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Chronique   

Death Alley – Superbia


En à peine cinq ans d’existence, Death Alley, quatuor hollandais qui s’est fait connaître par le passif prestigieux (The Devil’s Blood, In Solitude) de ses membres et par ses performances live énergiques et rock’n’roll à souhait, en a déjà vu de toutes les couleurs. Explosion très rapide, tournées homériques, changements de line-up douloureux, et signature sur Century Media : les rockeurs ont déjà fait du chemin. Fondé en 2013 sur les cendres du groupe de punk Gewapen Beton (trois membres sur quatre du line-up initial), de The Devil’s Blood, et de Mühr, Death Alley a rapidement sorti un album remarqué, Black Magick Boogieland, qui regardait clairement dans le rétro en direction du tournant des années 70/80, et qui évoquait les débuts de Motörhead et des Stooges avec un enthousiasme contagieux. Cette histoire un peu houleuse, c’est ce qui a abouti à Superbia, son successeur. Si Black Magick Boogieland prouvait que le combo en avait sous le capot et, accessoirement, savait faire la fête – évidemment, puisqu’ils viennent d’Amsterdam –, Superbia va plus loin, et gagne en complexité ce qu’il perd en énergie juvénile.

Cela frappe dès le premier titre, « Daemon », dont le rock’n’roll prêt à en découdre est étoffé par un solo psychédélique, des chœurs, et une longueur qui lorgne plus du côté du rock progressif que du punk. Certes, Black Magick Boogieland se fermait déjà sur un long titre de la même espèce, « Supernatural Predator », très The Devil’s Blood (avec Farida Lemouchi au chant et une volonté affirmée de rendre hommage à Selim Lemouchi décédé peu de temps avant la composition du morceau, il constituait même presque une sorte de postface à la discographie du groupe), mais cette fois-ci, le quatuor s’affirme plus émancipé de son propre passé. Le reste de Superbia suit en effet la même direction, ou plutôt les directions, tant le groupe semble ne vouloir se fermer aucune porte : space rock, passages hypnotiques, refrains accrocheurs, toutes les facettes de l’âge d’or du rock y passent. Au milieu de quelques titres courts et roublards auxquels les Hollandais nous ont habitués (« The Chain » et « Murder Your Dreams » notamment, le premier single de l’album), les chansons longues et volontiers planantes (« Feeding The Lions ») ont la part belle, et Superbia culmine dans l’alliance des deux avec « The Sewage », qui contient à la fois les passages les plus agressifs et le solo le plus vaporeux de l’album, soutenu par une section rythmique flambant neuve – Sander Bus à la basse et Uno Bruniusson (Procession, ex-Grave Pleasures, ex-In Solitude, entre autres) à la batterie ont en effet rejoint le groupe entre les deux albums – qui s’en donne elle aussi à cœur joie. Les musiciens semblent avoir gagné en confiance, et ça s’entend : Douwe Truijens au chant, ancien punk énervé, a clairement élargi sa gamme, et Oeds Beydals à la guitare n’hésite plus non plus à montrer l’étendue de son talent, qui s’étend du riff accrocheur aux escapades expérimentales.

Car ce qui fait l’intérêt de Death Alley, c’est aussi cela : voir un groupe se constituer et se trouver quasiment sous nos yeux. C’est l’histoire de punks qui lèvent (un peu) le pied, d’un groupe de rock qui parle avant tout de ce qu’est être un groupe de rock. Black Magick Boogieland était déjà une sorte de manifeste et de carnet de route de leurs prémisses, et Superbia (« orgueil » en latin) évoque les difficultés qui ont fait suite à des débuts éclatants ; les conflits d’ego, les désillusions, les bad trips. Placé sous le signe des sept péchés capitaux – venant d’une ville connue autant pour ses eaux stagnantes que son quartier rouge, sa tolérance envers les drogues de toutes espèces, et ses bacchanales de touristes, le quatuor sait de quoi il parle –, l’album est un peu plus amer que le précédent. L’œuvre de musiciens qui ont (dans tous les sens du terme !) pris de la bouteille, il est l’histoire d’un contre-coup là où Black Magick Boogieland constituait avant tout une invitation. Cet assombrissement n’est pas négatif pour autant : le groupe semble prendre conscience de ses moyens et assume son côté excessif et superlatif avec un panache qui fait défaut à pas mal de groupes retro. Un groupe à suivre, donc, et surtout à croiser sur la route.

Album Superbia, sortie le 23 mars 2018 via Century Media Records. Disponible à l’achat ici



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