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Chronique   

Death Angel – Humanicide


Death Angel est véritablement une histoire de vieux loups. Celle qui a démarré au début des années 80 et qui perdure jusqu’à aujourd’hui en continuant d’écrire l’histoire du thrash. Certes le groupe a connu des troubles (dont ce fameux accident de bus en 1990 qui a blessé l’ancien batteur Andy Galeon) et des remaniements avant de stabiliser un line-up en 2009 avec l’arrivée de Will Carroll à la batterie et Damien Sisson à la basse. Ne subsiste depuis ce jour comme membre fondateur que le guitariste lead et principal compositeur Rob Cavestany, ce qui a amené Death Angel à aller vers plus de cohérence. Humanicide clôt effectivement la trilogie amorcée par Relentless Retribution (2010) et The Dream Calls For Blood (2013) – interrompue par The Evil Divide (2016) qui n’en fait pas partie. Humanicide en revient justement aux loups et à la psychologie de meute, métaphore du groupe qui a traversé le temps et qui constate aujourd’hui la déchéance de la race humaine.

Ceux qui sont familiers de la discographie de Death Angel connaissent les entreprises audacieuses du groupe en matière d’orientation musicale. Death Angel ne s’est jamais réellement cantonné à offrir un album de thrash old-school monolithique et a déjà incorporé d’autres styles tels que le grunge ou encore le funk. Depuis Relentless Retribution et une composition intégralement réalisée par Rob Cavestany, le groupe s’est canalisé et est resté dans un registre plus balisé. Humanicide ne fait pas exception : produit une nouvelle fois par Jason Suecof, le son d’Humanicide a ces guitares acérées, ces cymbales perçantes et cette relative absence de fréquences graves que l’on retrouve dans les premières œuvres de la Bay Area. Les premières notes d’ « Humanicide » qui ouvrent l’opus fleurent d’ailleurs bon la grandiloquence de la NWOBHM avant d’en revenir à des ébats plus ardus : Mark Osegueda démarre en vociférant et en hachant son propos sur un riffing cavalier. Les amorces de solo privilégient le sustain, les breaks tombent exactement là où on les attend… Death Angel ne se travestit pas. Le paroxysme est atteint avec « Alive And Screaming » (seul titre composé par Ted Aguilar et non Rob Cavestany sur l’opus), exercice tout aussi classique du genre qu’efficace, à l’instar des élans thrash-punk nerveux d’ « I Came For Blood ».

L’intérêt d’Humanicide (et de Death Angel par extension) ne réside pas (uniquement) dans la capacité du groupe à offrir un récital thrash maîtrisé sous tous ses aspects les plus communs. Death Angel tend à aller au-delà d’un genre extrêmement codifié par petites touches. Humanicide profite ainsi d’une dynamique singulière : « Divine Defector », titre le plus intense de l’opus, en raison de la voix écorchée d’Osegueda et d’une batterie aux furieux coups d’accélérateurs, vient radicalement contraster avec le très suave et ténébreux « Immortal Behated », introduit par des arpèges de guitare et une réverb accentuée. Le riffing endiablé laisse place à une écriture plus tendue. Le titre est d’ailleurs l’occasion de profiter d’une outro au piano réalisée par la youtubeuse ukrainienne Vika, une première dans la discographie de Death Angel. Ce dernier a eu recours à deux invités supplémentaires dont Alexi Laiho de Children Of Bodom sur le lead de « Ghost Of Me » et le producteur Jason Suecof qui officie à la six-cordes sur « Revelation Song » et sa cadence un brin martiale menant à un refrain « acceptien ». C’est la qualité d’Humanicide : derrière une apparence résolument classique, Death Angel démontre que le thrash a une variété souvent insoupçonnée, que le groupe s’efforce de mettre en avant de manière subtile. Peut-être trop subtile pour les fans des « Discontinued » ou « Famine » dont les influences tranchaient plus radicalement, quand d’autres au contraire applaudiront le sens du dosage et de la cohérence.

Humanicide est pessimiste quant à ses thématiques. L’homme se détruit de manière inéluctable. La fin de la trilogie de Death Angel illustre le retour en grâce des canidés les plus sauvages qui arpentent un monde déchu. À l’inverse de ce propos gouverné par l’extinction, Humanicide témoigne en même temps de la pérennité d’un genre bientôt quarantenaire. Il est ainsi l’album d’une formule accomplie, d’un line-up stable et d’un positionnement au sein de la scène metal parfaitement conscient. Death Angel incarne le thrash, et ce qu’il faut de plus pour se montrer pertinent à chaque fois qu’il hurle.

Lyric vidéo de la chanson « The Pack » :

Chanson « Humanicide » en écoute :

Album Humanicide, sortie le 31 mai 2019 via Nuclear Blast. Disponible à l’achat ici



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