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Chronique   

Dawnwalker – House Of Sand


« Les banlieues rêvent de violence. » C’est à travers cette citation du romancier J.G. Ballard que Dawnwalker présente son cinquième album. Une œuvre synonyme de prises de risques multiples pour ces Londoniens rassemblés autour de Mark Norgate. Après quelques volets imprégnés d’un post-metal vu à travers le filtre du folk, House Of Sand ouvre une fenêtre sur les versants indépendants et progressifs du rock so British. En appui de ce virage stylistique est venue une volonté de se distancer de la tendance à la surproduction qui se propage dans le metal moderne. Disparus, les pistes de clics et autres outils d’assistance à l’enregistrement. Les musiciens ont livré en studio de véritables prestations live à huit têtes (dont quatre donnent de la voix). Après tout, ce sont parfois les petits défauts qui donnent vie à une œuvre humaine, et Dawnwalker compte bien exploiter ce potentiel mystérieux.

Pour revenir à la thématique, autour de laquelle les morceaux grimpent comme du lierre, House Of Sand nous invite dans le quotidien des habitants de zones résidentielles plutôt huppées, et nous dévoile que derrière ces jardins idylliques et autres façades se cachent autant voire davantage de ténèbres qu’ailleurs. Un malaise social qui s’étend comme une flaque, réduisant tout à l’état de moisissure. Or, évoquer un malaise, notamment social, sans pour autant mettre l’auditeur mal à l’aise n’est pas une entreprise des plus évidentes.

Si cet opus est significativement plus court, il entre plus rapidement en besogne. Dawnwalker ne nous laisse pas languir, et se déleste sans hésiter de tout ce qui lui semblait superflu dans sa démarche. Le sens de la mélodie qui a toujours coulé dans les veines de Mark Norgate répond présent, sans forcément – esprit progressif oblige – que pullulent des refrains ou répétitions trop flagrantes (« Demon Of Noontide »). Parmi les victimes du nouveau schéma stylistique, on trouve évidemment les passages vocaux gutturaux ou criés, presque aux abonnés absents. À coup sûr, certains s’en réjouiront. Les autres pourront toujours se raccrocher aux quelques touches encore présentes, comme sur « Coming Forth By Day » (l’un des titres les plus « conservateurs »), ou avec quelques conclusions tonitruantes comme sur « R.I.P. » ou « House Of Sand II », à défaut d’avoir droit à des moitiés de morceaux dignes d’un album de black metal atmosphérique. Et puisqu’on parle de metal : sans surprise, Opeth compte parmi les influences ouvertement citées. House Of Sand déroule souvent des ambiances rappelant en effet les huis clos gothiques ou romantiques de certaines pistes – parfois bipolaires – de ces fameux Suédois. Une volée d’interludes – au demeurant très musicaux – s’intègre à la trame, rappelant la méthodologie d’In Rooms (2016), quoique ici sur un ton moins anxiogène (« The Witness », « The Prisoner »). Ces titres particuliers jouent un rôle analogue à des illustrations parsemant un roman. Ils prennent aussi parfois une tournure de récitation de poème (« The Master »). Une œuvre du poète romantique Percy Bysshe Shelley est d’ailleurs citée en guise de conclusion pour « The Witness ». De brefs extraits de dialogues achèvent de façonner cette sensation de feuilleter l’album photo d’une famille mystérieuse, tentant de percer des mystères ayant mené pas à pas à un drame.

On constate, du reste, une certaine sobriété dans l’approche vocale, et ce même lorsque des harmonies sont mises en place (« False Doors »). Ceci instaure un cadre intimiste, en ombres chinoises sur un écran poussiéreux ; on a l’impression que l’album est joué pour nous seuls, qu’on est privilégiés : l’unique audience d’une histoire qui ne sera racontée qu’une seule fois. House Of Sand n’est cependant pas exempt de surprises, comme le léger vocoder de « Egypt », inhabituel pour ce style et même complètement nouveau pour le groupe. Les compositions voguent adroitement sur les changements de registres vocaux, véritables tremplins pour des rebondissements narratifs. À cette diversité vocale s’ajoutent des voix féminines, qui n’interviennent que sporadiquement mais de manière plus flagrante qu’à l’accoutumée. La chanson éponyme, quant à elle, est un ovni s’il en est : une réinterprétation mélancolique d’un titre d’Elvis Presley, voyage d’un demi-siècle dans le passé. « Mildew » conclut l’album dans une déliquescence sensorielle à laquelle le titre de la piste convient comme un gant, tirant le rideau sur notre perception, comme sous l’effet de somnifères.

Si chacun des albums précédents avait déjà son identité propre, House Of Sand ne fait pas les choses à moitié et prend une certaine distance – assumée – avec le reste de la discographie du groupe. Difficile de dire si ce style plus posé, progressif et nostalgique fera office de nouvelle direction pérenne ou s’il ne s’agit là que d’un passage. Quoi qu’il en soit, on a devant nous ce que Dawnwalker a sorti de plus proche d’un album concept, même si In Rooms pouvait déjà – volontairement ou non – se réclamer de cette catégorie. Les nouveaux venus pourront voir en House Of Sand une porte d’entrée béante vers les méandres d’Ages ou les vestibules énigmatiques d’In Rooms, tandis que les fans des premières heures finiront pour beaucoup, sans nul doute, par réaliser que ce nouveau pan de l’histoire de Dawnwalker s’avère plutôt addictif une fois que le changement stylistique a fait son bonhomme de chemin dans la tête de l’auditeur.

L’album en écoute intégrale :

Album House Of Sand, sorti le 19 août 2022 en indépendant. Disponible à l’achat ici



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