est-ce que tu connais Phineas Et Ferb ? Ok. Voilà, ce sur quoi je travaille ce sont ces films de Disney plus modernes, en HD, pour la télévision par câble.

Donc pas de film de princesses…

Non, non, non. Pas du Disney classique. Ils m’ont spécifiquement dits : « Les mecs, lorsque vous créez la musique, faites en sorte qu’elle soit unique et qu’elle soit vôtre. Ne cherchez pas à suivre le format Disney. »

« Les producteurs actuels effacent la part humaine des groupes et de la batterie, en créant des musiques qui sonnent plus industrielles que rock n’ roll, rock ou metal. »

Fire from The Evening Sun est sorti en septembre cette année mais j’ai lu que vous avez déjà prévu un troisième album pour avril de l’année prochaine. Ressentez-vous une poussée créative avec le groupe ?

Je travaille désormais à un niveau… Parce que je suis libre… Parce que, tu vois, lorsque tu es dans un groupe comme Slayer, tu as un planning : tu pars en tournée au printemps, pendant l’été et à l’automne. Et ça ne laisse aucune place pour quoi que ce soit d’autre. Ça ne te permet pas de créer avec d’autres gens. Tu es un peu coincé. Et pendant les dix ans que j’ai été avec Slayer, je n’ai créé que deux albums, bon, trois avec le premier album de Philm. C’était quoi déjà ? Christ Illusion et World Painted Blood, et ensuite l’album de Philm. Et maintenant, j’ai pu en faire plus durant les deux dernières années que ce que j’ai fait en dix ans avec Slayer. Voici comment je vois les choses : il y a 24 heures dans une journée, pendant huit heures tu dors, huit heures tu travailles et les huit heures restantes sont pour toi. Donc, si tu agences les choses ainsi, ça fait un équilibre.

En dehors de Slayer, tu as toujours fait des musiques assez variées voire même un peu folles. As-tu besoin de cette diversité pour ressentir un challenge et être épanoui en tant que musicien ?

Oui, oui. Il n’y a rien de pire que de faire partie d’un groupe qui fait la même chose année après année. Ça devient très, très ennuyeux pour moi. Et ça me met au défi et, pour en revenir à ta question précédente, je ressens effectivement une poussée créative, une énergie créative. Et c’est ainsi parce que je me fais plaisir.

As-tu déjà eu le sentiment d’être sous-estimé ou mis en boite, pour ainsi dire, en étant principalement considéré par les gens comme un batteur de thrash metal ?

Ouais, ça m’est arrivé. J’ai eu ce sentiment pendant de très, très nombreuses années. Je veux dire que, même au début, j’ai toujours voulu que les gens sachent que j’étais plus qu’un simple batteur de metal. Dans les premières années de Slayer, j’étais dans le punk. J’étais dans le metal et ensuite je me suis intéressé au punk. Et ensuite, après ça, j’ai commencé à m’ouvrir. J’ai commencé à écouter Jane’s Addiction, j’ai commencé à écouter de la musique industrielle, etc. Je n’ai donc pas arrêté de m’enrichir et j’ai commencé m’intéresser davantage à d’autres styles.

Etant l’un des batteurs metal les plus influents qui existent, comment analyses-tu l’évolution de la batterie metal à travers les décennies ? Que vois-tu comme une amélioration et, au contraire, comme une dégradation ?

C’est toujours difficile parce que, après, beaucoup de batteurs vont me tomber dessus et dire des choses sur moi. Depuis les débuts des sets de batterie, le jeu de batterie s’est amélioré. Mais je crois que là où c’est une sorte de dégradation, comme tu dis, c’est ce qui est arrivé lorsque les ordinateurs ont commencé à aider les batteurs. Tu sais, ils ont commencé à corriger chaque petit coup de batterie, tout pour faire en sorte que le batteur sonne parfait. Si tu écoutes les premiers albums de Slayer, ouais, 99,9% de ce que tu entends est parfait mais tu entends quand même le côté humain. Aujourd’hui, les producteurs actuels effacent la part humaine des groupes et de la batterie, en créant des musiques qui sonnent plus industrielles que rock n’ roll, rock ou metal. Donc, ce n’est pas vraiment une « dégradation », c’est juste un changement. On peut avoir toute cette technologie mais ça ne veut pas dire qu’il faut l’utiliser, parce que, là maintenant, j’ai la technologie mais pour l’album de Philm, j’ai choisi de ne pas tout corriger. J’ai choisi de garder l’authenticité et faire en sorte que ça reste humain.

Un de ces jours, Il y aura une technologie pour complètement remplacer les batteurs…

Je sais ! Je sais ! « Hey, nous allons jouer la chanson numéro trois. Appuis sur le bouton et voilà le batteur. » Ça ne… Tu perds le feeling humain de la musique, ce qui va bien pour certaines musiques, certains styles, comme la musique dance, industrielle, quelques musiques pop, etc. Tu sais, j’écoute tout ça et j’aime ça. Mais lorsqu’il s’agit de rock n’ roll et que tu vois un groupe jouer, lorsque tu le l’écoutes et le regardes, tu veux que ce soit un humain.

Et les petits défauts en font partie intégrante…

Ça en fait partie ! Exactement.

Maintenant que tu n’es plus dans Slayer et que Grip Inc., malheureusement, n’est plus, as-tu l’intention de former un nouveau groupe de thrash metal à un moment donné ou bien n’en ressens-tu tout simplement pas le besoin ?

Ok, voici ce que j’ai dit jusqu’à présent lorsque les journalistes m’ont demandé ça : je crois avoir joué dans le meilleur groupe de thrash metal de tous les temps. Comment puis-je faire mieux que ça ? Pourquoi voudrais-je ne serait-ce qu’essayer ? J’étais dans l’un des groupes du Big Four ! Je crois que maintenant, il est temps d’être juste créatif, de faire quelque chose de neuf, d’essayer de faire de nouveaux changements… Slayer a initié un grand changement dans l’histoire de la musique. J’adorais pouvoir faire, peut-être, un autre changement, tu sais, essayer autre chose. Mais qui sait ? La porte n’est pas fermée. Il y a toujours quelque chose qui peut arriver. Je reçois toujours des coups de téléphone me demandant si je veux être dans un groupe. Qui sait, si un jour ça se révèle être le bon groupe de thrash metal, je dirais : « Ok, je vais le faire. » Par exemple, Testament : lorsque j’ai fait l’album de Testament (NDLR : The Gathering, datant de 1999), ça c’était spécial et tout le monde l’a adoré. Qui sait ?

« Slayer a initié un grand changement dans l’histoire de la musique. J’adorais pouvoir faire, peut-être, un autre changement. »

D’ailleurs, serait-il possible de faire revivre Grip Inc. Avec un nouveau chanteur, ou est-ce juste hors de question ?

J’y ai réfléchi et j’ai trouvé un chanteur. J’ai trouvé qu’il allait mais Gus, le chanteur de Grip Inc., était très spécial. C’était un chanteur, très, très spécial. Il avait un caractère très spécial dans sa personnalité, dans sa voix et dans sa présence scénique. Essayer de le remplacer serait vraiment très difficile, tu sais. Il est parti ! Cette magie que nous avions n’est plus là. C’est comme Led Zeppelin, tu sais, sans le batteur, sans John Bonham. Ils viennent juste de refuser une offre à 800 millions de dollars…

Ouais, mais en fait il s’est avéré que c’était faux…

Quoi ?! Non !

Le site d’information l’avait fabriqué de toute pièce !

Vraiment ?! Ce n’est pas possible ! Oh ! Je me disais « Wow ! » Oh, bon. Tu vois ce qui arrive avec les médias ! [Petits rires] C’est terrible…

Désolée de te décevoir !

Ouais, j’étais tellement fier de Robert Plant, tu sais, parce que tu ne peux pas remplacer certains musiciens…

Maintenant que tu as le temps de totalement explorer et étendre ta propre créativité avec Philm, tes projets de musique de film et d’autres projets divers, te dirais-tu plus heureux maintenant que tu ne l’étais il y a, disons, deux ou trois ans ?

Oui. Je suis clairement plus heureux maintenant parce que ce que je fais est plus varié. Avant, je ne faisais qu’une chose et j’avais faim : je voulais pouvoir me consacrer à d’autres projets ou entreprises créatives et ça n’arrivait jamais. Désormais, on dirait que tout repart et je profite de bien plus d’expériences. C’est super ! J’adore ça !

Le 6 décembre prochain tu seras au RockOut Festival à Santiago, au Chili, avec Fantômas. Quel est ton sentiment par rapport au fait de remonter sur scène avec Fantômas et penses-tu que ça pourra aller plus loin, avec de la nouvelle musique ?

Je pense que ça pourra aller plus loin, c’est sûr. Quel est mon sentiment ? Oh mon Dieu ! Je suis si excité ! Tu n’imagines pas… Parce que ça fait dix ans depuis la dernière fois où j’ai joué avec [Mike] Patton, et Patton et moi avons une très, très bonne alchimie en concert lorsque nous jouons ensemble. C’est juste intense… Avec Buzz [Osborne] et Trevor [Dunn]… C’est simplement que ces mecs m’ont vraiment manqué. J’ai passé dix ans avec Slayer et maintenant, peut-être que je passerais mes dix prochains années avec Fantômas. Pour l’instant, c’est juste un concert en club et un festival, tout à Santiago au Chili. C’est genre un concert d’échauffement et ensuite le festival.

Tu as rejoint House Of Hayduk et Amen. Peux-tu nous en dire plus sur ceux-ci et peut-être d’autres projets que tu pourrais prévoir ?

Je n’ai pas rejoint Amen. C’est la presse qui a tourné ça autrement, ils ont fait croire que j’étais le nouveau batteur d’Amen, alors que ce n’est pas le cas. Casey [Chaos] m’a demandé si je pouvais l’aider avec le projet et j’ai répondu oui, absolument, je vais l’aider, et ensuite ça a été changé et interprété comme si j’avais rejoint Amen mais je n’ai pas fait ça. Pour ce qui est de House Of Hayduk, je n’ai pas encore entendu l’album complet. J’ai juste enregistré les parties de batterie, donc je ne sais pas comment va sonner l’album ou quoi que ce soit. C’est juste un projet d’album, d’enregistrement et d’expérimentation.

Tu es né à la Havane, à Cuba. Qu’est-ce que tu as gardé de tes origines Cubaines ? As-tu essayé de t’inspirer de la musique cubaine ?

Absolument, tout le temps. J’écoute en permanence de la musique cubaine. Je pourrais danser des danses cubaines si je le voulais ! Je joue des percussions cubaines. J’emporte la musique cubaine avec moi. Et la nourriture : j’adore cuisiner de la nourriture cubaine. Et je parle toujours espagnol.

Interview réalisée en face à face le 17 novembre 2014 par Tiphaine.
Retranscription, traduction, fiche de questions et introduction : Spaceman.

Page Facebook officielle de Philm : www.facebook.com/PHILMOfficial.



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  • HeavenNorHell dit :

    ça change des interviews de Kerry King lol.
    J’adore ce gars.

    [Reply]

  • slayer est sans conteste le plus grand groupe thrash de l histoire , mais , pour ceux qui ne connaissent pas , JETEZ VOUS sur les albums de grip inc , absolument fantastiques

    [Reply]

    BenAug

    Après, chacun à sa notion « du plus grand », hein? ^^ Pour moi, c’est incontestablement Megadeth. D’ailleurs, ce serait tellement une bonne surprise si Lombardo rejoignait le groupe! ça fouterait tellement Kerry King en rage x)

  • Usain-Bolt-Thrower dit :

    Superbe interview, à l’image de la personne interviewée d’ailleurs

    [Reply]

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