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Interview   

Death Angel : rejoignez la meute !


Après des années de remous, depuis 2010, Death Angel est en vitesse de croisière. Cela fait maintenant quatre albums que le groupe de la Bay Area évolue avec le même line-up (dépassant ainsi la longévité du line-up dit « classique » des trois premiers opus), avec le même compositeur principal, avec le même producteur… Cela n’étonnera personne, dans ces conditions, que Death Angel ait gagné en constance et en cohérence, même si certains vieux fans déploreront qu’ils n’ont plus la folie artistique du temps où le processus de composition était tiraillé entre plusieurs têtes.

Reste que cette cohérence, Death Angel l’entérine avec Humanicide, dernier volet d’une trilogie initiée avec Relentless Retribution (2010), poursuivie avec The Dream Calls For Blood (2013), puis ponctuellement brisée par The Evil Divide (2016). La meute de loups est donc de retour pour reprendre ses droits. Parmi eux, le chanteur Mark Osegueda, qui répond ci-après à nos questions et revient avec nous sur l’évolution du groupe avec lequel il met un point d’honneur à « repousser les limites du thrash ». Surtout, en contraste avec un monde qui se délite de plus en plus, déplorant l’influence néfaste des puissants, il loue l’unité régnant au sein de la communauté metal et le pouvoir cathartique de la musique.

« Même avec Act III, et je sais que beaucoup de gens chérissent cet album comme étant leur préféré, mais avec les éléments funk et autres, c’est le genre de truc qui perd plein de monde. Personnellement, ça m’a aussi perdu. »

Radio Metal : Une chose qu’on remarque immédiatement au sujet de Humanicide est qu’on retrouve sur la pochette les loups de Relentless Retribution et The Dream Calls For Blood. Je sais qu’après The Dream Calls For Blood, l’intention originelle était de former une trilogie avec l’album suivant. Mais au final, The Evil Divine a suivi sa propre voie. J’imagine donc que Humanicide est en fait le troisième chapitre de la trilogie, n’est-ce pas ?

Mark Osegueda (chant) : Exactement. Nous avions prévu que ce soit une trilogie et ensuite, quand nous écoutions le produit fini après avoir mixé The Evil Divide, quelque chose ne semblait pas coller pour que cet album soit le dernier chapitre de la trilogie. Rob [Cavestany] et moi avons pris la décision à la dernière minute de changer tout le concept de la pochette. Nous avons contacté notre ami Bob Tyrell, un tatoueur renommé, et il a fait le papillon de nuit pour nous, pour cette pochette, et nous voulions que ça reste épuré en noir et blanc. Et donc à cause de ça, quand nous étions en train de composer pour cet album, ça semblait naturel qu’il soit la progression et le dernier chapitre de la trilogie. Nous sommes donc sortis du noir et blanc épuré pour cette fois opter pour l’une des pochettes les plus colorées de la trilogie, avec ce violet sombre, et en faisant revenir les loups. C’est ma pochette préférée parmi les trois.

Est-ce que l’idée de connecter l’album à Relentless Retribution et à The Dream Calls For Blood était dans votre esprit durant tout le processus de conception de l’album ?

Non, c’est le truc. Nous avons un concept général mais ce n’est pas comme un album conceptuel, pour ainsi dire. Nous avons abordé chaque chanson comme des morceaux individuels. Nous n’essayons pas de relier les chansons entre elles pour créer un message. Mais elles se prêtaient naturellement à créer une logique de par leur feeling. C’est plus une question de feeling. Nous nous exprimons de plein de manières différentes, en écrivant différentes chansons.

Qu’est-ce que ces trois loups symbolisent au fil de cette trilogie ? Ont-ils la même raison d’être sur les trois albums ?

Ils nous ont toujours en quelque sorte représentés, nous le groupe. Mais quand nous nous sommes réunis pour Relentless Retribution, le concept là-derrière, c’était… Car Andy [Galeon] et Dennis [Pepa] venaient de quitter le groupe, nous avions une nouvelle section rythmique, et durant cette période, beaucoup de gens étaient sceptiques, des fans et des critiques qui pensaient que nous ferions mieux d’arrêter le groupe. Eh bien, le fait de nous arrêter n’est pas vraiment dans ma constitution génétique, et Rob ressentait la même chose. Grâce aux gens qui croyaient en nous, nous pouvions voir les vraies couleurs des gens qui nous soutenaient, mais aussi celles des gens qui ne nous soutenaient pas. C’était une expérience qui nous a vraiment ouvert les yeux. Le premier album était basé sur l’idée du loup déguisé en agneau ; on ne peut pas toujours faire confiance aux gens qui nous sont proches. Sur le second, The Dream Calls For Blood, il s’agissait plus des loups qui poursuivaient leur chemin, en ayant réussi à survivre à la tourmente que nous avons traversée. Et là, sur le dernier, Humanicide, compte tenu de l’état du monde aujourd’hui, on dirait que l’existence humaine est en train de laisser de mauvaises taches ou marques sur la Terre, et au final, la nature doit reprendre ses droits, et les loups représentent la nature. C’est un aspect du concept.

A l’époque de The Evil Divide, pour expliquer pourquoi cet album était différent des deux autres et ne concluait pas la trilogie, Rob nous expliquait qu’une autre raison était que la musique est directement influencée par vos vies personnelles, or là vous étiez dans un bien meilleur état d’esprit que pour The Dream Calls For Blood. Est-ce que ça signifie que votre état d’esprit sur Humanicide s’est détérioré et était plus proche de celui de The Dream Call For Blood qui a été fait à un moment où vous avez connu pas mal de défis et épreuves personnels ?

Dans un sens, c’est très vrai [petits rires]. Les chansons nous sont très personnelles, et nous écrivons vraiment à propos de ce que nous vivons. J’essaye juste de rester suffisamment ambigu afin que les auditeurs puissent également leur donner leur propre signification ou les rapprocher de quelque chose de personnel dans leur vie. J’ai effectivement traversé pas mal d’épreuves durant Relentless Retribution et The Dream Calls For Blood, donc nous avons assurément utilisé ce que j’étais en train de traverser comme un carburant. Pour celui-ci, il est clair que j’ai utilisé des inspirations personnelles, mais cette fois, c’était plus par rapport à des choses qui se produisaient autour de moi et me mettaient ne colère. Il s’est passé des trucs dans ma vie qui m’ont gonflé, mais pas du genre à m’abattre, donc c’était clairement plus global. Mais en dehors de ces choses qui m’énervaient, je suis dans un plutôt bon état d’esprit aujourd’hui ! Et c’est bien ! [Rires]

C’est la quatrième fois d’affilée que vous travaillez avec le producteur Jason Suecof, avec le même line-up, et Rob Cavestany se chargeant de toute la composition. Le résultat est qu’on ressent clairement que vous avez trouvé une formule que vous suivez depuis Relentless Retribution, si on compare au passé où vous vous êtes attaqués à d’autres styles de musiques que vous avez fusionnés avec le thrash classique (le funk sur « Discontinued », le progressif sur « The Ultra-Violence », le grunge sur « Famine »). N’êtes-vous pas inquiets que le processus et le résultat deviennent trop prévisibles, alors que l’imprévisibilité et le changement faisaient partie du caractère du groupe depuis le début ?

Non, je ne suis pas inquiet, car Rob et moi écoutons et sommes inspirés par une si grande variété de musiques que nous essayons toujours de repousser les limites du thrash, et c’est quelque chose que Death Angel a toujours fait. Nous essayons tout le temps d’apporter de nouvelles saveurs, pour ainsi dire, à ce que le thrash metal est censé être. Peu importe ce que nous jouons, on peut toujours remarquer qu’il s’agit de Death Angel. La formule aujourd’hui, c’est Rob qui écrit quasiment toute la musique et moi quatre-vingt-dix pour cent des paroles. Mais sur cet album, pour la première fois, il y a une chanson qui s’intitule « Alive And Screaming » dont Ted Aguilar a écrit la musique, et j’ai écrit les paroles. Sur le nouvel album, c’est probablement le morceau qui renvoie le plus au thrash des années 80. Mais il est clair que Rob et moi, nous nous poussons à faire mieux, notre plus grande compétition est avec nous-mêmes, nous voulons surpasser ce que nous avons écrit précédemment, et nous avons toujours été de grands fans de mélodie. Donc je pense qu’une chanson telle que « Revelation Song » est bien plus mélodique et il y a un groove plus lent que les rythmiques à fond thrash. Nous aurons toujours cet élément dans Death Angel qui repousse les limites du thrash.

« Nous nous considérons comme étant cette meute, c’est nous contre le reste du monde. […] Et c’est l’une des belles choses à propos de ce style de musique : il y a une communauté. Dans d’autres styles de musique, ça manque cruellement. »

D’un autre côté, penses-tu que par le passé vous vous soyez un peu trop éparpillés ? Car ces quatre derniers albums paraissent plus homogènes.

Pour moi, Frolic Through The Park était trop différent de The Ultra-Violence. C’est mon avis personnel. Je pense qu’en tant que groupe, nous essayions tous d’apporter différentes influences, et tout le monde contribuait à la composition, et faisait que ça ne semblait pas aussi cohérent d’un bout à l’autre. Mais ça vient aussi avec l’âge. Même avec Act III, et je sais que beaucoup de gens chérissent cet album comme étant leur préféré, mais avec les éléments funk et autres, c’est le genre de truc qui perd plein de monde. Personnellement, ça m’a aussi perdu, à cause de ces chansons en particulier. Quand on grandit, on grandit aussi en tant que musicien. Nous nous sommes séparés après cet album et je pense que tout le monde a pu expérimenter en dehors de ce groupe avec les choses qu’ils voulaient faire. Donc, quand nous nous sommes reformés, nous avons compris ce que nous pouvions apporter pour repousser les limites du thrash, mais nous voulions que ça soit plus cohérent. Et maintenant qu’il n’y a plus quatre personnes différentes qui composent, à essayer de mettre leur chanson sur l’album, avec notre formule de base, c’est-à-dire Rob à la composition et moi à l’écriture des textes, ça sonnera bien plus cohérent, c’est certain.

Tu dirais que vous vous étiez séparés parce que vous partiez dans trop de directions ?

Non. Nous avons commencé si jeunes que nous ne connaissions pas grand-chose d’autre et nous étions en train de grandir. D’abord, il y a eu l’accident de bus, ça n’a pas aidé ; nous traversions aussi plein de problèmes légaux à l’époque où s’est produit l’accident de bus. Après l’accident de bus, j’ai été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Je savais que je voulais partir. J’ai quitté le groupe et ils ont décidé de ne pas continuer sans moi sous ce nom. A la fois, je ne le regrette absolument pas. Si c’était à refaire, je quitterais à nouveau le groupe [rires]. Il fallait que je me trouve. Je suis une bien meilleure personne qu’à l’époque, et je pense également être un bien meilleur chanteur qu’à l’époque.

Comment parvenez-vous à éviter la routine en vous reposant sur les mêmes paramètres quatre fois d’affilée ?

C’est parce que nous nous poussons à nous dépasser. Nous ne nous en lassons pas. Ça n’a rien de redondant pour nous et nous voulons toujours nous améliorer par rapport à ce que nous avons fait avant. Nous avons toujours faim et nous nous efforçons toujours d’aller plus loin, d’atteindre plus de gens avec notre musique, d’améliorer notre musique par rapport à ce que nous avons déjà composé. C’est ce que nous ferons toujours. Ce qui est super avec ceci, rien qu’avec le groupe, ce line-up, cet album, c’est qu’il s’agit de l’album le plus Death Angel de tous ceux que nous avons faits, y compris ceux réalisés par le line-up classique. Et nous sommes plus soudés que jamais.

« Divine Defector » est une chanson très intense, probablement l’une des plus intenses que vous ayez faites, et vu comme tu envoies avec ton chant, tes cordes vocales semblent être mises à rude épreuve. Qu’est-ce que chanter une telle chanson implique pour toi ?

C’est mon côté plus agressif. J’écris mes paroles et mes mélodies en fonction de la chanson que Rob me donne. Je n’ai pas de recueil plein de paroles qui attendent que Rob compose une chanson pour. Je ne prends pas un stylo pour écrire tant que je n’entends pas la chanson, et les riffs de Rob m’inspirent pour les paroles que je vais écrire et les mélodiques que je vais chanter. Cette chanson réclamait une prestation vocale intense. C’était carrément amusant à faire ! Ce n’est pas comme si j’étais parti sur des voix death metal ou quoi, j’ai juste puisé dans la partie la plus agressive de ma voix, celle que je suis capable de faire. Ce n’est qu’une facette de ma voix sur laquelle je travaille constamment, ma voix s’étendant dans davantage de directions différentes. Ce n’est qu’un aspect. Mais j’adore cette chanson ! [Rires]

D’un autre côté, il y a la chanson « Immortal Behated », qui est plus posée et sensible. Ces deux chansons sont à deux extrémités du spectre…

C’est, encore une fois, la diversité de Death Angel, et j’adore. Ce n’est pas non plus trop barré avec du saxophone funky complètement dingue [rires]. J’aime faire ça, j’aime lorsque Rob me donne une chanson dans laquelle j’ai bien plus d’espace pour respirer et être plus mélodique. Cette chanson possède clairement un super feeling entraînant, fort et puissant. C’est le riff qui dicte ce que je vais faire sur la chanson. J’expérimente avec différentes mélodies et celle pour laquelle j’opte est celle que je trouve coller parfaitement. Tout ça, ce sont juste des émotions humaines. C’est ce qu’on ressent. Nous n’allons pas nous contenter de tout le temps délivrer un album de dix ou onze chansons rempli de thrash grandiloquent. Il y a des groupes qui le font, et je leur souhaite le meilleur, mais nous sommes un genre de groupe très émotionnel. Nous adorons la musique, et c’est un super moyen d’expression. Une personne, c’est un tout, avec toutes ses facettes, allant de la colère à la joie, en passant par la tristesse. C’est beau. C’est un autre aspect de la nature humaine.

« La normalité est ennuyeuse. La normalité n’a pas d’âme. »

As-tu l’impression que le thrash metal est un style plus émotionnel que certaines personnes peuvent penser ?

Absolument. Les gens qui ne connaissent pas assez bien le style… Je croise souvent des gens, en passant, par exemple quand je suis en tournée, si je suis tout seul dans un restaurant, à manger au bar, et quelqu’un lance une conversation, ça peut être un banquier ou un agent immobilier, et il me demande ce que je fais. Je réponds : « Je suis chanteur, je chante dans un groupe. » Il me demande : « Quel type de musique est-ce que tu joues ? Quel est le nom de ton groupe ? » Je réponds : « Death Angel. » Et il dit : « Oh ! Donc c’est quelque chose comme du death metal ? [Il se met à aboyer]. » Je dis : « Eh bien, non. » C’est assez dur d’expliquer à une oreille non formée à ce type de musique, mais les gens qui ne connaissent pas, c’est sûr, ils généralisent ce qu’ils pensent être du metal. Ce n’est pas tout comme ça. Le thrash metal, c’est un peu l’enfant de la New Wave Of British Heavy Metal et du punk. Il y a une grande musicalité derrière cette musique que les gens qui ne connaissent pas ne comprennent pas.

Est-ce que devoir couvrir une telle étendue vocale et d’émotions est ton plus grand défi en tant que chanteur de Death Angel ? Est-ce que ça requiert une préparation physique ou mentale particulière ?

Est-ce que je trouve que c’est un défi ? Pas forcément. Comme je l’ai dit, j’aime le fait qu’il y ait une telle étendue à couvrir, et que nous n’ayons pas peur de couvrir cette étendue sous l’égide du thrash ; nous continuons à essayer de repousser les limites autant que nous pouvons. Le plus grand défi pour moi, c’est de toujours être meilleur qu’avant, et j’aime croire que jusque-là j’y suis parvenu. Je crois que le plafond n’a pas encore été atteint, c’est sûr. Il y a encore une très grande marge au-dessus de moi, et j’en suis heureux. En dehors de ça, mon plus grand défi c’est aussi de rester en bonne santé quand je suis sur la route [petits rires], car quoi qu’il arrive, il faut se donner entièrement. Il m’est souvent arrivé d’être en tournée souffrant d’une angine ou d’une grippe et je devais quand même chanter en concert. Donc j’essaye de bien plus faire attention à moi. Tout n’est pas que strass et paillettes, comme certains pourraient croire [rires]. Mais ça fait un petit bout de temps que je fais ça. Je me sens plus que jamais en confiance avec ma voix. J’ai travaillé très dur pendant des années sur ma voix. Je vois qu’il existe plein de chanteurs de metal dans divers styles dont la voix s’est détériorée avec les années. C’est malheureux, car je sais que ce n’est pas un style de musique facile à chanter, mais je me suis beaucoup entraîné, j’ai aussi trouvé ce qui fonctionne et ne fonctionne pas pour moi. Chacun a ses différents petits rituels. J’ai clairement les miens mais j’ai le sentiment que ma voix est au meilleur de sa forme aujourd’hui.

« Immortal Behated » se termine sur une outro de piano, ce qui est une première pour Death Angel. Qui joue le piano et comment ça s’est fait ?

C’est une pianiste que nous avons invitée, une femme dénommée Vika. Elle est ukrainienne mais vit en Allemagne. C’est une pianiste phénoménale et elle a une chaîne YouTube où il y a principalement des vidéos d’elle : elle reprend plein de standards du metal mais en les transformant dans un style très musique classique. C’est comme ça que nous l’avons découverte : elle a repris une de nos chansons, « Dethroned ». Rob l’a vue et nous l’a montrée. Nous étions tous épatés. Ensuite, Rob est devenu ami avec elle, ainsi que Damien [Sisson], et a commencé à correspondre avec elle. Nous avons fini par la rencontrer lors de festivals, et je crois que lors d’un des 70 000 Tons Of Metal, Rob lui a mentionné qu’il adorerait qu’elle et lui collaborent et fassent un interlude musical. Elle était aux anges et a sauté sur l’opportunité. En tant que musiciens, nous avons tous trouvé que c’était une idée incroyable car nous aimons amener de nouveaux sons et de nouveaux éléments dans Death Angel.

Y a-t-il d’autres invités dans l’album ?

Il se trouve que oui. Alexi [Laiho] de Children Of Bodom apparaît dans la chanson « Ghost Of Me », il joue de la guitare lead dessus. Rob et Alexi s’échangent des solos sur cette chanson. Nous étions vraiment honorés qu’il veuille bien faire ça. Nous étions surexcités. Nous avons construit une relation avec lui quand nous avons fait la tournée nord-américaine Children Of Bodom/Death Angel il y a deux ou trois ans. Nous nous sommes vraiment bien entendus et nous respectons énormément son jeu, c’est un extraordinaire musicien. Quand Rob a trouvé une section sur laquelle il voulait qu’il y ait des échanges, il l’a contacté et quand Alexi a dit qu’il adorerait le faire, nous étions aux anges. Et puis l’autre invité qui fait un lead dans « Revelation Song », c’est Jason Suecof, le producteur, qui est également un guitariste phénoménal. Il a fait un solo sur chacun des albums qu’il a produits avec nous.

Le titre de l’album, Humanicide, est explicite : as-tu vraiment l’impression que les hommes vont vers leur extinction ?

Je pense que, malheureusement, les hommes sont très crédules envers les gens tenant de hautes fonctions de pouvoir aujourd’hui, plus que jamais. Les gens qui sont en position de pouvoir utilisent clairement la technique qui consiste à diviser pour mieux régner, car l’unité semble se détériorer entre les humains, et il y a plein de gens qui dénigrent d’autres gens parce qu’ils sont différents, et ça détruit, je pense, ce dont on a besoin pour réussir. Je ne parle pas de réussite financière, mais ce dont on a besoin pour que cette planète perdure et que l’on soit de meilleurs êtres humains. Le monde a vraiment besoin de se réveiller, c’est certain, car on est sur la mauvaise voie, l’avenir a l’air sinistre. Je ne parle pas forcément pour dans trois ans ou quoi, car je sais que c’est à plus long terme, mais il y a bien trop d’énergie négative et trop de haine envers les gens qui sont différents. Le monde est bien sombre aujourd’hui.

« La musique a le pouvoir de t’emmener dans des endroits merveilleux ou des endroits très sombres, mais parfois ces endroits sombres où elle t’emmène, tu y trouves du réconfort [rires]. »

Dans la chanson, tu cries : « Tout espoir est perdu. » Est-ce ce que tu ressens ?

Parfois, oui. Mais à la fois, si quelqu’un pouvait débarquer et changer les choses, j’adorerais être témoin de ça. Je ne me promène pas en étant misérable, car quand je suis en colère ou que je perds espoir, j’ai la chance d’avoir cet exutoire ou cette plateforme pour libérer ma colère, et cet exutoire est le thrash metal. Moi au moins, j’ai l’occasion de m’élever contre les choses et de dire ce qui devrait être dit par certaines personnes qui ont peur de dire ce qu’elles pensent. Ce qui se passe est qu’elles se disent qu’elles vont faire avec. Moi, ça ne me convient pas. Au moins, je peux exprimer mon opinion. Le truc, c’est que je suis un gars assez joyeux et la raison pour laquelle je le suis, c’est que j’ai ce magnifique truc qu’on appelle le thrash metal, qui peut évacuer mes frustrations, alors que pleins de gens n’ont pas les moyens de le faire. Ça m’a clairement aidé et je pense que ça aide la communauté metal en général, car quand ils sont à des concerts, ils évacuent leur agressivité en absorbant la musique, et qu’ils fassent des slams ou des headbangs, ou que simplement ils s’imprègnent de l’atmosphère, ça reste leur façon de nouer des liens et de s’unifier. C’est quelque chose d’unique.

De nombreux groupes utilisent le thrash metal pour affronter et dénoncer l’état actuel du monde. Penses-tu que c’est la fonction première qu’a toujours eue ce style de musique ?

Le thrash metal a toujours été une question de rébellion absolue et de musicalité. Ce qui est super, c’est qu’il y a une grande musicalité dans le thrash. Tant qu’il y aura de la corruption, le thrash metal aura toujours matière à s’inspirer. C’est une façon pour nous de créer. C’est aussi merveilleux pour les fans : ils ont travaillé toute la semaine, ils se rendent à un concert et le thrash metal est une superbe façon de laisser la semaine de travail derrière eux et se volatiliser dans cette beauté qu’est la musique et la puissance qu’est le thrash.

A propos du concept de la pochette, le communiqué de presse dit que le terrain en friche que les hommes ont laissé derrière eux, après qu’ils se soient eux-mêmes réduits en poussière, « est peuplé de créatures qui dépendent passionnément de leur meute pour survivre : les loups ». Peut-on voir ceci également comme une métaphore sur le groupe et la scène metal ? Est-ce grâce à cette mentalité de meute que le groupe et la scène metal ont survécu aussi longtemps ? Vous avez même une chanson qui s’appelle « The Pack » (la meute, NdT) dans l’album qui est un hommage aux fans de Death Angel…

Absolument. C’est comme ça que nous voyons les choses. Nous avons écrit cette chanson, en gros, pour la communauté metal, et en particulier notre fanclub, The Pack. C’est un cri de ralliement pour tous les metalleux. La mentalité de meute est géniale. Nous nous considérons comme étant cette meute, c’est nous contre le reste monde. Je pense que fut une époque où le metal était vu d’un mauvais œil, tout du moins c’était clairement le cas ici aux Etats-Unis, mais ça n’avait pas d’importance parce qu’il y avait toujours cette unité entre les metalleux. Je le crois fermement. C’est nous, la communauté metal, nous sommes unis. Et c’est l’une des belles choses à propos de ce style de musique : il y a une communauté. Dans d’autres styles de musique, ça manque cruellement. Dans la communauté metal, c’est quelque chose de vrai et de magnifique. On peut voyager à travers le monde en vacances ou autrement et voir quelqu’un portant un certain T-shirt, ou un patch, ou un badge d’un groupe qu’on aime, et tout de suite on peut nouer des liens avec cette personne grâce à ça. D’autres styles de musiques ne connaissent pas ça. C’est quelque chose que je trouve vraiment épanouissant dans le style de musique que nous jouons. C’est une communauté dont je suis très fier de faire partie, et j’ai envie que les gens soient fiers d’en faire partie. Quand on leur demande quel genre de musique ils aiment, ils devraient être sacrément fiers de dire : « J’aime le metal ! » [Rires]

As-tu parfois le sentiment que la scène musicale, en dehors du metal, est devenue une sorte de terrain en friche ?

C’est dur pour moi parce que la chose en particulier qui, à mes yeux, rachète les êtres humains, ce sont les arts. Je suis un fervent défenseur des arts, que ce soit la musique, la peinture, la sculpture, l’écriture, tout ce qui est créatif : c’est ce qui rachète l’humanité. Et malheureusement, les gens en position de pouvoir essayent de censurer l’art, ou ils retirent des financements aux écoles, qui du coup perdent leurs programmes musicaux et ce genre de choses qui, pourtant, aident les gens à trouver leur vraie identité et à s’exprimer d’une façon qui n’est pas considérée comme « normale » aujourd’hui. La normalité est ennuyeuse. La normalité n’a pas d’âme.

Il y a d’ailleurs la chanson « I Came For Blood » dans l’album pour laquelle tu as déclaré qu’elle traitait du pouvoir de la musique…

Absolument. C’est le pouvoir de la musique et c’est aussi le pouvoir de se battre pour nos objectifs, et se battre pour atteindre nos objectifs à tout prix. Quand tu définis tes objectifs, les gens vont toujours essayer de te dire que tu n’es pas suffisamment bon, il y aura toujours des critiques aujourd’hui parce qu’avec internet, tout le monde est un critique. C’est une ascension et un combat constant, mais il ne faut pas arrêter, il faut se donner tout entier jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien à donner. Je ne vais pas dire que pour nous le combat a été facile, en aucun cas, car je fais ça depuis 1984 [rires], mais à la fois, j’aime me voir comme un sacré combattant. Je suis quelqu’un de très déterminé. J’adore aussi les défis. J’ai un grand esprit de compétition. J’aime relever les défis frontalement. Ça a toujours été comme ça et la musique est la chose parfaite pour laquelle je vais me battre. La musique a toujours été là pour moi, durant toute ma vie, je peux honnêtement te le dire. Elle est toujours là pour toi quand tu es enfant et que tu te sens gêné ou à part, ou quand tu es adolescent et que tu te sens mal à l’aise parce que c’est un moment étrange de transition. Ça m’a toujours aidé à traverser les choses. A n’importe quel moment difficile dans ma vie, que ce soit lors d’une rupture personnelle ou quand un proche est décédé, quoi que ce soit, la musique est ce qui m’a toujours aidé à traverser ces moments, et je vais faire de mon mieux pour qu’elle fasse toujours partie de moi. La musique a le pouvoir de t’emmener dans des endroits merveilleux ou des endroits très sombres, mais parfois ces endroits sombres où elle t’emmène, tu y trouves du réconfort [rires].

Interview réalisée par téléphone le 3 avril 2019 par Nicolas Gricourt.
Retranscription : Adrien Cabiran.
Traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : KG-Photography (1) & Stephanie Cabral (2,4 & 5).

Site officiel de Death Angel : www.deathangel.us

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