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Interview   

Deathawaits : headbang, avec une conscience


Qui a dit que le thrash-death servait surtout à secouer la tignasse ? Certainement pas les membres de Deathawaits qui, non contents de mélanger les genres, allant jusqu’à des inspirations black et grind, profitent de leur quatrième album – inaugurant un nouveau line-up avec l’arrivée en 2018 du guitariste Olivier Dupont et du batteur Tommy Bonnevialle – pour encourager les prises de conscience politiques et écologiques. C’est assez naturellement que le symbole – hautement metal, après tout – des Quatre Cavaliers de l’Apocalypse s’est imposé à eux.

Mais Deathawaits ne s’arrête pas là, puisqu’au-delà de la production musicale, le combo a entrepris de monter son propre festival, dont la première édition a eu lieu en octobre dernier. Une initiative à saluer, dont l’objectif est de contribuer à re-dynamiser la scène stéphanoise.

Ci-après, Olivier Dupont nous parle donc du nouvel album Rapture Smites, mais aussi de leurs perspectives sur le développement du Deathawaits Fest.

« Nous n’avons pas inventé la poudre en abordant ce thème-là, mais il nous parle au même titre que plein de gens. […] C’est pour ça que nous nous sommes engouffrés là-dedans, et donc quitte à le faire, autant le faire franchement, en exposant un peu nos principes à nous par rapport à l’écologie, par rapport à certains aspects du capitalisme, etc. »

Radio Metal : L’album commence avec un speech politique et écologiste. Utiliser un speech comme ça en début d’album, ça donne le ton de l’album. Peux-tu nous parler de cet engagement qu’a le groupe avec cet album ?

Olivier Dupont (guitare) : Oui, mais le ton est donné même avant ça, si tu regardes la pochette, les titres, avec les Quatre Cavaliers, etc. Cet engagement, c’est un engagement global. On est tous aujourd’hui plus ou moins concernés par tout un tas de trucs écologiques, économiques, politiques… Tout le monde y est confronté. Après, nous n’avons pas inventé la poudre en abordant ce thème-là, mais il nous parle au même titre que plein de gens. Nous avons trouvé ça sympa de faire ce parallèle avec les Cavaliers de l’Apocalypse. Ça nous paraissait être un thème abordable « lyriquement ». C’est pour ça que nous nous sommes engouffrés là-dedans, et donc quitte à le faire, autant le faire franchement, en exposant un peu nos principes à nous par rapport à l’écologie, par rapport à certains aspects du capitalisme, etc.

Tu parlais des Cavaliers de l’Apocalypse, dont vous avez fait une réinterprétation sur l’artwork. Quelle relation aviez-vous avec ce symbole, à la base ?

À la base, à part l’imagerie « populaire », un peu mythique, biblique, etc., personnellement, je n’en avais pas plus que ça, mis à part que ce sont des personnages intéressants à exploiter, je trouve. Ils sont très parlants, ils sont frappants, et ce sont des formules qui marchent toujours aujourd’hui, que ce soit la mort – qui existe toujours –, le pouvoir que nous associons au capitalisme, la maladie, et puis la perte de religion, les nouveaux dieux par rapport à la technologie qui prend aujourd’hui le pas sur tout un tas de trucs.

Dans l’album, il y a un morceau en trois parties, même si la deuxième est plus un genre d’interlude, qui s’appelle « Trumpeting Butchery ». Peux-tu nous parler plus en détail de cette suite de morceaux et de la manière dont vous l’avez conçue ?

Moi, je n’étais pas là pour l’écriture de ces morceaux, mais j’étais là pour la décision de les garder. L’album est composé en « chapitres » pour les Cavaliers de l’Apocalypse. Tu as une intro avec « Barbaric Decadence » et une outro avec « Karmageddon », qui sont un peu globales. Puis tu as le capitalisme, et les trois « Trumpeting Butchery », c’est pour la guerre. Pour ce qui est de la composition, c’est un peu l’album où nous ne nous sommes pas mis de barrières sur la composition. Donc les trois morceaux ont clairement été composés pour être ensemble. À la base, ce n’était qu’un seul morceau, sauf que c’était long, et donc nous l’avons divisé avec cet interlude qui, je pense, surprend sur cet album, mais qui par contre, musicalement, nous représente individuellement. Je pense surtout à Jordan [Bonnevialle] qui a composé une grande partie de l’album avant que j’arrive, et à moi aussi. Musicalement, il nous représente bien, avec ce côté un peu lyrique, un peu technique, posé. Le fait de mettre une ambiance au milieu de l’album, ça nous a plu aussi.

Votre musique mélange thrash, death, black, et même des parties de grind. C’était déjà le cas sur les albums précédents, mais d’où est venue cette envie de mélanger les extrêmes ?

Typiquement, si je me prends comme exemple, mes goûts, c’est vraiment death, thrash, black, hardcore, heavy, etc. Dans mon appréciation à moi, ça se mélange bien, dans le sens où je peux passer d’un style à l’autre d’affilée. À partir de là, je ne vois pas pourquoi on ne pourrait pas les mélanger « savamment ». Je ne dis pas que nous avons fait un boulot de savant, mais je pense que si on prend les bons éléments, qu’on les met dans le bon ordre et qu’on prend un peu de recul, en fait, on peut les mélanger. Personnellement, ce mélange-là me plaît, donc je ne trouve pas que ça ne se mélange pas bien. Du coup, comment en sommes-nous arrivés là ? Tout simplement une question de goût. Nous ne nous sommes pas trop posé de questions sur ce genre de choses. Jordan a beaucoup composé, et moi je suis arrivé après. En fait, ce qui ne marchait pas, nous l’avons viré après, mais nous ne nous sommes pas posé la question du style. Nous nous sommes posé la question de ne pas complètement dériver, mais nous l’avons fait parce que ça nous plaisait, en fait. Nous avons pris ce que nous aimions bien dans chaque style, ce qui nous parlait, et aussi ce que nous savions composer.

Vous avez donc décidé de ne pas vous mettre de barrières, en termes de style…

[Coupe] En faisant du Deathawaits, bien sûr !

J’imagine que c’est une suite logique de votre carrière, si ce n’est que là, vous allez encore plus loin…

Il y a un peu de ça. Il y a aussi la scène qui évolue. Nous écoutons tous des choses qui sont différentes d’il y a dix ans. Je n’étais pas dans le groupe, mais je n’aurais pas composé les mêmes choses il y a dix ans que maintenant. Le line-up a changé aussi. Le groupe a été monté pour être un groupe de death, thrash, très grind, puisque les membres avaient une grosse activité avec le grind, notamment Florian [Garrigue], notre chanteur, qui est toujours là. Donc il y a toujours cette empreinte-là, qui est vraiment un des « piliers » en termes d’influences de Deathawaits, et ça ne changera pas, je pense. Puis, avec le line-up, les influences se diversifient, entre ça, la scène, et quelques expérimentations…

« Plus tu organises des concerts, plus tu vois comment ça se passe, plus tu vois ce que tu peux te permettre et ne pas te permettre avec les groupes, plus tu vois ce que tu peux demander, exiger en tant que groupe. »

Pourrais-tu revenir sur le départ de votre bassiste, Nico ? Il n’est d’ailleurs pas resté bien longtemps…

Le point est rapide à faire, dans le sens où c’est assez simple. Ce qu’il s’est passé, c’est que nous avons attaqué les concerts, les tournées, etc., et ça a fait beaucoup d’un coup, ce qui fait que Nico a décidé de partir, parce qu’au final, ce n’était peut-être pas ce qu’il attendait, et que ça n’était pas sain de continuer un truc qui ne correspond pas à tes attentes. Le bon côté, c’est qu’il n’y a pas eu de clash. En fait, tout va bien, Nico est mon pote, nous nous voyons toujours. Il n’y a pas de drame. C’est juste que ça s’est arrêté parce qu’il a préféré arrêter, pour prendre du temps, pour un investissement… C’est assez simple, comme histoire.

Au niveau du poste de bassiste, ça en est où, maintenant ?

Nous sommes en recherche de bassiste, nous avons une ou deux pistes très sérieuses. Honnêtement, ça va se faire d’ici quelque temps, rapidement. Nous nous sommes même posé la question de savoir si nous reprenions un bassiste, parce que du coup, nous avons assuré deux dates, notamment à Besançon et Saint-Étienne, il y a un mois et quelque, où nous n’avions pas de bassiste. Et ça s’est bien passé ! Alors, ça manque pour tout un tas de trucs, on est d’accord… Donc nous nous sommes posé la question, nous allons revenir sur un line-up complet avec bassiste, et là, nous ne devrions plus trop tarder à annoncer quelqu’un.

Il y a un projet parallèle au groupe qui est l’organisation de festivals et de concerts, avec notamment le Deathawaits Fest. Comment en êtes-vous venus à ce projet-là ?

En fait, en organisant certaines dates, notamment le Deathawaits Fest, celui que nous avons fait en octobre dernier pour la release de l’album, il s’est avéré que c’était bien pour tout le monde, en fait, ce genre de date. C’est bien pour les groupes, c’est bien pour nous, et ce qui fait partie du postulat de départ, c’est que la scène metal stéphanoise s’est un peu effondrée. Tous les endroits pour jouer ont été fermés, ont arrêté, etc. La scène metal du côté des musiciens en a donc pâti, il ne reste plus grand-chose. Sauf qu’a ouvert à Saint-Étienne un endroit qui s’appelle le Disorder Club – anciennement La Mine, pour ceux qui connaissent, qui était une boîte de nuit – et qui propose des concerts rock, etc., et qu’il voulait faire des concerts metal. Donc l’occasion s’est présentée pour organiser des concerts autres que des dates où nous jouions, comme le Deathawaits Fest, par exemple. Donc nous avons commencé à organiser des dates. C’est comme ça que ça s’est fait. Et tout le monde en est bien content : la salle, le public stéphanois, nous aussi. Comme tous les groupes, nous ne voulons pas jouer trente-six fois sur Lyon, trente-six fois sur Saint-Étienne. Là, ça nous permet de faire jouer des groupes avec lesquels nous aurions pu jouer, mais sans jouer avec eux. Il y a aussi ça, ça fait vivre le truc, ça permet de rencontrer des gens, etc.

Avant de vous mettre à faire ça, c’était quoi votre passif, votre background en termes d’organisation de concerts ?

Moi, très honnêtement, d’un point de vue personnel, je ne suis pas trop dedans. Nous avons organisé certains concerts sur Saint-Étienne, sur Lyon, où Deathawaits jouait. Le passif d’organisation typique du groupe local !

Dirais-tu que le fait de passer de musiciens à organisateurs vous aurait donné un peu de recul sur cette facette-là ?

C’est toujours pareil, l’expérience « fait le larron ». Plus tu organises des concerts, plus tu vois comment ça se passe, plus tu vois ce que tu peux te permettre et ne pas te permettre avec les groupes, plus tu vois ce que tu peux demander, exiger en tant que groupe, même si nous n’avons pas eu besoin de ça à la base… Nous n’étions pas étrangers à ça, mais ça nous permet de le voir sous un autre angle.

Quels retours avez-vous eus sur l’expérience du Deathawaits Fest ?

De très bons retours, les gens étaient contents. L’affiche, personnellement, je la trouve énorme, et les gens avaient l’air de la trouver énorme aussi, avec Impureza, Death Decline et d’autres… Grosse affiche, et du coup, nous avons eu de super retours sur la soirée, c’était blindé, nous avons été obligés de fermer les entrées bien avant notre concert. Nous, nous avons eu de grosses merdes techniques sur ce concert, c’était un peu l’avalanche de merdes ! Ça ne nous a pas empêchés d’en profiter, et les gens aussi. Visiblement, tout le monde a vu les problèmes dont nous avons pâti, mais en fait, tout le monde a passé un bon concert quand même.

À quoi peut-on s’attendre pour la suite sur ce projet ?

C’est très simple, le but est d’en faire un par an, de renouveler le Deathawaits Fest tous les ans. A priori, ça sera à peu près à la même période, vers la rentrée, la question du nombre de groupes, ça restera la même chose, l’envergure ça restera a priori la même chose, peut-être que nous jouerons à chaque fois, peut-être que non, on verra.

Interview réalisée par téléphone le 16 janvier 2020 par Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.

Facebook officiel de Deathawaits : www.facebook.com/deathawaitsband.

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