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Interview   

Dans les dédales de Terra Odium


Voir Øyvind Hægeland dans un groupe est toujours une garantie d’avoir affaire à du metal progressif original et de qualité. Seulement, le chanteur est difficile à suivre. On se souvient du premier album de Manitou, Entrance, sorti en 1995 qui n’aura jamais de successeur car le groupe s’est séparé juste après et n’a pas su se mettre d’accord sur la suite malgré une brève reformation en 2011. Il y a évidemment Spiral Architect qui est toujours en sommeil, vingt ans après le cultissime A Sceptic’s Universe. Puis il y a eu des passages dans Scariots, Lunaris (dans lequel il tenait la basse fretless) et Arcturus.

Ça faisait finalement pas loin de quinze ans qu’Øyvind n’avait plus proposé d’album, mais le voilà de retour avec une toute nouvelle formation pour le moins alléchante, Terra Odium. Un groupe dans lequel il retrouve Bollie Fredricksen de Manitou et Asgeir Mickelson de Spiral Architect, rejoints par Steve DiGiorgio à la basse et Jon Phipps aux arrangements orchestraux et de clavier. A la différence de ses précédentes formations, Terra Odium semble bien parti pour durer.

Dans l’entretien qui suit, Øyvind nous parle de la genèse de ce groupe et de son premier album Ne Plus Ultra. Nous profitons également de l’occasion pour parler de la vieille scène metal prog des années 80 et 90 et pour mieux comprendre le parcours du musicien. A noter qu’une seconde interview, centrée sur Spiral Architect, sera proposée dans les semaines à venir.

« Nous voulions faire notre album idéal, et c’est ce que c’est, c’est le nec plus ultra. C’est parfait, c’est ce que nous voulions créer. Je ne dis pas ça de manière arrogante ou quoi, mais il n’y a rien que je voudrais changer sur cet album. »

Radio Metal : Ne Plus Ultra de Terra Odium est le premier album que tu fais depuis Momentum Shift de Scariot en 2007. Qu’as-tu fait depuis avant de former Terra Odium ?

Øyvind Hægeland (chant & guitare) : J’ai passé plusieurs années loin de la scène musicale avant et après Scariot. J’étais surmené. J’avais trop de groupes. Après Scariot, à l’époque je vivais en Suède, à Stockholm, et je faisais d’autres choses. J’ai travaillé pour quelques autres groupes, essentiellement locaux, j’ai écrit du chant pour eux et j’ai fait des trucs sans grande importance. Je suis revenu dans ma ville d’origine en Norvège en 2010 et c’est là que j’ai recommencé à être en contact avec Bollie [Fredricksen]. Je n’ai donc pas fait énormément de musique avant de rejoindre Terra Odium.

Dans Terra Odium, on retrouve des membres de Spiral Architext et Manitou, deux de tes anciens groupes, ainsi que Steve DiGiorgio. Comment ce groupe, ce line-up et cet album se sont-ils constitués ?

Nous avons joué ensemble, le guitariste Bollie et moi, dans Manitou dans les années 90. Manitou s’est séparé et j’ai déménagé à Oslo pour rejoindre Spiral Architect. Je crois que c’était en 2001, nous avons joué au Prog Power USA à Atlanta avec Spiral Architect. Nous y avons rencontré Steve DiGiorgio. Je crois même qu’il nous avait contactés avant le concert. Nous sommes devenus amis depuis 2001, nous sommes restés en contact. Asgeir [Mickelson] a joué de la batterie dans Testament avec lui et ils ont joué ensemble dans Vintersord, ainsi que dans Scariot.

Quand j’ai quitté la Suède pour re-déménager en Norvège, j’ai contacté Bollie de Manitou. Il avait deux ou trois chansons. Je ne me souviens plus des détails. Ça fait quelques années, mais il avait de la musique et je lui ai demandé si je pouvais écouter les chansons. Il était plus dans le death metal à l’époque, donc les chansons qu’il avait étaient vraiment brutales avec du chant death metal. Il a un studio, donc je lui ai demandé si nous pouvions essayer de faire quelque chose en studio avec ces chansons, en ralentissant la batterie et tout. Nous sommes donc allés en studio, il a ralenti certains riffs et nous avons fait « The Shadow Lung » qui est sur Ne Plus Ultra. Elle est plus ou moins telle qu’elle était quand nous l’avons enregistrée la première fois. Ensuite, nous avons relancé Manitou, mais après quelques concerts, nous avons de nouveau décidé d’arrêter le groupe, mais Bollie et moi avons super bien travaillé ensemble en studio, le courant est vraiment bien passé. Il avait la musique et des idées, et j’ai commencé à improviser dessus. Nous étions très créatifs ensemble, donc nous nous sommes dit que les chansons que nous étions en train de faire étaient trop bonnes pour ne rien en faire. Donc nous avons décidé de monter un groupe.

Nous voulions faire notre album idéal. Nous nous sommes mis d’accord pour dire que si nous faisions ça, nous le ferions de la meilleure manière possible, nous voulions le top du top. Bollie et moi avons toujours adoré la basse fretless et nous voulions un vrai virtuose qui joue avec ses doigts. Comme je connais Steve depuis de nombreuses années, c’est la première personne à qui j’ai pensé. Je me disais que peu de groupes de metal utilisent une basse fretless et que son style bénéficierait vraiment à notre son, que ça pourrait le démarquer. Je l’ai donc contacté, il a adoré la musique et il a tout de suite rejoint le groupe. J’ai aussi réfléchi à la batterie : nous ne voulions pas d’un batteur moderne typé djent. Je n’ai rien contre le djent, mais nous ne voulions pas de ce nouveau son, nous voulions quelque chose de plus old school, genre le genre le kit des vieux albums d’Iron Maiden et tout. De même Asgeir entend la musique différemment de tous les gens que je connais. Quand on lui donne un riff, il peut vraiment faire quelque chose de spécial. Donc là aussi, le choix était naturel. J’ai contacté Asgeir et il a dit : « Oui, bien sûr ! » Il a adoré la musique. C’était le début du groupe et voilà les raisons pour lesquelles nous avons choisi Steve et Asgeir.

« Nous voulions que ça sonne comme un film et qu’il n’y ait pas un claviériste qui joue sur tous les riffs. »

Steve DiGiorgio a fait partie d’une quantité phénoménale de groupes au fil des années mais a été constant avec peu d’entre eux, ne faisant qu’un ou deux albums avec les autres. N’étiez-vous pas inquiets ?

Il n’a vraiment fait partie, en tant que membre à part entière, que d’une poignée de groupes : Death, Sadus, Testament, Spirits Of Fire. Le reste, c’est plus du travail de session, mais Terra Odium est l’un des rares groupes dont il est un membre. Tout d’abord, nous voulions juste son son dans l’album. Nous voulions ce son spécial. Nous n’avons jamais pensé les choses au-delà de ce premier album. C’était notre centre d’attention. Mais j’espère qu’il est là pour rester. Je veux dire que les temps sont difficiles aujourd’hui, mais nous espérons avoir le même line-up pour le prochain album.

Vous avez essayé de garder le secret sur le groupe. Pour quelle raison ?

Nous n’avons pas forcément essayé de garder le secret sur le groupe en tant que tel, mais plus sur les démos, parce que si quelqu’un entend la démo, il l’aimera toujours et sera déçu quand l’album sortira, indépendamment de sa qualité. Voilà pourquoi nous avons voulu maintenir le secret sur tout ça. Nous avons fait écouter une démo à quelques personnes. Elle avait été faite avant que Jon Phipps n’arrive avec l’orchestre, avant que la basse n’arrive, avant que la batterie n’arrive, et ils ont préféré la démo à l’album [rires]. C’est inévitable. C’est un cercle vicieux. D’où le secret, car nous voulions que l’album soit la première chose que les gens entendent quand il sort.

La dernière fois que tu as fait un album avec Bollie, c’était Entrance de Manitou, ton premier groupe, il y a presque trente ans. Y avait-il de la nostalgie dans l’air quand vous avez retravaillé ensemble ?

C’est très différent, mais ça reste très gratifiant. J’étais dans Manitou quelques années avant que Bollie ne rejoigne le groupe et quand il l’a fait, c’est vraiment là que nous avons trouvé notre identité, car ses riffs sont très originaux, ils sont uniques, en tout cas selon moi. Mais à l’époque, nous improvisions en salle de répétition et c’était différent. Maintenant, Bollie et moi allons dans son studio, rien que tous les deux, pour échanger des idées. Dans le temps, avec Manitou, j’avais peut-être trois pistes à ma disposition pour le chant. Maintenant, j’ai une infinité de pistes. C’est aussi quelque chose que je me suis retrouvé à faire, c’est-à-dire utiliser plus de pistes pour mettre des arrangements de chant additionnel. Bollie est aussi très doué quand il s’agit de trouver des idées. L’atmosphère est différente lorsque nous travaillons ensemble maintenant, mais est-ce nostalgique ? Oui, absolument. C’est très agréable. Nous travaillions super bien ensemble.

Bollie n’a rien fait musicalement entre Entrance et Ne Plus Ultra, n’est-ce pas ?

Il a son studio et il a juste mixé quelques albums. Il a fait un album solo, plus death metal, je crois, mais non, il n’a rien sorti d’autre. Comme moi, il a passé plusieurs années loin de la scène musicale, à ne pas jouer de guitare ou quoi que ce soit. Il avait déjà quelques chansons quand je l’ai recontacté en 2010 ou 2011, mais les années qu’il a passées à l’écart de la scène musicale, je crois qu’il n’a rien composé. Je n’en suis pas sûr parce que je n’en ai pas parlé avec lui, mais maintenant il est extrêmement productif ! Je n’arrive pas à le suivre, il a tellement de chansons ! Je n’ai pas eu le temps de faire du chant pour toutes ses chansons. Je crois que nous avons des chansons complètes pour peut-être deux autres albums et nous avons des chansons supplémentaires sur lesquelles je n’ai pas eu le temps de chanter pour encore peut-être un album de plus ! Voilà à quel point il est productif [rires]. Enfin, il y a le Covid-19 et puis ça fait tellement longtemps que nous attendons dans le groupe. Nous avons eu de nombreuses années pour composer de la nouvelle musique. Un nouvel album devrait donc sortir d’ici deux ans.

« L’entrée dans le labyrinthe représente bien notre musique et les paroles : c’est progressif et peut-être que nous prenons des tournants auxquels vous ne vous attendiez peut-être pas. »

Bollie a composé toute la musique sur cet album. Quel a été l’apport des autres membres à la musique qu’il a initialement amenée ?

La plupart du temps, Bollie arrive avec des chansons terminées, mais parfois, je dis : « Il faut que ce riff revienne plus souvent » et nous réarrangeons les chanson, etc. et ensuite je commence à improviser et écrire le chant. Nous faisons ça directement au studio. Quand j’arrive, je n’ai rien du tout, aucune idée. Nous commençons à improviser sur place à partir de rien. Généralement, nous obtenons une chanson avant la nuit. Voilà comment les morceaux sont créés. Ensuite Asgeir pose ses parties de batterie, ce qui peut drastiquement changer les chansons, par sa manière de penser et ressentir la musique. Puis Steve DiGiorgio arrive et pose ses parties de basse. Ça aussi ça change beaucoup la musique à cause de son son fretless et de sa manière d’apprendre et jouer les riffs. L’album contient plein d’improvisations et de premières prises de la part de Steve. Parfois il joue plus avec la guitare, parfois plus avec la batterie, et ce sont des choses auxquelles ni Bollie ni moi ne pouvions penser, parce que… eh bien, c’est un bassiste, il pense comme un bassiste. Donc ça change la musique et ça l’emmène plus loin. Ensuite Jon Phipps arrive et il change vraiment la musique quand il compose ses parties orchestrales inspirées de films et tout. Ils ont vraiment leur mot à dire sur la musique. Ils mettent tous leur marque de fabrique dans la musique.

Trois d’entre vous vivez en Norvège, mais Jon Phipps est en Angleterre et Steve DiGiorgio en Amérique. Comment êtes-vous parvenus à travailler compte tenu de la distance, mais aussi des restrictions qu’on a tous subies l’an dernier ?

L’album a été enregistré il y a quelques années avant le Covid-19. Nous avons attendu trois ans pour que Steve vienne en Norvège pour enregistrer. Pendant que Steve était en tournée – je ne sais plus si c’était avec Death To All ou Testament – il avait des vacances et il les a prises en Norvège. Donc il est venu, il a logé à la maison et nous avons enregistré l’album ici avec lui. Il a un home studio et aurait pu le faire chez lui, mais il voulait être avec nous ici et avoir nos avis au moment de faire l’album. Il voulait faire appel à nos lumières pour savoir ce que nous voulions entendre et tout. Donc il est venu en Norvège et il a appris environ deux chansons par jour. A la fin de la soirée, il avait enregistré les deux chansons qu’il avait apprises le jour même. Nous avons tous participé à créer ça ensemble. Il a eu des idées vraiment fantastiques, mais il voulait que nous soyons impliqués dans ce processus. C’est même allé plus vite que nous ne l’avions prévu, donc nous avons eu quelques jours de libres et nous nous sommes beaucoup amusés. Jon Phipps est venu en Norvège à peu près au même moment. Il était chez moi, et nous nous sommes posés deux ou trois soirs et avons passé en revue chaque chanson et chaque partie. Nous avons discuté de ce que nous voulions, par exemple quel genre d’orchestre et d’effet. Il est retourné en Angleterre et nous sommes restés en contact par e-mail. Je suis presque certain que nous avons échangé un million six cent mille mails ! [Rires] Voilà comment nous l’avons fait, en échangeant des idées, en commentant les résultats, etc. par mail.

Comment se fait-il que vous n’ayez pas sorti cet album plus tôt s’il a été enregistré plusieurs années avant le Covid-19 ?

Je crois que les chansons étaient vraiment terminées il y a six ou sept ans, mais comme je l’ai dit, nous avons attendu trois ans pour que Steve ait l’occasion de venir ici, et ensuite, quand nous étions en train de travailler sur l’album, Jon Phipps avait plein d’autres engagements envers d’autres groupes – Angra, Moonspell, etc. Il devait donc prioriser ces groupes. Le résultat est qu’il a fallu un an pour terminer les orchestrations de notre album, car il avait énormément de choses à faire. Quand ça c’était fini, nous avons commencé à négocier avec une maison de disques et ça a pris entre un an et un an et demi. Donc ça a été long, mais ce n’est pas que nous ayons travaillé pendant tout ce temps sur l’album à tout revoir. C’est plus que nous avons dû attendre après des gens et négocier. Bollie a mixé l’album et nous l’avons produit tous les deux, donc nous avons dû apprendre à mixer et produire un album, et nous avons pris un an pour le faire comme il faut. Tempus fugit !

Les gens vont de toute évidence faire le lien musicalement avec Spiral Architect et Manitou. Cependant, même si Terra Odium est technique, il ne l’est pas aux extrêmes de Spiral Architect, et surtout, la grande différence c’est que c’est beaucoup plus cinématographique avec des éléments atmosphériques…

Oui, absolument. Je comprends que les gens s’attendent à ce que ça ressemble à Manitou ou Spiral Architect parce que nous sommes des membres des deux groupes, et je pense que c’est effectivement un mélange des deux groupes. Ce n’est pas aussi dingue et jazzy que Spiral Architect, mais c’est plus dingue que Manitou. Nous sommes très à l’aise avec ça, mais tu as raison, il n’a jamais été prévu que Manitou et Spiral Architect aient des orchestrations, des synthés ou quoi que ce soit. C’est fait pour la guitare et les riffs, mais j’ai toujours adoré The Warning et Operation: Mindcrime de Queensrÿche – comme « Suite Sister Mary » avec les orchestrations – et j’ai adoré Amused To Death de Roger Waters qui est presque comme un film. Comme je l’ai dit tout à l’heure, nous voulions faire notre album idéal et notamment avec ce genre d’effets. Quand nous avons commencé à travailler avec Jon Phipps, tous les deux – lui et moi – nous sommes mis d’accord sur le fait que nous voulions que ça sonne comme un film et qu’il n’y ait pas un claviériste qui joue sur tous les riffs. Rien de mal à ça, mais ce n’est tout simplement pas ce que nous voulions dans notre musique. Nous voulions que ça fasse plus comme une BO de film. C’était l’idée principale derrière les orchestrations.

« La musique progressive, c’est un peu comme ça : il faut faire un peu de boulot pour comprendre les chansons et la récompense est plus grande que si on comprenait tout à la première écoute. »

Il les a faites instrument par instrument. Il a été formé en tant que compositeur. Il a donc mis les violons, les cuivres, etc. un par un. Ce n’est pas ce n’est du synthé ou du clavier typique, c’est vraiment composé. Nous voulions une atmosphère froide et sombre, pas chaleureuse et douillette, pour l’album. Il a mis beaucoup de cuivres, ce que je trouve assez… Je ne connais pas tant de groupes qui utilisent des cuivres. C’était cool. J’adore ses idées et je trouve que Jon Phipps est un génie ! J’ai beaucoup de chance de l’avoir dans le groupe. J’adore le côté cinématographique, comme tu l’as dit, dans la musique, mais ça n’a pas été composé pour être comme ça au départ. Ça a été composé pour être joué à la guitare, basse, batterie et au chant. Nous étions à chaque fois surpris de voir où il choisissait de mettre des orchestrations et où il choisissait de ne pas en mettre. J’étais vraiment stupéfait.

Tu as mentionné l’approche musicale singulière d’Asgeir et le fait qu’il « entend la musique différemment de tous les gens que [tu] connais ». Peux-tu nous en dire plus et décrire son approche de la musique ?

Un bon exemple, si tu te souviens de Spiral Architect, il y a une chanson qui s’appelle « Cloud Constructor » [chante le riff du début de la chanson], ça commence comme ça. Tous les autres dans le groupe, y compris Lars [K. Norberg] qui l’a composé, pensaient le riff d’une certaine manière rythmiquement [chante le riff en mettant l’accent sur le premier temps], alors qu’Asgeir le pensait autrement [chante le riff en mettant l’accent sur le troisième temps]. Nous avons beaucoup joué cette chanson en répétition et à chaque fois qu’il arrivait avec la batterie, nous étions là : « Wow ! » S’il y a un, deux, trois, quatre, et que nous pensons que le un est la première note, lui pense que le deux ou le trois est la première note, mais ça reste le même riff. Son approche est très différente de tous les batteurs que je connais, ce qui rend son jeu de batterie d’autant plus spécial. C’est assez drôle, je trouve.

Tu as écrit des textes pour seulement deux chansons de l’album – « Crawling » et « The Shadow Lung ». Le reste est des poèmes de divers poètes des alentours du dix-neuvième siècle (Robert Frost, Anne Hunter, William Wordsworth, Emily Dickinson et Jones Very). Qu’est-ce que ces poèmes représentent pour toi ?

Tout d’abord, je pense que c’est peut-être certains des meilleurs poèmes jamais écrits. Je me suis dit que si nous pouvions traduire ça en musique, si nous pouvions fusionner ces merveilleux poèmes de certains des meilleurs poètes du dix-neuvième avec de la musique et essayer de recréer les émotions que j’ai quand je les lis, ce serait vraiment unique. Tout le monde écrit ses propres textes et j’ai pensé que cette vieille manière d’utiliser le langage rendait les choses plus spéciales. Je me suis dit que ces fantastiques paroles emmèneraient l’album peut-être encore plus loin et lui feraient passer un palier supplémentaire.

C’est beaucoup de pression de mettre en musique ces grands poèmes…

Oui, mais il ne faut pas y penser. On ne peut pas penser comme ça, ça nous limiterait. Il fallait juste le faire et voir ce que ça donnait. Je sais que nous ne sommes pas à la hauteur de tous ces poètes, mais nous sommes très satisfaits de l’atmosphère et de la fusion avec paroles.

Ce n’est pas trop de contraintes de faire qu’un poème s’intègre à une chanson ?

Dans la plupart des cas, oui. Probablement, parce que quand tu écris un texte, tu veux que ça rime, et tu as peut-être une mélodie de chant et tu essayes d’écrire les paroles sur cette base, mais avec un poème qui a été écrit il y a peut-être cent ans, tu n’as aucun contrôle dessus. C’était un vrai challenge pour moi. La longueur du poème aussi peut poser problème, car avec trois couplets, comment fais-tu pour que ça rentre dans la chanson ? Il y avait plein de choses à prendre en compte, mais nous avons commencé avec le commencement et… C’est dur à expliquer, mais j’ai dû travailler dur pour que ça colle à la musique, surtout quand ça ne rime pas. Ça m’a obligé à travailler plus que si j’avais écrit moi-même les textes, ça m’a demandé plus d’effort. Il fallait que je sois plus créatif en utilisant un poème du dix-neuvième que si j’avais écrit moi-même. Je pense que ça a rendu le chant plus spécial et original.

« Ce serait sympa si la jeune génération redécouvrait cette époque de musique progressive. Ils vont être sacrément surpris s’ils ne connaissent pas ! Car à mon sens, c’est probablement la meilleure musique qui ait jamais été faite, le vieux Fates Warning, le vieux Crimson Glory, Psychotic Waltz, Watchtower… de la musique extraordinaire ! »

Quelle est la place des paroles de « Crawling » et « The Shadow Lung » au milieu de ces poèmes ? Vois-tu un quelconque lien ?

Non, il n’y en a pas. Elles ont été écrites bien avant que je n’envisage de peut-être utiliser des poèmes. Il n’y a pas vraiment de fil conducteur entre mes textes et les poèmes. Ils correspondent juste à mon état d’esprit du moment lorsque je les ai écrits.

Sur la pochette de l’album, on peut voir un homme entrer dans un énorme labyrinthe : est-ce que ça représente l’auditeur qui s’apprête à écouter l’album ?

Tout d’abord, l’illustration de la pochette est signée Marcin Sacha, originaire de Cracovie. Je la trouve très représentative de notre musique et de notre album. Quand on voit cette pochette, on a une idée du genre de musique que nous jouons. Ce ne sera pas du Britney Spears ou du Kenny Rogers. On sait plus ou moins, à un certain niveau, quelle est notre musique. De même, je trouve que l’entrée dans le labyrinthe représente bien notre musique et les paroles : c’est progressif et peut-être que nous prenons des tournants auxquels vous ne vous attendiez peut-être pas. Je pense que la pochette représente plusieurs idées liées au groupe et à la musique. Elle représente très bien notre style.

L’album s’appelle Ne Plus Ultra : est-ce un commentaire à propos du groupe et de la musique, tout comme l’illustration, ou est-ce que ça va plus loin ?

Ne Plus Ultra a deux significations. L’une est « limite à ne pas dépasser » et c’est lié à Hercule et la mythologie grecque et latine, mais ce que ça veut vraiment dire ici, c’est ce qui se fait de mieux, c’est l’exemple parfait. Comme je l’ai dit tout à l’heure, nous voulions faire notre album idéal, et c’est ce que c’est, c’est le nec plus ultra. C’est parfait, c’est ce que nous voulions créer. Je ne dis pas ça de manière arrogante ou quoi, mais il n’y a rien que je voudrais changer sur cet album. Pour moi, c’est le nec plus ultra. L’autre chose est que c’est une phrase latine et ce que j’adore, c’est que ça rajoute un côté mystique. Je trouve que ça va bien avec notre musique semi-complexe. De même, les gens ne connaissent pas forcément le latin, donc ils ont besoin de Google ou de faire un peu d’effort pour comprendre ce que ça veut dire. C’est instructif, on apprend quelque chose, et ça me plaît. Peut-être que ça ne signifie pas ce que vous pensiez et que ça vous surprend. Il y a plusieurs idées derrière le nom.

Aimes-tu que quand l’auditeur doit faire un effort pour rentrer dans ta musique et la comprendre ?

Je pense n’avoir jamais écouté une chanson de metal progressif de treize minutes en l’ayant complètement comprise tout de suite. Il faut peut-être deux ou trois écoutes, peut-être cinq, tu te perds dans la musique, surtout si c’est une longue chanson, et à chaque fois que tu l’écoutes, tu apprends ou entends quelque chose de nouveau et tu vas un peu plus loin dans le labyrinthe [petits rires]. J’aime ce côté mystique et le fait qu’il faille [faire un effort]. Je pense que la musique progressive, c’est un peu comme ça : il faut faire un peu de boulot pour comprendre les chansons et la récompense est plus grande que si on comprenait tout à la première écoute. En tout cas, c’est ce que ça me fait avec toutes les chansons progressives que j’ai entendues, que ce soit de Yes, Fates Warning ou autre. A chaque fois que tu écoutes, tu entends quelque chose de nouveau, et tu peux apprendre quelque chose grâce aux paroles ou au titre. J’aime bien ça.

Tous les groupes dont tu as fait partie sonnaient assez différents et uniques, et Terra Odium ne fait pas exception. Est-ce un critère important pour toi, quand tu fais partie d’un groupe, que celui-ci ne sonne comme personne d’autre ?

Non. C’est juste comme ça. J’ai eu de la chance ! [Rires] Je ne pense pas avoir eu beaucoup mon mot à dire là-dessus. Enfin, c’est mes goûts personnels. Avant que je rejoigne Spiral Architect, j’avais entendu une démo d’eux et j’ai pensé : « Ouah, c’est la musique la plus cool que j’ai jamais entendue ! C’est le genre de musique que j’ai envie de jouer. » J’étais dans un groupe avant Manitou et nous avons fait des événements ensemble avec Manitou, et quand je les ai vus jouer en live, j’ai trouvé que c’était le groupe le plus cool que j’avais jamais vu. A l’époque, c’était le batteur qui chantait et ils avaient un claviériste qui secouait la tête comme un fou, et ils étaient odieux, ils étaient là : « Allez vous faire foutre ! » entre les chansons [rires]. Je me demandais : « Quel genre de groupe est-ce que c’est ? » Et ils terminaient toujours le concert avec [chante la mélodie de « The Entertainer » de Scott Joplin] en version metal. Je trouvais que c’était un groupe extrêmement spécial, mais les riffs étaient super bons et c’était vraiment intense en live. Donc quand j’ai eu la chance d’intégrer Manitou, j’ai rejoint un groupe vraiment spécial. Quand j’ai eu l’occasion de rejoindre Spiral Architect, le groupe était déjà spécial avant. C’est juste une question de goûts musicaux.

« Je n’échauffe jamais ma voix, que ce soit avant les concerts, avant le studio, jamais. Je ne crois pas que ce soit nécessaire. »

Avec Terra Odium, nous voulions nous démarquer de la scène progressive actuelle avec le djent et ce qu’est devenu le metal progressif. Je ne dis pas ça de manière négative, mais il y a toujours un claviériste, il y a des duels et la guitare est plus percussive. J’adore cette musique, je ne cherche pas à critiquer, mais ce n’est pas ce que nous voulions. Nous voulions un riffing à la vieille école, à la Jake E. Lee, King Diamond, Fates Warning ou Metallica, quand la guitare est le point central, et construire autour de ça. Nous voulions aussi être spéciaux, mais ce n’est pas que je recherche particulièrement les groupes spéciaux.

On dirait effectivement que vous êtes plus dans la tradition des groupes de metal progressifs originaux des années 80 et du début des années 90, comme Psychotic Waltz, Watchtower, Fates Warning, le vieux Queensrÿche, etc. Penses-tu que ce soit une tradition qui s’est perdue au sein de la plus jeune génération et que vous portez le flambeau ?

Oui. Je pense que ça s’est perdu. Pas complètement, mais je pense qu’à un moment donné, le metal progressif a pris un nouveau virage et que c’est devenu tellement populaire que les autres groupes qui en sont à l’origine, comme Fates Warning, Psychotic Waltz et Crimson Glory, ont été un peu perdus. Nous venons de cette époque, donc c’est naturel pour nous. C’est la musique que nous voulons jouer. Nous voulions faire savoir au monde comment ça sonnait dans le temps et peut-être l’amener… peut-être pas plus loin, mais lui apporter des saveurs différentes. Ce serait sympa si la jeune génération redécouvrait cette époque de musique progressive. Ils vont être sacrément surpris s’ils ne connaissent pas ! Car à mon sens, c’est probablement la meilleure musique qui ait jamais été faite, le vieux Fates Warning, le vieux Crimson Glory, Psychotic Waltz, Watchtower… de la musique extraordinaire !

C’est drôle car on dirait que c’est en train de revenir, d’une certaine façon. Fates Warning n’a jamais arrêté, mais Psychotic Watlz vient de revenir avec un nouvel album, Watchtower a sorti un nouvel EP il y a quelques années, et Queensrÿche, avec son nouveau chanteur, est revenu au style progressif de leurs premiers albums…

Oui, j’ai oublié de mentionner Queensrÿche, car c’est une énorme inspiration pour nous. Todd La Torre… Je n’arrive presque pas à entendre la différence entre lui et le Geoff Tate des débuts ! Je trouve que ça a donné une nouvelle flamme à la musique, avec ce genre de metal progressif. Et oui, c’est fantastique de voir Psychotic Waltz sortir un autre album. Watchtower étaient en train de travailler sur leur album Mathematics et dans le temps, je crois que c’était juste après que Spiral Architect sorte le premier album, nous étions en contact avec Ron Jarzombek. Nous avons reçu quelques morceaux qu’il était en train de composer et je crois que l’idée comme quoi nous devrions jouer les chansons de Watchtower a été suggérée. C’était une idée sympa, mais ça ne s’est jamais concrétisé. Il me semble que j’ai une démo de ces chansons de l’époque. C’était assez cool et finalement, ils les ont sorties sur l’EP. Watchtower c’est… Ouah ! C’est quelque chose de spécial. C’est cool de voir tous ces groupes que nous aimons [revenir]. Fates Warning a changé, mais ils ont changé à chaque album, donc c’est naturel. Je pense qu’ils n’auraient jamais pu faire deux albums qui sonnaient pareil. Ce n’est pas dans leur nature. J’adore faire partie de cette scène metal progressive old school. Peut-être avons-nous de la chance de sortir Ne Plus Ultra maintenant.

Tu as une voix très reconnaissable qui n’appartient qu’à toi, même si on détecte une parenté avec Devon Graves, Geoff Tate et John Arch. Comment as-tu façonné ta voix depuis tes débuts en tant que chanteur jusqu’à aujourd’hui ? Quel a été ton parcours ?

Je pense que j’ai commencé avec Elvis et Demis Roussos ! [Petits rires] Ensuite, c’est Vince Neil de Mötley Crüe qui m’a mis au chant. Il est la raison pour laquelle je chante aujourd’hui, car je voulais être une rock star comme lui, je le trouvais tellement cool ! Plus tard, j’ai découvert Kai Hansen de Helloween. Je l’ai rencontré une fois et je me suis présenté comme étant Hell-Øyvind, mais je crois qu’il n’a pas compris la blague [rires]. J’ai aussi découvert Michael Kiske et tous les deux étaient vraiment une énorme influence pour moi. De même, John Cyriis d’Agent Steel. Mais c’est lorsque j’ai entendu John Arch et Geoff Tate pour la première fois – respectivement sur les albums Awaken The Guardian et The Warning – que je me suis vraiment mis à fond dans le chant. Quand j’ai entendu ces deux chanteurs, je me suis dit que c’était vraiment ce que je voulais faire. Je voulais chanter comme ça et être aussi mystique qu’eux. Je me suis trouvé quand je les ai entendus. Plus tard, j’ai aussi entendu Midnight de Crimson Glory.

« Mötley Crüe était super cool à l’époque. Ça m’a vraiment donné envie de devenir une rock star, de chanter des chansons devant des milliers de gens, être cool, avoir toutes les filles et un tas d’argent. Seulement, c’était trop tard quand j’ai réalisé que le metal technique et progressif ne générait pas d’argent ou n’attirait pas les filles [rires]. »

A l’époque, j’ai pris quelques cours avec un chanteur formé à l’opéra. Je ne dis pas qu’il ne pouvait rien m’apprendre, car il pouvait m’apprendre un tas de choses, mais ce qu’il m’apprenait n’était pas ce que je recherchais. Heureusement, j’avais déjà suffisamment de technique du point de vue de la respiration abdominale et tout. Je suis plus ou moins autodidacte, mais à l’époque de Scariot ma voix était complètement cassée, car je fumais et je n’arrêtais pas de faire la fête à Oslo – je traînais avec Blasphemer de Mayhem et nous avons mis la ville sens dessus dessous… [Rires]. Ça a donc eu raison de ma voix. J’ai donc arrêté de fumer et j’ai attendu quelques années avant de recommencer à chanter. Il y a peut-être cinq ans, il y avait une amie à nous, Reidun Saether, qui est instruite dans l’apprentissage du chant et son approche c’est la science et pas l’approche lyrique typique. Ce qui ressort vraiment de son enseignement, c’est qu’il n’y a pas d’échauffement, je n’échauffe jamais ma voix, et elle m’a appris à la modeler. A la place de l’approche classique/lyrique que j’ai apprise dans le temps, où il faut que ce soit aussi naturel que possible, elle m’a appris à colorer ma voix. Ça m’a beaucoup aidé à développer ma manière de chanter aujourd’hui.

Mais ma principale inspiration a toujours été Geoff Tate, John Arch et aussi Rob Halford – je ne me compare pas, mais je sais qu’il y a quelques phrasés dans l’album de Terra Odium où j’ai vraiment essayé de retrouver le vieux chant à la Sad Wings Of Destiny. J’ai chanté leurs chansons et c’est ce qui a façonné mon chant et probablement ma manière de penser les mélodies, mais durant ces dernières années, ce que Reidun m’a appris a complété ma manière de chanter actuelle. Peut-être que je ne suis plus capable d’atteindre les notes aiguës que j’atteignais quand j’étais plus jeune, quand nous faisions des reprises de « Red Sharks » de Crimson Glory et d’autres, mais je suis capable de faire des trucs entre que j’étais incapable de faire avant et c’est ce qu’elle m’a appris. Ça m’a beaucoup aidé à me développer.

Quand on écoute Terra Odium, on se rend compte que ton chant est assez différent du chant qu’on entend dans Spiral Architect…

C’est pour beaucoup grâce à elle, mais c’est aussi l’expérience, car à l’époque de Spiral Architect, je venais de Manitou et ils aimaient ma voix, mais ils voulaient que je fasse quelque chose de différent de Manitou. Je ne suis pas en train de dire que ça m’a mis dans l’embarras, mais il fallait que je me trouve sur l’album de Spiral Architect. J’ai commencé à me trouver sur l’album de Scariot et j’ai pu utiliser plus de pistes et de voix additionnelles, mais je pense que cet album de Terra Odium est celui qui montre vraiment qui je suis, c’est là que je me suis vraiment trouvé. Reidun a eu un énorme impact là-dessus.

Tu as dit que Reidun t’avait appris à ne jamais t’échauffer. Ça va quand même pas mal à l’encontre des bonnes pratiques que donnent la plupart des chanteurs et professeurs !

Je n’échauffe jamais ma voix, que ce soit avant les concerts, avant le studio, jamais. Je ne crois pas que ce soit nécessaire. Je ne dis pas non plus que c’est mal de s’échauffer. C’est juste que ce n’est pas pour moi, je n’en ai pas besoin. Pour moi, ce n’est pas utile.

Tu as mentionné Vince Neil, c’est une influence qui peut surprendre…

Il a eu un énorme impact sur moi. J’avais dans les quinze ou seize ans, et je voyais son image à l’époque où les groupes avaient une image cool, et je trouvais qu’il avait sacrément la classe sur scène. J’adorais aussi son chant, surtout quand il a cette voix enfantine [chante « Too Fast For Love »]. C’était quelque chose que je n’avais jamais entendu. Je trouvais juste que Mötley Crüe était super cool à l’époque. Ça m’a vraiment donné envie de devenir chanteur, et de devenir une rock star, de chanter des chansons devant des milliers de gens, être cool, avoir toutes les filles et un tas d’argent. Seulement, c’était trop tard quand j’ai réalisé que le metal technique et progressif ne générait pas d’argent ou n’attirait pas les filles [rires]. Mais eh, ce n’est pas ce qui est important !

J’imagine que le jeune Øyvind Hægeland serait surpris de la musique que tu fais maintenant.

Oh, il serait très surpris ! Je n’aurais jamais rêvé de faire ça à l’époque. J’étais plus dans le glam rock, Mötley Crüe, Hanoi Rocks, Rose Tattoo, etc. Aussi Motörhead, Saxon, Judas Priest, Iron Maiden et Kiss, mais j’ai eu cette phase… Enfin, j’aime encore ces groupes, donc ce n’était pas qu’une phase. J’aime plein de musiques !

« L’album de Death, Individual Thought Pattern, avec « The Philosopher » et tout, ça nous a énormément inspirés. Et maintenant, nous sommes dans le même groupe ! Qui l’aurait cru ?! »

Tu es surtout connu en tant que chanteur, mais ce n’est pas ton seul talent musical. Dans Terra Odium tu joues aussi de la guitare et tu partages les solos avec Bollie. Tu as aussi joué de la basse fretless dans Lunaris et a même enregistré un court mais magnifique solo dans la chanson « Casualties Of Peace ». Quelle a été ton histoire et ta relation avec ces deux instruments ?

Je joue de la guitare depuis presque avant de commencer à chanter. A l’époque où nous débutions avec Manitou, le mouvement shred était en train d’arriver, avec Yngwie Malmsteen, Vinnie Moore, Jason Becker, etc. Je voulais vraiment incorporer ce genre de solo dans Manitou. Les guitaristes avaient un style différent ou un avis différent du mien, donc je me suis posé pour apprendre ces choses, de façon à pouvoir dire : « Eh, c’est comme ça. Est-ce qu’on peut faire ça ? » Voilà pourquoi j’ai commencé à faire du shred, pour apprendre ça et le montrer aux guitaristes de Manitou afin de voir si ça pouvait les inspirer à incorporer ce type de jeu de guitare. Ensuite, je crois que j’ai entendu le solo de basse de Billy Sheehan sur « Elephant Gun » de David Lee Roth et j’ai adoré ce type de jeu. J’ai commencé à jouer de la basse sur la guitare et j’ai fini par me procurer une basse. J’ai commencé dans Spiral Architect et j’ai appris un tas de trucs avec Lars. J’adorais la basse fretless, donc j’ai emprunté sa basse fretless signature Gary Willis pour jouer dans Lunaris. A l’époque, je ne jouais pas de guitare, je ne jouais que de la basse, et je me suis entraîné sur l’instrument peut-être cinq ou six heures par jour pendant quatre ans. C’était ma vie. Ce n’est que lorsque j’ai commencé Terra Odium que j’ai repris la guitare. Ça fait maintenant quatre ou cinq ans que je joue de la guitare huit heures par jour et j’ai complètement changé ma technique. Je joue aussi de la batterie et j’ai joué du clavier sur [chante le riff d’intro d’« Insect »] de Spiral Architect – j’ai écrit et improvisé ça et j’ai improvisé le solo de clavier là-dessus. J’ai toujours été fasciné par les instruments et doué pour en jouer. J’ai vraiment approfondi ces instruments, en essayant dur de les maîtriser.

On dirait que tu as un véritable amour pour la basse fretless et le style de jeu que Steve DiGiorgio a amené dans le metal. As-tu aussi été influencé par lui ?

Absolument ! Ce qui est drôle, c’est que quand nous répétions avec Manitou dans les années 90, dans la salle de répétition, nous avions un autel, avec des lumières, des croix renversées, des photos de Venom et de King Diamond, et de Death ! Nous avions vu Death sur MTV et je me souviens que son jeu de basse et le jeu de batterie de Sean Reinert nous ont beaucoup inspirés. Ils ont pris le jeu de batterie metal et l’ont mélangé avec le style des meilleurs batteurs que l’on connaissait à l’époque dans le monde de la fusion, comme Dave Weckl. Tout comme Steve DiGiorgio, car la plupart des bassistes à l’époque jouaient beaucoup au médiator et étaient plus basiques, alors que lui était presque un musicien de jazz, et personne dans le metal utilisait de la basse fretless à ce moment-là, excepté lui. Ça a eu un énorme impact sur le son que nous voulions avoir. L’album de Death, Individual Thought Pattern, avec « The Philosopher » et tout, ça nous a énormément inspirés. Et maintenant, nous sommes dans le même groupe ! Qui l’aurait cru ?!

Tu as joué avec des musiciens incroyablement doués et techniques dans ta carrière dès le début : est-ce que ça a joué un rôle dans le développement de tes compétences au chant mais aussi sur les instruments ?

Absolument. Tous les musiciens avec qui j’ai joué ont eu un énorme impact sur le musicien que je suis aujourd’hui et sur ma manière de jouer d’un instrument et de chanter. Dans le temps, le batteur de Manitou, Per [Bertrand Aanonsen], disait des choses du genre : « Et si tu suivais plus la batterie ? Focalises-toi sur la batterie avec ton chant. » Ça a eu un énorme impact sur moi. Le jeu de guitare de Bollie, sa manière de jouer les solos a eu un impact sur moi. Le jeu de basse de Lars dans Spiral Architect a eu un énorme impact sur moi, car c’est comme ça que je veux jouer. Donc oui, presque tous ceux avec qui j’ai été dans un groupe ont influencé mon interprétation et ma manière de créer de la musique aujourd’hui.

On dirait que tu n’as jamais vraiment eu de groupe fixe ou constant. Tu as été dans Manitou, Spiral Architect, Lunaris, Scariot, Arcturus, etc. et tu n’as sorti qu’un ou deux albums au mieux avec chacun d’entre eux – tu n’apparais même sur aucun album d’Arcturus. Comment l’expliques-tu ? Est-ce par choix ou par défaut ?

Avec Arcturus, par exemple, nous avons commencé à composer le successeur de The Sham Mirrors. J’étais censé chanter sur Sideshow Symphonies, le premier album avec Vortex. Steiner Sverd [Johnsen] possède une démo de trois ou quatre chansons avec mon chant dessus, complètement différent de ce que Vortex fait sur l’album. J’ai moi-même une chanson en démo et c’est assez sympa – ceci dit, je pense malheureusement que vous n’entendrez jamais ces démos. J’aime ce que nous avons créé à l’époque et ça aurait été bien si j’étais resté et avais terminé l’album, mais c’était à un moment de ma vie où j’avais Spiral Architect, j’avais Lunaris et j’avais Arcturus, et tout ça combiné, c’était trop de travail et ça commençait à entacher le plaisir d’être dans un groupe. J’ai complètement perdu l’intérêt pour la musique pendant des années. J’ai suivi d’autres intérêts. J’ai fait une carrière dans un autre travail, j’ai quitté Arcturus pour déménager en Suède et je me suis éloigné de la musique. Voilà pourquoi cet album ne s’est jamais fait. Avec Spiral Architect, nous avons fait une pause et nous nous reposons encore [rires]. Ce n’est pas par choix. C’est par coïncidence. Ça dépend d’où on en est dans la vie à un moment donné. Si toute l’époque avait été différente, j’aurais probablement été sur plus d’albums, mais ça s’est passé comme ça. J’ai eu du temps pour me trouver.

« C’était à un moment de ma vie où j’avais Spiral Architect, j’avais Lunaris et j’avais Arcturus, et tout ça combiné, c’était trop de travail et ça commençait à entacher le plaisir d’être dans un groupe. J’ai complètement perdu l’intérêt pour la musique pendant des années. »

Comment expliques-tu que Manitou ait jeté l’éponge après seulement un album, Entrance ?

C’était quand le grunge a déferlé. Nous avons vraiment galéré. Nous étions un très bon groupe de live. Nous étions bien meilleurs en concert que sur album, et nous avions pas mal de fans ici dans le sud de la Norvège. C’était cool, mais quand nous essayions de jouer ailleurs qu’en Norvège, quand nous disions que nous jouions du metal progressif, ils répondaient que ça ne les intéressait pas : « Est-ce que vous jouez du grunge ou du rock n’ roll ? Non ? Eh bien, on ne veut pas de vous. » Donc nous avions du mal à trouver des dates. Nous avons alors commencé à dire : « Ouais, on joue du rock n’ roll » et nous arrivions avec notre metal progressif qui n’était pas très populaire… [Rires] J’ai l’impression que le heavy metal était en train de mourir à l’époque. Notre batteur a déménagé à Oslo et il a fondé quelques autres groupes là-bas, et c’est devenu difficile pour lui de revenir ici, dans le sud de la Norvège pour répéter avec nous. Au final, il a quitté le groupe. Nous avons envisagé de prendre un autre batteur, mais nous sommes arrivés à la conclusion que ce ne serait plus Manitou, car Per, notre batteur originel, était très impliqué dans l’arrangement des chansons et il avait un tel impact sur ce qu’elles devenaient que nous n’aurions pas pu continuer sans lui. Donc nous avons arrêté.

Comme tu l’as mentionné au début, vous vous êtes reformés avec Manitou en 2011 pour quelques concerts. Quelle a été la motivation derrière ça ?

Il y avait un festival qui nous demandait depuis de nombreuses années de nous reformer et de faire un concert. Quand je suis revenu en Norvège, j’ai eu une nouvelle étincelle en moi et je pense que les autres membres de Manitou avaient plus d’énergie, et puis ça faisait tellement longtemps, donc quand le festival nous a mis un peu la pression pour faire un concert, nous avons fini par nous dire : « Pourquoi ne pas tenter le coup ? » Quand nous sommes revenus en salle de répétition et avons commencé à jouer, nous avons trouvé que c’était magique, ça sonnait merveilleusement bien. Ces concerts étaient très amusants, mais quand nous avons voulu aller plus loin et faire un autre album – Bollie et moi voulions faire un autre album – nous n’étions pas d’accord sur des trucs et avons de nouveau arrêté. Mais certaines de ces musiques se sont retrouvées sur l’album de Terra Odium. « The Shadow Lung » était originellement joué par Manitou. Ça a été composé pour Manitou par Bollie et moi-même, et nous l’avons joué en live sur cinq ou six concerts. « The Thorn » était aussi censé être une chanson de Manitou. Nous n’avions pas composé toute la chanson à l’époque, mais nous avions commencé dans l’optique d’en faire un morceau de Manitou. Il y a d’autres chansons prévues pour Manitou qui apparaîtront peut-être sur un album futur.

Qu’est-ce que l’avenir nous réserve concernant Terra Odium ? Avez-vous l’intention d’emmener ce groupe sur les planches à un moment donné ?

Oui, absolument. Quand nous avons commencé Terra Odium, l’idée initiale était juste d’en faire un groupe de studio et de ne rien faire d’autre que sortir des albums. C’est lié au fait que quand nous jouions avec Manitou, nous n’avions qu’un album et c’étaient les seules chansons que nous jouions. Au final, je me disais qu’être là à répéter de vieilles chansons n’était pas ce que je voulais faire. Je suis un créatif, j’ai envie de créer. C’était la raison principale derrière l’idée de faire de Terra Odium un groupe de studio, pour ne faire que des albums et ne pas répéter de vieilles chansons en concert, et comme je l’ai dit, j’en avais marre de toute l’industrie musicale. Mais maintenant, j’ai retrouvé la motivation, j’ai de nouveau la flamme que j’avais quand j’étais dans Manitou et Spiral Architect. J’ai vraiment envie de monter sur scène et de jouer avec ce groupe, de présenter cette musique aux gens. Il y a aussi que nous vieillissons, donc si nous voulons faire des concerts, il faut que nous le fassions maintenant avant d’être morts [rires]. Nous avons plein d’idées sur la manière dont nous voulons faire ça. Donc oui, nous voulons vraiment emmener ce groupe sur scène, et nous le ferons. Nous sommes en train de voir comment nous pouvons le faire. A savoir quand Steve nous rejoindra, le temps le dira. J’ai du mal à penser qu’il nous priorisera par rapport à Testament et Death To All, donc je ne m’attends pas à ce qu’il le fasse, mais nous trouverons un moyen. Nous avons toutes les cartes en main. Nous serons aussi trois guitares en concert. Je vais jouer les solos et quelques mélodies à la guitare, et nous aurons deux guitaristes principaux. Il y a beaucoup de guitares sur l’album, donc il faudra vraiment trois guitaristes. De même, comme je l’ai mentionné plus tôt, nous avons beaucoup de chansons, donc il y aura d’autres albums de Terra Odium. Nous avons un contrat qui stipule que nous devons sortir ces albums et pas tous les sept ans [rires]. Avec un peu de chance, vous entendrez plus de choses de la part de Terra Odium dans un avenir proche.

Interview réalisée par téléphone le 13 juillet 2021 par Nicolas Gricourt.
Retranscription & traduction : Nicolas Gricourt.
Photos : Robert Rønning.

Site officiel de Terra Odium : www.terraodium.com

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