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Interview   

La décharge musicale d’Hyperdump


Au rang des albums inclassables sortis cette année, The Weak Man par le groupe français Hyperdump compte définitivement sa place ! Concept album très loin d’être intellectualiste, histoire et pochette sombres quand certains titres sonnent presque pop, invités de marque, le tout emmené par un chant presque « Pattonesque », le groupe joue la carte des contrastes à chaque tour, et ça leur réussit : en résulte un album à la signature inimitable, de ceux qu’on adore ou qu’on déteste.

Sans surprise, les musiciens sont à l’image de la musique : décomplexés, pleins d’humour, venant d’univers très différents les uns des autres. Nous sommes allés à leur rencontre dans le plus metalleux des bars parisiens, afin de faire leur connaissance et de comprendre les origines de cet album au concept intriguant.

« Nous avons des influences très variées. […] Comme nous composons tous ensemble en répète, je pense que ça se mélange un peu naturellement. »

Radio Metal : Les contrastes semblent être assez importants pour vous. Cela se ressent dès le départ dans le mélange des styles, dans le côté mélodique, épique, un peu indus, un peu heavy, un peu tout, finalement. Pouvez-vous nous expliquer comment vous cultivez cet aspect, ou au contraire si cela se développe naturellement dans votre processus ?

Holyv (guitare) : Ce n’est pas quelque chose de voulu, c’est très naturel. Nous avons des influences très variées. Par exemple, Julien n’écoute presque pas de metal, il écoute vraiment de tout; moi, j’écoute principalement du metal, en tout genre, cela va du heavy, du prog, au death, ou à l’indus. Donc nous avons vraiment beaucoup d’influences et je pense que cela se fait naturellement quand nous composons. Comme nous composons tous ensemble en répète, je pense que ça se mélange un peu naturellement. Après, au niveau des contrastes, c’est vrai que nous avons des voix claires, mais aussi des voix gutturales, nous avons des chanteurs différents qui ont chacun leurs voix bien à eux, et nous essayons de faire en sorte que tout cela soit cohérent.

Tu parlais justement de contraste, le morceau « Forlornly » cultive vraiment cette ambiance hyper indus, hyper froide, avec quand même des éléments hyper heavy, notamment le solo, et ça a été un des premiers extraits dévoilés sur l’album. Avez-vous justement choisi de mettre en avant ce titre-là pour présenter cet état d’esprit ?

C’est un peu ça, parce que ce n’est pas évident de retrouver un morceau qui représente tout l’album, puisque comme il y a des choses vachement différentes, sur certains morceaux, ce sera très extrême, sur d’autres, ce sera rock, presque pop… Donc ce morceau-là a un peu tous ces éléments en lui, donc je pensais qu’il était assez représentatif.

Le processus de composition chez vous est toujours initié par votre chanteur, qui donne par conséquent une couleur et une orientation globale à l’album. Pouvez-vous nous détailler un peu comment vous faites évoluer cette idée-là, et comment vous en faites des morceaux ?

C’est exactement ça. C’est-à-dire que quand Julien écrit toute l’histoire, etc., il a quand même une idée assez précise de ce qu’il veut retranscrire. Ce qu’il fait, généralement, c’est qu’il amène une idée de base, ça peut être très simple, comme simplement une ligne de chant de refrain ou quelque chose comme ça, il nous explique à quel moment de l’histoire cela va se situer, et nous, après, tous ensemble, en répète, avec les guitares, la batterie, etc….

Gaël (batterie) : Nous apportons tous des idées, le morceau va se créer petit à petit. Nous partons de rien, et au bout d’un moment, nous arrivons à faire une musique.

Holyv : Nous essayons de retranscrire tout ça en musique, ensuite nous enregistrons des démos, nous réécoutons, nous retravaillons, et voilà. Ça part généralement d’une maquette très simple, du genre boîte à rythme avec un peu de synthé, et puis à la fin, ça fait un morceau complet.

Du coup, comment Julien parvient-il à formuler, exprimer cette idée-là ?

Il nous donne la couleur générale que le morceau est censé avoir. Par exemple : « Là, sur l’introduction, il faudra un truc un peu oriental », ou alors, il voulait un morceau très violent, nous avons des morceaux avec des voix gutturales et du blast, etc.. Donc nous essayons vraiment de retranscrire en musique l’ambiance générale qu’est censé avoir le morceau.

Julien a également dit à ce sujet-là que quand il écrit, « le morceau doit tenir la route dans son plus simple appareil », donc c’est ce que tu disais par rapport aux maquettes. Est-ce que, pour vous, c’est la condition sine qua non d’un bon morceau ?

Bonne question ! Pour moi, pas forcément. C’est-à-dire que si ça tient la route dans son plus simple appareil, ce sera forcément un bon morceau. Mais on peut aussi, je pense, avoir de bons morceaux qui n’ont de sens que si on garde les arrangements ou autre. Peut-être pas dans notre style, mais si on prend des groupes où il y a des orchestrations, des trucs vraiment symphoniques, ça fait tellement partie de l’élément de la musique, que si on l’enlève, ça n’a plus de sens.

Julien s’était fixé comme objectif de composer une idée par jour. Pourquoi ?

Julien est quelqu’un qui a énormément d’idées, et pas forcément qu’en musique, d’ailleurs. Il fait des dessins, il fait plein de trucs, et il a tellement d’idées que ce qu’il essaye de faire, c’est d’en garder une trace. C’est vrai que des fois, on a une idée de compo ou autre, et puis on ne l’enregistre pas ou ne l’écrit pas, et après, c’est perdu ! Donc ce qu’il fait, c’est qu’il enregistre, ou écrit, je ne sais pas comment il procède, un truc par jour, et puis de temps en temps, il réécoute, il jette beaucoup de choses, et puis il garde certains trucs qui sortent un peu du lot. Et après, nous les travaillons ensemble en répète.

The Weak Man raconte l’histoire d’un personnage au sein d’une ville qui s’appelle Dumptown, qui est une « ville purgatoire où la lie de l’humanité a été envoyée ». Pouvez-vous nous expliquer un peu la conception de ce scénario-là ?

Julien s’est beaucoup inspiré de tout ce qui est Lovecraft, ce genre de romans, ces ambiances comme ça, et visuellement, il voulait recréer un univers qui s’apparente un peu aux années 1930-1940. Il a donc créé tout un univers. C’est juste parti du morceau « The Weak Man » ; à la base, nous n’avions pas spécialement prévu de faire un concept-album, d’avoir toute cette histoire. Nous avions écrit « The Weak Man » parce qu’on nous avait proposé de participer à une compil, et nous ne voulions pas mettre un morceau qui existait déjà. Nous nous étions dit que c’était un peu dommage de mettre sur le disque un truc que nous avions déjà fait. C’est donc Guillaume Bideau qui était venu chanter, Julien lui avait proposé parce que nous aimons tous beaucoup ce chanteur, et il avait donc commencé à écrire une petite histoire autour de ce morceau, et de là est né l’album. Nous nous sommes dit que c’était un peu dommage de garder juste l’histoire sur ce morceau et que nous pourrions la développer et en faire un concept-album. C’est parti de là. Donc oui, ça parle de l’histoire d’un personnage qui se retrouve dans cet univers, il se réveille et a plus ou moins perdu la mémoire, et on va lui raconter ce qui s’est passé les deux-trois derniers jours. Donc en gros, il essaye de venger son frère qui a été tué, il va organiser une révolution pour sortir de cette prison. Enfin voilà, on ne va pas trop spoiler, mais ça se passe autour de tout cet univers, qui sera encore développé par la suite. C’est-à-dire que là, dans les mois à venir, nous allons mettre en ligne sur le site des dessins, des choses comme ça, parce que Julien dessine beaucoup, des textes qui vont un peu compléter l’histoire.

« Faire un album, ça coûte de l’argent. Personne ne le dit jamais dans les interviews, mais c’est une des grosses raisons qui font que nous avons mis autant de temps à sortir ce disque depuis l’EP. »

Si l’on devait extrapoler, que symbolise Dumptown pour vous ?

À la base, c’était vraiment une histoire fantastique, ça ne cherchait pas forcément à coller à l’actualité, mais on nous a pas mal fait remarquer que finalement, on pourrait presque le rattacher à ce qui se passe en ce moment avec des gens qui aimeraient bien peut-être avoir une révolution, ce genre de chose. Donc on peut un peu avoir une double-lecture. Mais ce n’est pas forcément direct, nous sommes vraiment dans l’ambiance roman, fantastique, science-fiction et tout ça.

Comme tu disais, ç’a été pas mal influencé par Lovecraft, les films d’horreur des années 80 aussi. Qu’est-ce que ça représente pour vous ? Est-ce que vous êtes tous des grands fans de ces univers-là ?

Oui, mais pour les films d’horreur un peu moins. Enfin, je préfère les trucs récents ! [Rires] Parce que je trouve que ce ne sont pas des trucs qui ont très bien vieilli visuellement, mais c’est pour ça qu’il y avait une ambiance et une façon d’écrire les films un peu différente de maintenant. Ce n’était pas la même ambiance. C’est-à-dire que maintenant, c’est plutôt du jump scare, alors qu’à l’époque, il y avait quand même des ambiances assez malsaines dans les films de l’époque, et je pense que c’est ce qu’il a voulu retranscrire en musique. Après, moi je suis assez friand de ces trucs-là… [Rires]

Tu en parlais, il y a des featurings dans cet album : Blaze Bayley, Guillaume Bideau, Mark Basile, Arno Strobl… Est-ce que c’était important pour vous d’avoir plusieurs voix pour donner un peu vie à ces personnages-là ?

C’est ça. On nous a fait remarquer que c’était un petit peu comme ce que faisait Ayreon, c’est-à-dire que chaque voix représente soit un personnage, soit une émotion du personnage principal, et c’est vrai que du coup, nous avons choisi les guests en fonction de ça. Ce n’est pas, genre, nous avons demandé à tous ceux qui étaient disponibles et avons dit : « Toi, tu vas chanter là… », c’est vraiment par rapport à l’histoire, par rapport à qui chante, quel personnage s’exprime, chaque voix a vraiment sa place.

Gaël : Après, justement, Guillaume Bideau, Arno Strobl et Blaze Bayley ont un rôle principal dans l’album. Ce sont justement les personnages dans l’histoire.

Comment les avez-vous choisis ? Comment avez-vous pris contact avec eux ?

Holyv : Pour Guillaume Bideau, Julien l’a contacté, tout simplement, et il a accepté, il est venu tourner un clip qui va sortir en septembre. Pour Blaze Bayley, nous n’y croyions pas trop. Nous sommes tous plus ou moins des fans d’Iron Maiden, et Julien surtout de la période Blaze Bayley. Il l’a donc contacté sur Facebook, et il a répondu ! Il a dit qu’il était d’accord et tout, donc grosse surprise, nous étions vraiment ravis. Pour Mark Basile, c’était un peu différent, nous cherchions une voix un peu à la Symphony X, un peu dans ce genre-là. Nous n’avons pas cherché à demander à Russell Allen, mais je ne pense pas qu’il aurait répondu… [Rires] Et Frédéric avait découvert sur Internet le groupe DGM, qui est vachement bien d’ailleurs, et il avait contacté Mark Basile, qui lui a aussi dit qu’il était OK. Après, il y a d’autres chanteurs, ce sont des proches, comme l’ancien prof de chant de Julien, ce genre de chose.

Chaque voix a donc une personnalité très distincte. Est-ce que c’était aussi une volonté de renforcer la diversité que vous cherchiez à développer au niveau stylistique sur ce disque-là ?

Oui, c’est ça qui était intéressant, on a des timbres de voix très différents. C’est vrai que quand on entendait le résultat final avec l’autre chanteur, ça donne vraiment une couleur différente au morceau…

Gaël : …et ça fait un bon contraste. Ça va bien avec le style.

Holyv : C’est un peu plus varié à l’écoute aussi, et ça correspond pas mal au déroulement de l’histoire. Je pense que c’était important d’avoir d’autres chanteurs.

Vous avez vraiment une « tradition » de la narration dans ce groupe. Julien avait même fait un blog BD, Hyperdump Story racontant l’histoire même du groupe. La vie d’un groupe de metal en tant que tel n’est pas le truc le plus épique qui soit, mais justement, comment romancez-vous cela ?

À la base, c’était plus entre nous, pour rigoler, parce que Julien aime beaucoup dessiner. Après, nous avons mis cela en ligne, et nous nous sommes rendus compte que ça faisait marrer les gens ! Nous essayons de tourner cela beaucoup autour de l’humour. Ce sont des BDs très courtes, nous prenons des épisodes, des anecdotes marrantes, des fois, ce sont des private jokes donc les gens ne comprennent pas forcément ! [Rires] Et puis tout ça mis en scène en BD. Il y avait toute une période aussi sur le début du groupe, l’ancien groupe, quand nous étions jeunes… C’est vraiment sur le ton de l’humour. Là, c’est un petit peu en standby, mais je pense qu’il va reposter des trucs bientôt.

Est-ce que, peut-être inconsciemment, ce n’était pas aussi dans l’optique de casser certains préjugés sur la vie des musiciens et des artistes, tout en l’abordant de manière ludique ?

Oui, c’est sûr. Nous n’en parlons pas souvent, mais il y a aussi la question de l’argent. Faire un album, ça coûte de l’argent. Personne ne le dit jamais dans les interviews, mais c’est une des grosses raisons qui font que nous avons mis autant de temps à sortir ce disque depuis l’EP, c’est que ça coûte beaucoup d’argent, et puis nous avons les problèmes de matos, les problèmes de line-up, de batteurs qui se barrent, ou autre… Ce sont vraiment des galères de la vie de tous les jours, et ce ne sont pas forcément les choses dont nous parlons le plus, mais ça fait partie de la vie des musiciens [rires].

Vous êtes apparemment de grands passionnés de cuisine…

Ah bon ? [Rires]

Ensemble : Ça, c’est Fred !

…il avait dit que c’était un sujet qui vous inspirait pas mal dans vos compos aussi…

Holyv : Il a dit ça ? [Petits rires] Alors, pour la petite histoire, nous essayons d’organiser, genre une fois par an, ce que nous appelons l’Hyperbouffe… [Rires] C’est-à-dire, un repas où on se retrouve, tout le groupe, et c’est Fred qui cuisine. Donc généralement, c’est assez réussi, donc ouais, il aime bien cuisiner. Après, de là à ce que ça influence les compos, je ne sais pas ! [Rires] C’était pour rigoler, à mon avis !

Gael : Après, peut-être que dans sa tête c’est vraiment…

Holyv : Il faudrait lui demander ! [Rires]

2017, c’est évidemment la sortie de ce nouvel album, mais c’est aussi l’année où vous avez signé chez Send The Wood. Comment cela s’est-il passé et quelle est l’origine de cette collaboration ?

À la base, nous travaillions avec Klonosphere, qui avait sorti le premier album et l’EP. C’était au mois d’octobre, le disque était enregistré et nous avions fait un premier mix. Guillaume de la Klonosphere n’était pas trop fan du mix. C’est vrai qu’il y avait des choses à revoir, donc nous avons refait tout le mix. Au mois de décembre, nous avions donc vraiment un mix propre et définitif cette fois, mais finalement, ils n’ont pas voulu travailler avec nous. Donc là, c’était un peu la déception. Nous étions partis pour sortir le disque en auto-prod, nous étions un peu déçus parce qu’il y avait des guests, nous avions dépensé beaucoup d’argent, nous avions passé un temps fou là-dessus, nous avions beaucoup travaillé. Et puis finalement, Julien a rencontré Roger [Wessier], qui a bien accroché, et à peine il avait commencé à envoyer des news, la promo, etc., que c’est Send The Wood qui nous a contactés directement, ils étaient intéressés pour nous signer. Donc nous, nous sommes ravis, parce qu’en plus nous connaissons un peu les groupes qu’il y a chez eux, nous aimions bien Hord, etc.. Donc nous avons accepté, évidemment.

Interview réalisée en face à face le 16 mai 2017 par Aline Meyer.
Fiche de questions : Philippe Sliwa.
Retranscription : Robin Collas.
Photos : Mline.

Site officiel d’Hyperdump : www.hyperdump.net.

Acheter l’album The Weak Man.



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