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Chronique   

Decline Of The I – Johannes


« J’aimerais bien terminer vieux catho un peu kierkegaardien, je me verrais bien comme ça », nous disait A.K. il y a quelques années lors d’une interview. S’il est bien trop tôt pour dire ce qu’il en sera, le musicien explore en tout cas le terrain avec Johannes, le quatrième opus de son projet Decline Of The I. Portant le nom d’un personnage du philosophe danois Søren Kierkegaard, il entame un nouveau cycle après une trilogie qui abordait les trois réactions à l’agression décrites par Henri Laborit : l’inhibition (Inhibition, 2012), la rébellion (Rebellion, 2015), et la fuite (Escape, 2018). Avec ses tonalités singulières – un post-black glacial et troublé – et son approche à la fois viscérale et cérébrale, Decline Of The I n’est certes que l’un des multiples projets dans lesquels A.K. a été impliqué – Vorkreist, Merrimack, Neo Inferno 262, Malhkebre, Diapsiquir, Éros Nécropsique, pour n’en citer qu’une poignée –, mais c’est l’un des plus personnels : il y est à la composition et à l’écriture ; à la guitare, au clavier et à la voix. Si A.K. s’est entouré d’un nouveau line-up comme pour souligner l’ouverture d’un nouveau chapitre dans l’histoire du groupe, Johannes s’annonce pourtant dans la droite lignée de ses prédécesseurs, plus encore que ne le suggère le premier extrait révélé au public, « The Veil Of Splendid Lies »…

En effet, avec « A Selfish Star », on retrouve au moins un temps l’ouverture d’Inhibition (et la fermeture d’Escape) avec la voix de Maurice Ronet dans Le Feu Follet sur fond d’arpèges maussades. Le titre se déploie peu à peu en longueur sur plus de dix minutes, entremêlant moments méditatifs et explosions de black metal écorché, bruissant de voix, de murmures et de chœurs. Si on peut toujours décrire approximativement la musique de Decline Of The I comme un hybride de Neurosis pour l’intensité, de Burzum pour la mélancolie et de Code pour le froid, Johannes se teinte de nuances nouvelles. On y entend de l’orgue et du piano en touches, notamment sur « The Veil Of Splendid Lies », avec son ampleur presque théâtrale et sa valse finale complètement désabusée, et dans le break d’« Act Of Faith », le calme avant les hurlements déchirants de SI. C’est que Johannes contient peut-être les passages les plus extrêmes du groupe : l’ouverture de « Tethering The Transient » notamment, qui coupe le souffle et où on nous rappelle vigoureusement que SK à la batterie officie par ailleurs dans Arkhon Infaustus (entre autres)… « Dieu Vide » (parfois orthographié « Diev vide », histoire d’enfoncer le clou par une anagramme), qui referme l’album, est enfin un monument de quinze minutes où s’enchaînent avec fluidité une sorte de shoegaze presque lumineux, des violons et de spectaculaires montées en puissance qui culminent en un final apocalyptique – puis crissant, comme exténué.

Complexe, le mélange n’en est pas moins engageant, porté par la pulsation de la basse ronflante d’AD : il ne succombe jamais à l’aridité, à une sophistication absconse ou aliénante. Ce qui est aussi vrai pour la forme que pour le fond : comme par le passé, le disque prend à bras-le-corps angoisse existentielle et questions métaphysiques avec tout un attirail philosophique pas nécessairement accessible au néophyte – pour ceux qui auraient dormi pendant les cours de philo, ici, Johannes, le héros du Journal d’un séducteur de Kierkegaard, est une incarnation de ce que le philosophe définit comme le stade esthétique, un hédoniste désinvolte et ironique – sans que ce soit jamais un problème. De la même manière que les samples, parfois reconnaissables – Marguerite Duras dans « The Veil Of Splendid Lies » –, parfois malmenés ou enfouis, sont souvent utilisés comme de pures textures sonores, c’est de musique et donc d’affects plutôt que de concepts qu’il est question avant tout. Il y a quelques albums, A.K. proposait une alternative, « Deus Sive Musica », Dieu ou la musique. De toute évidence, il a choisi son camp, et une fois de plus, Decline Of The I prouve que le black metal, sans doute grâce à son intensité et à sa puissance émotionnelle, est la forme privilégiée pour exprimer tous les déchirements existentiels.

Clip vidéo de la chanson « Diev Vide » :

Clip vidéo de la chanson « The Veil Of Splendid Lies » :

Album Johannes, sortie le 26 mars 2021 via Agonia Records. Disponible à l’achat ici



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