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Chronique   

Deathspell Omega – The Synarchy Of Molten Bones


Deathspell Omega - The Synarchy Of Molten BonesAprès la sortie en 2012 de Drought ainsi que celle d’un coffret reprenant l’intégralité des albums et des EPs de la deuxième période du groupe – qui débute à partir de Si Monvmentvm Reqvires, Circvmspice, un monument justement de black metal complexe et ténébreux –, tout était possible pour Deathspell Omega. Avec cette synthèse qui mettait en valeur la grande cohérence, dans le fond comme dans la forme, de son œuvre, ce groupe majeur du metal extrême de ce début de siècle semblait suggérer une fin de cycle, voire une fin tout court. C’est donc avec d’autant plus d’impatience et de curiosité qu’a été anticipé son nouveau disque, The Synarchy Of Molten Bones, sorti soudainement, presque sans effet d’annonce et une semaine plus tôt que prévu, chez Norma Evangelium Diaboli. En dépit de sa brièveté qui a pu prêter à confusion, c’est bien à un véritable album que l’on a affaire et une seule écoute suffit pour mettre les choses au clair : en quatre titres extrêmement riches et denses, The Synarchy Of Molten Bones laisse l’auditeur complètement sidéré, « Famished For Breath », le souffle coupé.

Georges Bataille parlait du « long frisson » qui accompagnait chacune de ses lectures de Lautréamont. C’est ce même long frisson qui parcourt l’échine de celui écoute Deathspell Omega, même s’il connaît bien l’œuvre du groupe, même à une époque où les sonorités dissonantes qu’il manie se sont (relativement) démocratisées et même si dès l’ouverture du disque on est frappé par une certaine impression de familiarité. En effet, l’entrée en matière toute en silence lourd de menace, cuivres sentencieux et chœurs évanescents, n’est pas sans rappeler « Obombration » qui ouvre et ferme Fas – Ite, Maledicti, In Ignem Aeternum – on retrouvera d’ailleurs ces mêmes éléments à la toute fin de l’album. Entre ces deux pôles, près d’une demi-heure de dissonances cauchemardesques lancées à un rythme trépidant. Alors que Drought était ce que les Français avaient produit de plus atmosphérique, The Synarchy Of Molten Bones est, à l’opposé, ce qu’ils ont fait de plus intensément chaotique. Les vastes accalmies qu’on pouvait trouver plus tôt dans leur carrière ont été abandonnées et les moments de respiration dans ces quatre titres sont très rares. On retrouve bien les arpèges délicats caractéristiques du combo, mais il ne faut pas s’y tromper : moins qu’un répit, leur beauté empoisonnée est ce qui hantera l’auditeur longtemps après qu’auront résonné les dernières notes d’« Internecine Iatrogenesis ».

La virtuosité technique des musiciens de Deathspell Omega n’est plus à prouver, ce qui explique autant l’intérêt que leur portent de nombreux artistes death metal technique voire de mathcore que certaines accointances sonores avec les styles en question, mais cette virtuosité n’est jamais gratuite : elle est mise au service d’un groupe qui semble s’être fixé pour objectif d’attaquer les limites de l’humanité par tous les bouts. Ainsi, le batteur offre ici une performance quasiment inhumaine, d’une intensité et d’une persévérance de machine, qui soutient sans faiblir une tempête ininterrompue de riffs acérés. À l’inverse, les voix – les occasionnelles sentences venimeuses en français et surtout les grognements mauvais de Mikko Aspa – et la basse palpitante apportent un souffle bestial. Les paroles, ensemble narratif riche et opaque dont la complexité épouse celle de la musique, continuent avec obstination leur exploration du gouffre métaphysique, du bloc d’abîme mis à nu dès Si Monvmentvm Reqvires, Circvmspice, de la part maudite célébrée comme il se doit par la prodigieuse dépense d’énergie que représente un titre comme « Onward Where Most with Ravin I may meet ».

Pas le moindre « Hail Satan », pas la moindre photo de presse en noir et blanc, aucun decorum : Deathspell Omega a dépecé le black metal pour lui rendre sa vigueur primordiale. Alors que les groupes qui puisent chez les Français inspiration, posture ou sonorités se font de plus en plus nombreux, The Synarchy Of Molten Bones rappelle s’il le fallait à quel point Deathspell Omega est loin devant le reste de la scène. Incontournable.

L’album en écoute intégrale :

Album The Synarchy Of Molten Bones, sorti le 8 novembre 2016 via Norma Evangelium Diaboli. Disponible à l’achat ici.



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